{"id":216567,"date":"2026-07-29T19:29:44","date_gmt":"2026-07-29T17:29:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216567"},"modified":"2026-07-30T10:04:46","modified_gmt":"2026-07-30T08:04:46","slug":"chronique-03-en-vous-remerciant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-03-en-vous-remerciant\/","title":{"rendered":"#chronique #03 | C&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine ?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"970\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260724_154014-1024x970.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-216855\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260724_154014-1024x970.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260724_154014-420x398.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260724_154014-768x727.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/20260724_154014.jpg 1340w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\">Je poursuis en marche forc\u00e9e sur l&rsquo;atelier un travail estival de lecture <em>analytique<\/em> de Mrs Dalloway. Analytique, certes, mais buissonni\u00e8re serait plus proche du foutraque de la d\u00e9marche. Le but \u00e9tant d&rsquo;approcher par d&rsquo;autres chemins l\u2019\u0153uvre aim\u00e9e, son myst\u00e8re, ses outils&#8230; D&rsquo;o\u00f9 la pr\u00e9sence de ce <strong>2bis|<\/strong> monumental qui r\u00e9ponds \u00e0 la consigne 2 par le prisme du texte de Woolf.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00c9coute voir<\/li>\n\n\n\n<li>PMUS<\/li>\n\n\n\n<li>Les particules dominicales<\/li>\n\n\n\n<li>C&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine ?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 id=\"ecoutevoir\" class=\"wp-block-heading\">1|\u00c9coute voir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9coute, l&rsquo;oreille te dira mieux que l&rsquo;\u0153il l&rsquo;endroit o\u00f9 tu as laiss\u00e9 tomber le monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| PMUS<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En vous remerciant<\/em>. Le gosse tape d\u00e9j\u00e0 le m\u00e8tre quatre-vingt-cinq. Il est enrob\u00e9, mais pas comme un pauvre. Il est enrob\u00e9 comme son p\u00e8re, comme un fils de patron. On ne s\u2019inqui\u00e8te pas pour lui \u00e0 l\u2019\u00e9cole&nbsp;: il ne se fera pas bizuter. Quant \u00e0 ses r\u00e9sultats, ils sont sans importance&nbsp;: il va reprendre le PMU de papa. Il donne la main le dimanche avec sa politesse m\u00e9canique dans la voix d\u2019un autre. On voudrait le plaindre, mais il est bien plus \u00e0 craindre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Bonjour<\/em>. Personne ne nous l\u2019a dit quand nous nous sommes install\u00e9s. Le patron m\u2019interpelle depuis le comptoir, passant par-dessus deux autres tables, le son de la course \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, de la musique \u00e0 la radio et des \u00e9changes du c\u00f4t\u00e9 de presse du bar, o\u00f9 sa femme vend force tickets \u00e0 gratter. Il r\u00e9p\u00e8te ma commande bien fort, en la hachant en monosyllabes. On s\u2019est bien compris. Il apporte les caf\u00e9s avec deux sucres chacun et une petite note, pour que tout soit bien clair. Plus tard, un jeune homme brun, v\u00eatu d\u2019une \u00e9l\u00e9gante tenue de footballeur noir et or, fait le tour des tables et serre la main de chaque client. Il nous regarde droit dans les yeux qu\u2019il a fort beaux et brid\u00e9s comme ses parents et personne d\u2019autre \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde. Il r\u00e9p\u00e8te bonjour \u00e0 chaque poign\u00e9e de main, tranquillement, pour que tout soit bien clair.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 bis| Guillemets Dalloway<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel matin frais&nbsp;! On dirait qu\u2019on l\u2019a command\u00e9 pour des enfants sur une plage.&nbsp;R\u00eaverie parmi les l\u00e9gumes&nbsp;?&nbsp;J\u2019aime mieux les gens que les choux-fleurs.&nbsp;\u00bb \u00c9tait-ce bien cela&nbsp;? Charmante personne&nbsp;! un peu de l\u2019oiseau en elle, du geai, bleu-vert, l\u00e9ger, vif\u2026 bien qu\u2019elle ait plus de cinquante ans et qu\u2019elle soit devenue tr\u00e8s blanche depuis sa maladie.&nbsp;Quels fous nous sommes&nbsp;! Qui sait pourquoi nous l\u2019aimons ainsi, pourquoi nous la voyons ainsi, pourquoi nous l\u2019\u00e9levons autour de nous, la construisons, la d\u00e9truisons \u2013 et la recr\u00e9ons \u00e0 chaque minute&nbsp;? Les plus tristes m\u00e9g\u00e8res, les plus mis\u00e9rables d\u00e9bris assis au seuil des portes (l\u2019ivrognerie les a perdus) font comme nous. Aucune loi ne pourra les mater, j\u2019en suis s\u00fbre. Pourquoi&nbsp;? Parce qu\u2019ils aiment la vie. Comment va, Clarissa&nbsp;? O\u00f9 allez-vous ainsi&nbsp;? J\u2019adore marcher dans Londres, dit Clarissa, c\u2019est beaucoup plus agr\u00e9able qu\u2019\u00e0 la campagne. Evelyn est de nouveau malade&nbsp;? Evelyn est assez patraque. S\u2019il \u00e9tait ici, avec moi, que dirait-il&nbsp;? Vous \u00eates prude, froide, sans c\u0153ur, vous ne comprendrez jamais combien je vous aime.&nbsp; Il est ceci, il est cela. Mais alors, alors, cesser de vivre ce n\u2019est rien&nbsp;; tout ceci continuera sans moi&nbsp;; est-ce que j\u2019en souffre&nbsp;? au contraire, n\u2019est-il pas consolant de penser que la mort met fin \u00e0 tout&nbsp;? \u00c0 moins que, dans les rues de Londres, sur le flux et le reflux des choses, ici ou l\u00e0, je ne survive, Peter aussi, que nous survivions l\u2019un dans l\u2019autre&nbsp;; je suis m\u00eal\u00e9e \u2013 c\u2019est s\u00fbr \u2013 aux arbres de chez moi, \u00e0 cette maison bien qu\u2019elle soit laide, qu\u2019elle tombe en ruine, \u00e0 des gens que je n\u2019ai jamais vus, je m\u2019\u00e9tends comme de la brume entre les personnes que je connais le mieux, qui me soul\u00e8vent comme j\u2019ai vu les arbres soulever la brume sur leurs branches&nbsp;; cela s\u2019\u00e9tend si loin\u2026 ma vie\u2026 moi-m\u00eame\u2026 \u00ab&nbsp;Comme je le d\u00e9sire, que les gens aient l\u2019air content, quand j\u2019entre&nbsp;!