{"id":215731,"date":"2026-07-15T17:39:30","date_gmt":"2026-07-15T15:39:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=215731"},"modified":"2026-07-15T18:41:30","modified_gmt":"2026-07-15T16:41:30","slug":"chroniques-02-quelquun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-quelquun\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | Quelqu&rsquo;un"},"content":{"rendered":"\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-02-Vincent-Francey-2.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chroniques 02 Vincent Francey.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3dc3fc41-fb7d-4246-bbe2-51f66f15a9a8\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-02-Vincent-Francey-2.pdf\">Chroniques 02 Vincent Francey<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques-02-Vincent-Francey-2.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3dc3fc41-fb7d-4246-bbe2-51f66f15a9a8\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.&nbsp;&nbsp; Le monde<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Comment chanter sans un corps \u00e0 aimer\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.&nbsp;&nbsp; Autour de l\u2019homme<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Armoires ferm\u00e9es, blanches, une bande bois\u00e9e couleur poign\u00e9es. Sur la fen\u00eatre, des draps jaun\u00e2tres emp\u00eachent la lumi\u00e8re d\u2019\u00e9clairer trop brusquement le lit. Paroi de bois. Le thermom\u00e8tre indique 28 degr\u00e9s. Le radiateur est \u00e9teint. Sur une planche, un cahier ouvert, un stylo, des halt\u00e8res bleus, trois kilos, cinq kilos, un dessin d\u2019enfant. Sur la table de nuit, <em>Courier international<\/em>, un article sur Bollywood, des acteurs en devenir qui se r\u00eavent stars et qui v\u00e9g\u00e8tent aux alentours des studios. La lampe est \u00e9teinte. Le lit&nbsp;: sale. Un corps d\u2019homme, tr\u00e8s blanc. Un corps de femme, tout aussi blanc. Acc\u00e9l\u00e9rer le mouvement. Le velux est ouvert sur un ciel nuageux. Une machine pour faire du sport, noire&nbsp;: on a pos\u00e9 sur elle un \u00e9lastique. Le mur est blanc. La porte est ouverte sur un escalier, d\u2019autres portes, un piano \u00e9lectrique. Un miroir. Le mur blanc dans le miroir puis encore les armoires, encore la fen\u00eatre, la paroi, la table de nuit et les deux corps, toujours plus blancs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.&nbsp;&nbsp; Impressions parisiennes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un et ce sont plusieurs livres. Ce sera un pav\u00e9. Comme en soixante-huit. Cela s\u2019appelle et s\u2019appellera <em>Impressions parisiennes<\/em>. Chaque ann\u00e9e, je monterai \u00e0 Paris. Je n\u2019y ferai pas fortune. J\u2019y prendrai la temp\u00e9rature. Je serai un sempiternel touriste. J\u2019\u00e9crirai dans un carnet jaune. Assis sur un banc, attabl\u00e9 dans une brasserie, couch\u00e9 dans ma chambre d\u2019h\u00f4tel, j\u2019\u00e9crirai. Je prendrai des photos. J\u2019aurai l\u2019air d\u2019un touriste ordinaire&nbsp;: mus\u00e9es, monuments, th\u00e9\u00e2tres et gueuletons. Je serai un touriste ordinaire. Cela dure ou durera trois ou quatre jours mais ce sera chaque ann\u00e9e. Cela ne sera pas toujours aux m\u00eames dates mais c\u2019est au printemps que Paris m\u2019attire. Il y aura aussi des chansons, parce que \u00e7a vient tout seul dans la t\u00eate, en lisant le nom des places, <em>Place Dauphine, Place Blanche, Place de la Bastille<\/em>, et les po\u00e8tes aussi seront l\u00e0, en statues, en vers d\u2019oreille, <em>Le sang de votre Sacr\u00e9-C\u0153ur m\u2019a inond\u00e9 \u00e0 Montmartre<\/em>, en petites rues qu\u2019on croise \u00e0 l\u2019improviste. C\u2019est et ce sera un livre de marcheur. Chaque ann\u00e9e, je sortirai une seule fois de Paris, je poserai