{"id":216295,"date":"2026-07-18T20:29:09","date_gmt":"2026-07-18T18:29:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216295"},"modified":"2026-07-18T20:29:09","modified_gmt":"2026-07-18T18:29:09","slug":"chroniques-02-du-sommeil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-du-sommeil\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | Du sommeil"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1| Du monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment dormir sans savoir son humeur au r\u00e9veil.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| Le r\u00e9el<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la fen\u00eatre on voit dans le jardin ; la fen\u00eatre est entour\u00e9 de rideaux volumineux et lourds ; le bureau est install\u00e9 dans le coin le plus sombre de la pi\u00e8ce, formant une sorte d&rsquo;alc\u00f4ve alors m\u00eame que la pi\u00e8ce est carr\u00e9e et qu&rsquo;il y a quatre coins et aucune alc\u00f4ve ; c&rsquo;est l&rsquo;armoire sur l&rsquo;autre pan de mur qui produit cet effet ; la porte est ferm\u00e9e parce que si elle est ouverte, on voit le trou b\u00e9ant de la cage d&rsquo;escalier qui m\u00e8ne au sous-sol et on pourrait y tomber ; le lit sur ce pan de mur est vide cette fois-ci, je suis venue seule ; la table de chevet n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9e de son attirail pour enfant avec les poup\u00e9es en porcelaine qu&rsquo;on n&rsquo;ose pas toucher ; la t\u00eate de lit est faite d&rsquo;un bois sombre comme le reste du mobilier ; la fen\u00eatre est close parce qu&rsquo;il fait froid ; les rideaux sont retenus de chaque c\u00f4t\u00e9 par un ruban de la m\u00eame couleur que le rideau ; la chaise a l&rsquo;air confortable mais il suffit de s&rsquo;y asseoir pour comprendre rapidement qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est pas ; on ouvre rarement l&rsquo;armoire m\u00eame quand on y reste une semaine, on ne range pas ses v\u00eatements dans l&rsquo;armoire ; la porte est recouverte du m\u00eame papier peint vert que le reste de la chambre ; le lit est recouvert d&rsquo;une lourde couverture pour le prot\u00e9ger qu&rsquo;il faut enlever quand on veut y dormir, enlever au bord du lit, mais elle tombe et on pourrait la salir ; il y a un petit miroir au-dessus de la table de chevet, on s&rsquo;y voit \u00e0 peine parce qu&rsquo;il est haut, il faut se mettre sur la pointe des pieds ; le matelas du lit est dur, on a du mal \u00e0 s&rsquo;y faire \u00e0 chaque fois ; les rideaux n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s depuis longtemps, ce sont les m\u00eames rideaux ; on peut farfouiller dans les tiroirs du bureau, on y trouvera des choses ; l&rsquo;armoire est close, sombre, et la valise est ouverte \u00e0 ses pieds ; on a toqu\u00e9 \u00e0 la porte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3| \u00c9crire avec Clarice Lispector<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Livre des voyages aurait bien du mal \u00e0 \u00e9merger de ma t\u00eate. J&rsquo;ai oubli\u00e9 les voyages. Je n&rsquo;ai pas la m\u00e9moire des voyages. J&rsquo;ai \u00e9crit parfois des m\u00e9moires de voyage pendant le voyage ou juste apr\u00e8s le voyage, mais ce sont plut\u00f4t des fragments. Le r\u00e9cit en est toujours incomplet. Soit parce que j&rsquo;ai arr\u00eat\u00e9 de raconter le soir dans le carnet la journ\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e parce que le pr\u00e9sent \u00e9tait plus int\u00e9ressant \u00e0 vivre, m\u00eame le soir alors qu&rsquo;il ne se passait rien. Soit parce que le r\u00e9cit que j&rsquo;en fais apr\u00e8s coup dans le carnet est toujours tr\u00e8s informationnel et en-dessous de ce qu&rsquo;il faudrait, de ce qui a \u00e9t\u00e9, de ce qui aurait pu \u00eatre. Je pourrais \u00e9crire un livre des regrets de voyage \u00e0 partir des voyages v\u00e9cus et un peu oubli\u00e9s. L&rsquo;id\u00e9e serait que j&rsquo;ai oubli\u00e9 les voyages parce qu&rsquo;ils auraient pu \u00eatre autres et que j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 sur le moment r\u00eav\u00e9 le voyage au lieu d&rsquo;\u00eatre du voyage. J&rsquo;\u00e9tais du voyage, je l&rsquo;ai bien v\u00e9cu ce voyage, ces voyages, mais toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du voyage qui aurait pu \u00eatre. Le voyage que j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s&rsquo;imprimerait sur l&rsquo;oubli du voyage v\u00e9cu et les fragments qu&rsquo;il en reste. De l\u00e0 on partirait sur le chemin des voyages de famille, des voyages en famille, il est \u00e9trange ce \u00ab\u00a0de