{"id":217043,"date":"2026-07-26T15:17:22","date_gmt":"2026-07-26T13:17:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217043"},"modified":"2026-07-26T15:17:22","modified_gmt":"2026-07-26T13:17:22","slug":"chroniques-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-2\/","title":{"rendered":"Chroniques #2"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | DU MONDE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment aimer sans avoir appris ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite chambre carr\u00e9e, papier peint feuilles vertes sur fond orange, \u00e0 l&rsquo;angle gauche une porte, blanche, entrouverte, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une colossale armoire familiale en ch\u00eane fonc\u00e9, si haute si large, dot\u00e9e d&rsquo;un grand miroir dans lequel on aper\u00e7oit bri\u00e8vement le reflet grossier d&rsquo;une enfant debout en short et t-shit blanc, puis un radiateur en fonte, \u00e9pais, blanc \u00e9maill\u00e9, et dans l&rsquo;angle du mur un petit lavabo blanc flanqu\u00e9 d&rsquo;une \u00e9tag\u00e8re sur laquelle est pos\u00e9 un verre \u00e0 dents en plastique blanc, au-dessus un n\u00e9on \u00e9teint, \u00e0 droite un portant avec une serviette en \u00e9ponge bleu p\u00e2le, puis une fen\u00eatre, entreb\u00e2ill\u00e9e, auxvoilages de dentelle tir\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9s sous de doubles rideaux \u00e9pais rouge et vert fonc\u00e9, laissant deviner au loin une vague silhouette, dans l&rsquo;angle du mur une petite table de chevet, m\u00eames motifs floraux grav\u00e9s que sur les montants du lit, au milieu duquel l&rsquo;enfant, debout face au grand miroir de l&rsquo;armoire, r\u00e9it\u00e8re la prouesse de Nadia Comaneci extension des bras extension des jambes, puis une seconde table de chevet, identique \u00e0 la premi\u00e8re, coinc\u00e9e dans l&rsquo;angle entre le lit et le pan de mur parsem\u00e9, sur toute sa longueur, de photos noir et blanc encadr\u00e9es du m\u00eame bois sombre,de nouveau la porte, entrouverte, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 la colossale armoire familiale en ch\u00eane fonc\u00e9, dans son grand miroir d&rsquo;un clignement d&rsquo;oeil on entrevoit l&rsquo;enfant, fente avant bras tendus vers le plafond, puis le radiateur en fonte \u00e9maill\u00e9, dans l&rsquo;angle \u00e0 sa droite le petit lavabo blanc, l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re, pos\u00e9 dessus le verre \u00e0 dents, plus haut le n\u00e9on, \u00e0 droite le portant et la serviette \u00e9ponge, bleue p\u00e2le, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 la fen\u00eatre, entrouverte, ses voilagesde dentelle tir\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9laissant deviner les contours flous d&rsquo;un visage approchant aux cheveux grisonnants, puis dans l&rsquo;angle la table de chevet, m\u00eame motifs floraux, le grand lit, au milieu duquel l&rsquo;enfant prend la posture dite de l&rsquo;arc, cambrure parfaite et sur les pointes s&rsquo;il vous pla\u00eet, t\u00eate renvers\u00e9e face \u00e0 la seconde table de chevet, m\u00eames motifs grav\u00e9s, enfin le pan de mur parsem\u00e9 de photos en noir et blanc, de nouveau la porte, entrouverte, l&rsquo;armoire familiale en ch\u00eane, son miroir o\u00f9 se devine la silhouette arqu\u00e9e bras tendus de l&rsquo;enfant, puis le radiateur en fonte, le lavabo blanc, l \u00e9tag\u00e8re, le verre \u00e0 dents, le n\u00e9on, la serviette \u00e9ponge, bleue, p\u00e2le, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 la fen\u00eatre, grande ouverte sur le visage att\u00e9rr\u00e9e de la grand m\u00e8re, puis \u00e0 l&rsquo;angle la table de chevet, le grand lit, au milieu duquel l&rsquo;enfant se pr\u00e9pare au salto arri\u00e8re, respiration-concentration, la seconde table de chevet, motifs identiques, le pan de mur parsem\u00e9 de photos en noir et blanc, de nouveau la porte, entrouverte, l&rsquo;armoire, colossale, et dans un \u00e9clat fragment\u00e9 du miroir explos\u00e9, reflet fractur\u00e9 du petit corps gisant au sol, front sanguinolent, puis le radiateur en fonte \u00e9maill\u00e9, le lavabo blanc avec le verre en plastique blanc, le