&nbsp;C\u2019est si sot de faire les choses pour des raisons extraordinaires. Pourquoi ne pas \u00eatre comme Richard qui fait les choses pour elles-m\u00eames, tandis que moi, pensa-t-elle en attendant pour traverser, la moiti\u00e9 du temps je fais les choses pour que les gens pensent ceci ou cela, et c\u2019est idiot, car personne ne s\u2019y laisse prendre. Oh&nbsp;! si je pouvais recommencer ma vie, avoir m\u00eame une autre figure&nbsp;! C\u2019est tout&nbsp;! C\u2019est tout&nbsp;! En voil\u00e0 assez&nbsp;! Sottise&nbsp;! Sottise&nbsp;! Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne, mais elle a l\u2019air vieilli cette ann\u00e9e\u2026 Sottise&nbsp;! Sottise&nbsp;! Mon Dieu, ces automobiles&nbsp;! La bagnole au Miniss\u2026 C\u2019est un arbre. C\u2019est moi qui barre le passage. Est-ce qu\u2019on ne me regarde pas en me montrant du doigt&nbsp;? Si je suis l\u00e0, fix\u00e9, enracin\u00e9 au sol, il y a une raison. Mais laquelle&nbsp;?&nbsp;Continuons, Septimus&nbsp;! Les gens&nbsp;! Je me tuerai&nbsp;! Nous allons traverser maintenant. C\u2019est sans doute la Reine, la Reine&nbsp;!&nbsp; La Reine va visiter un h\u00f4pital, la Reine va ouvrir une vente&nbsp;! Y a-t-il quelque chose&nbsp;? Ces gens, assis sur l\u2019imp\u00e9riale des autobus, ont des paquets, des parapluies et m\u00eame des fourrures, par un jour comme celui-ci&nbsp;! Quoi de plus ridicule, de plus invraisemblable que la bourgeoisie anglaise&nbsp;! Et la Reine elle-m\u00eame est arr\u00eat\u00e9e, la Reine elle-m\u00eame ne peut passer. Glaxo&nbsp;! Kreemo&nbsp;! C\u2019est un&nbsp;E. C\u2019est toffee. Regarde, Septimus, regarde&nbsp;! Tiens, les voil\u00e0 qui me font des signaux&nbsp;! C\u2019\u00e9tait toffee, c\u2019\u00e9tait une r\u00e9clame pour du toffee. K\u2026 R\u2026 Septimus&nbsp;!&nbsp; Je vais marcher jusqu\u2019\u00e0 la fontaine, et je reviendrai&nbsp;!&nbsp;Septimus a trop travaill\u00e9. Si vous voyiez les jardins de Milan. Je suis seule&nbsp;! Je suis seule&nbsp;! Septimus&nbsp;! Septimus&nbsp;! Regarde&nbsp;! Oh regarde&nbsp;! La station du m\u00e9tro Regent\u2019s Park&nbsp;? Pouvez-vous m\u2019indiquer la station du m\u00e9tro Regent\u2019s Park&nbsp;?&nbsp;Pas par ici, par l\u00e0&nbsp;!&nbsp;Pourquoi ai-je quitt\u00e9 la maison&nbsp;?&nbsp;Ces jeunesses, \u00e7a ne sait encore rien&nbsp;; et vraiment il vaut mieux \u00eatre un peu forte, un peu lente, un peu mod\u00e9r\u00e9e dans ses pr\u00e9tentions. Percy buvait. Mon Dieu, il vaut mieux avoir un fils. J\u2019ai eu de durs moments et cela fait rire de voir cette jeune fille. Vous vous marierez, car vous \u00eates gentille. Mariez-vous, et alors vous verrez. Ah&nbsp;! les domestiques et le reste. Tous les hommes ont leurs manies. Mais est-ce que j\u2019aurais choisi tout \u00e0 fait de m\u00eame si j\u2019avais su&nbsp;? \u2013 pensa Mrs&nbsp;Dempster, qui aurait aim\u00e9 glisser un mot \u00e0 Maisie Johnson et sentir sur la peau flasque de son vieux visage fatigu\u00e9 un baiser de piti\u00e9. \u2013 Car j\u2019ai eu une dure vie. Que n\u2019ai-je pas donn\u00e9&nbsp;? Les roses de mes joues, ma taille, mes pieds aussi. Des roses&nbsp;! Des sottises, ma belle. Croyez-le, quand il faut manger, boire et coucher, passer les bons et les mauvais jours de la vie, il ne s\u2019agit vraiment pas de roses&nbsp;; et ce qui est pis, si vous voulez le savoir, Carie Dempster ne changerait pas son sort contre celui d\u2019une autre femme dans Kentish Town&nbsp;! Mais, implorait-elle, piti\u00e9&nbsp;! Piti\u00e9 pour la perte des roses&nbsp;! Piti\u00e9&nbsp;! Il doit y avoir un beau gars \u00e0 bord. Qu\u2019est-ce qu\u2019on regarde&nbsp;? Mr&nbsp;Dalloway, Madame\u2026&nbsp;Lady Bruton prie Mr&nbsp;Dalloway de bien vouloir venir d\u00e9jeuner avec elle aujourd\u2019hui. Mr&nbsp;Dalloway fait dire \u00e0 Madame qu\u2019il d\u00e9jeunera dehors.&nbsp;Oh&nbsp;!&nbsp;Ne crains plus, ne crains plus la chaleur du soleil. Imaginez qu\u2019un de ces messieurs l\u2019ait vue&nbsp;!&nbsp;Elle est sous ce toit\u2026 sous ce toit&nbsp;! s\u2019il fallait mourir maintenant, ce serait le moment du plus grand bonheur. Quel crime de rester dans la maison. En extase devant les \u00e9toiles&nbsp;? C\u2019est vraiment bas. C\u2019est \u00e9trange, c\u2019est \u00e9trange comme une ma\u00eetresse de maison conna\u00eet le v\u00e9ritable moment, l\u2019\u00e2me de sa demeure. De faibles sons s\u2019\u00e9l\u00e8vent en spirales dans la cage de l\u2019escalier&nbsp;: le frottement d\u2019un balai, un meuble qu\u2019on bat, un choc \u00e0 la porte, une rumeur quand s\u2019ouvre la porte d\u2019entr\u00e9e, une voix r\u00e9p\u00e9tant un message dans le sous-sol, le cliquetis de l\u2019argenterie sur le plateau, de l\u2019argenterie brillante pour la soir\u00e9e. Tout \u00e9tait pour la soir\u00e9e.&nbsp;Oh&nbsp;! Lucy&nbsp;! Comme l\u2019argenterie est belle&nbsp;!&nbsp;Vous \u00eates-vous amus\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre hier soir&nbsp;? &nbsp;Oh&nbsp;! nous avons d\u00fb partir de bonne heure. Alors vous n\u2019avez pas su la fin, c\u2019est dommage&nbsp;C\u2019est une vraie honte&nbsp;! Emportez-le&nbsp;! Donnez-le \u00e0 Mrs&nbsp;Walcker avec mes compliments&nbsp;! Emportez-le&nbsp;!&nbsp;Est-ce que je ne pourrais pas aider \u00e0 raccommoder la robe&nbsp;? Mais, vous avez d\u00e9j\u00e0 bien assez \u00e0 faire, bien assez d\u2019ouvrage sans celui-l\u00e0. Mais merci, Lucy, oh&nbsp;! merci&nbsp;! et merci, merci. Et, si jamais j\u2019ai un moment, j\u2019irai la voir \u00e0 Ealing. Dieu&nbsp;! on sonne \u00e0 la porte&nbsp;!&nbsp; Mrs&nbsp;Dalloway me recevra, oh&nbsp;! oui, elle me recevra. Oui, oui, oui, elle me recevra. Apr\u00e8s cinq ans pass\u00e9s dans l\u2019Inde, Clarissa me recevra.