{"id":217150,"date":"2026-07-27T16:42:27","date_gmt":"2026-07-27T14:42:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217150"},"modified":"2026-07-27T16:42:27","modified_gmt":"2026-07-27T14:42:27","slug":"chroniques-3-un-dimanche-sur-la-route","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-3-un-dimanche-sur-la-route\/","title":{"rendered":"#chroniques #3 | un dimanche sur la route"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_03_DEP.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chroniques_#03_DEP.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-dcbde669-6469-4b01-91e6-1ee9f45d2b59\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_03_DEP.pdf\">Chroniques_#03_DEP<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Chroniques_03_DEP.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-dcbde669-6469-4b01-91e6-1ee9f45d2b59\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1|du monde\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9coute l\u2019\u00e9cho du monde se d\u00e9ployer et s\u2019\u00e9puiser, s\u2019\u00e9puiser, s\u2019\u00e9puiser<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2|le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">on verra \u00e7a demain | qu\u2019est-ce qu\u2019il envoie\u00a0? | tu portais une robe bleue | et si je me trompais | on se voit demain | c\u2019est comme si je faisais une psychanalyse | pour mes enfants, je suis le 15 | cette terre \u00e9tait tellement belle que je suis rest\u00e9 | on va devoir vivre avec \u00e7a | les kakis \u00e9taient ses fruits pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. | bonjour |\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3|\u00e9crire avec clarice lispector\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait un dimanche sur la route, comme on en passera plusieurs \u00e0 traverser le pays. Ce matin, le ciel n\u2019a aucune tenue. Plafond bas, gris uniforme. La Milk Bottle Grocery, d\u00e9pos\u00e9e depuis le milieu du si\u00e8cle dernier sur un petit b\u00e2timent triangulaire de briques rouges, se confond presque avec la neutralit\u00e9 des couleurs matinales. M\u00eame impression avec l\u2019Oklahoma State Capitol, un b\u00e2timent imposant d\u2019architecture n\u00e9oclassique construit en pierre calcaire, seul le drapeau national semble lui transmettre un peu de vie. Il est temps de reprendre la route, laisser derni\u00e8re nous Oklahoma City, anciennement surnomm\u00e9e\u00a0<em>ville de l\u2019or noir<\/em>, aujourd\u2019hui c\u00e9l\u00e8bre pour sa culture de cow-boy. La route 66 longe l\u2019I-40, \u00e9pouse le paysage l\u00e9g\u00e8rement vallonn\u00e9. Elle trace, droit vers l\u2019ouest. \u00c0 Bethany, on s\u2019arr\u00eate avant de passer le Lake Overholser Iron Bridge. Pratiquement centenaire, il enjambe la North Canadian River. Mais cette fin de matin\u00e9e, ce qui nous importe, c\u2019est avant tout le\u00a0<em>Route 66 Donuts<\/em>, c\u00e9l\u00e8bre pour ces magnifiques beignets ronds au merveilleux gla\u00e7age. Le site et la devanture du b\u00e2timent ne payent pas de mine. Si je n\u2019avais pas not\u00e9 l\u2019adresse, on serait pass\u00e9 devant sans lui accorder le moindre regard. On rentre dans la boutique, les chaises sont pos\u00e9es \u00e0 l\u2019envers sur les tables et le m\u00e9nage est en cours. Faire un si long voyage pour trouver porte close me d\u00e9sesp\u00e8re. J\u2019aper\u00e7ois dans la vitrine accol\u00e9e au comptoir quelques-unes de ces petites douceurs et demande au serveur si nous pouvons encore en acheter. Il en emballe quatre dans une poche en papier Craft. On les d\u00e9vore directement dans la voiture. Sur le bord de la route en direction de Calumet, un panneau\u00a0<em>FOR SALE BY OWNER<\/em>, un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone commen\u00e7ant par 405 et un nom \u00e9crit \u00e0 la main, TIM. Dans un champ au bord de la route, six vieilles voitures rong\u00e9es par la rouille gisent au milieu d\u2019herbes hautes. Au fond de la propri\u00e9t\u00e9, une caravane, une grange, un drapeau am\u00e9ricain peint sur le mur d\u2019une petite b\u00e2tisse et une habitation. D\u2019autres vieilles