n\u00e9on, la serviette \u00e9ponge, bleue, par la fen\u00eatre grande ouverte entre les voilages de dentelle, la grand-m\u00e8re aux yeux terrifi\u00e9s n&rsquo;en finissant pas de s&rsquo;\u00e9gosiller, table de chevet, m\u00eames motifs floraux, grand lit parsem\u00e9 de fragments de miroir \u00e9clat\u00e9s, table de chevet, mur orn\u00e9 de photos en noir et blanc, de nouveau la porte, grande ouverte, armoire, d\u00e9bris de miroir, reflet enfant \u00e0 terre radiateur lavabo n\u00e9on \u00e9ponge fen\u00eatre table de chevet lit \u00e9clats de miroir lit encore table de chevet mur photos noir et blanc porte armoire enfant yeux mi-clos lavabo \u00e9ponge fen\u00eatre table de chevet lit encore table mur cadres photos noir blanc \u00e9cho tonitruant voix chevrotante grand-m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;sept ans de malheur&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carnet de bord<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon livre de voyage serait un carnet de bord, truff\u00e9 de croquis, de dessins, crayons et pastels m\u00e9lang\u00e9s, de bouts de carte IGN, de morceaux de tissus artisanaux \u00e9chantillonn\u00e9s, avec parfois entre deux pages des fleurs, des feuilles, des graines collect\u00e9es, des pans d&rsquo;\u00e9corce d\u00e9calqu\u00e9e, des cartes postales invent\u00e9es pour des amis du monde entier, des paysages au pastel gras vivement color\u00e9s, des profils rencontr\u00e9s soigneusement crayonn\u00e9es, des soir\u00e9es en bout de chandelle croqu\u00e9es \u00e0 main lev\u00e9e, ombres \u00e9tir\u00e9es ; il y aurait aussi les silhouettes joliment fusel\u00e9es de trains asiatiques, les patchworks bigarr\u00e9s de bus indiens ou pakistanais, et en pleine page \u00e0 larges coups de craie, des aurores bor\u00e9ales g\u00e9n\u00e9reusement d\u00e9ploy\u00e9es, pour ne pas \u00e9voquer, condens\u00e9es en leur plus pur horizon esseul\u00e9, les \u00e9tendues vastes de Californie, de Mongolie et de Sib\u00e9rie, enfin d&rsquo;adorables sachets de saveurs d&rsquo;Ispahan et de collines d&rsquo;Afghanistan d\u00e9licatement gliss\u00e9s entre les feuilles de calques, piles aux dimensions des pages, sans oublier quelques grandes cit\u00e9s, Hongkong NY Johannesbourg saupoudr\u00e9es de lumi\u00e8res tamis\u00e9es, en s\u00e9ries de fen\u00eatres aquarell\u00e9es, selon le th\u00e8me, selon le jour, selon l&rsquo;alphabet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas un mot. Ni imprim\u00e9 ni calligraphi\u00e9 ni m\u00eame typographi\u00e9. Les mots c&rsquo;est pour la pens\u00e9e. La pens\u00e9e ne s&rsquo;imprime pas. Elle voyage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Tchou tchou tchou tchou\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De tout temps j&rsquo;ai rat\u00e9 le train.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon projet cet \u00e9t\u00e9 ? Suivre les ateliers d&rsquo;\u00e9criture, raccrocher mon wagon au train d\u00e9j\u00e0 existant et, cahin-caha, tenter d&rsquo;en arpenter le trac\u00e9. Il file droit, y&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0. Bien se tenir, s&rsquo;accrocher \u00e0 l&rsquo;accoudoir si pas, regarder devant soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le train attrap\u00e9 en cours de route, dix ans d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il roule, c&rsquo;est \u00e9crit en toutes lettres, j&rsquo;ignore o\u00f9 il va. Mais il y va. Et le voyage commence l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attention, Attenzione, Achtung, Cuidado&nbsp;: \u00e0 regarder le paysage d\u00e9filer, le r\u00eave la divagation nous guettent, m\u00e9fiance, risque de prendre la tangente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De tout temps j&rsquo;ai rat\u00e9 le train.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tangente<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon arri\u00e8re grand-p\u00e8re l&rsquo;hiver d&rsquo;inch nord allait d\u00e9&rsquo;ch&rsquo;ler les aiguilla&rsquo;ches au c&rsquo;amuleau, tout \u00e7ha por el Bruchelles-Paris, vir pas qu&rsquo;il r\u00e2te el arr\u00eat del&rsquo; gare de B., minquerait plus qu&rsquo;cha qu&rsquo;il file \u00e0 C.