{"id":217655,"date":"2026-08-01T00:04:15","date_gmt":"2026-07-31T22:04:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217655"},"modified":"2026-08-01T00:11:59","modified_gmt":"2026-07-31T22:11:59","slug":"chroniques-04-points-de-depart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-points-de-depart\/","title":{"rendered":"# Chroniques # 04 | points de d\u00e9part"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/synopt-.04-points-de-depart.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 synopt .04 points de d\u00e9part.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-44275c92-369e-4784-9edb-ef17bff9d1b0\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/synopt-.04-points-de-depart.pdf\">synopt .04 points de d\u00e9part<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/synopt-.04-points-de-depart.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-44275c92-369e-4784-9edb-ef17bff9d1b0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>Ne pas tenter le tout pour le tout&nbsp;: hors de question<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne pas regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face&nbsp;: hors de question<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne pas r\u00eaver plus loin&nbsp;: hors de question<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Exigeonsle lointain dans le proche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partons vers les mondes fragiles<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Allons-y ensemble<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | dans la file<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>Une longue file sur le quai.&nbsp; Mar\u00e9e haute. Tout le monde esp\u00e8re embarquer et en attendant, chacun regarde le port \u00e9cras\u00e9 par un soleil inhabituel. L\u2019haleine de l\u2019eau est charg\u00e9e d\u2019odeurs allant de la pr\u00e9sence des algues \u00e0 la d\u00e9composition des mollusques. Des bateaux de p\u00eache sont \u00e0 l\u2019attache : prix du gasoil et n\u00e9cessit\u00e9 de m\u00e9nager les ressources. Une femme dans la file tient en laisse deux petits chiens dont elle parle pour meubler l\u2019attente. Tous veulent se retrouver sur l\u2019\u00eele, m\u00eame envahie par les estivants en mal d\u2019ailleurs. Les vedettes blanches font la navette tous les quarts d\u2019heure. Elles portent des noms qui transportent d\u00e9j\u00e0. La prochaine contourne l\u2019estacade r\u00e9ouverte r\u00e9cemment&nbsp;: elle sera bient\u00f4t \u00e0 quai. Pas d\u2019impatience : le paysage marin fait diversion, chacun mesure la chance s\u2019\u00eatre l\u00e0 \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les flammes d\u00e9vorent d\u2019autres r\u00e9gions, d\u2019autres pays. Au milieu de la file un homme maigre \u00e0 faire peur attend comme les autres. Malgr\u00e9 le soleil, il est trop couvert. V\u00eatu de noir. Un marin qui n\u2019en est pas un. <em>Triste en corps bi\u00e8re.<\/em> Pendant qu\u2019une navette blanche se rapproche de l\u2019embarcad\u00e8re, une brume de mer se forme tr\u00e8s vite et noie le paysage souriant. Personne ne l\u2019a vue venir. Effacement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s de chaleur ou par un \u00e9v\u00e9nement inconnu. On frissonne dans la file d\u2019attente&nbsp;: le changement n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vu par la m\u00e9t\u00e9o. Un groupe de passagers embarque sur la vedette insulaire. L\u2019homme maigre tousse. Il s\u2019installe sur le pont avant. Court voyage. La brume dissout le phare visible encore il y a quelques secondes, et le sud-est de l\u2019\u00eele dont on ne distingue plus la couronne d\u2019arbres tut\u00e9laires et de plantes exotiques ayant r\u00e9sist\u00e9 aux temp\u00eates. L\u2019homme accoud\u00e9 au bastingage griffonne quelques mots sur un carnet qui se d\u00e9lite. <em>Moi j\u2019entends l\u00e0-haut chasser le nuage.<\/em> &nbsp;Temps de trajet court. La navette accoste sur l\u2019\u00eele. Il se pr\u00e9cipite et sort en courant avant tout le monde. La brume de mer l\u2019entoure et l\u2019absorbe. &nbsp;On ne voit plus rien.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&nbsp;3| deux hommes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>Il n\u2019a pas pr\u00e9venu qu\u2019il irait seul. Une envie de ne voir personne \u00e0 part les musiciens d\u00e9j\u00e0 sur place pour affronter avec lui le public de la ville inconnue dont il confond le nom avec celui d\u2019une autre&nbsp;: il vient d\u2019un ailleurs qui n\u2019a rien \u00e0 voir, lest\u00e9 de vieux volcans apparemment \u00e9teints dont il ne parvient jamais \u00e0 s\u2019\u00e9loigner trop longtemps m\u00eame si sa passion l\u2019a men\u00e9 plusieurs fois dans les plus grands studios am\u00e9ricains. &nbsp;Il saute dans le premier taxi venu, donne vite fait l\u2019adresse d\u2019un vague h\u00f4tel pas trop loin de la salle de spectacle.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je vous connais, dit le jeune chauffeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 \u00c7a m\u2019\u00e9tonnerait. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je viens ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Je vous ai vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Vous \u00e9tiez en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Des feux clignotent pr\u00e8s du fleuve que longe la voiture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 J\u2019explose souvent. Les journalistes sont insupportables avec leurs questions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Silence. Le taxi se laisse doubler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 Si c\u2019\u00e9tait moi, je jetterais ces gens-l\u00e0 dehors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp; C\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 Ici, \u00e7a ira, ils ne viendront pas. A part ceux du journal local.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 Je m\u2019en doute. Ma venue en banlieue n\u2019int\u00e9resse personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence travers\u00e9 par des messages inter-taxis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 C\u2019est pas \u00e7a. C\u2019est qu\u2019ici \u00e7a part dans tous les sens, les probl\u00e8mes des quartiers, tout le reste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence. Un panneau indique la salle de spectacle. On ralentit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Mais vous aurez du monde. On se passe vite le mot ici. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014&nbsp; Je viendrai s\u00fbrement. Je me mettrai en pause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 \u00c7a r\u00e9conforte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silence. Une grande masse noire avec trou\u00e9es de lumi\u00e8re sur les flancs se rapproche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u2014 On arrive. La salle est pr\u00e8s du fleuve. Ils veulent la d\u00e9molir pour faire un centre commercial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soupir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Le jeune chauffeur se gare dans l\u2019ombre, pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e des artistes. Les camions du d\u00e9partement sc\u00e9nographique de la ville sont l\u00e0, on se pr\u00e9pare, \u00e7a entre et \u00e7a sort. L\u2019homme aux trois initiales regarde pensif toute cette agitation dans laquelle il va se fondre. Le chauffeur descend du taxi, regarde lui aussi le spectacle des derniers pr\u00e9paratifs puis remonte dans son taxi apr\u00e8s avoir serr\u00e9 la main de l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 A ce soir.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | Initiales 5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>&nbsp;Clip. Versant pel\u00e9, dor\u00e9, travers\u00e9 par l\u2019encre d\u2019une route sinueuse avec piquets de bois sur les c\u00f4t\u00e9s au premier plan. La masse d\u2019une for\u00eat grignote les pentes d\u2019une montagne grise en arri\u00e8re-plan. Bruit d\u2019un moteur. On dirait les Vosges, tu sais, quand on est revenus ensemble sur ta terre d\u2019enfance, et m\u00eame que tu parlais des brimbelles au violet profond. Celles qu\u2019on ne peut s\u2019emp\u00eacher de cueillir. D\u00e9boule un petit camping-car qui s\u2019\u00e9loigne vite en abordant docilement les virages. Un papillon jaune pos\u00e9 sur la fleur d\u2019une touffe de chardons s\u2019envole. La boule d\u2019un h\u00e9risson qu\u2019on aurait d\u2019abord pu confondre avec la t\u00eate du chardon se d\u00e9roule subitement sur un bloc de granit. Je me souviens des chardons bleus \u00e9toil\u00e9s sur les dunes de nos retrouvailles. Plantes prot\u00e9g\u00e9es. &nbsp;Et nous \u00e9merveill\u00e9s par leur gris-bleu-vert, apparent\u00e9 \u00e0 ta recherche.