le pied \u00e0 Neuilly, \u00e0 Pantin, \u00e0 Charenton. Je rencontrerai des Parisiennes qui me feront visiter des lieux insolites et me prendront en photo devant des sculptures ignobles. Je reviendrai soulag\u00e9. Je retrouverai le calme de ma campagne romande. Je ferai un livre, je ferai des livres \u00e0 partir de tout cela, et un an plus tard je repartirai pour Paris en TGV, je chercherai un nouvel h\u00f4tel, me m\u2019ach\u00e8terai un nouveau carnet jaune, je piquerai le stylo de l\u2019h\u00f4tel pour \u00e9crire et mon livre deviendra chaque ann\u00e9e plus touffu. Un jour peut-\u00eatre, je saurai me rep\u00e9rer. Ce jour-l\u00e0, le livre sera fini. Mais je ne sais me rep\u00e9rer nulle part. Le livre ne fait que commencer.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.&nbsp;&nbsp; Journal d\u2019\u00e9criture&nbsp;: Roman photos<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je veux saisir l&rsquo;instant pr\u00e9cis o\u00f9 l&rsquo;on passe d&rsquo;une photo \u00e0 la suivante, apr\u00e8s combien de circonvolutions, selon quel saut, avec quelle logique invisible. Je pensais que ce serait long, ce passage, mais c&rsquo;est souvent tr\u00e8s court (trop ?). Je veux saisir la continuit\u00e9 derri\u00e8re la rupture, le temps qui passe entre deux flashs. Je veux saisir l\u2019homme derri\u00e8re l\u2019appareil-photo mais que ce ne soit pas moi. Je veux saisir le son des images. Je veux saisir la pr\u00e9sence des absents, les fant\u00f4mes d\u2019appartement, les d\u00e9sirs, les regrets dans le bois, dans la terre, sur les routes, partout o\u00f9 je fus. Est-ce saisir que je veux&nbsp;? Toucher serait suffisant. Est-ce que je veux&nbsp;? \u00c0 peine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5.&nbsp;&nbsp; L\u2019envers<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il manque quelqu\u2019un. Cela s\u2019\u00e9crit-il, ce quelqu\u2019un qui manque&nbsp;? Emp\u00eache. Cela s\u2019emp\u00eache. Je m\u2019emp\u00eache. D\u2019\u00e9crire. De trouver ce quelqu\u2019un qui manque. On touche au but, on le fr\u00f4le, il s\u2019en va. P\u00eache. Le poisson est trop beau pour l\u2019hame\u00e7on. Le p\u00eacheur pressent qu\u2019il ne veut pas que le poisson soit p\u00each\u00e9. Il tend un fil au-dessus de l\u2019eau mais jamais le fil ne p\u00e9n\u00e8tre sous l\u2019eau. Qui s\u2019est noy\u00e9&nbsp;? C\u2019est cela qu\u2019il faudrait \u00e9crire&nbsp;: ce qui se trouve sous l\u2019eau.&nbsp;Mais rien ne se trouve. Les poissons meurent de n\u2019\u00eatre pas p\u00each\u00e9s. Les sir\u00e8nes. Il y a, je le pressens et je m\u2019en emp\u00eache, de la cruaut\u00e9 dans cet envers de l\u2019\u00e9criture, de la violence, de la mort. Il faut se m\u00e9fier de l\u2019eau qui dort, dit-on. Je r\u00eave de r\u00e9veiller l\u2019eau mais m\u2019en garde bien. Je ferais un bon gardien de prison si le prisonnier \u00e9tait moi-m\u00eame. Moi-m\u00eame enferm\u00e9 en moi-m\u00eame. Quelqu\u2019un passe. Personne ne s\u2019arr\u00eate. J\u2019\u00e9cris ce qui passe pour \u00e9viter que s\u2019arr\u00eate ce qui ne s\u2019\u00e9crit pas. Et je n\u2019arr\u00eate pas d\u2019\u00e9crire pour que ce qui passe ne s\u2019arr\u00eate pas. Le poisson meurt. Les sir\u00e8nes continuent \u00e0 faire semblant de ne pas exister. Quelqu\u2019un manque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1.&nbsp;&nbsp; Le monde Comment chanter sans un corps \u00e0 aimer\u00a0? 2.&nbsp;&nbsp; Autour de l\u2019homme Armoires ferm\u00e9es, blanches, une bande bois\u00e9e couleur poign\u00e9es. Sur la fen\u00eatre, des draps jaun\u00e2tres emp\u00eachent la lumi\u00e8re d\u2019\u00e9clairer trop brusquement le lit. Paroi de bois. Le thermom\u00e8tre indique 28 degr\u00e9s. Le radiateur est \u00e9teint. 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