{"id":216102,"date":"2026-07-18T10:20:12","date_gmt":"2026-07-18T08:20:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216102"},"modified":"2026-07-18T10:20:12","modified_gmt":"2026-07-18T08:20:12","slug":"chroniques-02-googie-style","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-googie-style\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | Googie style"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_02.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chroniques_#02.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-13bdee46-6898-4b06-918a-3443d42ba46b\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_02.pdf\">Chroniques_#02<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_02.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-13bdee46-6898-4b06-918a-3443d42ba46b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | du monde\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment \u00e9couter le monde sans st\u00e9thoscope performant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oklahoma City 30 juillet 2022, 21h05<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La main sur la poign\u00e9e de la porte, entendre le clic d\u2019ouverture, ouvrir en grand la chambre num\u00e9ro 10, entrer. L\u2019espace d\u2019un instant, le regard balaie toute la pi\u00e8ce de gauche \u00e0 droite de haut en bas. Poser le pied sur la moquette moelleuse de couleur vert sauge (insolite), recevoir le halo de lumi\u00e8re du plafonnier, un lustre satellite dont les diff\u00e9rentes branches se terminent par une ampoule basse consommation au culot argent. Cette chambre de motel ne ressemble pas \u00e0 celles habituellement pratiqu\u00e9es. Elle rev\u00eat un aspect int\u00e9rieur \u00e9tonnant, entre deux styles. L\u2019un qui fait appel \u00e0 plus d\u2019un demi-si\u00e8cle en arri\u00e8re, l\u2019autre qui tente la modernit\u00e9. Impression dominante, comme si ce b\u00e2timent devait prendre une revanche sur le pass\u00e9, \u00e9loigner les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues sur les motels, pour la plupart devenus v\u00e9tustes,&nbsp;<em>has been<\/em>, \u00e9trangl\u00e9s par les nouvelles cha\u00eenes h\u00f4teli\u00e8res bordant les US Highways. On en voit encore sur la 66, \u00e0 l\u2019abandon, d\u00e9pouill\u00e9s de leur faste des ann\u00e9es 1920 et suivantes. Il faut s\u2019imaginer leur grande p\u00e9riode de splendeur dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 90, p\u00e9riode qui a contribu\u00e9 \u00e0 tricoter ce mythe du voyageur motoris\u00e9 astreint \u00e0 faire des pauses sur le long chemin qui imposait de nombreuses heures de route pour traverser le pays. Aujourd\u2019hui, ce clich\u00e9, qui ne va pas sans \u00e9voquer les&nbsp;<em>diners,<\/em>&nbsp;se voit rena\u00eetre de ses cendres. Le&nbsp;<em>Classen Inn Superette<\/em>&nbsp;construit en1963 dans la pure tradition du milieu du&nbsp;<sub>XX<\/sub><sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, architecture Googie d\u2019inspiration&nbsp;<em>spatial design<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>atomic age<\/em>, r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9, en est un exemple. \u00c0 ce moment, les pieds sur la moquette, tout s\u2019enchaine&nbsp;: la fen\u00eatre et son rideau court et \u00e9pais \u00e0 l\u2019imprim\u00e9 rappelant les ann\u00e9es 70, la structure du lit en bois sombre, tablettes de chevet int\u00e9gr\u00e9es au lit, r\u00e9veil design et t\u00e9l\u00e9commande de TV pos\u00e9s \u00e0 droite du lit, appliques de lecture viss\u00e9es au mur rev\u00eatu d\u2019un papier peint bicolore repr\u00e9sentant des foug\u00e8res vert de gris sur fond cr\u00e8me, et au-dessus de la t\u00eate de lit, panneau recouvert d\u2019un tissu vert vertigo, une bouche \u00e9norme en guise de tableau d\u00e9coratif dans des tons pastels de bleu, rose et blanc, \u00e0 sa droite une enfilade de