{"id":216556,"date":"2026-07-26T20:41:46","date_gmt":"2026-07-26T18:41:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216556"},"modified":"2026-07-26T21:20:48","modified_gmt":"2026-07-26T19:20:48","slug":"chroniques-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-03\/","title":{"rendered":"#chroniques #03 | Journal d&rsquo;un dimanche #1 Rite"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">1. Du monde <\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9coute s&rsquo;\u00e9loigner le bruit des mondes<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">2. Phrases <\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela te convient-il&nbsp;\/ Faut pas oublier quand m\u00eame comment c&rsquo;\u00e9tait quand c&rsquo;\u00e9tait comme avant sinon tu vois \/ C&rsquo;est o\u00f9 l&rsquo;arr\u00eat pour descendre Monsieur s&rsquo;il vous plait&nbsp;\/ Mac Donald \u00e7a s&rsquo;passe ici \/ M&rsquo;Bapp\u00e9 il est pas fou \/ Sans sucre hein c&rsquo;est bien sans sucre pour vous \/ C&rsquo;est une belle personne je suis s\u00fbr qu&rsquo;elle te conviendra \/ Les pi\u00e8ces c&rsquo;est seulement dans la machine \/ Comment \u00e7a se rate un truc pareil \/ Tu peux pas te souvenir d&rsquo;elle parce que t&rsquo;\u00e9tais pas encore l\u00e0 alors que elle oui \/ Je m&rsquo;en bats les couilles de base \/ et alors tu vas faire quoi \/ J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;est mobilis\u00e9 \/ Ceux du Figaro sont plus durs non&nbsp;\/ Comment peut-on avoir de tels effets en si peu de temps \/<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">3. Journal d&rsquo;un dimanche #1 <\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les dimanches ont de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De toutes fa\u00e7ons \u00e7a n&rsquo;ira pas. Le dimanche, \u00e7a ne va pas. Le bruit du bouchon de li\u00e8ge en \u00e9tait l&rsquo;un des signaux les plus s\u00fbrs : le dimanche partait en vrille. Dans la cuisine comme ailleurs, il n&rsquo;y avait plus de suspens \u00e0 ce sujet depuis longtemps. La seule variable restait la dur\u00e9e. De cette inconnue il avait fait un petit coin de jeu secret avant de l&rsquo;abandonner aussi. La question suffisait. Puis l&rsquo;attente. Combien de temps avant la premi\u00e8re glissade, avant la premi\u00e8re voie d&rsquo;eau. Combien de temps avant le naufrage de ce qui n&rsquo;avait jamais le temps de devenir une apr\u00e8s-midi. Il \u00e9tait toujours possible de ne pas boire. Cela relevait d&rsquo;une d\u00e9cision de Grand Conseil. Un d\u00e9jeuner sans bouteille ouverte co\u00fbtait cher en mensonge. Et les rires des enfants \u00e9taient \u00e0 ce prix. C&rsquo;est assez simple, un dimanche d&rsquo;enfant. C&rsquo;est fait d&rsquo;adultes. C&rsquo;est fait de leurs \u00e9clats de rire et de leurs coups de gueule, de leurs rivalit\u00e9s mal contenues, de leurs attachements, si encombrants, c&rsquo;est fait de pains au chocolat qui s&rsquo;\u00e9crasent dans une roulade aux Buttes Chaumont, de t\u00e9l\u00e9vision tard allum\u00e9e, de tarte aux pommes et de vaisselle \u00e0 plusieurs, de balade en ville, d&rsquo;escapade solitaire, de devoirs un peu trop tard et de semaine d&rsquo;\u00e9cole qui ne commencera que demain. Il n&rsquo;y a pas de manuel du bon dimanche d&rsquo;enfant. Il suffit qu&rsquo;il profite de l&rsquo;ombre des adultes, m\u00eame quand elle est longue, diffuse, incertaine. En revanche, on sait ce que c&rsquo;est qu&rsquo;un dimanche qu&rsquo;on ne veut pas. C&rsquo;est un dimanche sans adulte. Pas parce qu&rsquo;ils sont absents, mais parce qu&rsquo;ils n&rsquo;y sont pas Parfois, ils manquent \u00e0 leur place parce qu&rsquo;ils font les enfants, ce qui ne manque pas de mettre leurs rejetons dans un profond embarras. Apr\u00e8s le bruit du li\u00e8ge, c&rsquo;\u00e9tait un peu diff\u00e9rent, ils n&rsquo;y \u00e9taient pas parce qu&rsquo;ils ne tenaient plus debout. La journ\u00e9e se finissait t\u00f4t, vibrante des ronflements de maman. Le lit d&rsquo;enfant \u00e9tait un peu petit pour de si gros vrombissements. Peut-\u00eatre qu&rsquo;ils cesseraient la nuit venue ? Le papa d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 attendait devant une partie d&rsquo;\u00e9checs en ligne que les vapeurs se dissipent. Un comble de la mise en ab\u00eeme. Il noyait son manque de courage dans des trucs abscons que personne ne comprenait. Et puis le soir venait. Et un autre bouchon de li\u00e8ge donnait son bruit, l\u00e0-bas dans la cuisine.