&nbsp;Qui peut\u2026 Qui peut\u2026&nbsp;Et comment allez-vous&nbsp;?&nbsp; Elle a vieilli. Je ne lui dirai rien, car elle a vieilli. Elle me regarde\u2026&nbsp;Tout \u00e0 fait le m\u00eame, le m\u00eame regard singulier&nbsp;; le m\u00eame complet \u00e0 carreaux&nbsp;; le visage peut-\u00eatre un peu d\u00e9vi\u00e9, un peu plus maigre, un peu plus sec, peut-\u00eatre&nbsp;; mais il a l\u2019air de se porter admirablement et il est toujours le m\u00eame.&nbsp; Quel bonheur de vous revoir&nbsp;!&nbsp; C\u2019est tellement lui&nbsp;! Et cela, qu\u2019est-ce que c\u2019est&nbsp;?&nbsp;Il est tr\u00e8s bien habill\u00e9, cependant il me critique encore. La voil\u00e0 qui raccommode sa robe; elle raccommode sa robe comme toujours. Elle est rest\u00e9e assise l\u00e0 tout le temps, pendant que j\u2019\u00e9tais dans l\u2019Inde, raccommodant sa robe, s\u2019affairant, allant \u00e0 des soir\u00e9es, courant \u00e0 la Chambre, rentrant chez elle \u2013 toute cette existence&nbsp;! car il n\u2019y a rien au monde de si mauvais pour certaines femmes que le mariage et la politique, et un mari conservateur, comme l\u2019admirable Richard. C\u2019est ainsi, c\u2019est ainsi&nbsp;!&nbsp;Richard va tr\u00e8s bien. Richard est \u00e0 une commission. \u00c0 laquelle je ne vous inviterai pas, mon cher Peter.&nbsp; Eh bien, en ce moment, il est charmant, il est tout \u00e0 fait charmant. Je me souviens combien il me paraissait impossible de me d\u00e9cider \u2013 et pourquoi me suis-je d\u00e9cid\u00e9e&nbsp;? \u2013 \u00e0 ne pas l\u2019\u00e9pouser, ce terrible \u00e9t\u00e9.&nbsp;Mais c\u2019est si extraordinaire que vous soyez venu ce matin. Vous rappelez-vous comment les stores claquaient \u00e0 Bourton&nbsp;? C\u2019est vrai. J\u2019ai souvent regrett\u00e9 de ne pas m\u2019\u00eatre mieux entendu avec votre p\u00e8re. Mais il n\u2019aimait aucun de ceux qui\u2026 de nos amis. Bien s\u00fbr, je le voulais, j\u2019ai eu le c\u0153ur presque bris\u00e9. Bourton appartient maintenant \u00e0 Herbert. Je n\u2019y vais plus jamais. Vous souvenez-vous du lac&nbsp;? Voil\u00e0 ce que j\u2019en ai fait&nbsp;! voil\u00e0&nbsp;!&nbsp; Oui, oui, oui, oui. Eh, bien qu\u2019avez-vous fait&nbsp;? Des millions de choses. J\u2019aime. Vous aimez. Et qui est-ce&nbsp;?&nbsp; Une femme mari\u00e9e, malheureusement, la femme d\u2019un major de l\u2019arm\u00e9e des Indes. Elle a deux petits enfants, un gar\u00e7on et une fille. Je suis venu en Angleterre pour consulter mes avocats au sujet du divorce.&nbsp;Mais qu\u2019allez-vous faire&nbsp;? Eh bien, les avocats et les avou\u00e9s, MM.&nbsp;Hooper et Grateley, de Lincoln\u2019s Inn, vont s\u2019en occuper. Pour l\u2019amour du ciel, laissez ce couteau&nbsp;!&nbsp; Je sais tout cela, je sais tout ce que j\u2019ai contre moi, Clarissa, et Dalloway, et tous les autres. Mais je montrerai \u00e0 Clarissa\u2026&nbsp;Richard&nbsp;! Richard&nbsp;!&nbsp;&nbsp;Il d\u00e9jeune avec Lady Bruton. Il m\u2019a quitt\u00e9e, je suis seule pour toujours.&nbsp; Emmenez-moi&nbsp;!&nbsp;Dites-moi, \u00eates-vous heureuse, Clarissa&nbsp;? Est-ce que Richard\u2026&nbsp;&nbsp;Voici mon \u00c9lisabeth. Comment allez-vous&nbsp;?&nbsp; Hello, \u00c9lisabeth&nbsp;!&nbsp; Au revoir, Clarissa&nbsp;!&nbsp;Peter&nbsp;! Peter&nbsp;! ma soir\u00e9e&nbsp;! N\u2019oubliez pas ma soir\u00e9e&nbsp;!&nbsp;&nbsp;N\u2019oubliez pas ma soir\u00e9e&nbsp;! &nbsp;Oh&nbsp;! ces soir\u00e9es, les soir\u00e9es de Clarissa&nbsp;! Pourquoi donne-t-elle ces soir\u00e9es&nbsp;?&nbsp;Clarissa est devenue s\u00e8che et un peu sentimentale par-dessus le march\u00e9. Voici mon \u00c9lisabeth. Voici \u00c9lisabeth. Venez prendre une glace. Oui, merci. ! N\u2019oubliez pas ma soir\u00e9e&nbsp;!&nbsp;&nbsp;N\u2019oubliez pas ma soir\u00e9e&nbsp;! &nbsp;Rien n\u2019existe hors de nous. Il n\u2019y a qu\u2019un \u00e9tat de l\u2019esprit, un d\u00e9sir de consolation, de repos&nbsp;; le d\u00e9sir d\u2019une cr\u00e9ature autre que ces mis\u00e9rables larves humaines, si faibles, si laides, si l\u00e2ches. Mais si je peux la concevoir, alors, en un sens, elle existe. Ah&nbsp;! ne jamais revenir chez moi, sous ma lampe dans mon cabinet de travail, ne pas terminer mon livre, ne plus jamais vider ma pipe ni sonner pour que Mrs&nbsp;Turner vienne d\u00e9barrasser&nbsp;! mais plut\u00f4t marcher droit vers cette grande figure mouvante qui m\u2019enl\u00e8vera sur ses branches et me laissera me dissoudre dans le n\u00e9ant comme toutes les choses&nbsp;! Rien de plus ce soir, Monsieur&nbsp;?&nbsp;La mort de l\u2019\u00e2me&nbsp;!&nbsp; Seigneur&nbsp;! Seigneur&nbsp;!&nbsp;\u00bb dit-il tout haut, s\u2019\u00e9tirant et ouvrant les yeux. &nbsp;La mort de l\u2019\u00e2me&nbsp;!&nbsp;Est-ce que vous la jugeriez autrement, si vous saviez qu\u2019avant de se marier, elle a eu un b\u00e9b\u00e9&nbsp;? Oh&nbsp;! je ne pourrai plus jamais lui parler&nbsp;!&nbsp;La mort de l\u2019\u00e2me&nbsp;!&nbsp;Je sais bien que vous m\u2019avez trouv\u00e9e absurde, quand j\u2019ai parl\u00e9 de cette femme, mais voyez quelle personne extraordinairement affectueuse je suis, comme j\u2019aime mon Rob&nbsp;!&nbsp;Elle \u00e9pousera cet homme. Je m\u2019appelle Dalloway&nbsp;!&nbsp;&nbsp;Je m\u2019appelle Dalloway&nbsp;!&nbsp;Je m\u2019appelle Dalloway&nbsp;!&nbsp;Est-ce que vous ne voulez pas aller avec eux&nbsp;?&nbsp;Venez, on nous attend. Elle \u00e9pousera cet homme. Je m\u2019appelle Dalloway. Cette sotte plaisanterie a assez dur\u00e9. Avec vous je m\u2019amuse, mais avec Richard Dalloway, je suis de c\u0153ur. Il faut en finir d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre&nbsp;Quelque chose de tr\u00e8s important est arriv\u00e9. Dites-moi la v\u00e9rit\u00e9, dites-moi la v\u00e9rit\u00e9. Dites-moi la v\u00e9rit\u00e9. Dites-moi la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est inutile. C\u2019est inutile. Tout est fini. Clarissa&nbsp;! Clarissa&nbsp;! C\u2019est affreux, affreux, affreux. C\u2019est injuste. Pourquoi est-ce que je souffre&nbsp;? Non, je ne peux plus supporter cela. Maintenant, allons nous tuer. J\u2019ai tellement maigri. Je l\u2019ai mise dans mon porte-monnaie. \u00c0 qui&nbsp;? Au Premier ministre&nbsp;!