pat\u00e8res en bois, le lit sur lequel repose un couvre-lit chenille \u00e0 franges de couleur safran, quatre oreillers \u00e0 taie blanche et un coussin d\u00e9coratif reposent verticalement sur la t\u00eate de lit, sur le mur suivant, un coin cuisine surmont\u00e9 d\u2019un bloc de climatisation, four \u00e0 micro-ondes, mat\u00e9riel pour un th\u00e9, un caf\u00e9, du sucre, verres et tasses sur un petit plateau rond, un mini frigidaire et un tabouret, un coin salle de bains\/<sub>WC<\/sub>&nbsp;non visible, dans le retrait, on devine le d\u00e9but d\u2019une installation lavabo, puis sur le mur abritant la salle humide, face \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e, est repr\u00e9sent\u00e9e une peinture aux courbes g\u00e9om\u00e9triques de couleurs safran, bleu m\u00e9tal et vert kaki, adoss\u00e9 au mur, un banc en bois \u00e0 dossier. La porte se referme et le rideau de la fen\u00eatre est tir\u00e9, un filet de lumi\u00e8re artificielle filtre de la jonction des deux pans des rideaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019architecture est le grand livre de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019expression principale de l\u2019homme \u00e0 ses divers \u00e9tats de d\u00e9veloppement, soit comme force, soit comme intelligence<\/em>, Victor Hugo dans&nbsp;<em>Notre Dame de Paris<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | \u00e9crire avec clarice lispector<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas tant le voyage lui-m\u00eame, l\u2019id\u00e9e abstraite d\u2019un d\u00e9placement d\u2019un point pr\u00e9cis \u00e0 un autre beaucoup plus \u00e9loign\u00e9, que la route qui se trace entre ces deux points qui m\u2019importe. C\u2019est ce pr\u00e9sent qui nous habite ensuite toute une vie et s\u2019inscrit au plus profond de nous. La route, exp\u00e9rience chaque fois unique, grave ses sillons dans notre ADN pour ne jamais s\u2019en \u00e9chapper. Et dans l\u2019impossibilit\u00e9 de la vivre en physique, trouver la force de la suivre mentalement jusqu\u2019au bout. Oui, je peux affirmer que j\u2019ai eu la chance de beaucoup voyager et si ce concept a rev\u00eatu au fil du temps des aspects multiples, des attentes diff\u00e9rentes, je dois avouer que, contrairement \u00e0 la citation de Clarice Lispector*, j\u2019ai encore le d\u00e9sir de partir sur les routes, d\u2019enclencher le mouvement, de vibrer \u00e0 son \u00e9vocation, l\u2019\u00e9crire et le diffuser de toutes les mani\u00e8res possibles. L\u2019\u00e9criture d\u2019un livre n\u2019est pas forc\u00e9ment un but en soin, car il n\u2019est pas simple de restituer l\u2019exp\u00e9rience de ce v\u00e9cu d\u00e8s lors qu\u2019on se pose la question. Dans l\u2019absolu, retrouver tous les \u00e9crits soigneusement empil\u00e9s dans les tiroirs du bureau ou les dossiers de l\u2019ordinateur et vouloir les regrouper dans un livre me semble logique. Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est de trouver la forme que pourrait prendre ce r\u00e9cit. Alors, je me nourris des mots \u00e9crits sur des carnets et ailleurs, je remonte l\u2019historique des dossiers de milliers de photos d\u00e9pos\u00e9es sur des disques durs et mentalement, je les associe, je cr\u00e9e mon voyage virtuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">*&nbsp;<em>Et moi qui ai d\u00e9j\u00e0 beaucoup voyag\u00e9 et qui ne veux plus voyager, comment se fait-il que je n&rsquo;aie jamais eu ni n&rsquo;aurai jamais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire un livre de voyages ?<\/em>&nbsp;C. L.