{"id":217385,"date":"2026-07-29T09:59:56","date_gmt":"2026-07-29T07:59:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217385"},"modified":"2026-07-29T09:59:57","modified_gmt":"2026-07-29T07:59:57","slug":"chroniques-03-ecoute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-03-ecoute\/","title":{"rendered":"#chroniques #03 | \u00e9coute"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_03-Vincent-Francey.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_03 Vincent Francey.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-21ca329e-341f-4cbb-ac2d-c7a6adfd7207\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_03-Vincent-Francey.pdf\">chroniques_03 Vincent Francey<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/chroniques_03-Vincent-Francey.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-21ca329e-341f-4cbb-ac2d-c7a6adfd7207\">T\u00e9l\u00e9charge<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. \u00c9coute le monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c9coute le chant fun\u00e8bre du monde que nous assassinons.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. \u00c9coute les gens<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Jura est loin. C\u2019est pour la pluie. \/ C\u2019est vert ici. Mais juste. \/ Encore un biscuit ou pas&nbsp;? Ou pas. \/ Je ne sais pas le fran\u00e7ais, nur bonjour, merci, volontiers. Bitte sch\u00f6n, s\u2019il vous plait, avec plaisir. \/ Une gorg\u00e9e de qualit\u00e9 de vie appenzelloise \/ Elle s\u2019est habill\u00e9e avec un sac \u00e0 patates, la dame. \/ Au magasin, je voulais acheter monsieur Babar, il est tr\u00e8s dr\u00f4le. \/ Un ballon&nbsp;! Vas-y, jette-le \u00e0 la route. Sur le trottoir. \/ Voil\u00e0, j\u2019ai fait une rivi\u00e8re. Voil\u00e0, j\u2019ai fait un rond-point. \/ Toi, recule de dix m\u00e8tres. \/ On veut te nettoyer la figure, t\u2019es plein de chocolat. \/ J\u2019ai \u00e9t\u00e9 me cacher, faut pas me gronder. \/ Bonne journ\u00e9e alors. Merci pareil. \/ Putain&nbsp;! \/ Que sont devenues toutes mes idoles&nbsp;? \/ J\u2019aurais pu te faire faire mes commissions au lieu de descendre. \/ Est-ce que toi tu d\u00eenes l\u00e0&nbsp;? \/ Un canard qui monte les escaliers, il va jamais redescendre parce qu\u2019il est dans un pi\u00e8ge par un loup. \/ J\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 de faire \u00e7a. \/ Comme \u00e7a, \u00e7a sera meilleur. \/ Enfin presque. \/ Le soleil va chauffer. \/ J\u2019enl\u00e8ve aussi mon pantalon. \/ Et \u00e7a, \u00e7a s\u2019est cass\u00e9 en deux. \/ \u00c7a, c\u2019est un attrape-manchon. \/ \u00c7a fait cinquante m\u00e8tres de taille. \/ Je vais manger ces biscuits en toute s\u00e9curit\u00e9. \/ Je l\u2019ai envoy\u00e9 valser. \/ T\u2019as combien de tracteurs chez toi&nbsp;? \/ Je suis une pive avec ces partitions. \/ M\u00eame \u00e0 Gallway, le golf, il \u00e9tait pas vert. \/ Juste pas que les baraques br\u00fblent. \/ C\u2019est moi ou on sent que c\u2019est du f\u00fbt de ch\u00eane&nbsp;? \/ Il est moins poilu que moi. \/ \u00c9tancheur, je savais pas que \u00e7a existait. \/ Il fallait prendre sa brosse pour aller sur l\u2019eau. Elle \u00e9tait dans le lac, elle se