{"id":216286,"date":"2026-07-18T18:00:12","date_gmt":"2026-07-18T16:00:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216286"},"modified":"2026-07-18T18:10:08","modified_gmt":"2026-07-18T16:10:08","slug":"chroniques-03-dernier-dimanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-03-dernier-dimanche\/","title":{"rendered":"#chroniques #03 | dernier dimanche"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-03-dernier-dimanche.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques #03 - dernier dimanche.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3b75e9bd-1b40-4c86-aa89-967ae21a4eb6\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-03-dernier-dimanche.pdf\">chroniques #03 &#8211; dernier dimanche<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques-03-dernier-dimanche.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3b75e9bd-1b40-4c86-aa89-967ae21a4eb6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | DU MONDE&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9COUTE LE MONDE INFINI, TOUJOURS NICH\u00c9 \u00c0 L\u2019INT\u00c9RIEUR DE NOUS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 venir, lundi 20 ou mardi 21 juillet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<br>LE DERNIER DIMANCHE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le dimanche \u00e0 partir duquel s\u2019est ouvert l\u2019immense nuit de l\u2019apr\u00e8s, un dimanche \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, presque comme les autres. Presque. Elle n\u2019a pas touch\u00e9 \u00e0 son petit d\u00e9jeuner. \u00c0 midi, elle a simplement mang\u00e9 un yaourt, bon, de ceux qu\u2019il lui apporte. Apr\u00e8s le yaourt, elle a dit qu\u2019elle aimerait prendre un bain quand elle sortirait. On a du temps le dimanche. Ils le passent ensemble. Il la sent faible. Elle est rest\u00e9e assise un moment au bord du lit. Il a vu sa jambe gonfl\u00e9e, \u00e0 la peau tendue, \u00e9chauff\u00e9e. Il ira demander une poche de glace tout \u00e0 l\u2019heure. Elle parle peu, parfois prend son t\u00e9l\u00e9phone, le pose, puis dort. R\u00eave-t-elle aux dimanches \u00e0 venir, une fois sortie, \u00e0 ceux qu\u2019elle aimerait revivre, au bord de l\u2019eau, \u00e0 la montagne? Elle se r\u00e9veille, dit quelques mots qu\u2019il ne comprend pas. Elle dit que ce n\u2019est pas grave, referme les yeux. Il se dit qu\u2019il a encore oubli\u00e9 le manteau, qu\u2019il faut qu\u2019il y pense pour le jour o\u00f9 elle sortira. Elle lui dit qu\u2019elle aimerait aller \u00e0 Paris, enfin, elle dit on ira \u00e0 Paris, quand j\u2019irai mieux. \u00c7a le r\u00e9jouit. Il lui dit que les turbans qu\u2019elle a command\u00e9s lui vont bien. Elle le remercie de les lui avoir apport\u00e9s. Il pense \u00e0 Belle-\u00eele. Nous sommes dimanche, se dit-il, et je pense \u00e0 Belle-\u00cele puis il se dit qu\u2019ils y retourneront, en voilier, il demandera \u00e0 son ami skipper, il lui fera la surprise. Elle adorera. Il se demande ce qu\u2019il va lui apporter le lendemain, quelque chose qu\u2019elle pourrait manger. Elle n\u2019a pas touch\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il avait laiss\u00e9 dans la glaci\u00e8re, \u00e0 part le yaourt. Il la laisse dormir, \u00e9crit quelque chose dans son carnet, on ne sait pas quoi. Sur la table de nuit, il y a ses lettres non lues. Il se dit qu\u2019elle les lira ce soir, quand il serait parti ou le lendemain, lundi matin, avant de recevoir son traitement. Ils \u00e9taient tous les deux dans un dimanche presque comme les autres, le dernier dimanche avant le jour o\u00f9 les m\u00e9decins d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019arr\u00eater les traitements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<br>GROS PLAN SUR DES CHEVEUX BLANCS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est assis sur la chaise, derri\u00e8re la petite table d\u00e9barrass\u00e9e du plateau-repas qu\u2019elle n\u2019a pas touch\u00e9. Il la regarde. Elle dort. Ses longs doigts pendent en dehors du lit. Il la regarde, se l\u00e8ve, s\u2019approche, scrute son corps, commence par les doigts, fins comme jamais. Elle a retir\u00e9 toutes ses bagues qu\u2019elle garde dans la pochette en feutre, dans le tiroir de la table de nuit. Il la regarde, suit les veines le long de l\u2019avant-bras sous la peau si fine. Tout est fin dans ce corps qu\u2019il regarde infiniment lentement, ralentissant le regard autant qu\u2019il le peut. Il s\u2019approche tout \u00e0 fait pr\u00e9cautionneusement, ses semelles semblant glisser sur le lino. Infiniment lentement donc, tout en se rapprochant, il remonte maintenant au coude \u00e0 la peau s\u00e8che suit le bras jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9paule, s\u2019arr\u00eate au tatouage. Plan serr\u00e9 sur le tatouage. Il s\u2019en approche encore, suit les lignes, les ombres, le d\u00e9tail de chacune des fleurs dont il connait le nom, une fleur pour chacun de ses enfants. Ses yeux en sont \u00e0 la toucher. Ils changent de direction, poursuivent le