{"id":217829,"date":"2026-08-02T21:48:08","date_gmt":"2026-08-02T19:48:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217829"},"modified":"2026-08-02T21:48:08","modified_gmt":"2026-08-02T19:48:08","slug":"chroniques-04-crepuscule-en-rose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-crepuscule-en-rose\/","title":{"rendered":"#chroniques #04 | Cr\u00e9puscule en rose"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04-Vincent-Francey.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_04 Vincent Francey.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4c2a9300-1dc3-478d-bd2b-8be9f7b3b944\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04-Vincent-Francey.pdf\">chroniques_04 Vincent Francey<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04-Vincent-Francey.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4c2a9300-1dc3-478d-bd2b-8be9f7b3b944\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1.&nbsp;&nbsp; Pas question<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de se contenter d\u2019\u00eatre l\u2019homme blanc, le dominant, le fossoyeur. Exigez la modestie. Partez de chez celles qui vous avez pi\u00e9tin\u00e9es. Allez ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2.&nbsp;&nbsp; Cr\u00e9puscule<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bleu moins bleu. Le soleil, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, s\u2019est couch\u00e9. Un chien aboie. Des cloches. Des voitures. La voix du voisin, grave. Ne garder que ces quelques sons pour dire le calme. Quelques enfants crient, au loin. La voisine, sa voix, moins grave. On ne per\u00e7oit pas ce qu\u2019ils se disent. Un oiseau a disparu derri\u00e8re l\u2019horizon. Quelques nuages gris au-dessus des silos. Les arbres semblent fatigu\u00e9s. Ils ont eu chaud. Ils veulent l\u2019automne. Un autre chien aboie, plus pr\u00e8s. Le drapeau d\u00e9chir\u00e9 pendouille. Il n\u2019y a pas de vent. Les tomates et le poivrons sont rouges. Les ramasser avant de partir. Les gazons ont br\u00fbl\u00e9. Il a fait chaud. Les volets des villas sont ferm\u00e9s. Dimanche soir d\u2019\u00e9t\u00e9. Faire sentir l\u2019usure du quartier. Les immeubles ne sont plus neufs. Les fermes sont refaites. Les voitures ne bougent pas. Une moto, au loin. Chaque bruit au singulier. Quelqu\u2019un, en face, est sorti sur son balcon. Une deuxi\u00e8me personne. Ils sont assis. Un train. Il ne se passe rien. La piscine, la fontaine, la bo\u00eete aux lettres, les bacs de fleurs, les chemin\u00e9es, tout semble \u00e0 l\u2019abandon. L\u2019agitation du jour n\u2019est plus. Le ciel n\u2019est plus tout \u00e0 fait bleu. Il devient gris. Deux oiseaux se poursuivent. Une voiture monte vers Montagny. Une voiture passe ici. La premi\u00e8re depuis combien de temps&nbsp;? Une voiture descend vers Cousset. Dans l\u2019immeuble, une lumi\u00e8re s\u2019est allum\u00e9e&nbsp;: carr\u00e9 jaune d\u2019une salle de bain. Quelques insectes s\u2019acharnent, sur ma jambe. Penser \u00e0 faire dispara\u00eetre le nid de gu\u00eape. La voiture qui est pass\u00e9e il y a deux minutes vient de repasser, dans l\u2019autre sens. La lumi\u00e8re de la salle de bain est \u00e9teinte. Ce qui change, ce sont ces riens. S\u2019y accrocher. Une porti\u00e8re claque, reclaque. Les voisins, de quoi parlent-ils&nbsp;? Encore une voiture qui s\u2019en va, vers les Arbognes. Les lampadaires ne sont pas allum\u00e9s. La nuit n\u2019est pas encore officiellement la nuit. Le ciel devient d\u2019un gris de plus en plus fonc\u00e9. Des gens saluent les voisins. Premiers passants sur le trottoir ce soir&nbsp;: bonne soir\u00e9e, bonne rentr\u00e9e. Retour de vacances, de promenade. Les Blanc. Deux lampes se sont allum\u00e9es vers la piscine. Ce n\u2019est pas pour s\u2019y baigner. Voil\u00e0&nbsp;: les lampadaires sont allum\u00e9s. Des corbeaux croassent. C\u2019est la nuit.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3.&nbsp;&nbsp; Dialogue en rose<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La veste rose, le rose \u00e0 l\u00e8vre. Elle baille. Avec les copines, on fait du jeu de r\u00f4le. Montre la photo. Ma s\u0153ur, deux amies, et le hobbit, c\u2019est moi. Blouse noire, d\u00e9collet\u00e9e. Silence. C\u2019est un peu difficile \u00e0 expliquer&nbsp;: tu dois suivre des instructions, lancer des d\u00e9s, faire des actions, on s\u2019amuse beaucoup. Le sourire est crisp\u00e9. Elle baille un nouvelle fois. La relancer. Une Guinness&nbsp;? On n\u2019en a plus. Une IPA&nbsp;? Non plus. Alors une pression, vous avez de la blanche&nbsp;? Hoegarden. \u00c7a ira. Nous choquons nos verres. Le rose sur les l\u00e8vres, le rose de la veste, le noir de la blouse, la peau l\u00e9g\u00e8rement bronz\u00e9e, les cheveux courts. On a pris le train pour aller chez une amie, pr\u00e8s de Berne. