{"id":216358,"date":"2026-07-19T22:56:51","date_gmt":"2026-07-19T20:56:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216358"},"modified":"2026-07-20T00:27:51","modified_gmt":"2026-07-19T22:27:51","slug":"chroniques-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-1-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #01 | renard"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | LE MONDE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bandeau illumin\u00e9 au n\u00e9on \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du bal populaire annuel nocturne en plein air dans l&rsquo;Yonne, \u00e9t\u00e9 2026 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde qui vient # un monde qui va # la d\u00e9-cadence # ne change pas <em>(bis)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL Exercice dit du \u00ab carrefour soi \u00bb, variante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une femme en longue robe noire marche d&rsquo;un pas rapide, brandissant \u00e0 bout de bras une chaise en tissu \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9pli\u00e9e, elle semble savoir o\u00f9 elle va ; quelques m\u00e8tres derri\u00e8re elle, v\u00eatue d&rsquo;une ample robe color\u00e9e et d&rsquo;un bandeau du m\u00eame tissu, une femme porte un b\u00e9b\u00e9, sous le coude quasiment, les minuscules jambes gigotant dans tous les sens ; une autre femme, petite et menue, aux cheveux bruns mi longs, assise sur un banc, fouille dans son sac, avec empressement dirait-on, peut-\u00eatre inqui\u00e9tude, un morceau de plastique s&rsquo;en \u00e9chappe, elle tend le bras pour le rattraper, il s&rsquo;envole et atterrit dans un plan d&rsquo;eau juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, deux enfants s&rsquo;en approchent : la petite fille plonge une sorte de longue \u00e9corce pour ramener le plastique vers elle, en vain, un homme passe \u00e0 v\u00e9lo en regardant dans sa direction, puis un break traverse bruyamment le carrefour, hauts parleurs branch\u00e9s, la cargaison de l\u00e9gumes et de fruits visibles \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du v\u00e9hicule, la femme au sac plastique et les enfants sont repartis, le carrefour est d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | ECRIRE AVEC CLARISSE LISPECTOR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>une phrase : \u00ab Mais bien des fois l\u2019insomnie est un don. Soudain s\u2019\u00e9veiller au milieu de la nuit et avoir cette chose rare : la solitude. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;un coup \u00e9veill\u00e9.e. Pleine nuit. P\u00e9nombre blafarde des rideaux blanc, cass\u00e9. Oreille aux aguets, l\u00e9gers fourmillements, comme une ligne \u00e0 infra rouge oscillante, vibrato soutenu du silence. Sur la table de nuit, le livre de L.C.. tent\u00e9.e de le reprendre l\u00e0 o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 referm\u00e9, mais ne risque-t-il pas d&rsquo;entra\u00eener jusqu&rsquo;au bout. De. La nuit. <em>(C&rsquo;est dit.)<\/em><br>Ecarter le rideau, percevoir la luminescence de la ville.<br>Se lever, traverser la p\u00e9nombre du logis jusqu&rsquo;\u00e0 la cuisine, \u0153il coll\u00e9 \u00e0 la vitre\u00a0: toujours les m\u00eames fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es dans l&rsquo;immeuble d&rsquo;en face, au 3\u00e8me, gauche, au 7\u00e8me, droite, double porte vitr\u00e9e sur balcon. Ne pas allumer, rester seul.e, \u00e0 voir \u00e0 savoir. Go\u00fbter ces instants de la nuit \u00e0 regarder sans \u00eatre vu.e, imaginer les vies minuscules, cach\u00e9.e. Boire un verre d&rsquo;eau, lentement et regarder encore.<br>Entrer au salon, doucement s&rsquo;approcher du chat, se pencher le prendre dans les bras. Chaleur du petit corps de fourrure, ronronnement contre la peau.<br>Se tenir un instant,envelopp\u00e9.es dans l&rsquo;obscurit\u00e9, yeux ferm\u00e9s.<br>On n&rsquo;est pas seul.e.s, dans la nuit.<br>Se recoucher, le chat lov\u00e9 dans les draps, compter, la nuit avale les secondes, suspend le temps, diffus \u00e9tendu fragment\u00e9. Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | DE SOI-MEME, ET D ECRIRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il sort tous les jours \u00e0 7h. De toutes les saisons c&rsquo;est la couleur de l&rsquo;automne qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e8re. Il n&rsquo;a pas de smartphone. Il aime s&rsquo;asseoir au fond de la biblioth\u00e8que, et regarder les gens entrer et sortir. L&rsquo;hiver lui para\u00eet toujours trop long. Sa t\u00e9l\u00e9 est petite. Il n&rsquo;a jamais manifest\u00e9. C&rsquo;est Mich\u00e8le la gardienne qui sort son chien l&rsquo;apr\u00e8s-midi. La fiction l&rsquo;ennuie. Quand il rend visite \u00e0 son fils, il part toujours trop t\u00f4t. Il aspire au calme mais entendre un bruit de fond, c&rsquo;est rassurant aussi. Courir une fois par semaine lui suffit. Il ach\u00e8te des fleurs seulement si on l&rsquo;invite \u00e0 d\u00e9jeuner. Son \u00e9mission pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e c&rsquo;est la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Ses cravates sont unies. Il a le m\u00eame volume de l&rsquo;encyclop\u00e9die Larousse pos\u00e9 sur sa table de chevet depuis des ann\u00e9es. Sortir sa vieille Renault lui procure du plaisir. Il ne dit pas toujours la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ses amis. Ses parents se sont plus de ce monde. Il va au cin\u00e9ma tr\u00e8s tard le soir uniquement apr\u00e8s 22h.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br><br><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 \u2013 Le renard argent\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On quitte la ferme, apr\u00e8s une semaine de labeurs, les trois enfants, 4, 6 et 7 ans sur la banquette arri\u00e8re de la fiat uno, une ceinture de s\u00e9curit\u00e9 pour deux, harrass\u00e9s, sales mais heureux.<br>La route traverse la for\u00eat d&rsquo;Otte, fin de journ\u00e9e, le soleil amorce sa descente dans le ciel de juillet. Une centaine de m\u00e8tres devant nous, en bordure de route, un \u00e9clair, de fourrure peut-\u00eatre, ou un mouvement furtif, d&rsquo;instinct je l\u00e8ve le pied. La voiture ralentit, et soudain il est l\u00e0. Un renard comme jamais encore je n&rsquo;en avais vu, comme jamais depuis je n&rsquo;en ai revu. Dans toute sa splendeur d&rsquo;animal sauvage ; le pelage brun orang\u00e9, chatoyant, flamboyant, m\u00eame, dans le rayon de soleil couchant. Il se tient droit, assis sur le talus \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e des arbres, le regard tourn\u00e9 vers nous, du haut de sa stature de petit renard des bois. Le museau fin, les yeux marron doux et vif \u00e0 la fois, les oreilles dress\u00e9es, les pattes de devant immobiles, tranquillement pos\u00e9. Pas un bruit dans la voiture. Nous retenons notre respiration, les enfants comme nous-m\u00eames happ\u00e9s par le regard \u00e9trangement magn\u00e9tique de ce ma\u00eetre de la for\u00eat. Image hors du <em>temps, <\/em>hors du quotidien<em>,<\/em> qui semble durer une \u00e9ternit\u00e9. \u00ab\u00a0Incroyable\u00a0\u00bbmurmure Anne. J&rsquo;acqui\u00e8sce, fascin\u00e9e. Tr\u00e8s tranquillement, le renard bouge la t\u00eate, docile, vers le bosquet. Entente tacite, c&rsquo;est le moment. Mon pied lib\u00e8re doucement la p\u00e9dale d&#8217;embrayage tandis que le renard se faufile parmi les hautes herbes pour dispara\u00eetre entre les arbres. Comme il est venu. Subrepticement. Silencieusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Silence.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait qui ?\u00a0\u00bb demande une voix d&rsquo;enfant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | LE MONDE Bandeau illumin\u00e9 au n\u00e9on \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du bal populaire annuel nocturne en plein air dans l&rsquo;Yonne, \u00e9t\u00e9 2026 : Un monde qui vient # un monde qui va # la d\u00e9-cadence # ne change pas (bis) 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL Exercice dit du \u00ab carrefour soi \u00bb, variante. 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