{"id":217982,"date":"2026-08-06T21:30:19","date_gmt":"2026-08-06T19:30:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217982"},"modified":"2026-08-09T20:39:20","modified_gmt":"2026-08-09T18:39:20","slug":"chronique-05-imperfectiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-05-imperfectiver\/","title":{"rendered":"#chroniques #05 | Imperfectiver"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-217988\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Rictus \u00e0 Gand \/ Collection personnelle Emmanuelle Cordoliani<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| Collection consolation ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne lirons pas tous les livres. C\u2019est entendu et tant mieux. Nous ne lirons pas tous les livres que nous voudrions lire ni m\u00eame tous ceux que nous devrions lire pour notre salut, notre \u00e9l\u00e9vation ou notre agr\u00e9ment. Soit. Ce n\u2019est finalement pas si terrible \u00e0 accepter, mais je m\u2019en console en lisant le livre que j\u2019ai dans les mains. Il est l\u00e0 et ce n\u2019est pas un moindre m\u00e9rite. Il en va tout autrement avec les livres que je n\u2019\u00e9crirai pas. Comment s\u2019en consoler&nbsp;? La liste des livres que je voudrais \u00e9crire est plus facile \u00e0 \u00e9tablir que celles des livres que je voudrais lire, dont une bonne partie \u00e9chappe \u00e0 ma connaissance. La liste des livres que je voudrais \u00e9crire est finie, bien qu\u2019elle ne soit pas encore termin\u00e9e&nbsp;: elle commence et s\u2019ach\u00e8ve avec moi. Il faudrait sans doute la perfectionner&nbsp;: elle comprend d\u2019une part les livres que je n\u2019\u00e9crirai pas faute de temps et, d\u2019autre part, ceux que je n\u2019\u00e9crirai pas faute de talents (j\u2019insiste sur pluriel du mot. Savoir-faire, motivation, endurance, renoncement\u2026 sont autant de domaines qu\u2019il recouvre). Je peux bien s\u00fbr combiner les deux, portant l\u2019\u00e9chec \u00e0 son carr\u00e9. Maintenant, si on y regarde de plus pr\u00e8s, qu\u2019est-ce que signifie \u00ab&nbsp;ne pas \u00e9crire un livre&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ne pas le commencer&nbsp;? Ne pas le finir&nbsp;? On trouve dans la langue russe (et bulgare), une forme verbale qui m\u2019a donn\u00e9 bien du souci. Elle porte le nom retors de \u00ab&nbsp;perfectif&nbsp;\u00bb. Il existe aussi en fran\u00e7ais :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">XV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, <em>parfait<\/em>. D\u00e9riv\u00e9 savant de <em>perfectum<\/em>, supin de <em>perficere<\/em>, \u00ab achever, parfaire \u00bb. GRAMM. Se dit des verbes dont le sens implique que l\u2019action s\u2019ach\u00e8ve dans le moment m\u00eame o\u00f9 elle s\u2019accomplit. <em>Un verbe perfectif <\/em>ou, subst., <em>un perfectif. \u00ab Na\u00eetre \u00bb, \u00ab mourir \u00bb, \u00ab entrer \u00bb, \u00ab sortir \u00bb sont des verbes perfectifs. \u00ab Chercher \u00bb est un imperfectif et \u00ab trouver \u00bb un perfectif. Dans la phrase \u00ab Elle prit son sac et sortit \u00bb, le verbe \u00ab prendre \u00bb a une valeur perfective<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fran\u00e7ais, le perfectif ne porte pas la responsabilit\u00e9 sonore d\u2019une d\u00e9clinaison, on peut donc s\u2019en fiche comme d\u2019une guigne. En russe (ou en bulgare), on entend imm\u00e9diatement que vous n\u2019avez pas choisi votre camp. Autrement dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019opposition du <strong>perfectif<\/strong> et de l\u2019imperfectif qui, dans les autres langues o\u00f9 on la rencontre, le baltique, le germanique, le latin, ne joue qu\u2019un r\u00f4le accessoire, est au contraire un \u00e9l\u00e9ment absolument essentiel du syst\u00e8me verbal