{"id":215654,"date":"2026-07-15T09:02:50","date_gmt":"2026-07-15T07:02:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215654"},"modified":"2026-07-15T09:57:58","modified_gmt":"2026-07-15T07:57:58","slug":"chronique-o2-fondu-enchaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-o2-fondu-enchaine\/","title":{"rendered":"#chronique O2 # Fondu encha\u00een\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"873\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-2-873x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-215666\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-2-873x1024.png 873w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-2-358x420.png 358w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-2-768x901.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/image-2.png 945w\" sizes=\"auto, (max-width: 873px) 100vw, 873px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Edvard Munch &#8211; Sleepless Night. Self-Portrait in Inner Turmoil (1920)<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 <\/strong>| LE COMMENT DU MONDE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Comment tenir&nbsp;au monde sans petits riens ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong> | POUR LA ENIEME FOIS <em>L\u2019HOMME QUI\u2026<\/em> INTERIEUR NUIT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques rares \u00e9clairages de phares de voitures, traversent les persiennes. Leurs contours bris\u00e9s se faufilent par les lattes des volets, fr\u00f4lent un instant les murs de la tapisserie proprette, et disparaissent en bout de course sur son corps fatigu\u00e9. De derri\u00e8re ses yeux clos, log\u00e9s sombres au fond de ses orbites, les cils de <em>l\u2019homme qui<\/em> <em>\u2026<\/em> attrapent les brefs rayonnements traversant sa chambre. Comme chaque soir il appr\u00e9hende le cr\u00e9puscule, le tic-tac du battement de son c\u0153ur fragile, l\u2019effroi abyssal de n\u2019\u00eatre qu\u2019un mort en sursis. En ce mois de juillet caniculaire, ses l\u00e8vres s\u00e8ches semblent \u00e9grener un chapelet, pourraient perdre d\u00e9finitivement haleine. Depuis longtemps il imagine son corps inerte, indiff\u00e9rent aux pi\u00e9tons de la rue se rendant au march\u00e9 comme chaque mercredi et dimanche matin. Il sait qu\u2019il partira sans avoir fait le tour et n\u2019avoir jamais cess\u00e9 de mourir. Sur son lit, en position horizontale, <em>l\u2019homme qui\u2026<\/em> pour la \u00e9ni\u00e8me fois, avance dans la p\u00e9nombre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019or\u00e9e du sommeil, encourag\u00e9 par le seul filet d\u2019air de la porte rest\u00e9e ouverte. Au petit matin quand il entendra les \u00e0-coups laborieux d\u2019un camion poubelle \u00e0 l\u2019arr\u00eat, il saura qu\u2019une nouvelle journ\u00e9e commence, qu\u2019il lui faudra se hisser \u00e0 la surface de la vie. Alors, il enfouira sa t\u00eate sous son drap, se retournera sur le ventre, et, pendant quelques pr\u00e9cieuses minutes encore, restera sourd aux tiraillements de son lever imminent. S\u2019\u00e9couleront quelques autres battements de c\u0153ur, puis, il se tournera c\u00f4t\u00e9 gauche, se tendra aveugle vers ses lunettes pos\u00e9es sur sa table de nuit, apercevra sa chemise blanche d\u00e9pos\u00e9e soigneusement la veille sur la chaise contre l\u2019armoire en bois fabriqu\u00e9 par son grand-p\u00e8re. Rassur\u00e9, il recroquevillera alors son corps malingre en boule c\u00f4t\u00e9 fen\u00eatre, se verra d\u00e9j\u00e0 debout en pyjama ouvrir les volets, puis jeter un \u0153il confus depuis son cinqui\u00e8me \u00e9tage vers l\u2019homme assis comme chaque matin sous l\u2019avanc\u00e9e de toit du caf\u00e9 d\u2019en face \u2013\u2013 corps meurtri, plong\u00e9 dans un triste butin grapill\u00e9 juste avant l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9boueurs. Alors, en