{"id":216003,"date":"2026-07-17T10:57:53","date_gmt":"2026-07-17T08:57:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216003"},"modified":"2026-07-17T12:21:03","modified_gmt":"2026-07-17T10:21:03","slug":"chroniques-semaine-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-semaine-02\/","title":{"rendered":"chroniques | semaine #02"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 | Commet vivre sans \u2026.<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment vivre sans for\u00eats&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">note : gros chagrin de voir la for\u00eat de Fontainebleau partiellement partie en fum\u00e9e, ce bois de pins, de foug\u00e8res, de moraines sablonneuses, de gr\u00e8s aux formes remarquables que j\u2019aime tant et dont je parlais encore dans la chronique 01 (Carrefour du Levraut).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 | L&rsquo;\u00e9glise de Brian\u00e7onnet<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un roi au visage fig\u00e9, la bouche l\u00e9g\u00e8rement entrouverte. Il ne poss\u00e8de qu\u2019un tronc, les bras plaqu\u00e9s contre le corps sous une houppelande de bois dor\u00e9. Il s&rsquo;agit de ces statues de bois qu\u2019on m\u00e8ne en procession les jours de f\u00eate. Il est pos\u00e9 dans l&rsquo;entr\u00e9e. Sur lui tombe un reste de jour violent. Les murs de l&rsquo;\u00e9glise sont en pierre d&rsquo;un jaune clair simplement gratt\u00e9. Ils se terminent au plafond par une vo\u00fbte de bois sombre entrelac\u00e9 qui court tout au long de la nef. Le corps de l&rsquo;\u00e9glise est tr\u00e8s simple : un bateau retourn\u00e9. Pas de niches, pas d&rsquo;alc\u00f4ves. Des bancs de part et d&rsquo;autre d&rsquo;une all\u00e9e qui se termine \u00e0 l&rsquo;autel. Accroch\u00e9s aux murs, des tableaux, sans doute de l&rsquo;\u00e9cole des Br\u00e9a, peintres de retables ni\u00e7ois du XVe si\u00e8cle. Le premier tableau repr\u00e9sente une Vierge immense qui tient sous son manteau pourpre une foule de fid\u00e8les. Elle occupe presque tout l&rsquo;espace. Le ciel \u00e9toil\u00e9 d&rsquo;un bleu tr\u00e8s fonc\u00e9 qui entoure sa t\u00eate voil\u00e9e semble \u00e9triqu\u00e9.&nbsp; Le mur du fond derri\u00e8re l&rsquo;autel est perc\u00e9 &nbsp;d&rsquo;une petite fen\u00eatre devant laquelle se trouve une statue dor\u00e9e de la Vierge. L&rsquo;autel est recouvert d&rsquo;une nappe blanche. Devant cet autel, une jeune femme joue de l\u2019oud. Son visage est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 vers la droite, les yeux mi-clos, dans une sorte de crispation douloureuse. L\u2019oud produit des sons complexes : un bourdon grave, des variations microtonales dans les aigus&nbsp;: une m\u00e9lop\u00e9e m\u00e9lancolique venue du Moyen-Orient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques spectateurs se tiennent debout \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la nef, devant la statue du roi, pour regarder le concert de loin. Ils oscillent entre le d\u00e9sir de rester et celui de partir. Sous le tableau de la Vierge, un couple d&rsquo;amoureux. La main de la jeune femme court le long du banc d&rsquo;\u00e9glise. Ses ongles sont vernis d&rsquo;un rouge l\u00e9g\u00e8rement \u00e9caill\u00e9. La jeune joueuse d\u2019oud se l\u00e8ve, puis se rassoit pour r\u00e9accorder son instrument. Elle raconte une plaisanterie: la moiti\u00e9 du temps, les joueurs d\u2019oud accordent leur instrument ; l&rsquo;autre moiti\u00e9, ils jouent faux. Un rire l\u00e9ger parcourt l&rsquo;assembl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Assise au fond de l&rsquo;\u00e9glise, une femme a oubli\u00e9 de mettre son t\u00e9l\u00e9phone sur silencieux. La sonnerie retentit au milieu du solo. Une l\u00e9g\u00e8re crispation traverse l&rsquo;assembl\u00e9e. Elle se pr\u00e9cipite pour l&rsquo;\u00e9teindre, confuse. La g\u00eane qu&rsquo;elle ressent se propage en cercles autour d&rsquo;elle. La Vierge, sur le tableau a la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9e vers la gauche. Ses bras \u00e9cartent les pans de son manteau. La jeune joueuse d\u2019oud entame le dernier morceau, une pi\u00e8ce qu&rsquo;elle a \u00e9crite au printemps dans laquelle on entend la floraison des amandiers.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 | Et moi qui ai d\u00e9j\u00e0 beaucoup voyag\u00e9.<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon livre de voyage existe d\u00e9j\u00e0 en puissance. Il prend la forme de chroniques \u00e9crites entre 2012 et 2018, lorsque je vivais \u00e0 Shanghai. Lorsque j&rsquo;ai extrait ces textes de mon blog et les ai r\u00e9unis dans un document Word, j&rsquo;ai obtenu un document long de 400 pages. Il y a la mati\u00e8re d&rsquo;un livre de voyage d&rsquo;environ 200 pages, \u00e0 condition d&rsquo;op\u00e9rer une s\u00e9lection exigeante. Maid &nbsp;comment organiser cet ensemble&nbsp;? Devais-je suivre le fil chronologique au rythme de mes \u00e9tonnements successifs ? Devais-je organiser les textes en th\u00e9matique, les enrichir et les mettre en perspective ?