slave<\/em>. \u00bb A. Meillet,&nbsp;\u00c9<em>tudes sur l\u2019\u00e9tymologie et le vocab. du vieux slave<\/em>, 5 (Bouillon)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mettons que vous vouliez \u00e9crire une lettre, si vous comptez la commencer, vous emploierez l\u2019imperfectif, \u043f\u0438\u0441\u0430\u0442\u044c (sonne un peu comme pisser dans l\u2019expression \u00ab&nbsp;pisser de l\u2019encre&nbsp;\u00bb)&nbsp;: \u00e9criture en cours. Si vous envisagez de l\u2019\u00e9crire jusqu\u2019au bout, c\u2019est verbe perfectif \u043d\u0430\u043f\u0438\u0441\u0430\u0442\u044c, qu\u2019il vous faut. Quand on lit des grammairiens, cela n\u2019a pas l\u2019air bien compliqu\u00e9, mais d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019avoir une conversation avec des autochtones, on mesure la difficult\u00e9. Comment peut-on savoir si on m\u00e8nera quoi que ce soit jusqu\u2019au bout&nbsp;? Le choix du verbe refl\u00e8te-t-il une intention et non la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un accomplissement&nbsp;? Sait-on toujours clairement jusqu&rsquo;o\u00f9 on ira, jusqu&rsquo;o\u00f9 on est pr\u00eat \u00e0 aller, \u00e0 l&rsquo;amorce une action&nbsp;? Mon cerveau faisait des n\u0153uds quand je suis arriv\u00e9e en r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture pour un mois \u00e0 Sofia, avec l\u2019espoir insens\u00e9 d\u2019y parfaire mon bulgare balbutiant sur mes bases de russe. Ma professeure (Ranitsa) m\u2019a tir\u00e9e d\u2019embarras, un apr\u00e8s-midi dans le Parc des Docteurs&nbsp;: Il n\u2019y a pas de r\u00e8gle qui tienne. Rien qui s\u2019apprenne par c\u0153ur comme un th\u00e9or\u00e8me math\u00e9matique. Il faut \u00e9couter beaucoup et petit \u00e0 petit, on sait ce qui se fait, on sait quoi faire.<br>Arriv\u00e9e \u00e0 ce point, il m\u2019appara\u00eet, avec une clart\u00e9 surprenante, que je fr\u00e9quente peu le perfectif. Je suis n\u00e9e, je mourrai, voil\u00e0 son compte. Entre les deux, l\u2019\u00e9criture suit son cours. Je collectionne les livres que je suis en train d\u2019\u00e9crire, leurs d\u00e9buts, leurs passages, leurs personnages, leurs d\u00e9cors, leurs sujets, leurs titres, selon ce qui veut bien se proposer \u00e0 moi. D\u2019ailleurs, n\u2019ai-je pas con\u00e7u <em>Le Journal d\u2019un Mot<\/em>, dont l\u2019ann\u00e9e VI sortira \u00e0 la No\u00ebl comme une suite infinie&nbsp;? Je n\u2019aurai pas \u00e9crit tous les livres que je voulais \u00e9crire au perfectif, mais \u00e0 l\u2019imperfectif, je serai \u00e0 la t\u00eate d\u2019une vaste collection.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| R\u00e9el coupure<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019\u00e9tait un vase chinois. Ming peut-\u00eatre, on pense toujours aux Ming, d\u00e8s qu\u2019il est question de fragilit\u00e9, de fric, d\u2019anciennet\u00e9 et d\u2019Asie. Avant le casser, l\u2019enfant a bien pr\u00e9venu la domestique. Elle, s\u2019est fait un sang monstre. Jouer avec les nerfs de la pauvre fille ne suffisant cependant pas \u00e0 sa d\u00e9monstration, au bout d\u2019un moment, il le jette par terre. La destruction est un \u00e9ternel pr\u00e9sent. M\u00eame quand elle porte le nom d\u00e9licat de bris qui ne fait presque pas de bruit. Elle est \u00e0 ce point inscrite dans le pr\u00e9sent que la rupture avec le pass\u00e9 est, pour une fois, irr\u00e9vocable, sans retour, nette. Ce g\u00e9nie de sale gosse va ensuite convaincre la bonne que c\u2019est elle qui a cass\u00e9 \u00ab le gros coco du dada \u00bb, comme l\u2019appelait monsieur son p\u00e8re. Mais c\u2019est une autre histoire. Lisez Vitrac\/<em>Victor ou les Enfants au pouvoir <\/em>si vous voulez la conna\u00eetre. Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre : bien s\u00fbr, le vase est un faux, un truc moche comme tout, achet\u00e9 trois fois rien et en cinq exemplaires dans un bazar \u00e0 Belleville. Il faut bien le remplacer d\u2019une repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019autre. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je mesurais l\u2019incroyable puissance du geste sur le public. Tellurique. Ce qui est fascinant, c\u2019est la disproportion flagrante entre la valeur marchande de l\u2019objet et la stupeur de la salle \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 le vase heurte le sol et se brise en mille morceaux. Personne ne croit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un v\u00e9ritable vase Ming. Pourtant, tout \u00e0 coup, le r\u00e9el fait son entr\u00e9e sur sc\u00e8ne et tout le monde le reconna\u00eet. Au th\u00e9\u00e2tre, l\u2019effet de r\u00e9el est toujours cassant, c\u2019est pour \u00e7a et comme \u00e7a qu\u2019il coupe. Il fait une grande entaille dans la suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 du public : tout d\u2019un coup, on sort de la pi\u00e8ce. Quelque chose du m\u00eame ordre se produit quand les interpr\u00e8tes ont un fou rire. Le public loin de leur en vouloir est ravi. Cette d\u00e9viation le met dans la confidence. Tout \u00e0 coup, jouer veut dire jouer, comme \u00e0 l\u2019enfance, et tous ensemble. Les r\u00e9p\u00e9titions qui donnent une longueur d\u2019avance au plateau, que le public n\u2019est pas en mesure de rattraper d\u2019ordinaire, sont effac\u00e9es. Retour \u00e0 la case d\u00e9part. Personne n\u2019a gagn\u00e9 20 000 francs et, pour ce manquement au s\u00e9rieux de r\u00e8gle, les acteurs du Funambule sont mis \u00e0 l\u2019amende par le directeur*. Pour la casse dont je parle, elle est au contraire intentionnelle, revendiqu\u00e9e, mise en sc\u00e8ne. Alors, il n\u2019est plus seulement question de donner un coup de canif dans la convention, mais de m\u00ealer quelque chose de tragiquement vrai \u00e0 quelque chose de notoirement faux et par suite, ayant fait monter les ench\u00e8res de la cr\u00e9dulit\u00e9, de demander au public s\u2019il suit ou s\u2019il se couche, comme dans une partie de poker. Si rire est d\u00e9fendu, casser est interdit. \u00c0 l\u2019aune de l\u2019enfance, on peut bien mesurer la diff\u00e9rence entre les deux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">J\u2019ai eu recours plusieurs fois \u00e0 ce tour de force. Dans <em>L\u2019Enl\u00e8vement au S\u00e9rail<\/em>, Konstanze pouss\u00e9e \u00e0 bout par les avances de S\u00e9lim, brisait une fl\u00fbte en cristal. Elle s\u2019en faisait une arme contre lui, avant de la porter \u00e0 sa carotide dans une ultime tentative d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la situation. La chanteuse visait un point d\u2019orgue dans le silence pendant son air pour casser le verre. Si le silence apr\u00e8s Mozart, c\u2019est encore du Mozart, tout bruit ajout\u00e9 \u00e0 une partition d\u2019op\u00e9ra est encore tenu pour blasph\u00e9matoire (ce qui est un paradoxe, puisque l\u2019op\u00e9ra est un genre profane). Heureusement, gr\u00e2ce au jeu impeccable de Katharine Dain (la Konstanze) et de St\u00e9phane Mercoyrole (Selim Bassa), ce petit scandale \u00e9tait mis au rencard pour la majorit\u00e9 du public au profit de la tension dramatique in\u00e9dite du verre bris\u00e9. Il est toujours facile d\u2019\u00e9carter les couteaux et les revolvers au th\u00e9\u00e2tre : m\u00eame avec la meilleure volont\u00e9 du monde, comment y croire ? On pense tout de suite \u00e0 l\u2019accessoiriste, aux jouets des panoplies de cowboys\u2026 Il en va autrement avec un objet inoffensif transform\u00e9 en arme dans le chaud du moment. Quand le verre devient un tesson, tout peut arriver. Il y a bien s\u00fbr un danger : on prend go\u00fbt \u00e0 