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019\u00e9tait lundi. L\u2019id\u00e9e de r\u00e9activer le journal hebdomadaire sur mon blog me pla\u00eet. Retrouver l\u2019\u00e9quilibre d\u2019une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re, apaisante, rassurante. Ouvrir l\u2019espace, observer autour, capter les petits riens, les faire exister pour soi, pour \u00e9veiller ce qui dort en nous. Remplir le carnet de notes, r\u00e9activer le geste. Prendre ce temps de mise en marge impos\u00e9e par l\u2019\u00e9criture. Appr\u00e9cier. Lundi 13 juillet, j\u2019ai \u00e9crit ces quelques mots dans l\u2019application notes de mon t\u00e9l\u00e9phone. Les voici&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7 heures du matin et d\u00e9j\u00e0 une temp\u00e9rature ext\u00e9rieure de 27 degr\u00e9s. Je marche d\u2019un pas soutenu en direction du tram. La rue est calme. D\u2019une fen\u00eatre ouverte, on per\u00e7oit le bruit d\u2019un ventilateur. Avec cette temp\u00e9rature inutile d\u2019esp\u00e9rer la faire baisser, les murs ont emmagasin\u00e9 la chaleur et retrouver une ambiance propice \u00e0 un meilleur confort prendra du temps. Je suis seule \u00e0 attendre le tram E qui s\u2019arr\u00eatera aux Quinconces faute de pouvoir poursuivre en raison des travaux effectu\u00e9s sur le Pont de Pierre depuis trois \u00e9t\u00e9s maintenant. Alors je descends 2 arr\u00eats plus loin, place Ravezies, et j\u2019attends le bus 7 ou le 27, peu importe, l\u2019un ou l\u2019autre me conduira jusqu\u2019au pont Chaban o\u00f9 je prendrai le bus 25 qui me d\u00e9posera \u00e0 un arr\u00eat proche de mon travail. Voil\u00e0 deux semaines que je ne suis pas sortie de chez moi avec cette canicule, la troisi\u00e8me depuis fin mai. Chacun des trois derniers mois a eu son lot de fortes chaleurs avec un thermom\u00e8tre affichant jusqu\u2019\u00e0 46 degr\u00e9s. Les corps sont mis \u00e0 rude \u00e9preuve et je dois dire que je me sens us\u00e9e, fatigu\u00e9e. En ville, la circulation est moins dense. Beaucoup de citadins ont fui la ville pour rejoindre des destinations certainement moins impact\u00e9es par les grandes chaleurs. Du moins, j\u2019ose le croire. J\u2019attends le bus 25 au pied du pont Chaban. Le ciel est un peu brumeux, charg\u00e9 d\u2019humidit\u00e9. Le soleil monte lentement dans le ciel p\u00e2le. Un l\u00e9ger filet d\u2019air, \u00e0 peine perceptible, balaie la rue Lucien Faure. Contrairement au tram E et au bus 27, le bus 25 b\u00e9n\u00e9ficie ce matin de la climatisation. Il fait bon contrairement \u00e0 la temp\u00e9rature que je trouverai dans mon bureau. Hall d\u2019accueil, personne. Cour centrale, personne. Il fait une chaleur \u00e9touffante dans l\u2019ascenseur et 32 degr\u00e9s dans mon bureau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00e0 vous la cantonade\u00a0!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire, \u00e9crire, \u00e9crire, mais jusqu\u2019o\u00f9&nbsp;? Atteindre un jour la fronti\u00e8re du politiquement correct en \u00e9criture et se perdre un instant dans l\u2019ombre des mots stagnant dans un espace infranchissable. C\u2019est un sentiment que l\u2019on per\u00e7oit un jour, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, un d\u00e9rapage, une glissade p\u00e9rilleuse qu\u2019il est d\u2019usage d\u2019\u00e9carter. Faire demi-tour, revenir sur un terrain connu, plus confortable, moins glissant, et abandonner dans l\u2019ombre de la feuille les mots cach\u00e9s, le mots tus, les mots envahissants. \u00c9voquer \u00e0 demi-mot ce qui aurait pu \u00eatre dit, faire entendre ce qui est tu, \u00eatre attentif \u00e0 ce qui peut \u00eatre entendu, compris. Poss\u00e9der cette conscience d\u2019\u00e9criture, la maturit\u00e9 des mots pour les porter \u00e0 la limite extr\u00eame de cette fronti\u00e8re, celle que l\u2019on s\u2019est fix\u00e9.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | du monde\u00a0 Comment \u00e9couter le monde sans st\u00e9thoscope performant 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Oklahoma City 30 juillet 2022, 21h05 La main sur la poign\u00e9e de la porte, entendre le clic d\u2019ouverture, ouvrir en grand la chambre num\u00e9ro 10, entrer. 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