&nbsp;C\u2019est une trompe d\u2019automobile en bas dans la rue. On lui a donn\u00e9 son sou, conclut-il, et il s\u2019en va au prochain public-house.&nbsp;Je me suis pench\u00e9 sur le bord du bateau, et je suis tomb\u00e9. Je suis tomb\u00e9 dans la mer. J\u2019\u00e9tais mort et cependant je suis en vie, maintenant mais laissez-moi me reposer encore&nbsp;!&nbsp;J\u2019accueille, j\u2019accepte, je cr\u00e9e. De la beaut\u00e9&nbsp;! Il est temps\u2026 Pour l\u2019amour de Dieu, n\u2019approchez pas&nbsp;!&nbsp;Il faut que je dise au monde entier. Je suis si malheureuse, Septimus&nbsp;!&nbsp;L\u2019heure, Septimus, demanda Rezia. Quelle heure est-il&nbsp;?&nbsp;Je vais te dire l\u2019heure. Et c\u2019est l\u00e0 la jeunesse&nbsp;!&nbsp; Mais qu\u2019y a-t-il donc&nbsp;? qu\u2019est-ce que le jeune homme au pardessus a bien pu lui dire pour lui donner cet air-l\u00e0&nbsp;? dans quelle terrible passe se trouvent-ils pour avoir tous deux un air d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par ce beau matin d\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;? Les Whitbread, qui sont les Whitbread&nbsp;? Des marchands de charbon. De respectables commer\u00e7ants. Il n\u2019a rien lu, rien pens\u00e9, rien senti&nbsp;! Les palefreniers ont plus de vie en eux que lui. C\u2019est un parfait sp\u00e9cimen du type form\u00e9 par les grands coll\u00e8ges. Il n\u2019y a que l\u2019Angleterre pour cr\u00e9er un produit semblable. Le feu de charbon\u2026 Cela faisait un air si lourd&nbsp;! Est-ce que je peux m\u2019en aller maintenant&nbsp;? Regarde de tous tes yeux dans mes yeux. Donne-moi ta main et laisse-moi la presser doucement&nbsp;!&nbsp; Et si l\u2019on nous voit qu\u2019est-ce que cela fait&nbsp;?&nbsp;Pauvre vieille femme. Oh&nbsp;! la pauvre malheureuse&nbsp;!&nbsp;Et si l\u2019on nous voit qu\u2019est-ce que cela fait&nbsp;? Je suis malheureuse. Si l\u2019on nous voit, qu\u2019est-ce que cela fait&nbsp;? Elle a fleuri&nbsp;? Il a fleuri. Si sa sant\u00e9 ne lui joue pas un mauvais tour. Tout est en eux. C\u2019est le chapeau qui est le plus important. Magnifique&nbsp;! Septimus, je t\u2019en prie, laisse ton livre&nbsp;!&nbsp;Les Anglais sont tr\u00e8s silencieux. Peut-\u00eatre, peut-\u00eatre, apr\u00e8s tout, que le monde n\u2019a pas de sens.&nbsp;Vous avez fait votre devoir, c\u2019est \u00e0 nous\u2026 Les Anglais sont si s\u00e9rieux. Vraiment, il ne veut pas. Ainsi, vous avez le trac&nbsp;? Tuez-vous, tuez-vous, par piti\u00e9 pour nous&nbsp;!&nbsp;Evans&nbsp;! Evans&nbsp;! Qu\u2019est-ce que tu dis, Septimus&nbsp;?&nbsp; Monstre, monstre&nbsp;! Allons, qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette histoire&nbsp;? Vous effrayez votre femme en lui racontant des sottises&nbsp;? Mais s\u2019ils sont riches, qu\u2019ils aillent donc \u00e0 Harley Street, s\u2019ils n\u2019ont pas confiance en moi. Vous avez servi avec \u00e9clat pendant la guerre&nbsp;? La guerre&nbsp;?&nbsp; Si, il a servi avec beaucoup d\u2019\u00e9clat, assura Rezia au docteur, il a eu de l\u2019avancement. Et on a une tr\u00e8s haute opinion de vous \u00e0 votre bureau. Ainsi, vous n\u2019avez pas d\u2019ennuis, pas de soucis d\u2019argent, rien&nbsp;?&nbsp;J\u2019ai\u2026 j\u2019ai commis un crime.&nbsp;Il n\u2019a jamais fait le moindre mal. Nous avons termin\u00e9 notre petit entretien. Le docteur dit que tu es tr\u00e8s tr\u00e8s malade. Nous allons vous envoyer dans une clinique.Une des cliniques d\u2019Holmes&nbsp;?&nbsp;Une de mes cliniques, Mr&nbsp;Warren Smith, o\u00f9 nous vous apprendrons \u00e0 vous reposer.&nbsp; Nous avons tous nos moments de d\u00e9pression. Il a quelquefois des acc\u00e8s&nbsp;? Personne ne vit seulement pour soi. Et vous avez devant vous une brillante carri\u00e8re.Une carri\u00e8re exceptionnellement brillante. Je\u2026 je\u2026&nbsp;Oui. Je\u2026 je\u2026&nbsp;T\u00e2chez de penser le moins possible \u00e0 vous-m\u00eame. Rien que l\u2019entretien de cet automobile doit lui co\u00fbter gros. Merci, il r\u00e9ussit tr\u00e8s bien dans l\u2019Afrique du Sud. Mais, d\u00e9jeunons d\u2019abord&nbsp;! Comme ils feraient bien sur la dentelle de votre robe&nbsp;!&nbsp;Comment va Clarissa&nbsp;? &nbsp;Comment va Clarissa&nbsp;? &nbsp;Comment va Clarissa&nbsp;? J\u2019ai rencontr\u00e9 Clarissa dans le Parc. Savez-vous qui est en ville&nbsp;?&nbsp; Notre vieil ami Peter Walsh&nbsp;! Oui, Peter Walsh est revenu&nbsp;!&nbsp;Une histoire de femme. D\u2019ailleurs, nous entendrons toute l\u2019histoire de la bouche de Peter. Son adresse&nbsp;? Milly, voulez-vous aller chercher les papiers&nbsp;? Comme, par cons\u00e9quent, notre opinion est que les temps sont m\u00fbrs\u2026 la jeunesse inutilis\u00e9e de notre population toujours croissante\u2026 notre dette envers les morts. Ah&nbsp;! les nouvelles de l\u2019Inde&nbsp;!&nbsp;Est-ce que nous vous verrons \u00e0 notre soir\u00e9e&nbsp;? vous avez bien raison. Je voudrais voir Mr&nbsp;Dubonnet. Combine est-ce&nbsp;? Je vous aime. J\u2019ai dit \u00e0 Ellie Henderson que je demanderais \u00e0 Clarissa. Ellie avait tant envie de venir&nbsp;! Mais comme c\u2019est charmant&nbsp;! Elles sont ravissantes&nbsp;!&nbsp; Mais asseyons-nous d\u2019abord cinq minutes. Pensant \u00e0 Bourton\u2026 Hugh \u00e9tait au d\u00e9jeuner. \u00ab&nbsp;Et cette pens\u00e9e me vint&nbsp;: j\u2019aurais pu l\u2019\u00e9pouser\u2026 exactement comme autrefois, vous savez.&nbsp;Et notre ch\u00e8re Miss Kilman&nbsp;?&nbsp;Kilman est arriv\u00e9e comme nous avions fini de d\u00e9jeuner. \u00c9lisabeth a rougi. Elles se sont enferm\u00e9es. Je crois qu\u2019elles prient.&nbsp; Avec un mackintosh et un parapluie. Je vous aime.