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">3 bis. Rite<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;oeil avait d\u00e9j\u00e0 fouill\u00e9 la pi\u00e8ce avec une avidit\u00e9 d\u00e9rangeante. Une fois la bouteille rep\u00e9r\u00e9e, la braise retrouvait son ronron patient, une patte en appui, l&rsquo;oreille dress\u00e9e. Le bouchon finirait par sonner. Bulles et mousse avaient toutes les pr\u00e9f\u00e9rences. \u00c0 leur bruit, il \u00e9tait difficile de dire ce qui tenait des larmes et de la salive. Il y avait bien quelques babioles \u00e0 grignoter, en g\u00e9n\u00e9ral assez ch\u00e8res. Elles donnaient l&rsquo;occasion d&rsquo;une mise en bouche qui prenait le tour d&rsquo;une danse sacrale. Le corps entier \u00e9tait aimant\u00e9 par l&rsquo;horizon d\u00e9sormais promis d&rsquo;une premi\u00e8re gorg\u00e9e. Rien du th\u00e9\u00e2tre des bonnes familles n&rsquo;y manquait. La vaisselle \u00e9tait choisie, la tenue travaill\u00e9e, le m\u00e9nage fait \u2013 par une employ\u00e9e. Les poses exhibaient les bijoux. Car il ne suffisait pas qu&rsquo;une broche soit port\u00e9e, qu&rsquo;une montre luxueusement d\u00e9sinvolte pende au poignet. Il fallait que sa porteuse se regarde la porter. Un arsenal de gestes servait cette monstration en contr\u00f4lant cheveux, cols et poignets. Toute une machinerie, fr\u00e9n\u00e9tique et pendulaire. Soudain, sans que rien n&rsquo;y pr\u00e9pare, rien d&rsquo;autre que l&rsquo;habitude, les cosses de pistache fusaient, ratant le bol, la mozzarella \u00e9claboussait \u2013 putain merde ma robe \u2013 sous le coup trop pressant d&rsquo;une petite fourchette \u00e0 escargot. La m\u00e2choire s&rsquo;affolait, on se prenait \u00e0 manger d\u00e9j\u00e0 la bouche ouverte. Les gressins \u00e0 la truffe craquaient et ass\u00e9chaient trop peu  tout ce mouill\u00e9. Le frisson de la premi\u00e8re gorg\u00e9e approchait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est lui qui servait. Ou quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, pourvu que ce ne soit pas elle. Parce que \u00e7a ne se faisait pas. Une femme du monde ne se sert pas \u00e0 boire elle-m\u00eame. Et puis &#8211; elle ne l&rsquo;admettait certes pas &#8211; ses bonne mani\u00e8res ne contenaient pas son empressement. Depuis trop longtemps le vin n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une boisson \u00e0 goul\u00e9e, une eau de cascade, intarissable. Quand c&rsquo;est elle qui versait, le verre se remplissait trop bruyamment, le goulot baisait trop t\u00f4t la coupe, le cul de la bouteille all\u00e9g\u00e9e retombait trop lourdement sur le d\u00e9licat dessous de verre qui prot\u00e9geait la nappe blanche des coulures. Merde passe moi le sel, \u00e7a absorbe. Car il fallait tout un attirail \u00e0 ce rite. Tire-bouchon sophistiqu\u00e9, bague de goulot argent et velours rouge, ceinture de glace \u00e9taient les instruments de cette messe expresse et r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est donc lui qui officiait. Quand ils recevaient, ou quand ils \u00e9taient invit\u00e9s \u2013 on comprend pourquoi l&rsquo;un comme l&rsquo;autre \u00e9taient devenus rares &#8211; un seul regard appuy\u00e9 sur son verre vide commandait qu&rsquo;il soit \u00e0 nouveau rempli. Il arriva bient\u00f4t qu&rsquo;il ne r\u00e9ponde plus \u00e0 cet ordre muet. Pour l&rsquo;heure, il mettait encore dans la coupe l&rsquo;hydromel d&rsquo;une courte paix. L\u00e8vres et langue n&rsquo;avaient pas le temps de go\u00fbter l&rsquo;approche de ce soleil liquide. Il tombait au fond de la gorge en une coul\u00e9e froide qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 ses promesses.