{"id":216340,"date":"2026-07-19T18:22:05","date_gmt":"2026-07-19T16:22:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216340"},"modified":"2026-07-20T00:32:14","modified_gmt":"2026-07-19T22:32:14","slug":"216340-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/216340-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | l&rsquo;apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>1 &#8211; Du monde<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Comment donner la vie sans poser la question de l&rsquo;apr\u00e8s\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>2 &#8211; Le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entrer dans la pi\u00e8ce. Petite. La porte ne s&rsquo;ouvre pas compl\u00e8tement. Au fond, vu en premier, le lit, raccourci pour tenir sous le rampant du toit. Il sera difficile de grandir compl\u00e8tement. Rester petite, se r\u00e9fugier sous l&rsquo;\u00e9dredon offert par une grand m\u00e8re &#8211; on ne parlait pas encore de couettes, et on avait froid, souvent \u2013 et lire. Les livres, par terre ou rang\u00e9s dans ce qui a pris la place du foyer du po\u00eale en c\u00e9ramique&nbsp;verte : il est d\u00e9sormais charg\u00e9 de courtes \u00e9tag\u00e8res, biblioth\u00e8que ornementale et d\u00e9j\u00e0 pleine. Pas besoin de presse-livre \u00e0 chaque bout, \u00e7a tient. La lampe de poche r\u00e9serv\u00e9e aux lectures nocturnes est l\u00e0, cach\u00e9e sous un mince coussin&nbsp;: on est persuad\u00e9e de lire en secret, ils ne savent pas, ils croient qu&rsquo;on dort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les espaces sont occup\u00e9s&nbsp;: le p\u00e8re est menuisier, il a organis\u00e9, meubl\u00e9 de ses mains cet habitat de poup\u00e9e. Sous le lit, des tiroirs qui tiennent lieu d&rsquo;armoire &#8211; pas de place pour une armoire &#8211; on range tant bien que mal le linge et les v\u00eatements, on tente un ordre et puis un autre, diff\u00e9rent. Alors on se perd, on cherche le v\u00eatement chaud qui s&rsquo;est m\u00eal\u00e9 aux tenues d&rsquo;\u00e9t\u00e9, la robe favorite cach\u00e9e sous une paire de draps. On ne peut pas faire le tour de cette pi\u00e8ce. Les quelques m\u00e8tres de murs sont tous couverts. La fen\u00eatre occupe \u00e0 elle seule le seul pan libre, \u00e9troit. Tout juste peut-on avancer tout droit, jusqu&rsquo;\u00e0 une chaise plac\u00e9e devant une sorte de &lsquo;secr\u00e9taire&rsquo; avec un abattant&nbsp;: si on laisse l\u2019abattant ouvert, on ne passe plus. Il faut s&rsquo;asseoir, puis ouvrir, pour acc\u00e9der \u00e0 &lsquo;l&rsquo;espace travail&rsquo;. Il faut refermer pour sortir de la pi\u00e8ce ou aller se coucher. Chambre de fillette, puis d&rsquo;adolescente, enfouie au fond de la m\u00e9moire familiale. Enti\u00e8rement sur mesure, enti\u00e8rement abandonn\u00e9e lors du d\u00e9part, inadaptable ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>3 &#8211; Le livre de voyage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le non-guide serait mon r\u00eave. Celui qui ne ferait qu&rsquo;encourager \u00e0 la d\u00e9ambulation r\u00eaveuse. Pas de donn\u00e9es historiques, architecturales, pas de chiffres, surtout pas de chiffres. Des adjectifs subjectifs, des substantifs impressionnistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00bb&nbsp;Dans cette ville, au d\u00e9tour d&rsquo;une ruelle, vous entreverrez un monument non identifi\u00e9, une sorte d&rsquo;\u00e9glise spacieuse, libre \u00e0 vous d&rsquo;aller voir de plus pr\u00e8s. Ou pas. Et si vous continuez \u00e0 marcher, peut-\u00eatre tomberez-vous sur cet