&nbsp;Mais pourquoi est-ce que j\u2019inviterais toutes les femmes ennuyeuses de Londres \u00e0 mes soir\u00e9es&nbsp;? Pauvre Ellie Henderson&nbsp;! Il faut que je m\u2019en aille. Un comit\u00e9&nbsp;?&nbsp; Pour les Arm\u00e9niens\u2026 les Albanais. Une heure de repos complet apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. Clarissa Dalloway est g\u00e2t\u00e9e. C\u2019est pour cela que je le fais. Bon&nbsp;! Bon&nbsp;! mais vos soir\u00e9es, quelle est la raison de vos soir\u00e9es&nbsp;? Elles sont une offrande. Ma m\u00e8re repose. Sotte&nbsp;! Idiote&nbsp;! Vous n\u2019avez connu ni joies ni chagrins&nbsp;; vous avez pass\u00e9 votre vie dans la frivolit\u00e9&nbsp;!&nbsp;&nbsp;Vous avez raison. Vous emmenez \u00c9lisabeth aux Stores&nbsp;? N\u2019oublie pas la soir\u00e9e&nbsp;! N\u2019oublie pas notre soir\u00e9e&nbsp;! C\u2019est la chair. C\u2019est la chair, c\u2019est la chair. Comme il doit faire bon \u00e0 la campagne. Aux jupons. Prenons le th\u00e9. Je n\u2019ai pas encore tout \u00e0 fait fini.&nbsp;Irez-vous \u00e0 la soir\u00e9e&nbsp;? Il ne faut pas se laisser absorber par les soir\u00e9es.&nbsp;Je ne vais pas en soir\u00e9e. On ne m\u2019invite pas aux soir\u00e9es.&nbsp;Pourquoi m\u2019inviterait-on&nbsp;? dit-elle. Je suis laide, je suis malheureuse.&nbsp;Je ne me plains pas, je plains\u2026&nbsp;Je plains beaucoup plus les autres. Ne m\u2019oubliez pas tout \u00e0 fait. Eh bien, cela prouve qu\u2019elle a du c\u0153ur. C\u2019est divin.&nbsp;Comment s\u2019appelle la fille mari\u00e9e de Mrs&nbsp;Filmer&nbsp;?&nbsp;Mrs&nbsp;Peters. Il sera peut-\u00eatre trop petit. Mrs&nbsp;Peters est grande.&nbsp;Elle m\u2019a donn\u00e9 des raisins ce matin. C\u2019est vrai&nbsp;? C\u2019est une mauvaise langue. Que fait Mr&nbsp;Peters&nbsp;?&nbsp;Ah&nbsp;!&nbsp;Ces jours-ci, il est \u00e0 Hull. Ces jours-ci&nbsp;! Il sera trop petit pour Mrs&nbsp;Peters. Bien s\u00fbr, il sera trop petit, il sera ridicule. Mais Mrs&nbsp;Peters l\u2019a choisi.&nbsp;Bon pour le singe d\u2019un joueur d\u2019un orgue de Barbarie&nbsp;! Voil\u00e0. Mais il est encore plus ridicule. \u00c0 pr\u00e9sent, la pauvre femme va ressembler \u00e0 un cochon \u00e0 la foire.&nbsp;Elle aura un chapeau magnifique. Le voil\u00e0, c\u2019est assez pour aujourd\u2019hui. Plus tard\u2026&nbsp;Regarde-le un peu. Mais je dois avoir l\u2019air si dr\u00f4le&nbsp;! Ah, zut&nbsp;! Nous sommes parfaitement heureux, \u00e0 pr\u00e9sent. Les gens que l\u2019on aime le plus ne sont pas ce qu\u2019il faut quand on est malade. Il faut qu\u2019il apprenne \u00e0 se reposer. Il faut qu\u2019ils soient s\u00e9par\u00e9s. Il faut, il faut\u2026 pourquoi faut-il&nbsp;? Quel droit Bradshaw a-t-il de dire, il faut&nbsp;? C\u2019est parce que tu as parl\u00e9 de te tuer. Br\u00fble tout cela&nbsp;!&nbsp;Ma ch\u00e8re madame, je suis venu en ami. Non. Je ne vous permettrai pas de voir mon mari.&nbsp;Ma ch\u00e8re madame, permettez-moi\u2026&nbsp;Le trac, hein&nbsp;? Voil\u00e0 pour vous. Le l\u00e2che&nbsp;!&nbsp;Qu\u2019elle soit courageuse et qu\u2019elle boive ceci&nbsp;!&nbsp;Qu\u2019elle ne le voie pas, qu\u2019on lui \u00e9pargne tout ce qui \u00e9tait possible, elle aurait l\u2019enqu\u00eate \u00e0 supporter, pauvre petite femme&nbsp;! Il est mort. Laissez-l\u00e0 dormir. Et cependant, c\u2019est le privil\u00e8ge de la solitude&nbsp;; dans l\u2019intimit\u00e9, on peut faire ce qu\u2019on veut. On peut pleurer si personne ne vous voit.&nbsp;J\u2019ai en moi quelque chose, debout pr\u00e8s de la bo\u00eete aux lettres, qui pourrait en ce moment se r\u00e9soudre en larmes. Ce que c\u2019est, Dieu le sait&nbsp;! Cela a \u00e9t\u00e9 si bon de le voir&nbsp;! Il fallait qu\u2019elle le lui dise. Si ravie de l\u2019avoir vu&nbsp;! Il fallait qu\u2019elle le lui dise. Si ravie de vous avoir vu. Depuis trente ans, milady. Les jeunes filles ne se mettaient pas de rouge autrefois, \u00e0 Bourton. Mais Miss Alice n\u2019a pas besoin de rouge. Quelle dr\u00f4le de bonne femme, la vieille nourrice de Clarissa&nbsp;!&nbsp;&nbsp;Lady et Miss Lovejoy.&nbsp;Lady et Miss Lovejoy. Sir John et Lady Needham\u2026 Miss Weld\u2026 Mr&nbsp;Walsh. Quel plaisir de vous voir&nbsp;! Quel plaisir de vous voir&nbsp;!&nbsp;Oh mon Dieu&nbsp;! cela va \u00eatre un four, un four noir&nbsp;! Ch\u00e8re amie, vous \u00eates toutes les m\u00eames&nbsp;!&nbsp;Y-a-t-il un courant d\u2019air&nbsp;? Je mettrai telle robe. Eh bien, Ellie, comment cela va-t-il&nbsp;?&nbsp;C\u2019est vrai, c\u2019est vrai. Hello, Richard&nbsp;!&nbsp;Quel plaisir de vous voir&nbsp;! Comme c\u2019est aimable \u00e0 vous de venir&nbsp;! Clarissa&nbsp;!&nbsp;&nbsp;Elle est sous ce toit&nbsp;! sous ce toit&nbsp;!&nbsp; \u00c0 Londres, en passant\u2026 entendu dire \u00e0 Clara Haydon\u2026 Quelle chance de vous voir&nbsp;! Aussi j\u2019arrive sans invitation\u2026&nbsp;J\u2019ai cinq grands gar\u00e7ons. Le Premier Ministre&nbsp;! Mon Dieu, mon Dieu, le snobisme des Anglais&nbsp;! Comme ils aiment se v\u00eatir de broderies d\u2019or et faire des courbettes. Tiens, on dirait \u2013 ma parole, c\u2019est lui, Hugh l\u2019admirable&nbsp;! Il a toujours l\u2019air d\u2019\u00eatre de service, comme s\u2019il \u00e9tait un \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9, myst\u00e9rieux, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre jusqu\u2019\u00e0 la mort des tas de secrets, qui pourtant ne sont que de petits potins appris d\u2019un valet de pied de la Cour et que tous les journaux publieront demain. Voil\u00e0 ses marottes, ses hochets, et, en s\u2019en amusant tous ceux qui ont le grand honneur de conna\u00eetre ce beau sp\u00e9cimen des coll\u00e8ges anglais.&nbsp;Le Premier Ministre a \u00e9t\u00e9 vraiment aimable de venir. Cher Sir Harry&nbsp;! De quoi riez-vous&nbsp;? Ils ne veulent pas nous raconter leurs histoires. Ch\u00e8re Clarissa, vous me rappelez tellement votre m\u00e8re quand je l\u2019ai vue pour la premi\u00e8re fois, avec un chapeau gris, marchant dans un jardin&nbsp;!