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">4. Ralentis ! <\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un spectacle dont je n&rsquo;ai connu que les r\u00e9p\u00e9titions, un homme noir en tenue d&rsquo;athl\u00e8te, magnifique, sculptural, courait face cam\u00e9ra en pleine ville, au milieu d&rsquo;une rue traversant une cit\u00e9 HLM. Le plan \u00e9tait projet\u00e9 sur un \u00e9cran couvrant la totalit\u00e9 d&rsquo;un cyclo qui faisait ses 18 par 10, ou pas loin, l&rsquo;un des plus grands plateaux de France. La sc\u00e8ne \u00e9tait diffus\u00e9e en ultra ralenti et haute d\u00e9finition. L&rsquo;effet produit \u00e9tait saisissant. Le grain de cette image gigantesque inventait bien s\u00fbr des d\u00e9tails que l&rsquo;oeil nu ne percevait pas. Sur le fond du th\u00e9\u00e2tre s&rsquo;\u00e9levait un monde de r\u00e9alisme impudique et monstrueux. L&rsquo;onde de chaque pas d\u00e9formait les chairs du visage avec une lenteur sans poids, excessive et fascinante, obsc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment int\u00e9grer une s\u00e9quence aussi puissante, la question apparaissait imm\u00e9diatement, suivie de deux autres, bien plus cruciales&nbsp;: \u00e0 quoi l&rsquo;int\u00e9grer et surtout, pour quoi faire. Un tel ovni change le champ de gravit\u00e9 de tout ce qui l&rsquo;entoure, transforme tout ce qui l&rsquo;approche, asservit ce qui ne lui r\u00e9siste pas. Tout \u00e0 sa trouvaille, le metteur en sc\u00e8ne \u00e9tait pourtant anim\u00e9 depuis quelques temps d&rsquo;une seule et m\u00eame phrase. \u00ab&nbsp;C&rsquo;est hyper fort&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait jou\u00e9 comme un sifflet par ce petit refrain. Il y avait du reste dans l&rsquo;inflexion qu&rsquo;il lui donnait quelque chose d&rsquo;un parler de C\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Azur, entre Monaco et Menton, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Cannes ou Antibes, un accent du sud qui ne chante pourtant pas, qui aplatit \u00e9tonnement les nasales, qui ferme les o et arrache les r de l&rsquo;or du corps des morts, un accent sans gouaille, dur comme la caillasse et le pognon. C&rsquo;\u00e9tait incongru cet accent, dans la bouche d&rsquo;un parisien habitu\u00e9 des couloirs de minist\u00e8re. \u00c7a sonnait inutile et d\u00e9plac\u00e9. \u00ab&nbsp;Hyper fort&nbsp;\u00bb. \u00c9bloui par sa d\u00e9couverte technologique, \u00e0 vrai dire stup\u00e9fiante, il confondait un moyen technique avec un propos dramatique, ne distinguait pas l&rsquo;outil du geste qui l&rsquo;anime. Et le geste manquait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est horriblement difficile de laisser faire un propos, d&rsquo;accepter que c&rsquo;est lui qui s&rsquo;impose et se forme. Horriblement difficile, oui, parce que \u00e7a nous fait horreur. Nous voulons \u00eatre aux manettes de ce que nous aurions \u00e0 dire. Nous voulons tenir un propos alors qu&rsquo;il ne fait que passer par nous. Il nait de la forme qu&rsquo;il appelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;oeuvre ne se laisse pas convoquer sur demande, ni commander sur mesure. Elle r\u00e9pond \u00e9ventuellement aux conditions que nous pr\u00e9parons \u00e0 sa venue. ll y a quelque chose de messianique dans cette visitation-l\u00e0. Les conditions sont pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un instant qui ne se pr\u00e9sentera peut-\u00eatre pas, d&rsquo;un dire qui ne se trouvera pas, pas cette fois, pas maintenant, pas comme \u00e7a, pas avec toi, pas aujourd&rsquo;hui. Il faudra alors se remettre au travail. Que s&rsquo;affinent les voies. Qu&rsquo;un jour se fasse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors coule un chant simple, simple comme \u00ab&nbsp;bonjour&nbsp;\u00bb, d\u00e9cevant de simplicit\u00e9. On attend qu&rsquo;une pouss\u00e9e l&rsquo;\u00e9rige. C&rsquo;est une \u00e9rosion qui le d\u00e9voile. Et \u00e7a ne marche pas toujours. C&rsquo;est ce que j&rsquo;aurais voulu lui dire, \u00e0 ce grand enfant \u00e9merveill\u00e9. Mais la conviction est une combinaison \u00e9tanche. C&rsquo;est du reste ce qu&rsquo;on lui demande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Du monde \u00c9coute s&rsquo;\u00e9loigner le bruit des mondes 2. 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