famille\u00a0\u00bb, comme si \u00e7a en donnait la nature, comme s&rsquo;il y avait une cat\u00e9gorie de voyage, les voyages de famille, suffisamment st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s pour recevoir la pr\u00e9position \u00ab\u00a0de\u00a0\u00bb. Les voyages de famille seraient eux aussi des voyages de regret. De regret nostalgique, mais aussi de regret de ce qu&rsquo;aurait pu \u00eatre la famille \u00e0 ce moment-l\u00e0. Non que je regrette la famille que j&rsquo;ai pu avoir, mais les voyages montrent assez bien les manques, les erreurs, les presque, les tentatives qui auraient pu et qu&rsquo;on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre \u00e0 plus tard, apr\u00e8s les vacances. Ce serait un livre de vacances et non un livre de voyages.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| De soi-m\u00eame et d&rsquo;\u00e9crire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le porte s\u2019entreb\u00e2ille et il est au seuil. Le corps tourn\u00e9 vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, il avance d\u00e9j\u00e0 une jambe. Il sort toujours \u00e0 la m\u00eame heure ces derniers temps. Il fait si chaud qu&rsquo;il est comme jet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur lors des derni\u00e8res minutes de fra\u00eecheur, car apr\u00e8s la derni\u00e8re minute plus question de sortir, il fait trop chaud.<br>La porte s&rsquo;entreb\u00e2ille et il est au seuil de sortir de chez lui. Il sort pour aller courir. Ce n&rsquo;est pas son activit\u00e9 favorite, loin de l\u00e0, mais au moins il sort de chez lui. Il sort de chez lui et apr\u00e8s deux autres seuils, il sera sorti de l&rsquo;immeuble et apr\u00e8s un seuil encore il sera dans le Bois.<br>La porte s&rsquo;entreb\u00e2ille et il est au seuil que constitue la porte. La porte qui ouvre vers l&rsquo;ext\u00e9rieur. Il y a des bruits dans la cage d&rsquo;escalier. Il n&rsquo;est pas trop s\u00fbr maintenant qu&rsquo;il sortira maintenant. Il reste \u00e0 sa porte et attend. Il attend que le seuil ouvre vers un ext\u00e9rieur plus tranquille. Qu&rsquo;il n&rsquo;ouvre pas vers le seuil de la voisine. Il ne veut pas \u00eatre sur le seuil de la voisine aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 | Audace<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudrait avoir l&rsquo;audace. L&rsquo;audace d&rsquo;\u00e9crire ce qui vient. Puis l&rsquo;audace de revenir \u00e0 ce texte. Un texte qui serait \u00e9crit \u00e0 un moment o\u00f9 \u00e7a va mal. O\u00f9 tout semble aller mal. Un texte qui ne serait pas vraiment un texte parce qu&rsquo;il manquerait des lettres au mot pour faire texte. Ce serait un assemblage de forme. Une sorte de mixture mentalis\u00e9e de soi sur la page. Et puis il faudrait malaxer cette mati\u00e8re bien longtemps apr\u00e8s coup pour y comprendre quelque chose, pour en former quelque chose. Et on n&rsquo;en aurait pas envie. On n&rsquo;aurait pas envie d&rsquo;essayer de lire ce truc. Ce serait un truc qu&rsquo;on mettrait dans un tiroir parce qu&rsquo;on ne voudrait pas le voir mais on ne voudrait pas le jeter. On voudrait presque que quelqu&rsquo;un le d\u00e9couvre un jour et y donne du sens \u00e0 notre place. Ce serait malin. Une bouillie posthume.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1| Du monde Comment dormir sans savoir son humeur au r\u00e9veil. 2| Le r\u00e9el Par la fen\u00eatre on voit dans le jardin ; la fen\u00eatre est entour\u00e9 de rideaux volumineux et lourds ; le bureau est install\u00e9 dans le coin le plus sombre de la pi\u00e8ce, formant une sorte d&rsquo;alc\u00f4ve alors m\u00eame que la pi\u00e8ce est carr\u00e9e et qu&rsquo;il y <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-du-sommeil\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #02 | Du sommeil<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":637,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8147],"tags":[],"class_list":["post-216295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-02-semaine-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/216295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/637"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=216295"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/216295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":216296,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/216295\/revisions\/216296"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=216295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=216295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=216295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}