&nbsp;! En fran\u00e7ais-non-territori\u00e9&nbsp;: d\u00e9geler les aiguillages au chalumeau pour que le Bruxelles Paris ne se fasse pas la malle et ne vire direct sur C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>(Ne pas donner pas de nom de lieu, comme un fait expr\u00e8s, pour prot\u00e9ger ce qui n&rsquo;est pas encore apprivois\u00e9.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tangente \u00e0 une courbe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour une petite et arri\u00e8re et arri\u00e8re arri\u00e8re petite fille de cheminot prendre le train de l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9t\u00e9 est tr\u00e8s int\u00e9ressant. Prendre la cadence c&rsquo;est une autre histoire. Rattraper le retard des premiers ateliers, je m&rsquo;y essaie, et si un bout de phrase, de verbe, d&rsquo;adjectif l\u00e0 je vois bien que non c&rsquo;est, \u00e7a le fait pas, pas abouti pas assez pas, \u00e9cout\u00e9 peut-\u00eatre pas entendu &#8211; l&rsquo;\u00e9criture c&rsquo;est comme la musique \u00ab\u00a0faut c&rsquo;oper el fauch&rsquo; not\u00a0\u00bb (choper la fausse note, l&rsquo;assonance) disait le grand-p\u00e8re chef de l&rsquo;harmonie de la cit\u00e9 des cheminots de B., c&rsquo;est pas grave, laisser filer sur les rails, rester accrocher au wagon, c&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui compte r\u00e9ellement cet \u00e9t\u00e9. Qui ne fait que commincher. Pardon, commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De tout temps j&rsquo;ai rat\u00e9 le train.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tchou tchou tchou tchou soufflait entre ses dents le grand-p\u00e8re assis \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s sur le canap\u00e9 \u00e0 la fin de \u00ab&nbsp;bonne nuit les petits&nbsp;\u00bb, quand Nounours repart sur son nuage, sans bruitage. Tchou tchou tchou tchou qu&rsquo;il soufflait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tchou tchou&nbsp;tchou tchou que je soufflerai cet \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pile ou face (cach\u00e9e)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne dirai pas, je ne r\u00e9v\u00e8lerai pas, je ne trahirai pas, je ne d\u00e9noncerai pas, je ne d\u00e9voilerai pas, je ne d\u00e9florerai pas, je ne hurlerai pas, je ne d\u00e9crirai pas, je ne crierai pas, je ne m&rsquo;\u00e9crierai pas<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">j&rsquo;\u00e9cri-e-rai<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">le blanc entre les phrases<br>la pens\u00e9e absente<br>le mot calfeutr\u00e9<br>le e muet<br>la parole bannie<br>le signe interdit<br>le sens cach\u00e9<br>l&rsquo;invisible des mots<br>le mot de trop<br>le silence ponctu\u00e9<br>le fant\u00f4me enseveli<br>le destin meurtri<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis je me tairai. Terrai. M&rsquo;enterrai.<br>Si profond\u00e9ment vivante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE Comment aimer sans avoir appris ? 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL Une petite chambre carr\u00e9e, papier peint feuilles vertes sur fond orange, \u00e0 l&rsquo;angle gauche une porte, blanche, entrouverte, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une colossale armoire familiale en ch\u00eane fonc\u00e9, si haute si large, dot\u00e9e d&rsquo;un grand miroir dans lequel on aper\u00e7oit bri\u00e8vement le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Chroniques #2<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":718,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-217043","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217043","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/718"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=217043"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217043\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":217044,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217043\/revisions\/217044"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=217043"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=217043"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=217043"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}