espace enchanteur que les gens d&rsquo;ici appellent des marais, un espace aux eaux peu profondes et pas toujours claires, peupl\u00e9 de jardins coquets, poules d&rsquo;eau et de familles de canards. Ou bien, \u00e0 un moment, vous vous trouverez devant un mur, un obstacle peint joyeusement sur lequel vous butterez, et que vous aurez envie de d\u00e9passer, contourner, escalader ou qui vous fera rebrousser chemin. Si vous choisissez cette derni\u00e8re option, sachez que vous aurez gagn\u00e9 le droit de vous perdre totalement jusqu&rsquo;\u00e0 la nuit, qu&rsquo;il y aura d&rsquo;autres voyageurs qui d\u00e9ambuleront aussi, avec vous dans cette rue, avec d&rsquo;autres sur cette place, d&rsquo;autres voyageurs qui peut-\u00eatre vous verront, vous salueront, vous parleront m\u00eame. Peut-\u00eatre les comprendrez-vous, peut-\u00eatre parleront-ils une langue inconnue de vous mais que vous trouverez belle et musicale. Arrivera sans doute un moment o\u00f9 la fatigue l&#8217;emportera. Asseyez-vous alors, allongez-vous, reposez-vous. Plus tard, les \u00e9toiles vous guideront, \u00e0 coup s\u00fbr.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>4 \u2013 \u00c9crire, disent-ils<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens de passer une semaine \u00e0 Bourges avec les auteurs de l&rsquo;Oulipo. Chaque ann\u00e9e sont organis\u00e9es &lsquo;Les R\u00e9cr\u00e9ations&rsquo;. Ils viennent l\u00e0, ils ont r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 des propositions d\u2019\u00e9criture \u00e0 offrir \u00e0 des individus pr\u00eats \u00e0 explorer. Il s&rsquo;agit bien souvent de d\u00e9fis personnels, de &lsquo;sortir de sa zone de confort&rsquo; comme dirait je ne sais qui qui serait amateur d&rsquo;expressions laides et clich\u00e9s. Les &lsquo;r\u00e9cr\u00e9ations&rsquo; deviennent au fil des jours &lsquo;re-cr\u00e9ations&rsquo;&nbsp;: re-cr\u00e9ation de sa vision de l&rsquo;\u00e9criture, re-cr\u00e9ation de ce que contrainte veut dire. Souvent, on arrive l\u00e0 avec des esquisses personnelles, et puis tr\u00e8s vite on se heurte \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de faire concorder discipline oulipienne et bribes de textes apport\u00e9es dans l&rsquo;id\u00e9e de les d\u00e9velopper. J&rsquo;y reviens depuis plusieurs ann\u00e9es, j&rsquo;en repars avec le sentiment de n&rsquo;avoir pas tout compris, d&rsquo;avoir peut-\u00eatre perdu mon temps, et en m\u00eame temps avec la joie d&rsquo;avoir v\u00e9cu improvisations et \u00e9lucubrations d\u00e9mentes, d&rsquo;avoir ri et cherch\u00e9, d&rsquo;avoir malgr\u00e9 tout &lsquo;\u00e9crit&rsquo;. Les textes dorment quelques temps, puis je les reprends, les amende, les modifie et les ins\u00e8re dans ce recueil en gestation lente qui grossit dans le ventre de l&rsquo;ordinateur. Je n&rsquo;y ai pas \u00e9crit vraiment, m\u00eame pas la moiti\u00e9 de ce que je voulais \u00e9crire, mais les propositions sont l\u00e0, pr\u00eates \u00e0 \u00eatre d\u00e9vi\u00e9es, d\u00e9tourn\u00e9es, r\u00e9 exploit\u00e9es, appropri\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Brigitte Fran\u00e7ois<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; Du monde Comment donner la vie sans poser la question de l&rsquo;apr\u00e8s\u00a0? 2 &#8211; Le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Entrer dans la pi\u00e8ce. Petite. La porte ne s&rsquo;ouvre pas compl\u00e8tement. Au fond, vu en premier, le lit, raccourci pour tenir sous le rampant du toit. Il sera difficile de grandir compl\u00e8tement. 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