&nbsp;Mais le bruit&nbsp;! Le signe d\u2019une soir\u00e9e r\u00e9ussie.&nbsp;Il sait tout ce qu\u2019on peut savoir sur Milton, dit Clarissa. Vraiment&nbsp;? Il faut que je parle \u00e0 ce couple, Lord Gayton et Nancy Blow&nbsp;!&nbsp;Vous \u00eates des amours, vous \u00eates des anges d\u2019\u00eatre venus&nbsp;J\u2019aurais voulu faire danser. Quel dommage&nbsp;! J\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 faire danser.&nbsp;Venez parler de la Birmanie \u00e0 tante H\u00e9l\u00e9na. Nous causerons plus tard&nbsp;\u00bb, dit Clarissa, en le conduisant \u00e0 tante H\u00e9l\u00e9na. Peter Walsh. Il est all\u00e9 en Birmanie. Richard a \u00e9t\u00e9 si content de luncher avec vous. Richard m\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s grand secours. Il m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 faire une lettre. Et comment allez-vous&nbsp;? Admirablement&nbsp;! Et voil\u00e0 Peter Walsh. Mais je ne peux pas rester. Attendez. Je reviendrai. Votre amie au manteau rouge qui avait l\u2019air si intelligent. Nous sommes scandaleusement en retard, ch\u00e8re Madame, c\u2019est \u00e0 peine si nous osions entrer. Oui, ils n\u2019avaient pas pu r\u00e9sister \u00e0 la tentation.&nbsp;Comment va votre fils \u00e0 Eton&nbsp;? Il n\u2019a pu entrer dans l\u2019\u00e9quipe de cricket, \u00e0 cause des oreillons. Son p\u00e8re, je crois, a pris la chose plus \u00e0 c\u0153ur que lui, car il n\u2019est lui-m\u00eame qu\u2019un grand enfant.&nbsp;Juste comme nous allions partir, on a appel\u00e9 mon mari au t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;: un cas navrant. Un jeune homme s\u2019est suicid\u00e9. Il avait fait la guerre.&nbsp; Oh&nbsp;! au milieu de ma soir\u00e9e, voil\u00e0 la mort.&nbsp;S\u2019il fallait mourir \u00e0 pr\u00e9sent, ce serait le moment du grand bonheur. Mais o\u00f9 est Clarissa&nbsp;?&nbsp; O\u00f9 est-elle all\u00e9e&nbsp;? O\u00f9 est Clarissa&nbsp;? J\u2019ai cinq fils&nbsp;! Toujours le m\u00eame tic&nbsp;! ouvrir son canif, ouvrir et fermer son canif quand il s\u2019excite.&nbsp;Avez-vous \u00e9crit&nbsp;?&nbsp;Pas une ligne&nbsp;!&nbsp;Ils ont des milliers de domestiques, des kilom\u00e8tres de serres. Oui, j\u2019ai dix mille livres par an. Cela m\u2019a emp\u00each\u00e9e de devenir folle, tant j\u2019\u00e9tais malheureuse chez moi. Tout cela, c\u2019est le pass\u00e9, c\u2019est enti\u00e8rement fini. Et Mr&nbsp;Parry est mort&nbsp;; et Miss Parry est encore vivante. Jamais je n\u2019ai re\u00e7u un tel choc&nbsp;! J\u2019\u00e9tais s\u00fbr qu\u2019elle \u00e9tait morte.&nbsp; Oh&nbsp;! comme je voudrais \u00eatre \u00e0 la campagne et faire ce que j\u2019aime&nbsp;! N\u2019est-ce pas mon pauvre chien qui hurle&nbsp;? Elle ne ressemble pas \u00e0 Clarissa. Oh Clarissa&nbsp;! Il ne va pas nous reconna\u00eetre\u2026 Ainsi c\u2019\u00e9tait Hugh&nbsp;! Hugh l\u2019admirable&nbsp;! Et que fait-il&nbsp;? Il cire les bottines du Roi ou compte les souliers \u00e0 Windsor. Peter&nbsp;! mauvaise langue comme toujours&nbsp;! Mais soyez franche, Sally, ce baiser \u00e0 pr\u00e9sent, celui d\u2019Hugh&nbsp;?&nbsp;Tout le monde ici a plusieurs fils \u00e0 Eton, except\u00e9 moi.C\u2019est une sotte, mais nous avons eu de bons moments. Cependant, quand j\u2019ai appris que Clarissa donnait une soir\u00e9e, j\u2019ai senti que je ne pouvais pas ne pas venir. Il fallait que je la revoie (je suis descendue dans Victoria Street presque \u00e0 sa porte). Aussi, je suis venue sans invitation. Mais, dites-moi, je vous prie, qui est-ce&nbsp;? Et, quand la nuit s\u2019avance, quand les gens s\u2019en vont, on trouve de vieux amis&nbsp;; des coins et des recoins tranquilles, et les spectacles les plus charmants. Savent-ils qu\u2019il y a autour d\u2019eux un jardin enchant\u00e9&nbsp;? Des lampes et des arbres et de merveilleux lacs luisants et le ciel&nbsp;? Juste quelques lampes f\u00e9eriques, avait dit Clarissa dans le jardin du fond&nbsp;! Mais c\u2019est une magicienne&nbsp;! C\u2019est un parc\u2026&nbsp;La vieille Mrs&nbsp;Hilbery. Et qui est-ce&nbsp;? cette dame qui est rest\u00e9e pr\u00e8s du rideau toute la soir\u00e9e sans parler&nbsp;?&nbsp;Oh&nbsp;! c\u2019est Ellie Henderson. Clarissa \u00e9tait si dure pour elle. C\u2019\u00e9tait une cousine, tr\u00e8s pauvre. Clarissa \u00e9tait vraiment dure pour les gens. C\u2019est vrai. Cependant, comme Clarissa est g\u00e9n\u00e9reuse pour ses amis&nbsp;! C\u2019est une qualit\u00e9 rare, et quelquefois la nuit, ou le jour de No\u00ebl, quand je me rem\u00e9more les gr\u00e2ces que j\u2019ai re\u00e7ues, je mets cette affection au premier rang. Nous \u00e9tions jeunes et tout est l\u00e0. Clarissa \u00e9tait pure de c\u0153ur&nbsp;; c\u2019est une grande chose. Vous me trouverez sentimentale. Mais oui. Car il n\u2019y a qu\u2019une chose qui vaille la peine d\u2019\u00eatre dite&nbsp;: ce que l\u2019on sent. Mais je ne sais pas, ce que je pense. Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 la vie simple. Mes relations avec Clarissa n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 simples. Ma vie en a \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9e.&nbsp;On ne peut pas aimer deux fois.&nbsp;Non, non, non&nbsp;!&nbsp;&nbsp;\u00c0 qui parle-t-il&nbsp;? qui est cet homme \u00e0 l\u2019air tr\u00e8s distingu\u00e9&nbsp;?&nbsp; Mais qu\u2019a-t-il fait&nbsp;?&nbsp;Et sont-ils heureux&nbsp;? Que peut-on savoir m\u00eame des gens avec qui on vit chaque jour&nbsp;? Ne sommes-nous pas tous des prisonniers&nbsp;?