brossait les cheveux. \/ Il avait absolument voulu se mettre tout nu. \/ Le\u2026 le\u2026 \u00e7a, t\u2019as pas&nbsp;? \/ Papa, tu peux pas me rajouter du temps&nbsp;? \/ 460, un truc comme \u00e7a. \/ Comme \u00e7a tu mets du shampoing dans le lave-linge. \/ \u00c0 Nicole&nbsp;? Agricole&nbsp;! \/ Il a droit \u00e0 sa chambre et aller aux toilettes. \/ On veut y aller gentiment, mon petit&nbsp;? \/ Quand ils am\u00e8nent le mazout, tout \u00e7a. \/ Ceux qui sont morts, ceux qui sont partis, etc. \/ Il y en a qui compte pour beurre comme moi. \/ Ce matin, j\u2019ai entendu que tous les trucs sont interdits pour le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt. \/ Ma fois, c\u2019est comme \u00e7a. \/ Raide comme la justice de Berne. \/ Comment je pourrais dire \u00e7a&nbsp;? \/ Qu\u2019est-ce que t\u2019en penses&nbsp;? \/ OK d\u2019ac \u00e0 toute. \/ Une bonne pression bien fra\u00eeche, s\u2019il te pla\u00eet. \/ Il faut qu\u2019il prenne sur lui. \/ Ma cocotte, t\u2019es bien plac\u00e9e pour parler. \/ Tu veux que je te dise un truc&nbsp;? \/ Ils le r\u00e9chauffent, ils le coupent en aplati apr\u00e8s. \/ Tu peux pas faire triple vitrage. \/ Avec ses gros yeux, ses lunettes, j\u2019\u00e9tais morte de rire. \/ C\u2019\u00e9tait assez correct. \/ Lui, il reste \u00e0 la campagne, il s\u2019amuse avec les dames de\u2026 \/ On a ce qu\u2019on a, en fait. \/ Tu sors du magasin, t\u2019as qu\u2019un sac, t\u2019as cent balles. \/ Mon grand-p\u00e8re, il verrait \u00e7a, il me tuerait. \/ Le pire, c\u2019est quand m\u00eame le train. \/ Aller marcher apr\u00e8s le fitness, je pense que \u00e7a fait beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. \u00c9coute tes dimanches<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le poulet cuit dans le four. L\u2019enfant l\u00e8ve le bras puis il le rebaisse pour transformer les pommes de terre en frites \u00e0 blanchir. Il faut toujours les passer deux fois dans l\u2019huile, c\u2019est le secret. On boit l\u2019ap\u00e9ro. Du sirop pour les enfants. Grenadine parce que c\u2019est f\u00eate. Un Cynar. Une Suze \u00e0 l\u2019eau. Un verre de Chasselas. On est tous autour de la table, serr\u00e9s, bruyants, affam\u00e9s. Le poulet, l\u2019enfant a horreur de \u00e7a. Il n\u2019aime que la peau avec les \u00e9pices. Les ailes \u00e0 la limite. Mais le blanc, pas question d\u2019y toucher. Juste une fourchette pour go\u00fbter. Impossible. Des frites, il en reprendrait bien, mais d\u2019abord il faut avaler ce fichu poulet. Et des petits pois carotte en bo\u00eete. L\u2019enfant ne sortira pas de table avant d\u2019avoir fini son assiette. Il n\u2019aura pas de dessert. Il pleure. Au bout d\u2019une heure, on renonce. On va chercher des glaces. Des sucettes, elle appelle \u00e7a. Des glaces \u00e0 l\u2019eau fus\u00e9es avec un chapeau de chocolat. Un caf\u00e9. Pas trop chaud. On sort de l\u2019armoire la pomme, le pruneau, la poire \u00e0 Botzi. Et la bo\u00eete de biscuits. L\u2019enfant a droit \u00e0 deux croquets. Il en veut trois. Non, deux. Trois. Il finit par en avoir trois. Puis on pourrait faire un jeu. Les cartes, l\u2019enfant n\u2019aime pas \u00e7a. Il se fait tout le temps engueuler. Alors