{"id":217296,"date":"2026-07-28T23:03:31","date_gmt":"2026-07-28T21:03:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217296"},"modified":"2026-07-31T14:40:21","modified_gmt":"2026-07-31T12:40:21","slug":"chroniques-04","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04\/","title":{"rendered":"#chroniques #04 | des \u00e9toiles"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 # Malgr\u00e9 tous ses tyrans, le monde avance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 # P. se retrouve dans une maison d\u2019aide. Ils sont 4 patients. Plusieurs psychologues, une psychiatre, des infirmi\u00e8res. P. est l\u00e0 pour 1 ou 2 mois. En banlieue. Comme d\u2019habitude on lui montre sa chambre, il pose ses affaires et on lui explique comment fonctionne cette maison th\u00e9rapeutique. Les courses, la cuisine, la vaisselle doivent \u00eatre fait par les pensionnaires. On parle avec les psychologues. Les chambres sont d\u2019une personne. Un lit moyen, 2 placards, un lavabo. Le week-end ils rentrent chez eux. \u00ab Tu crois en la t\u00e9l\u00e9pathie ? \u00bb lui dit l\u2019un. \u00ab Non \u00bb. \u00ab Vivre c\u2019est cr\u00e9er ! On a mang\u00e9 \u00e0 la zob ! \u00bb Il avait quelques bonnes sorties. L\u2019autre est jeune la vingtaine il est d\u00e9j\u00e0 un petit ca\u00efd. Lui il se tait. Il aime d\u00e9jeuner seul avec D. Un gars de Savoie. Il a une voiture, il a travaill\u00e9 sur les autoroutes. Il aime se retrouver vers 6h dans le silence \u00e0 partager des c\u00e9r\u00e9ales. Ils seront coll\u00e8gues ce temps-l\u00e0. D. est petit, brun, plut\u00f4t beau. Je l\u2019ai revu je travaillais \u00e0 la biblioth\u00e8que, je lui ai dit de prendre sa carte, il boit un caf\u00e9, lit Nathalie Nothomb. Il est \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de jour. Ils sont tous les deux en sant\u00e9 moyenne. Mais stabilis\u00e9s. Maintenant il ne peut fr\u00e9quenter aucun h\u00f4pitaux, cin\u00e9mas ou bien biblioth\u00e8ques. Avec une jeune arabe il mange halal. Il n\u2019aime pas halal. Non \u00e7a n\u2019a pas le m\u00eame go\u00fbt. Le vendredi on a le droit \u00e0 une pizza. Le soir on joue on chante. Tous les soirs il descend voir le psychologue de garde. Il aurait voulu travailler dans le sport.<br>Apr\u00e8s dans la m\u00eame institution de sant\u00e9 mentale, je vais \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 domicile. Il y a les infirmi\u00e8res comme d\u2019habitude. Elle me dit \u00ab vous \u00eates entre la vie et la mort \u00bb. Elle me sauve la vie quasiment, je leurs apporte des fleurs, j\u2019envoie une carte du Sud, je rapporte de l\u2019eau de lavande. Pour elles. Car elles donnent de leur mieux, mais ne peuvent rien faire. La Docteure, le psychologue int\u00e9ressant. Mme R. me dit d\u2019arr\u00eater le travail. Le r\u00eave je suis dans un lit qui n\u2019a pas de pied il y a des grosses m\u00fbres, et M. est sur moi, le cardiologue me dit de me faire op\u00e9rer. Il y a les impatiences, les tensions musculaires ou bien l\u2019inverse les muscles tout mous. Les voix, le bruit ext\u00e9rieur, la culpabilit\u00e9. La solitude. La peur de la chute. Je fais des dessins de fleurs ; c\u2019est la coupe du monde de football et la France a gagn\u00e9 ! Apr\u00e8s la frappe de Benjamin Pavard. Nous sommes indestructibles. Le foot comme jeu, on se met \u00e0 supporter le club de sa ville. Nostra storia sempre rosso e bl\u00f9, le club de Bologne, mes copains, coll\u00e8gues. Oublier que j\u2019ai 47 ans cette ann\u00e9e. Donc je fais des dessins Francis Cabrel et PJ Harvey. J\u2019ai comme une amertume. Un soleil, le maillot de Griezmann n\u00b07, des \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 # Les amours toujours d\u00e9\u00e7us. Mon amour tant de temps sans te parler. Comme mort j\u2019\u00e9tais, tant d\u2019ann\u00e9es sans que je puisse te dire et recevoir un \u00ab\u00a0Je te comprends\u00a0\u00bb. Tu n\u2019as pas de nom, ou plusieurs ou un seul qui te fait si belle \u00e0 mes yeux. Je dors peu car j\u2019attends ton doux baiser, tes yeux sur mon \u00e9paule, tes seins contre ma poitrine, tes jambes enla\u00e7ant les miennes. L\u2019amour, une embrassade. Tu n\u2019as pas de nom, plusieurs visages, le courage et l\u2019espoir. Tu es ma vie, ma faim, ma s\u0153ur. O\u00f9 es-tu Benjamine, tu me manques, tu me mentais rarement. Es-tu tomb\u00e9 dans cette ville, \u00e0 force de courir. Je cours parfois apr\u00e8s un ballon, je jongle, je drible, je pense \u00e0 Manchester United o\u00f9 brillait Cantona. Peu importe la couleur sur le terrain mais ce foutu ballon. Cantona, la Guinness, Dieu et le Pape. Lui qui tombait des pintes alors que je buvais des demis de bi\u00e8re. Leur amour, ma jalousie de leur belle maison, de leur tranquillit\u00e9 puis les voir se s\u00e9parer, s\u2019engueuler, s\u2019attrister, \u00eatre m\u00eame triste, \u00a0heureux qu\u2019ils se r\u00e9concilient. Le Ra\u00ef qui sort de la voiture et son sourire. J\u2019essaye d\u2019arr\u00eater la cigarette, je mange des chewing-gums \u00e0 la Nicotine, j\u2019arr\u00eate la t\u00e9l\u00e9vision. Et toi, brune, rousse, blonde, ch\u00e2tain comme Benjamine, nez fin, et toi, haut noir, lunette noire, pourquoi tu pleures\u00a0? Tu cherches quelqu\u2019un, l\u2019humidit\u00e9 des plantes sous la serre, tu te rappelles Clermont-Ferrand o\u00f9 tu as fait un peu d\u2019horticulture. Quant \u00e0 moi je pense \u00e0 ses jambes. Je cours parfois, maintenant je marche dans le Grand Parc de Lyon, pour oublier sa certitude, son amant, ses amours, ses histoires, son p\u00e8re, sa m\u00e8re, son c\u0153ur simplement. J\u2019ai un baiser sur une lettre, j\u2019avais les encouragements sur mes bulletins scolaires. Je n\u2019ai jamais vraiment appris mes le\u00e7ons. J\u2019ai des m\u00e9dicaments pour me calmer, le caf\u00e9, la promenade. Je cours, parfois en pensant \u00e0 toi. Tu es pr\u00e8s des fleurs, mais tu dois les voir sombres. Et cette allure qui ne doute de rien. Tes yeux noirs m\u2019embrassent. Ce noir trac\u00e9 autour de tes yeux, ce bleu de ce m\u00eame regard ne demandant rien, cette insulte au ciel. Ne jure pas, ne jure pas. Je te jure, Benja, prends ce livre, la po\u00e9sie de Boris Vian, ton ch\u00e9ri, prends tes jambes et le reste et cesse de t\u2019assommer \u00e0 la came, fais ce que tu peux, sauve-toi de ce mauvais r\u00f4le, cette pi\u00e8ce sombre, ces murs \u00e9triqu\u00e9s. Cesse ce qui ne t\u2019appartient pas. Veste noire, lunettes noires, les fleurs doivent \u00eatre sombres, vitre, fer. Je suis all\u00e9 jusqu\u2019en bas de chez elle, comme j\u2019en ai l\u2019habitude, j\u2019ai cherch\u00e9 son nom en vain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 # Malgr\u00e9 tous ses tyrans, le monde avance. 2 # P. se retrouve dans une maison d\u2019aide. Ils sont 4 patients. Plusieurs psychologues, une psychiatre, des infirmi\u00e8res. P. est l\u00e0 pour 1 ou 2 mois. En banlieue. Comme d\u2019habitude on lui montre sa chambre, il pose ses affaires et on lui explique comment fonctionne cette maison th\u00e9rapeutique. 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