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 en hobbit. C\u2019\u00e9tait un peu carnaval avant l\u2019heure. On est en novembre. La pi\u00e8ce \u00e9tait pas mal mais j\u2019ai trouv\u00e9 la transformation trop rapide. Ils sont amis et tout d\u2019un coup ils se ha\u00efssent, ce n\u2019est pas cr\u00e9dibles, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un Allemand, un Juif, peut-\u00eatre bien que \u00e7a a pu arriver. Elle interroge l\u2019historien, qui ne sait pas. Le bouquet de fleur, heureux que ce n\u2019est pas \u00e0 moi qu\u2019il l\u2019a lanc\u00e9, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9e. C\u2019est sans doute \u00e7a, ces b\u00e2illements, cette retenue, cette lenteur. Elle est g\u00ean\u00e9e. On lui offre un bouquet il le balance dans le public, ce n\u2019est pas tr\u00e8s respectueux pour les organisateurs. Elle est fatigu\u00e9e. On se voit demain&nbsp;? Comme d\u2019habitude, pour le caf\u00e9, \u00e0 dix heures, avec les autres. Les autres\u2026 Demain, elle aura rang\u00e9 la veste rose, le rose \u00e0 l\u00e8vres se sera effac\u00e9, elle jouera un autre r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4.&nbsp;&nbsp; Roman Photos&nbsp;: journal d\u2019\u00e9criture<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 nouveau, je d\u00e9truis tout. Il y avait une rencontre, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une histoire, mais mon homme, dont d\u00e9j\u00e0 j&rsquo;oublie le pr\u00e9nom, se retrouve seul. La photo qui provoque cela : ma tronche. M\u00eame si le je est interdit dans ce livre, c&rsquo;est ma vie que \u00e7a raconte, l&rsquo;impossible rencontre (titre possible). Derni\u00e8re phrase \u00e9crire : l&rsquo;homme pleure (pas moi).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tout cela n\u2019est qu\u2019une vid\u00e9o mal mont\u00e9e. Un type raconte une histoire emberlificot\u00e9e. Sa communaut\u00e9 peine \u00e0 le suivre. Il perd des abonn\u00e9s. Salut les amis, aujourd\u2019hui, il sera question de Camille, non, de Marie-Anne, de Caty, de Bambi Kanetaka, de la reine d\u2019Angleterre, de Margaret, l\u2019homme est perdu, il bafouille, il n\u2019a plus d\u2019abonn\u00e9s. Il continue de parler mais dans le vide, devant une biblioth\u00e8que de bouquins qu\u2019il n\u2019a pas lus. Il fait semblant d\u2019avoir quelque chose d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 dire mais tout cela n\u2019est qu\u2019un jeu insens\u00e9, une fa\u00e7on comme une autre d\u2019occuper sa solitude. Il erre dans son appartement, qu\u2019il n\u2019a jamais quitt\u00e9. Il faudrait ranger, mais \u00e0 quoi bon. Les gobelets de yogourt, les bouteilles d\u2019eau, les tasses vides et les cuill\u00e8res s\u2019amonc\u00e8lent sur la table basse. L\u2019homme les laisse l\u00e0. Il y a encore de la place. Il y a toujours de la place. Tout a toujours \u00e9t\u00e9 vide. Cette histoire, \u00e7a n\u2019a jamais qu\u2019une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de combler ce vide. Sur la table basse, ce seront bient\u00f4t les canettes de bi\u00e8res, les bouteilles de whisky, les cartons de pizza qu\u2019on voit dans les films dans les appartements des vieux c\u00e9libataires avachis. <\/em>(extrait de <em>Roman photos<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5.&nbsp;&nbsp; Tenir debout<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir \u00e0 toi \u00e0 toutes celles les passantes les pass\u00e9es les femmes aux l\u00e8vres roses les femmes qui pleurent un visage d\u2019eau un homme h\u00e9sitant \u00e0 tenir la main la fr\u00f4ler la caresser doigts si fin si d\u00e9licats \u00e0 deux doigts toujours mais tenir bon dans le r\u00eave dans le futur dans la silhouette longue qui s\u2019\u00e9loigne le flou des plages lointaines le silence des enfants leur rire y tenir le temps qui se fige dans une bulle une bille un sourire un aveu mal compris l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des d\u00e9parts la lenteur des retours tenir dans sa main des photographies des lettres \u00e9crites \u00e0 l\u2019encre violette des cailloux ramass\u00e9s au bord des routes tenir \u00e0 toi qui que tu sois tenir \u00e0 toi \u00e0 nous \u00e0 tout ce qui nous tient debout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1.&nbsp;&nbsp; Pas question Pas question de se contenter d\u2019\u00eatre l\u2019homme blanc, le dominant, le fossoyeur. 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