pas de jeu. On se cugne sur le canap\u00e9 pour regarder Jacques Martin puis on s\u2019endort devant le Grand Prix. L\u2019enfant ne regarde que le d\u00e9part, si jamais il y a un accident puis il monte dans sa chambre. Quand il pleut, il est tranquille. On renonce \u00e0 la promenade. On se recouche. On attend. Le soir, il y a du poulet froid, et c\u2019est pire que chaud, surtout qu\u2019avant de souper pas le choix, il faut aller \u00e0 la messe, c\u2019est dimanche, c\u2019est comme \u00e7a, on n\u2019a pas envie d\u2019aller \u00e0 la messe, mais il faut, \u00e7a ne se n\u00e9gocie pas. Le poulet, au bout d\u2019un moment, ils renoncent. La messe, jamais. L\u2019enfant \u00e0 la messe fait les gestes. Il ne sait pas s\u2019il croit \u00e0 tout \u00e7a. Il sait seulement que c\u2019est long et qu\u2019on n\u2019y comprend rien. Il attend que le cur\u00e9 dise allez dans la paix du Christ, se d\u00e9p\u00eache de r\u00e9pondre nous rendons gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, puis si on s\u2019est bien tenu on pourra regarder <em>Julie Lescault<\/em> un moment puis laver les dents et au lit parce que demain c\u2019est \u00e9cole, ne cessent de r\u00e9p\u00e9ter, comme si on n\u2019avait pas compris.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. \u00c9coute l&rsquo;\u00e9criture<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9criture par bribes m\u00eame dans la continuit\u00e9. J&rsquo;\u00e9cris vite, \u00e7a d\u00e9ferle, \u00e7a dure 5 minutes. \u00c0 la radio, les \u00e9crivains disent qu&rsquo;ils y passent des heures, tous les jours. Je suis \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu&rsquo;ils mentent (\u00e7a me rassure de penser \u00e7a). Plaisir d&rsquo;\u00e9crire ? Peu. Trop peu. Est-ce qu&rsquo;\u00e9crire plus augmente le plaisir d&rsquo;\u00e9crire ? Est-ce qu&rsquo;on \u00e9crit pour le plaisir ? Peu. Trop peu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019homme fronce les sourcils. Il rapproche son visage du celui de la femme. La barbe poivre et sel avec des endroits blancs, sur le menton, sur les joues, et des endroits noirs, les favoris, la moustache&nbsp;; la l\u00e8vre inf\u00e9rieure, lisse, rose, sans sourire&nbsp;; des cernes sous les yeux, marron, intenses, interrogatifs&nbsp;; l\u2019ar\u00eate du nez droite, r\u00e9guli\u00e8re, peut-\u00eatre refaite&nbsp;; des sourcils en points circonflexes&nbsp;; des rides sur le front, deux lignes profondes puis de plus petits sillons&nbsp;; des oreilles sans lobe, l\u00e9g\u00e8rement cach\u00e9es par les cheveux noirs coiff\u00e9s vers l\u2019arri\u00e8re, brillant sous la lumi\u00e8re orang\u00e9e du couchant&nbsp;; voil\u00e0 le visage de l\u2019homme. Elle a une m\u00e8che blanche, teinte, la chevelure d\u2019un noir moins prononc\u00e9 que l\u2019homme, une peau plus claire, la bouche entrouverte, l\u2019\u0153il tr\u00e8s ouvert&nbsp;; la l\u00e8vre de l\u2019homme s\u2019\u00e9largit, s\u2019ouvre, avance&nbsp;; celle de la femme ne bouge pas, saisie pourtant d\u2019un imperceptible tremblement&nbsp;; les nez se confondent, celui de la femme plus arrondi, coll\u00e9 au cerne sous l\u2019\u0153il de l\u2019homme&nbsp;; les