&nbsp;C\u2019est vrai que les jeunes gens sont beaux. Et ces deux personnages, ces deux personnes qui s\u2019approchent (vraiment il faut que je parte si Clarissa ne vient pas bient\u00f4t), cet homme \u00e0 l\u2019air tr\u00e8s distingu\u00e9 qui vient de causer avec Richard, et sa femme plut\u00f4t commune \u2013 que peut-on savoir d\u2019eux&nbsp;? Qu\u2019ils sont d\u2019abominables charlatans. Quand on est jeune, on est trop excitable pour conna\u00eetre les gens. Maintenant que nous sommes vieux, cinquante-deux ans pour \u00eatre pr\u00e9cis, maintenant que nous sommes m\u00fbrs, \u2013 nous pouvons observer, comprendre \u2013 et on ne perd pas la facult\u00e9 de sentir. Cela est vrai. Cela s\u2019accro\u00eet. Elle est mari\u00e9e. Elle a deux petits enfants. Eh bien, venez tous \u00e0 Manchester, promettez-le avant de partir. Voil\u00e0 \u00c9lisabeth&nbsp;; ce que nous sentons, en grande partie, elle ne le sent pas, pas encore. Mais, on peut voir qu\u2019ils s\u2019aiment beaucoup.&nbsp;Qui est donc cette ravissante jeune fille&nbsp;?&nbsp;Richard a gagn\u00e9. Vous avez raison. Je vais aller lui parler. Je vais prendre cong\u00e9. Que vaut l\u2019intelligence, compar\u00e9e au c\u0153ur&nbsp;? Je viens. Quelle est cette crainte&nbsp;? Ce ravissement&nbsp;? Quelle est cette extraordinaire \u00e9motion qui m\u2019agite&nbsp;? C\u2019est Clarissa.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3| Les particules dominicales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu m\u2019as inocul\u00e9 tout ce que tu as pu du <em>morne dimanche de province<\/em>. Les enfants sont de grands simulateurs et je ne t\u2019aurais contredite pour rien au monde, j\u2019avais bien trop peur de toi, de te d\u00e9plaire, de te contrarier. Tu \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 bien assez tourment\u00e9e comme \u00e7a, notamment par ces dimanches qui n\u2019en finissaient pas, qui \u00e9taient toujours les m\u00eames, foutus d\u2019avance, presque lundi. Je me suis ennuy\u00e9e comme un cam\u00e9l\u00e9on, j\u2019ai repris tes expressions, tes soupirs, tes paroles. Pas besoin d\u2019\u00eatre une actrice tr\u00e8s dou\u00e9e&nbsp;: tu croyais avec une telle ferveur au consensus de la plaie des dimanches, qui aurait pu penser autrement&nbsp;? Je simulais&nbsp;: comment aurais-tu aim\u00e9 une enfant insensible \u00e0 ce malheur universel&nbsp;? Il fallait \u00eatre sans c\u0153ur pour ne jamais s\u2019ennuyer \u00e0 ce point. Je ne devais pas faire partie de l\u2019humanit\u00e9 pour passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une aussi pesante \u00e9vidence, mais heureusement, tu ne le remarquais pas alors. Le dimanche \u00e0 lui seul n\u2019aurait pu \u00eatre cause d\u2019un \u00e9tat aussi lamentable. Il fallait conspuer la combinaison avec la province, la petite ville de province, m\u00e8re de tous tes maux, o\u00f9 tu t\u2019\u00e9tais employ\u00e9e \u00e0 revenir pourtant, encore et encore. Elle valait mieux qu\u2019un village, mais moins, bien moins qu\u2019une capitale. Tu avais des \u00e9chelles quantitatives qui m\u2019\u00e9chappaient&nbsp;: \u00e0 mes yeux tout \u00e9tait grand, m\u00eame le plus petit trou de souris. L\u2019expression trou du cul du monde \u00e9tait pour moi pleine de rires et de myst\u00e8res, mais je prenais l\u2019air las, je copiais ta mine blas\u00e9e en toutes circonstances. Voil\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais rendue avant m\u00eame d\u2019avoir commenc\u00e9 \u00e0 lire. D\u2019ailleurs, pourquoi lire&nbsp;? Balzac, Maupassant et Zola, tu les avais coll\u00e9s d\u2019office dans le sac des secr\u00e9taires de l\u2019ennui des provinces, des dimanches. Tout ce qu\u2019il y avait \u00e0 dire sur ce sujet, ils l\u2019avaient dit (alors, pourquoi \u00e9crire&nbsp;?) et tu les proposais \u00e0 ma lecture \u00e0 venir comme autant d\u2019alli\u00e9s, autant de preuves que de tout temps, tout le monde maudissait les dimanches et l\u2019ennui et la province, d\u2019une seule et m\u00eame voix (je ne les lirai donc pas). Une seule vignette \u00e9chappait \u00e0 ta vindicte dominicale, que tu produisais r\u00e9guli\u00e8rement. Non dans le but de proposer une \u00e9chappatoire \u00e0 cette fatalit\u00e9, mais pour la crisper d\u00e9finitivement dans la d\u00e9ploration vaine du conditionnel pass\u00e9. Tu avais v\u00e9cu un (plusieurs, peut-\u00eatre ?) dimanche remarquable, mais ils \u00e9taient perdus pour toujours. Au retour des vacances, vos parents vous avaient servi un petit-d\u00e9jeuner en guise de d\u00eener. \u00c7a avait \u00e9t\u00e9 merveilleux. Dans un premier r\u00e9flexe salvateur, je tentai des reproductions du m\u00eame. C\u2019\u00e9tait non seulement vain, mais d\u00e9plac\u00e9. Quelque chose qui aurait d\u00fb \u00eatre continu\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 interrompu sans retour (qui \u00e9tais-je pour pr\u00e9tendre \u00e0 une r\u00e9paration&nbsp;?). J\u2019essayai d\u2019autres f\u00eates, d\u2019autres rituels\u2026 sans effet. Tu cultivais avec tous les soins la plante en pot de cette nostalgie qui se d\u00e9tachait en miniature sur le fond brouill\u00e9 des dimanches infinis et pareils. Pas touche&nbsp;! Je faisais profil bas et \u00e0 la longue, j\u2019ai d\u00fb finir par y croire mollement. Pour dire la v\u00e9rit\u00e9, je ne sais plus tr\u00e8s bien, mais j\u2019observe que la vitalit\u00e9 de particule solaire des enfants se ternit \u00e0 force de se frotter \u00e0 la posture blas\u00e9e des adultes. La lampe ne laisse plus sortir le g\u00e9nie. Les paroles se font rares (d\u2019ailleurs, \u00e0 quoi bon parler&nbsp;: tu sais d\u2019avance ce que je vais dire, combien de fois devras-tu me le r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;?). Finalement, je n\u2019\u00e9tais pas si mal, conserv\u00e9e dans le doux-amer, confite dans tes certitudes. La mort dans le froid est la plus douce, dit-on, on croit qu\u2019il y fait chaud\u2026 C\u2019\u00e9tait sans compter sur l\u2019\u00e9cole gratuite et obligatoire. Au d\u00e9tour d\u2019une dict\u00e9e de fin de primaire, le chevalier Proust m\u2019a r\u00e9veill\u00e9e. Ses dimanches avaient un air de d\u00e9j\u00e0-vu, d\u00e9j\u00e0-esp\u00e9r\u00e9, tous les sens \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, des vitraux versicolores aux tablettes des p\u00e2tisseries. J\u2019ai trahi l\u2019ennui des tiens, et cela me vaut un bannissement \u00e0 vie, dans lequel j\u2019ai emport\u00e9 Balzac, Zola et Maupassant, en lot de consolation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| C&rsquo;est comment qu&rsquo;on freine ?