ces surench\u00e8res. Selim rendait les armes quand Konstanze mena\u00e7ait de mettre un terme \u00e0 sa propre existence, d\u2019ab\u00eemer plus ou moins d\u00e9finitivement cette chair qu\u2019il ch\u00e9rissait. S\u2019en suivait un moment d\u00e9pressionnaire. Ils \u00e9taient l\u00e0 comme deux boxers apr\u00e8s un match sans victoire. Konstanze \u00e0 bout de force, idiote de fatigue. Selim effar\u00e9. Dans la fosse d\u2019orchestre, plus un son. Alors, pour la premi\u00e8re fois, on entendait du fran\u00e7ais. <em>Est-il homme dans ce monde aussi \u00e9tranger que moi \/Poitrine d\u00e9chir\u00e9e, pr\u00eat \u00e0 pleurer, aussi \u00e9tranger que moi ?..<\/em>.** Et il sortait, d\u00e9fait, tra\u00eenant tous les c\u0153urs apr\u00e8s lui\u2026 avant de revenir fringant, comme si de reine n\u2019\u00e9tait, prendre sa place au centre du plateau, et de lancer un tonitruant \u00ab PAUSE \u00bb \u00e0 l\u2019allemande, \u00e0 la Pina Bausch, pour l\u2019ensemble du personnel invisible du S\u00e9rail, qui reprenait en \u00e9cho ce mot d\u2019ordre. Jane, la violon solo de l\u2019op\u00e9ra de Rouen m\u2019a attrap\u00e9e par la manche \u00e0 l\u2019entracte de la pr\u00e9g\u00e9n\u00e9rale, pour me demander de changer la mise en sc\u00e8ne, \u00ab parce qu\u2019on croyait \u00e0 son humanit\u00e9 pendant le po\u00e8me, qu\u2019on pleurait avec lui, qu\u2019on l\u2019aimait et que ce retour en fanfare \u201ccassait tout\u201d. Il a bien fallu lui dire que c\u2019\u00e9tait la seule fa\u00e7on que j\u2019avais trouv\u00e9e pour le public sente dans sa chair ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00eatre enlev\u00e9, prisonnier, au S\u00e9rail.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Cf. Les Enfants du Paradis \/ Carn\u00e9, Pr\u00e9vert <\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group is-layout-grid wp-container-core-group-is-layout-9d260ee2 wp-block-group-is-layout-grid\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">**Est-il homme dans ce monde aussi \u00e9tranger que moi<br>Poitrine d\u00e9chir\u00e9e, pr\u00eat \u00e0 pleurer, aussi \u00e9tranger que moi ?..<br>Parcourant Damas et Anatolie ainsi que bien d\u2019autres pays<br>J\u2019ai cherch\u00e9, n\u2019ai trouv\u00e9 personne aussi \u00e9tranger que moi !<br>Que personne ne soit d\u00e9pays\u00e9, ne souffre du feu d\u2019amour<br>Que personne ne soit, Seigneur, aussi \u00e9tranger que moi<br>Ma langue g\u00e9mit mes yeux pleurent, la solitude me touchent au c\u0153ur<br>Seule mais seule mon \u00e9toile peut \u00eatre aussi \u00e9trang\u00e8re que moi.<br>Souffrant toujours d\u2019une telle douleur, si je connais un jour la mort<br>Verrai-je au moins dans ma tombe quelqu\u2019un aussi \u00e9tranger que moi ?<br>On apprend la mort d\u2019un \u00e9tranger, on lave son corps trois jours apr\u00e8s<br>On lave avec de l\u2019eau froide le pauvre aussi \u00e9tranger que moi.<br>\u00d4 mon Pacha Selim sans rem\u00e8de, ton mal est ingu\u00e9rissable&nbsp;<br>Et va maintenant de ville en ville aussi \u00e9tranger que moi.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yunus Emre (1240-1321)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5| Avec mes vilains habits<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La robe de Cendrillon au bal est un objet magique. Quelles options cela nous laisse-t-il\u00a0? D\u00e8s le d\u00e9but du travail, cette robe soul\u00e8ve trop de questions, trop d\u2019attentes\u00a0: est-ce que les s\u0153urs sont forc\u00e9ment ridicules (pour servir de faire valoir)\u00a0? Est-ce que l\u2019interpr\u00e8te du r\u00f4le-titre doit porter la couleur qui la met le mieux en valeur (\u2026)\u00a0? C\u2019est tr\u00e8s difficile de ramener la concentration vers la question dramaturgique\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019un