voitures. Je retrouve la trace de cet endroit sur Google Maps, c\u2019est \u00e9trange. L\u2019image date de mai 2025 et certaines voitures ne sont plus visibles \u00e0 l\u2019\u00e9cran. En remontant l\u2019historique jusqu\u2019en 2022, je revois les m\u00eames v\u00e9hicules expos\u00e9s en bord de route, comme sur ma photo. Ainsi passe la vie, changent les lieux. Parfois, le trac\u00e9 de la 66 s\u2019arr\u00eate, se confond avec une autre route, on perd sa piste pour la retrouver plus loin. On emprunte pour quelques miles l\u2019I-40. Je me souviens du bruit des pneus sur les plaques de ciment, toujours le m\u00eame rythme, sorte de berceuse intemporelle, et des camions impressionnants qui parfois trainent jusqu\u2019\u00e0 trois remorques aux enseignes Walmart, FedEx, Prime. De retour sur la Mother Road, l\u2019esprit s\u2019\u00e9vade, de la radio s\u2019\u00e9chappent des airs de country music. L\u2019Ouest est bien l\u00e0 et avec lui les pompes \u00e0 essence et les motels du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle rappelant la longue route p\u00e9rilleuse des Okies vers la Californie. Souvent restaur\u00e9s comme\u00a0<em>Lucille\u2019s Historic Highway Gas Station<\/em>\u00a0\u00e0 Hydro, ils constituent les traces pr\u00e9cieuses d\u2019un temps pass\u00e9, parfois nostalgique, inscrites dans l\u2019histoire \u00e9tasunienne. J\u2019aurais aim\u00e9 rencontrer Lucille Hamons qui durant 59 ans a servi sa client\u00e8le, fid\u00e8le \u00e0 son poste, m\u00eame apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son mari, Carl. Elle a \u00e9lev\u00e9 ses trois enfants \u00e0 l\u2019\u00e9tage de cette miniature Gas Station, un cube sur pilotis, h\u00e9bergeant \u00e0 l\u2019\u00e9tage l\u2019espace familial. Plus loin, \u00e0 Weatherford, on s\u2019arr\u00eate pour un brunch tardif au\u00a0<em>Lucille\u2019s Roadhouse<\/em>, un classique diner am\u00e9ricain. Tables en formica, chaises recouvertes de Sky bleu c\u00e9leste et blanc, pos\u00e9es sur un sol en damier noir et blanc, chromes polis et briques de verre. Au mur, une \u00e9norme carte routi\u00e8re repr\u00e9sentant le pays travers\u00e9 par la Route 66 et ses diff\u00e9rentes \u00e9tapes. Dans le coin en bas \u00e0 droite, une photo du b\u00e2timent dans les ann\u00e9es 50-60, si on en croit la voiture gar\u00e9e devant. Je ne me souviens plus du menu que j\u2019avais choisi, mais quand je regarde la carte, un cheeseburger serait tr\u00e8s probable. En traversant Clinton, appara\u00eet au 217 W Gary Blvd l\u2019imposant\u00a0<em>Glancy Motor Hotel<\/em>, dont l\u2019enseigne au n\u00e9on a perdu la lettre M du mot Motel. Il avait \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti par Chester et Gladys Glancy en 1950 et portait \u00e0 son inauguration le 9 juillet le nom de Glancy Motel inscrit sur l\u2019enseigne en forme de\u00a0<em>L<\/em>\u00a0retourn\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la chambre ne coutait que 2$ par jour. En \u00e9tat d\u2019abandon lors de notre passage, victime de la construction de l\u2019I-40, il s\u2019est retrouv\u00e9 du mauvais c\u00f4t\u00e9 du progr\u00e8s. Fig\u00e9 dans le temps, en \u00e9tat d\u2019abandon, il raconte une histoire d\u2019autrefois, celle de la Route 66. Je me prom\u00e8ne sur le site. S\u2019en d\u00e9gage un sentiment de m\u00e9lancolie. Je prends des photos non sans ressentir une grande tristesse. M\u00eame si on peut encore lire sur les portes de couleur orange le num\u00e9ro des chambres, elles sont vides de voyageurs et on remarque \u00e0 travers les vitres bris\u00e9es le mobilier cass\u00e9, les matelas retourn\u00e9s, la moquette arrach\u00e9e, les rideaux d\u00e9chir\u00e9s. J\u2019observe l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent d\u2019accueil, lui aussi en \u00e9tat d\u2019abandon, et j\u2019imagine ce lieu au temps de sa gloire, Gladys accueillant les voyageurs, Chester les enregistrant et leur tendant la cl\u00e9 de leur chambre. Dehors, la piscine, vide de son eau, \u00e9chelle dans le vide et margelles cass\u00e9es offre un bien triste spectacle. Le charme est rompu. En remontant l\u2019historique de Google Maps, je revois ce site dans son int\u00e9gralit\u00e9. En 2024, il a laiss\u00e9 place \u00e0 un terrain vague, mais l\u2019enseigne est toujours pr\u00e9sente. Aujourd\u2019hui, je n\u2019ai aucune id\u00e9e de ce qui s\u2019y passe et je ne peux m\u2019emp\u00eacher de ressentir un sentiment de g\u00e2chis. Avant de rentrer dans l\u2019\u00e9tat du Texas, nous traversons d\u2019autres villes. Le vent d\u00e9ploie une douce chaleur, m\u00eame si le thermom\u00e8tre indique plus de 30\u00b0C. Sur le bord de la route, quelques fermes, de grandes exploitations d\u2019\u00e9levage de bovins, quelques cultures de c\u00e9r\u00e9ales. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, avant de quitter l\u2019Oklahoma, je photographie d\u2019autres enseignes \u00e0 Sayre. Situ\u00e9 au 210 E Main Street, le\u00a0<em>Stovall Theatre<\/em>\u00a0a \u00e9t\u00e9 construit dans un style Art d\u00e9co. Je lis dans mes notes qu\u2019il avait ouvert ses portes le 22 juin 1950, mais qu\u2019il est actuellement ferm\u00e9, plus aucun film n\u2019est projet\u00e9 dans son unique salle. Je m\u2019imagine acheter un ticket au guichet, rentrer dans ce cin\u00e9ma et m\u2019assoir dans un fauteuil en velours rouge pour voir la projection d\u2019un western avec John Wayne en acteur principal. Mais il est temps de reprendre la route face au soleil couchant, d\u2019entrer au Texas et de terminer ce long dimanche de route dans un motel \u00e0 Shamrock.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4| de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019aime \u00e9crire sur la route. L\u2019id\u00e9e du temps qui d\u00e9file au rythme des kilom\u00e8tres engloutis, le regard qui se pose sur un paysage \u00e0 la fois \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, accompagnateur et nourrissant, l\u2019esprit qui vagabonde d\u2019une id\u00e9e vers une autre, ce contexte me ravit. Je me sens flotter et \u00e7a me pla\u00eet de capter la singularit\u00e9 de ces moments pour qu\u2019ils ne s\u2019oublient pas. Je les veux uniques et riches en ce qu\u2019ils disent du monde que je traverse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5| \u00e0 vous la cantonade\u00a0!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">NicHI nIcHI KOrE KO NICHI (chaque jour est un jour magnifique), car sous mes semelles sont imprim\u00e9es toutes les traces de la route. Elles deviennent les gardiennes de la m\u00e9moire des sols que je foule. Et ses sols se trouvent sur un autre continent, dans un pays, ailleurs. Sous mes semelles s\u2019inscrit la m\u00e9moire de cette terre qui m\u2019habite malgr\u00e9 moi. Celle qui me guide vers un horizon jamais accessible. Sous mes semelles, ma vie en mouvement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1|du monde\u00a0 \u00c9coute l\u2019\u00e9cho du monde se d\u00e9ployer et s\u2019\u00e9puiser, s\u2019\u00e9puiser, s\u2019\u00e9puiser 2|le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el\u00a0 on verra \u00e7a demain | qu\u2019est-ce qu\u2019il envoie\u00a0? | tu portais une robe bleue | et si je me trompais | on se voit demain | c\u2019est comme si je faisais une psychanalyse | pour mes enfants, je suis le 15 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-3-un-dimanche-sur-la-route\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #3 | un dimanche sur la route<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":70,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8154],"tags":[],"class_list":["post-217150","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-03-semaine-3"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217150","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/70"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=217150"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217150\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":217153,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217150\/revisions\/217153"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=217150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=217150"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=217150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}