{"id":216819,"date":"2026-07-24T13:13:10","date_gmt":"2026-07-24T11:13:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=216819"},"modified":"2026-07-24T13:55:22","modified_gmt":"2026-07-24T11:55:22","slug":"chroniques-semaine-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-semaine-03\/","title":{"rendered":"chroniques | semaine #03"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 | Ecoute <\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9coute comme une graine de s\u00e9n\u00e9ve qui entend l&rsquo;appel du printemps.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 | Ce blanc est trop vert ! <\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ob\u00e9ir \u00e0 un credo que la r\u00e9alit\u00e9 contredit \u00e0 chaque instant a un co\u00fbt psychique tr\u00e8s lourd.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;horreur est kitsch. Toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vie est devenue plus joyeuse, disait Staline.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prends un Uber.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il vous faut un professionnel du gaz.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;ai pas le temps. Je dois aller au travail et je vais rater mon train.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n&rsquo;est pas pour cela que je voulais vous voir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis \u00e0 Lunel. Il y a juste un contr\u00f4leur, mais on n&rsquo;a aucune info.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et il o\u00f9 le colocataire, il se cache ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce blanc est trop vert. Le mien est plus rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;haptonomie, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 | Les sportifs du dimanche<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dimanche, la famille allait faire du sport \u00e0 Vaucresson ou au Racing. Vaucresson \u00e9tait un club du comit\u00e9 d&rsquo;entreprise, avec de grands terrains de football et de rugby, le plus souvent sans herbe, des vestiaires sommaires o\u00f9 r\u00e9gnaient l\u2019odeur humide et acide de douches qui fuient et de transpiration. Il devait y avoir aussi quelques courts de tennis en dur. Le Racing ou Croix-Catelan \u00e9tait un club chic. On y portait des tenues r\u00e9glementaires bleu ciel et de blanc. Il y avait deux piscines, quarante-huit courts en terre battueun snack, un restaurant et plusieurs pelouses d&rsquo;un vert phosphorescent o\u00f9 des dames au balayage impeccable, faisaient de la gymnastique douce moul\u00e9es dans des surv\u00eatements immacul\u00e9s. Les parents jouaient au tennis, le plus souvent l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, parfois en double. Je ne crois pas qu&rsquo;ils faisaient \u00e9quipe. C&rsquo;\u00e9tait la m\u00e8re la joueuse de tennis ; le p\u00e8re \u00e9tait plut\u00f4t footballeur. Il avait pourtant appris le tennis s\u2019ouvrir les portes du club hupp\u00e9 du Racing. Long sur pattes et adroit, il se d\u00e9brouillait plut\u00f4t bien. La m\u00e8re \u00e9tait une joueuse d\u2019assez bon niveau et athl\u00e9tique. Elle souffrait d&rsquo;une forte transpiration des mains qui faisait glisser sa raquette. Les enfants \u00e9taient laiss\u00e9s tr\u00e8s libres tout au long de ces apr\u00e8s-midi. A Vaucresson, ils galopaient sur les terrains boueux et revenaient tout crott\u00e9s et transis. Au Racing, ils s&rsquo;introduisaient dans les vestiaires des hommes comme des femmes, \u00e0 demi cach\u00e9s par des draps de bain. Ils grimpaient sur les toits et s\u2019introduisaient parfois dans la chambre froide du restaurant, o\u00f9 ils plongeaient les mains dans les seaux de compote. En fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, ils rejoignaient leurs parents sur les courts o\u00f9 ils pouvaient \u00e9changer quelques balles. Puis le petit gar\u00e7on avec son p\u00e8re, la petite fille avec sa m\u00e8re allaient au sauna, pour une grande s\u00e9ance de nettoyage dont ils ressortaient la peau brillante comme un sou neuf et le corps ti\u00e8de. De retour \u00e0 l&rsquo;appartement, le p\u00e8re pr\u00e9parait le d\u00eener, assez t\u00f4t puisqu\u2019on n&rsquo;avait presque rien mang\u00e9 depuis le matin : une fris\u00e9e aux lardons et une omelette aux c\u00e8pes, le plus souvent. Il y avait dans ces dimanches une libert\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 chacun de se mouvoir, de baguenauder et d&rsquo;agir \u00e0 sa guise. Une forme d&rsquo;insouciance et de simplicit\u00e9 sportive et de bonheur physique qui appartenait peut-\u00eatre aux ann\u00e9es soixante-dix. M\u00eame si au fil du temps, cet espace de libert\u00e9 se r\u00e9tr\u00e9cira comme peau de chagrin, il ne disparaitra pas tout \u00e0 fait\u00a0; Dimanche serait ce terrain ouvert qui a engendr\u00e9 les futurs galops boueux dans les for\u00eats, les marches sur les toits interdits, le bonheur physique d&rsquo;une peau ti\u00e8de et brillante et de repas roboratifs.