<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| C\u2019est comment qu\u2019on freine<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quinze ans. Je donne la main tout l\u2019\u00e9t\u00e9 dans la pension de famille de ma grand-m\u00e8re. Je fais le concours de l\u2019Express avec sa flop\u00e9e de questions de culture g\u00e9n\u00e9rale hebdomadaire. \u00c7a cadre quelque chose. Pas d\u2019internet. Tous \u00e0 la biblioth\u00e8que. Il n\u2019y en a pas dans le village. Le mercredi, je prends le bus apr\u00e8s le service de midi et je descends \u00e0 Albertville, o\u00f9 il y a une biblioth\u00e8que. Les livres tiennent dans deux pi\u00e8ces fra\u00eeches d\u2019une maison de ma\u00eetre, oubli\u00e9e dans un bout de square avec sa jumelle, la MJC. La biblioth\u00e9caire est vive et elle porte des robes fleuries. \u00c7a ne se bouscule pas dans la salle d\u2019\u00e9tude (une des deux pi\u00e8ces), mais je croise deux ou trois r\u00e9guliers, des vieux. J\u2019ai quinze ans. Si par extraordinaire, j\u2019ai besoin de consulter un livre qui n\u2019est pas en rayon, la biblioth\u00e9caire peut le commander. Le d\u00e9lai sera le m\u00eame qu\u2019\u00e0 la librairie, comptez bien deux semaines en plein \u00e9t\u00e9, parfois plus, si vous avez des demandes extravagantes, telles qu\u2019en provoque le concours de l\u2019Express\u2026 Quand le livre arrive, j\u2019en ai demand\u00e9 des nouvelles \u00e0 chaque visite, comme pour la visite d\u2019un parent trop rare, je dois attendre qu\u2019il soit proprement r\u00e9pertori\u00e9 et \u00e9tiquet\u00e9. Mais quand le livre arrive, je le lis. Nous sommes en juillet 2026, j\u2019ai pass\u00e9 l\u2019ann\u00e9e \u00e0 entasser des livres dans ma chambre, mon bureau, mon salon, \u00e0 Paris, en Savoie, \u00e0 Valenciennes, \u00e0 Nevers. Je les ai consult\u00e9s, feuillet\u00e9s, commenc\u00e9s, parcourus, annot\u00e9s, pr\u00eat\u00e9s, conseill\u00e9s, cit\u00e9s, photocopi\u00e9s, perdus, retrouv\u00e9s dans la ruelle d\u2019un lit ou chez un ami, je les ai manipul\u00e9s, \u00e9pousset\u00e9s, je les ai rang\u00e9s par ordre d\u2019importance, de priorit\u00e9, d\u2019envie, je me suis promis de ne pas laisser courir un an suppl\u00e9mentaire sans relire tel volume, poursuivre le commentaire de tel autre, apprendre par c\u0153ur un troisi\u00e8me\u2026 Bref, j\u2019ai fait toute sorte de choses avec ces livres pendant l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, sauf les lire.Voil\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9, les vacances. Le temps nous est donn\u00e9. Il s\u2019agit de retrouver ce qu\u2019on aime et ceux que l\u2019on aime. \u00c7a devrait aller tout seul et pourtant, je n\u2019en suis plus \u00e9tonn\u00e9e, un peu de m\u00e9thode est requise. Je vais finir des livres.<br>Toute l\u2019ann\u00e9e, j\u2019implore mes \u00e9l\u00e8ves de ne pas se confondre avec l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de la technologie que nous utilisons et qui se prive de moins en moins de nous utiliser. Il y en a pour s\u2019en inqui\u00e9ter et d\u2019autres pour croire, sinc\u00e8rement, qu\u2019ils sont des adultes responsables. Nos t\u00e9l\u00e9phones trouvent l\u2019information si vite qu\u2019on finit par penser qu\u2019ils l\u2019ont. Or nos t\u00e9l\u00e9phones parlent en notre nom, disent notre je, mes voyages, mes lectures\u2026 Comment ne pas nous convoquer \u00e0 une pareil imm\u00e9diatement, sans effort apparent, seulement des co\u00fbts tr\u00e8s bien cach\u00e9s puisque nous ne voulons pas les voir ?Au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, j\u2019ai termin\u00e9 <em>Les Comptes de ma Tante F\u00e9e<\/em> de Hans Magnus Enzensberger et <em>Je t\u2019ai donn\u00e9 des yeux et tu as regard\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres<\/em> de la Catalane Irene Sol\u00e0. C\u2019est dr\u00f4le de lire le soir sans s\u2019endormir au bout de trois pages. C\u2019est dr\u00f4le de lire le matin sans se dire qu\u2019on est en train de mettre quelque chose en retard. Dans un cas comme dans l\u2019autre, l\u2019impression d\u2019\u00eatre port\u00e9e, de lire sur coussin d\u2019air (le souffle propre \u00e0 chaque \u0153uvre) au lieu d\u2019entrevoir ces \u00e9critures, comme on fait avec curiosit\u00e9 des bribes de voisins entraper\u00e7ues en fermant ou en ouvrant les volets.J\u2019ai fait deux listes : celle des livres entam\u00e9s en relation avec le travail et celle des livres en cours pour le simple agr\u00e9ment de leur lecture. Je n\u2019en note pas le d\u00e9tail ici, bien trop m\u00e9fiante des performances que je cr\u00e9e comme je respire (en apn\u00e9e, cependant. Si je regarde de plus pr\u00e8s la liste des livres en cours pour le simple agr\u00e9ment de leur lecture, je dois reconna\u00eetre que c\u2019est un faux en \u00e9criture. Il y a longtemps que je ne lis plus rien de fa\u00e7on d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. J\u2019ai tant de chantiers en cours, et le portfolio de mes actions litt\u00e9raires est si diversifi\u00e9 que chaque livre vient augmenter l\u2019un et l\u2019autre. Comme les Cisterciens, en d\u00e9pit de mes v\u0153ux de rigueur, je suis condamn\u00e9e \u00e0 m\u2019enrichir. N\u2019importe : ce qui compte ici, c\u2019est la suspension de l\u2019accumulation, le marque-page qui fait b\u00e2ton dans la roue du hamster. D\u2019ailleurs, je vais de ce pas t\u00e2cher d\u2019arriver au bout de <em>L\u2019Art de Dispara\u00eetre<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu m\u2019as inocul\u00e9 tout ce que tu as pu du morne dimanche de province. 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