cette aube de soleil encore occulte, il avalera une gorg\u00e9e ti\u00e8de de caf\u00e9, et se demandera une \u00e9ni\u00e8me fois, si sa propre silhouette pourrait \u00eatre visible d\u2019en bas, et, il se r\u00e9p\u00e9tera \u2013\u2013 <em>Je mourrai bient\u00f4t<\/em>. <em>J\u2019attends encore un peu<\/em>. <strong>NOIR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong> | SUR LE CAMINAR &#8211; EXTERIEUR JOUR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il <\/em>se souvient. Ils avaient 13 ans. Depuis ce jour \u2013\u2013 que \u00e7a s\u2019arr\u00eate les d\u00e9mons <strong>NOIR <\/strong>Des bandes joyeuses arrivent par vagues sur la friche de l\u2019ancien chemin de fer et du pont de levage \u2013\u2013 un portique tour Eiffel qu\u2019<em>il<\/em> a toujours appel\u00e9 l\u2019Arche. On est au pied du pic d\u2019Ossau, du bourg de Sainte-Colome et d\u2019une triade de croix sur la colline St Michel. Il n\u2019y a pas si longtemps encore, ici, on soulevait des blocs de pierre grise d\u2019Arudy et des tron\u00e7ons de bois, puis, on&nbsp;les acheminait pour transformation dans les ateliers du coin. Sur cet espace aujourd\u2019hui presque oubli\u00e9, en plein soleil, la fanfare du village se met en branle de concert avec une foule pr\u00eate \u00e0 la liesse \u2013\u2013 une petite musicienne \u00e9bouriff\u00e9e, plant\u00e9e au fond de son soubassophone baryton, fait corps avec un chamanique percussionniste, aux doigts serpentant tout schuss sur son djemb\u00e9. Un contrebassiste jambes \u00e9cart\u00e9es et muscles tendus, lance son archer au diapason des soubresauts du chef de fanfare. Ce dernier d\u00e9colle de plaisir les yeux dans les yeux avec, l\u2019accord\u00e9oniste \u2013 imposante femme z\u00e9br\u00e9e de pied en cap \u2013\u2013 et la violoniste \u2013\u2013 fr\u00eale virtuose en tee-shirt froiss\u00e9. Les cous des saxophoniste et trompettiste \u2013\u2013 un barbu en short autrichien et un ancien porte drapeau syndicaliste \u2013\u2013 frissonnent \u00e0 chaque souffle klezmer du chanteur au sourire ravageur. On est assis aux tables de piquenique ou d\u00e9j\u00e0 debout \u00e0 chalouper. Il fait chaud. On court \u00e0 la buvette. <strong>NOIR<\/strong> L\u2019\u0153il abandonn\u00e9 \u00e0 cet air de f\u00eate, soi balance entre un pass\u00e9 industriel \u00e0 la fixit\u00e9 rouill\u00e9e, et une nature en jach\u00e8re<em>. <\/em>On pi\u00e9tine la terre s\u00e8che de l\u2019arche sur rail \u2013\u2013 la friche n\u2019est pas loin du cimeti\u00e8re \u2013\u2013 on d\u00e9fie cette \u00e8re conqu\u00e9rante d\u2019ann\u00e9es prosp\u00e8res, ignorantes des recompositions et transformations avenirs. Habituellement, le cycliste de la voie verte situ\u00e9e en bordure du portique, ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 cette structure architecturale aussi mastoc que transparente. NOIR. Incidemment, <em>je \u2026<\/em> l\u00e8ve la t\u00eate le temps d\u2019une perspective aveuglante en mouvement. Alors, un d\u00e9tail, un \u00e9clatement&nbsp;du presque rien <em>m<\/em>\u2019appara\u00eet. Un point \u00e9clat\u00e9 \u00e0 hauteur de plateforme, clignote, se dilate, s\u2019\u00e9vanouit, se perd dans la diablerie de la fanfare. J\u2019entends des larmes brulantes fondues dans de petits rires obscurs flottant au-dessus du brouhaha de la foule. De derri\u00e8re mes verres \u00e0 double foyer, au risque de heurter qui me barrerait la route, <em>je m<\/em>\u2019immerge au milieu des danseurs et entre les tables<em>,<\/em> <em>m<\/em>\u2019\u00e9lance vers elle. <em>Ma<\/em> trajectoire traverse des bribes dilat\u00e9es de murmures.&nbsp;Il fait chaud. Les m\u00e2choires tremblantes, <em>j<\/em>\u2019hurle sans voix, <em>me<\/em> souvient de la phrase de Ren\u00e9 Char \u2013\u2013 <em>La lucidit\u00e9 est la blessure la plus rapproch\u00e9e du soleil.