objet magique\u00a0? Comment peut-on le donner \u00e0 voir dans un spectacle\u00a0? Peut-on donner \u00e0 voir un effet magique dans un spectacle au budget costumes et sc\u00e9no de 600 euros\u00a0? Peut-on faire quoi que ce soit sur un plateau de Cendrillon apr\u00e8s le dessin anim\u00e9 de Disney\u00a0? <br>Dans mon esprit, la robe id\u00e9ale d\u2019une Cendrillon est la nudit\u00e9 de l\u2019Empereur du conte dans ses habits neufs. Elle entre en sous-v\u00eatements chair assez couvrants, ou v\u00eatue d\u2019une fausse nudit\u00e9, ou d\u2019un fond de robe, les invit\u00e9s, les courtisans, le roi, le prince, tout le monde est \u00e9bloui. Sur sc\u00e8ne chacun joue qu\u2019il voit la plus belle robe du monde. Dans la salle, on voit que c\u2019est un artifice puissant.<\/em><br><br>in <em><a href=\"https:\/\/www.lecafeeuropa.com\/post\/cendrillon-tous-les-morceaux\">Cendrillon, mille morceaux<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont les notes que j&rsquo;ai prises pendant la production du <em>Cendrillon<\/em> de Massenet. R\u00e9cemment, j&rsquo;ai rang\u00e9 dans l&rsquo;armoire la fameuse robe. Ce tri des costumes prend toujours des semaines : je manque fonci\u00e8rement d&rsquo;entrain a posteriori. L&rsquo;urgence retombe. Les habits pr\u00eat\u00e9s attendent patiemment dans le stock des costumes de l&rsquo;\u00e9cole, propres et pli\u00e9s. La robe de bal est \u00e0 moi, d\u00e9sormais, mais il s&rsquo;\u00e9coulera un certain temps avant que je puisse la porter comme telle. Les chanteurs et les chanteuses auxquels je pr\u00eate mes habits en prennent soin, mais les personnages les tachent, les plissent, en modifient les fonctions et les mesures, si bien qu&rsquo;il faut des mois, parfois des ann\u00e9es pour enfiler une veste et non le v\u00eatement d&rsquo;Ulysse ou de Cendrillon. Le plus simple consiste \u00e0 les frapper d&rsquo;une sentence moratoire (les oublier sur la plus haute \u00e9tag\u00e8re de l&rsquo;armoire jusqu&rsquo;\u00e0 ce que leur utilit\u00e9 se manifeste \u00e0 nouveau. Un mien kimono japonais de soie noire orn\u00e9e de blanc est ainsi pass\u00e9 d&rsquo;un personnage \u00e0 l&rsquo;autre jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre us\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la corde sans que je puisse le rev\u00eatir une nouvelle fois comme mon v\u00eatement. Les seuls que je ne pr\u00eate pas sont mes habits de conteuse. Ma costumi\u00e8re les a plusieurs fois copi\u00e9s pour des spectacles. Les originaux restent chez moi. Ils sont d\u00e9j\u00e0 bien us\u00e9s. Je compte bien \u00eatre enterr\u00e9e dedans, c&rsquo;est ce qui explique cette exception.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si rire est d\u00e9fendu, casser est interdit. \u00c0 l\u2019aune de l\u2019enfance, on peut bien mesurer la diff\u00e9rence entre les deux.<br \/>\n <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-05-imperfectiver\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #05 | Imperfectiver<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":217988,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8166],"tags":[],"class_list":["post-217982","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-05-semaine-5"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=217982"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217982\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":218400,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217982\/revisions\/218400"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/217988"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=217982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=217982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=217982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}