&nbsp; Retour au camping-car vu de face. Ecran noir du pare-brise. Au lointain, passage d\u2019un cycliste en blanc sur une route lat\u00e9rale. Dans l\u2019habitacle, visage radieux d\u2019une jeune femme. Profil. En gros plan. Au volant. De nouveau le camping-car vu de l\u2019ext\u00e9rieur. Croise un troupeau de vaches, la plupart blanches sur un versant balay\u00e9 par des traits de lumi\u00e8re. <em>V\u2019l\u00e0 la bouche de l\u2019enfer \/on en connait un rayon<\/em>. Voix de l\u2019homme nonchalant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du v\u00e9hicule, chapeau de paille couvrant provisoirement son visage et \u00e7a roule. Elle sourit, le h\u00e9risson quitte son promontoire et \u00e7a roule encore <em>croix de bois croix de fer\/ c\u2019est le cri du papillon <\/em>tu te souviens tu sais d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient \u2014 quand Jim \u00e9nonce sa derni\u00e8re volont\u00e9. Comment oublier le moment o\u00f9 le papillon s\u2019est pos\u00e9 sur ta tombe. Retour \u00e0 la route aux pointill\u00e9s blancs. Sur les feuilles mortes peut-\u00eatre des marcassins en pointill\u00e9s eux aussi traversent l\u2019image et elle si belle&nbsp; sourit en conduisant ou conduit en souriant. Elle jubile, chante en m\u00eame temps. &nbsp;Nous c\u2019\u00e9tait pareil avec Kate et <em>Running up that hill<\/em>, en route vers la mer. A l\u2019arri\u00e8re il d\u00e9plie une carte comme on faisait avant le GPS. D\u00e9licieux accord\u00e9on de papier&nbsp;: on est un peu perdus mais pas tant que \u00e7a \u2014 on cherche \u00e0 se rejoindre. <em>Ce petit rien qui empire\u2014 <\/em>elle exulte, les b\u00eates des bois film\u00e9es par un drone se multiplient en traversant le temps. Visage cach\u00e9 il r\u00eave sa chanson <em>papillon. <\/em>Semble somnoler.Elle poursuit, \u00e9crit la route en pointill\u00e9s, si s\u00fbre de ce qu\u2019elle transporte, si s\u00fbre d\u2019elle. Arr\u00eat du camping-car. Arr\u00eat sur image. Heureuse d\u2019\u00eatre arriv\u00e9e \u00e0 bon port. Elle pr\u00e9vient en frappant \u00e0 la vitre du camping-car. Tu te souviens&nbsp;: si je m\u2019enfuis, me chercheras-tu comme je t\u2019ai cherch\u00e9&nbsp;? Elle n\u2019h\u00e9site pas, court jusqu\u2019au petit lac, se retourne vers l\u2019homme aux trois initiales qui sort alangui ou narquois du camping-car. Les h\u00e9rissons-chardons l\u2019observent. L\u2019ombre d\u2019une question passe sur son visage <em>c\u2019est le cri de la terre <\/em>elle se d\u00e9shabille. La cam\u00e9ra suit ses jambes qui fendent l\u2019eau du petit lac sombre. Elle vacille mais elle y est. Son buste est cern\u00e9 par la for\u00eat noire. Lui, imperturbable, bras crois\u00e9s, appuy\u00e9 sur l\u2019arri\u00e8re du camping-car, la regarde, reste au sec. Le h\u00e9risson&nbsp; observe lui aussi la sc\u00e8ne depuis son bloc de lave. Elle se plonge int\u00e9gralement dans l\u2019eau noire d\u00e9sir\u00e9e. Je la suis. Le papillon jaune p\u00e2le quitte \u00e0 son tour le bloc de lave. Quelques ondes en grisaille. Un sursaut. Elle disparait.&nbsp; <em>Ah<\/em> <em>&nbsp;<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | Op\u00e9rations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a>Tenir l\u2019instant une \u00e9toile filante dans la main. Ou une \u00e9toile de mer qu\u2019on rend \u00e0 son \u00e9l\u00e9ment apr\u00e8s l\u2019avoir regard\u00e9e. &nbsp;Tenir une guitare et sentir battre son c\u0153ur contre l\u2019instrument comme si c\u2019\u00e9tait celui de l\u2019instrument. S\u2019accorder un instant. Extraire les r\u00e9sonances, tenir les graves, les aigus l\u00e0 o\u00f9 il faut. Chanter comme \u00e9crire ce qui s\u2019ouvre au contact de l\u2019appel, tellement reconnaissable \u00e0 pr\u00e9sent que la disparition op\u00e8re et que malgr\u00e9 tout, vraiment malgr\u00e9 tout, on reste debout<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | monde Ne pas tenter le tout pour le tout&nbsp;: hors de question Ne pas regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face&nbsp;: hors de question Ne pas r\u00eaver plus loin&nbsp;: hors de question Exigeonsle lointain dans le proche Partons vers les mondes fragiles Allons-y ensemble 2 | dans la file Une longue file sur le quai.&nbsp; Mar\u00e9e haute. 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