sourcils se confondent, d\u2019un m\u00eame noir&nbsp;; les rides s\u2019effacent&nbsp;; les t\u00eates balancent lentement, au m\u00eame rythme&nbsp;; on ne distingue plus les visages&nbsp;; on ne sait plus qui soupire, qui pleure, qui souffle&nbsp;; c\u2019est une seule t\u00eate monstrueusement belle, un seul corps, une seule peau. <\/em>(extrait de mon projet, en gros plan)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5. \u00c9coute les questions<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque jour, chaque jour magnifique, que porte-t-il sous ses semelles, l\u2019homme&nbsp;? L\u2019homme porte le vent sous ses semelles de vent. Que porte le vent \u00e0 l\u2019homme chaque jour&nbsp;? Le vent porte le feu et chaque jour est un d\u00e9sastre. Que porte le feu&nbsp;? Le feu porte la mort, chaque jour davantage. Que porte la mort&nbsp;? La mort ne porte rien, elle charrie, elle broie, elle d\u00e9vaste&nbsp;? Quelle sera la mort de l\u2019homme&nbsp;? L\u2019homme est d\u00e9j\u00e0 mort. D\u00e9j\u00e0&nbsp;? D\u00e9j\u00e0. L\u2019homme a-t-il toujours \u00e9t\u00e9 mort&nbsp;? Il le sera demain. De quoi demain sera fait&nbsp;? L\u2019homme fera demain. Qui est l\u2019homme&nbsp;? Comment s\u2019appelle-t-il&nbsp;? L\u2019homme n\u2019a pas de nom. Et la femme, qui est-elle&nbsp;? Comment s\u2019appelle-t-elle&nbsp;? L\u2019homme appelle la femme mais elle ne r\u00e9pond pas. Et la femme appelle-t-elle l\u2019homme&nbsp;? Elle h\u00e9site, elle a peur&nbsp;? De quoi a-t-elle peur&nbsp;? De l\u2019homme, de la mort, du feu. A-t-elle raison d\u2019avoir peur&nbsp;? Mille fois raison. L\u2019homme a-t-il sa raison&nbsp;? L\u2019homme a raison de l\u2019homme. L\u2019homme a-t-il raison aussi de la femme&nbsp;? La femme a toujours raison. La femme un jour aura-t-il raison de l\u2019homme&nbsp;? Il le faudra bien. Que faut-il \u00e0 l\u2019homme&nbsp;? Il lui faut la raison mais la raison lui faut. L\u2019homme est-il vrai&nbsp;? Est-il faux&nbsp;? La femme est vraie, l\u2019homme est faux. Est-ce ainsi pour tous les hommes et pour toutes les femmes&nbsp;? Non, ce ne sont que des clich\u00e9es, des r\u00e9ponses toutes faites, des mots qui improvise pour \u00e9viter que les questions restent lettres mortes. Qu\u2019est-ce qui fait mourir les lettres&nbsp;? Les facteurs font mourir les lettres en lisant \u00e0 travers l\u2019enveloppe. Pourquoi les facteurs font-ils cela&nbsp;? Les facteurs n\u2019ont pas grand-chose d\u2019autre \u00e0 faire, il n\u2019y a plus de lettres. Pourquoi n\u2019y a-t-il plus de lettres&nbsp;? Parce qu\u2019elles s\u2019effacent. Pourquoi s\u2019effacent-elles&nbsp;? Parce que les lettres s\u2019envolent. O\u00f9 s\u2019envolent-elles&nbsp;? Vers d\u2019autres cieux. O\u00f9 sont les autres cieux&nbsp;? Ils sont morts.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. \u00c9coute le monde \u00c9coute le chant fun\u00e8bre du monde que nous assassinons. 2. \u00c9coute les gens Le Jura est loin. C\u2019est pour la pluie. \/ C\u2019est vert ici. Mais juste. \/ Encore un biscuit ou pas&nbsp;? Ou pas. \/ Je ne sais pas le fran\u00e7ais, nur bonjour, merci, volontiers. 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