<\/em> Superpositions \u2013 <em>ma<\/em> peur, le soubassophone, la mort \u2013 <em>ma<\/em> peur, le saxophone, les violons, la vie \u2013 <em>ma<\/em> peur roule tambour sur<em> notre<\/em> solitude \u00e0 tous. Rose et <em>moi <\/em>\u2013\u2013 br\u00fblants, m\u00e9talliques, rouill\u00e9s, invisibles \u2013\u2013 basculons au bord de l\u2019immensit\u00e9 du ciel devenu orageux, dans le tableau d\u2019un paysage de nulle part. <strong>NOIR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4<\/strong> | NEUF COUPES &#8211; EXTERIEUR JOUR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En arri\u00e8re-plan, trou b\u00e9ant dans la t\u00f4le tagu\u00e9e d\u2019un hangar g\u00e9ant \u2013\u2013 traces du passage du train fant\u00f4me des Fr\u00e8res Lumi\u00e8re arrivant en gare, ou, temp\u00eate qui a fait d\u00e9luge&nbsp;? <strong>NOIR<\/strong> En ligne droite descendante, tache brune encore floue sur la plateforme de l\u2019Arche<strong> NOIR<\/strong> A vol d\u2019oiseau, surplombant la foule en all\u00e9gresse \u2013\u2013 fr\u00eale coupe au bol qui prend forme nettement \u2013\u2013 ombre d\u2019un golem filiforme en robe rouge et petites sandales en bord pr\u00eates pour l\u2019envol <strong>NOIR<\/strong> Dans l\u2019herbe pi\u00e9tin\u00e9e de la friche, une fanfare \u2013\u2013 tuyauteries d\u2019un soubassophone d\u00e9bordant de salive&nbsp;; \u00e9paisse peau du djemb\u00e9 retentissant jusqu\u2019\u00e0 ses plus hauts d\u00e9cibels&nbsp;; manche de contrebasse vrillant convulsivement autour de son pic&nbsp;; ou\u00efs des violons qui en pincent d\u00e9monstrativement pour leurs cordes&nbsp;; main gauche turbulente du chef de fanfare ne sachant plus si sa main droite fi\u00e9vreuse tiendra encore longtemps la route pour battre la mesure&nbsp;; le chanteur en position poirier, micro entre les jambes, reprend son souffle &nbsp;<strong>NOIR<\/strong> Derri\u00e8re une table, depuis un moment, Marianne, la libraire du village, suit des yeux <em>un jeune homme qui<\/em>\u2026 &nbsp;<strong>NOIR<\/strong> Se l\u00e8ve d\u2019un bond \u2013\u2013 traverse la foule, lentement, gravement, telle une coryph\u00e9e qui ca prendre la parole <strong>NOIR<\/strong> Centaines de claquements de nu-pieds h\u00e9sitants, sid\u00e9r\u00e9s, apeur\u00e9s, se dirigeant au bas de l\u2019Arche avec elle <strong>NOIR<\/strong> Les musiciens un \u00e0 un l\u00e2chent leurs instruments <strong>NOIR<\/strong>. Contagion progressive, la membrane humaine devient essaim \/ Alors, une volute sonore s\u2019\u00e9l\u00e8ve, on entonne a capella un fragile refrain, on le murmure ensemble en direction de Rose et, <em>du jeune homme qui\u2026 <\/em><strong>NOIR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5<\/strong> | FONDU ENCHAINE &#8211; INTERIEUR SOI<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u2019\u00e9crire que la moiti\u00e9 (Merci N.). S\u2019arr\u00eater avant m\u00eame. Garder en friche sans couper ras, mais couper. Savoir quand les huit mille signes sont atteints, revenir sur le refrain s\u2019il ronronne, le reconsid\u00e9rer encore. Attendre. Attendre sans tourment au bord d\u2019un point de bascule imminent. Marcher sans tricherie vers un \u00e9lan singulier, permettre ainsi \u00e0 la phrase de tenir le texte, et, avec M. Yourcenar (Merci G.) r\u00e9sister, aller uniquement vers <em>ce qui compte<\/em> [\u2026] <em>ce passage du moi [\u2026] \u00e0 ce qui importe davantage que moi, et de la po\u00e9sie qui s\u2019ajoute \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Edvard Munch &#8211; Sleepless Night. Self-Portrait in Inner Turmoil (1920) 1 | LE COMMENT DU MONDE &nbsp;Comment tenir&nbsp;au monde sans petits riens ? 2 | POUR LA ENIEME FOIS L\u2019HOMME QUI\u2026 INTERIEUR NUIT Quelques rares \u00e9clairages de phares de voitures, traversent les persiennes. 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