&nbsp; J&rsquo;ai opt\u00e9 pour l\u2019ordre chronologique, supprim\u00e9 (presque) tout ce qui relevait de mes \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me du moment qui n&rsquo;apportait plus grand-chose. Il m&rsquo;a aussi sembl\u00e9 utile d&rsquo;ajouter, a posteriori, quelques \u00e9clairages sur la culture, la politique ou la soci\u00e9t\u00e9 chinoise pour restituer un eu de la Chine que j&rsquo;ai connue entre 2010 et 2019. (J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 tenir officiellement mon blog en 2012, mais d\u00e8s 2010, j&rsquo;\u00e9crivais d\u00e9j\u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 mes amis, et ces textes constituent eux aussi une partie de cette m\u00e9moire). \u00c0 la relecture, ce sont&nbsp; ces observations du quotidien qui me plaisent : la rue chinoise, la vie ordinaire des pousseurs de cartons et des marchandes de fruit, les tonalit\u00e9s de la langue et le grondement du fleuve, le fonctionnement des entreprises, les comportements des employ\u00e9s et l\u2019esth\u00e9tique, le poids du pass\u00e9 \u2014 ou plut\u00f4t son absence, cons\u00e9quence d&rsquo;une amn\u00e9sie organis\u00e9e par le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4 | Franchissement h\u00e9sitant<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille depuis la fin de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re sur un projet de s\u00e9rie dont le personnage principal est un homme d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, que j&rsquo;ai appel\u00e9 Morvan. L&rsquo;histoire se d\u00e9roule dans la Bretagne int\u00e9rieure, autour d&rsquo;un abattoir. Arriv\u00e9 r\u00e9cemment dans la r\u00e9gion pour suivre sa compagne, Morvan ne parvient pas \u00e0 trouver un emploi correspondant \u00e0 ses comp\u00e9tences. De guerre lasse et pour faire vivre son foyer, il accepte une mission d&rsquo;int\u00e9rim dans un abattoir industriel. Il d\u00e9couvre alors le travail de nuit, le sang, les excr\u00e9ments, la violence inflig\u00e9e aux animaux comme aux hommes, mais aussi une forme de rude solidarit\u00e9 entre ces ouvriers de la viande. Au cours de l&rsquo;une de ses premi\u00e8res nuits de travail, Morvan provoque, de mani\u00e8re totalement involontaire, la contamination d&rsquo;une carcasse. Cette erreur est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie d&rsquo;E. coli mortelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la version actuelle du sc\u00e9nario, Morvan ne comprend pas imm\u00e9diatement qu&rsquo;il est \u00e0 l&rsquo;origine de la catastrophe. Et lorsqu&rsquo;il finit par l&rsquo;admettre, il se r\u00e9fugie dans une forme de d\u00e9ni. Cette r\u00e9action me para\u00eet profond\u00e9ment vraisemblable. J&rsquo;ai le sentiment que, dans une telle situation, beaucoup d&rsquo;entre nous chercheraient d&rsquo;abord \u00e0 pr\u00e9server leur emploi, leur famille, leur \u00e9quilibre mat\u00e9riel. Nous am\u00e9nageons souvent le r\u00e9cit que nous faisons de nos actes afin de rendre notre responsabilit\u00e9 supportable. Cette part de faiblesse, ce caract\u00e8re \u00ab humain, trop humain \u00bb, me touche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, ce r\u00e9alisme psychologique semble entrer en conflit avec les exigences de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e. Un protagoniste de s\u00e9rie ne peut rester longtemps passif. Il doit \u00eatre travers\u00e9 par un conflit qui le pousse \u00e0 agir. Au cin\u00e9ma comme dans les s\u00e9ries, l&rsquo;action r\u00e9v\u00e8le le personnage ; elle ne peut \u00eatre remplac\u00e9e par le seul mouvement int\u00e9rieur de sa conscience. L\u00e0 o\u00f9 un roman peut consacrer plusieurs pages aux h\u00e9sitations, aux accommodements de la mauvaise foi ou aux oscillations de la culpabilit\u00e9, la fiction audiovisuelle exige que ces tensions se traduisent en d\u00e9cisions, en actes, en cons\u00e9quences visibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas encore comment r\u00e9soudre cette tension entre v\u00e9rit\u00e9 humaine et efficacit\u00e9 dramaturgique et d\u00e9terminer quel type de personnage je veux \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dois-je conserver cet homme ordinaire, presque trop r\u00e9aliste, qui subit les \u00e9v\u00e9nements avant d&rsquo;agir et compose avec sa conscience pour continuer \u00e0 vivre ? Ou bien faut-il accepter de le rendre plus romanesque, plus radical dans ses choix : plus moral ou plus immoral, plus courageux ou plus l\u00e2che, plus tourment\u00e9 ou plus froid, afin que le conflit int\u00e9rieur se transforme en v\u00e9ritable moteur dramatique ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est qui constitue aujourd&rsquo;hui le c\u0153ur de mon h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5 | L&rsquo;autre moiti\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | Commet vivre sans \u2026. 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