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4 | Gros plan : verre d&rsquo;eau<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la pelouse aux Lions, des femmes font de la gymnastique. Elle tient son appellation de statues de pierre figurant des lions qui borde l\u2019\u00e9tendue d\u2019herbe verte. L\u2019instructeur est un homme d&rsquo;un certain \u00e2ge. Il est v\u00eatu de blanc, comme les femmes. Son polo en coton piqu\u00e9, un peu tendu sur le ventre, est rentr\u00e9 dans son pantalon, serr\u00e9 par une ceinture. Il est robuste, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 l\u00e9g\u00e8rement gagn\u00e9 par l&#8217;embonpoint. Il porte un collier de barbe brune et des cheveux coup\u00e9s ras. Il parle fort. Quand il ouvre la bouche, on voit ses dents.Il indique les mouvements avec l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un instructeur militaire et compte : un, deux, trois, quatre, cinq\u2026 jusqu&rsquo;\u00e0 dix, puis vingt, puis trente. Les femmes g\u00e9missent, protestent, r\u00e9criminent : \u00ab&nbsp;Oh non&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;c&rsquo;est trop dur ! \u00bb C&rsquo;est une \u00e9trange mise en sc\u00e8ne, \u00e0 la fois de discipline, de s\u00e9duction et de souffrance consentie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite fille \u2014 c&rsquo;est moi \u2014 s&rsquo;approche. Elle porte un verre d&rsquo;eau. L&rsquo;homme s&rsquo;est plaint d&rsquo;avoir la bouche s\u00e8che. J&rsquo;avance prudemment, en essayant de ne pas renverser l&rsquo;eau. Lorsque j&rsquo;arrive pr\u00e8s de lui, il s&rsquo;interrompt, me regarde et prend le verre. Les dames, dispers\u00e9es sur la pelouse dans des positions \u00e0 demi allong\u00e9es, \u00e0 demi assises, semblent attendries par cette petite fille qui apporte si gentiment un verre d&rsquo;eau. Je n&rsquo;ai jamais compris la forme de servilit\u00e9, qui s&rsquo;exprimait dans ce geste. Bien s\u00fbr, c&rsquo;\u00e9tait un geste aimable. Mais cet homme n&rsquo;avait pas r\u00e9ellement soif. Avec le recul, j&rsquo;y vois quelque chose qui rel\u00e8ve du d\u00e9sir de plaire, peut-\u00eatre m\u00eame de se faire remarquer. Je juge s\u00e9v\u00e8rement ce gros plan de moi, avan\u00e7ant avec ce verre d&rsquo;eau tremblant sur cette pelouse d&rsquo;un vert presque fluorescent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5 | Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on transporte sous nos semelles ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on transporte sous nos semelles ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Des miettes de pain, de vieux chemins, des tombeaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qui marche sur les tombes ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Nous marchons tous sur des tombes. Toi, moi, tout le monde. Mais celui qui vit au milieu des tombeaux ne vit pas vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qui vit parmi les morts ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Les afflig\u00e9s. Les drogu\u00e9s du Kush, les <em>zolos<\/em>, qui dorment sur les tombes du cimeti\u00e8re King Gray, \u00e0 Monrovia. Les zombies du <em>tranq<\/em>, fig\u00e9s dans les rues de Philadelphie comme des roseaux bris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Qu&rsquo;est-ce qui pourrait les sortir de cet enfer ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Avoir des pieds ail\u00e9s. Chausser des bottes de sept lieues. S&rsquo;enfuir. Courir. Voler. En enfer, les semelles sont de plomb. Elles p\u00e8sent des tonnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C&rsquo;est triste, ton histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Oui.Mais chaque jour est un jour magnifique<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce texte est fun\u00e8bre. Deux r\u00e9alit\u00e9s, l&rsquo;une lointaine et l&rsquo;autre profond\u00e9ment personnelle, se sont rencontr\u00e9es au moment de l&rsquo;\u00e9criture. D&rsquo;une part, le visionnage hier soir d&rsquo;un reportage diffus\u00e9 actuellement sur Arte (juillet 2026) consacr\u00e9 aux ravages du Kush au Liberia, o\u00f9 on voit de tr\u00e8s jeunes toxicomanes errer et dormir dans les cimeti\u00e8res de Monrovia. D&rsquo;autre part, un \u00e9v\u00e9nement plus intime : le d\u00e9c\u00e8s de ma tante, dont les obs\u00e8ques auront lieu demain. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | Ecoute \u00c9coute comme une graine de s\u00e9n\u00e9ve qui entend l&rsquo;appel du printemps. 2 | Ce blanc est trop vert ! Ob\u00e9ir \u00e0 un credo que la r\u00e9alit\u00e9 contredit \u00e0 chaque instant a un co\u00fbt psychique tr\u00e8s lourd. L&rsquo;horreur est kitsch. Toujours. La vie est devenue plus joyeuse, disait Staline. Prends un Uber. 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