tatouage jusqu\u2019\u00e0 la poitrine, l\u00e0 o\u00f9 est plac\u00e9 le PAC, sur lequel sa petite fille posait le doigt, demandait c\u2019est quoi \u00e7a? et elle est o\u00f9 ma fleur?. Il regarde le PAC, longtemps, l\u2019effleure, se demande si elle sent son souffle. Son regard remonte dans le cou, sur lequel il a envie de d\u00e9poser un baiser le long des lignes dessin\u00e9es par les veines, ente les branches du sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien, juste au-dessus des clavicules, dans ce petit creux triangulaire. Il prend un peu de recul. Il la regarde, prend la chaise derri\u00e8re lui sans se retourner, la pose silencieusement et s\u2019assied. Il pose ses coudes sur les cuisses, rase le cou des yeux, s\u2019arr\u00eate sur les joues, en observe les poils si fins qu\u2019ils sont presque invisibles, les suit jusqu\u2019aux yeux, ferm\u00e9s, caresse les tempes des siens et revient aux sourcils, bruns, fonc\u00e9s, bien dessin\u00e9s, cerclant les orbites enfonc\u00e9es. Il s\u2019arr\u00eate \u00e0 la tempe \u00e0 nouveau, sur ce petit creux cr\u00e9\u00e9 par la maigreur. Puis il va aux cheveux \u00e0 la vitesse de l\u2019immobilit\u00e9. Il les regarde d\u2019on ne peut plus pr\u00e8s, se dit qu\u2019elle ne les a jamais perdus, la coquette, qui, il y a deux jours avait demand\u00e9 la coiffeuse. Il s\u2019arr\u00eate sur la m\u00e8che blanche, coiff\u00e9e en arri\u00e8re, s\u2019en approche encore pourrait en compter les cheveux. Il ferme les yeux. Et pleure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">qu\u2019est-ce qu\u2019on transporte sous ses semelles quand on quitte la derni\u00e8re chambre le dernier dimanche\u00a0?<br>peut-on le savoir, alors qu\u2019on n\u2019a plus peur et qu\u2019on pr\u00e9pare l\u2019apr\u00e8s?<br>sait-on d&rsquo;abord que c\u2019est la derni\u00e8re, que c\u2019est le dernier\u00a0?<br>sans l\u2019imaginer, ni le pr\u00e9parer vraiment, peut-on quand m\u00eame l\u2019attendre, l\u2019apr\u00e8s\u00a0?<br>en sortant de la chambre, que transporte-t-on sous ses semelles inqui\u00e8tes\u00a0?<br>pense-t-on \u00e0 la jonquille ramass\u00e9e au matin en allant chercher le pain\u00a0?<br>se demande-t-on ce qui fait gonfler la jambe douloureuse\u00a0?\u00a0<br>peut-on \u00e9chapper aux questions qui collent aux semelles\u00a0?<br>oublie-t-on les hiboux qu\u2019on a vus dans le c\u00e8dre, le matin-m\u00eame de ce dernier dimanche\u00a0?<br>au tout dernier moment, quand on franchit la porte de la chambre que l\u2019on quitte, que traine-t-on encore sous les semelles soucieuses\u00a0?<br>lorsqu\u2019on sera rentr\u00e9, chez soi, les essuiera-t-on\u00a0?<br>ou bien retournera-t-on les chaussures, dont on regardera les semelles, en se demandant ce qu\u2019elles ont emport\u00e9, ce qu\u2019elles gardent comme traces de la vie qui s\u2019\u00e9teint\u00a0?<br>pour y revoir la journ\u00e9e pass\u00e9e dans la chambre du tout dernier dimanche\u00a0?<br>pouvait-on seulement le savoir, se dira-t-on plus tard, mais quand?<br>verra-t-on sous la semelle le cierge allum\u00e9 le matin?<br>verra-t-on le coeur suspendu \u00e0 la poign\u00e9e o\u00f9 s\u2019accroche la main de l\u2019aim\u00e9e?<br>pouvait-on imaginer que le coeur serait bient\u00f4t pos\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, sur l\u2019oreiller, au plus pr\u00e8s de sa joue creus\u00e9e\u00a0?et qu\u2019il partirait avec elle, lorsque le corps serait emport\u00e9 pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0?\u00a0<br>et alors qu\u2019est-ce qu\u2019on transporterait sous les semelles quand il n\u2019y aurait plus de chambre o\u00f9 aller\u00a0?<br>ni d\u2019o\u00f9 sortir\u00a0?<br>quand les pas seront solitaires, o\u00f9 conduiront les semelles\u00a0?<br>quels ressorts contiendront-elles pour pas que l\u2019on s\u2019effondre, qu\u2019on avance \u00e0 genoux?<br>comment feront-elles tenir droit\u00a0?<br>comment rendront-elles l\u00e9ger\u00a0?<br>comment porteront-elles vers l\u2019avant?<br>que transporteraient-elles d\u2019autre que la force de l\u2019aim\u00e9e\u00a0?<br>seraient-elles habit\u00e9es?<br>le savait-on que les \u00e2mes pouvaient se cacher dans les souliers\u00a0?<br>au moins le temps d\u2019apprendre \u00e0 marcher seul, le savait-on?<br>sinon, que savait-on?\u00a0<br>comment aurait-on pu savoir que c\u2019\u00e9tait le dernier dimanche\u00a0?<br>qu\u2019elle n\u2019aurait plus besoin de semelles mais qu\u2019elle resterait dans les n\u00f4tres?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE&nbsp; \u00c9COUTE LE MONDE INFINI, TOUJOURS NICH\u00c9 \u00c0 L\u2019INT\u00c9RIEUR DE NOUS 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL&nbsp; \u00c0 venir, lundi 20 ou mardi 21 juillet 3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTORLE DERNIER DIMANCHE C\u2019est le dimanche \u00e0 partir duquel s\u2019est ouvert l\u2019immense nuit de l\u2019apr\u00e8s, un dimanche \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, presque comme les autres. 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