{"id":217982,"date":"2026-08-04T16:03:43","date_gmt":"2026-08-04T14:03:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217982"},"modified":"2026-08-04T16:03:43","modified_gmt":"2026-08-04T14:03:43","slug":"chronique-05-imperfectiver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-05-imperfectiver\/","title":{"rendered":"#chronique #05 Imperfectiver"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-217988\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260517_121543-edited-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| ou 3| ou 4| Collection consolation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne lirons pas tous les livres. C\u2019est entendu et tant mieux. Nous ne lirons pas tous les livres que nous voudrions lire ni m\u00eame tous ceux que nous devrions lire pour notre salut, notre \u00e9l\u00e9vation ou notre agr\u00e9ment. Soit. Ce n\u2019est finalement pas si terrible \u00e0 accepter, mais je m\u2019en console en lisant le livre que j\u2019ai dans les mains. Il est l\u00e0 et ce n\u2019est pas un moindre m\u00e9rite. Il en va tout autrement avec les livres que je n\u2019\u00e9crirai pas. Comment s\u2019en consoler&nbsp;? La liste des livres que je voudrais \u00e9crire est plus facile \u00e0 \u00e9tablir que celles des livres que je voudrais lire, dont une bonne partie \u00e9chappe \u00e0 ma connaissance. La liste des livres que je voudrais \u00e9crire est finie, bien qu\u2019elle ne soit pas encore termin\u00e9e&nbsp;: elle commence et s\u2019ach\u00e8ve avec moi. Il faudrait sans doute la perfectionner&nbsp;: elle comprend d\u2019une part les livres que je n\u2019\u00e9crirai pas faute de temps et, d\u2019autre part, ceux que je n\u2019\u00e9crirai pas faute de talents (j\u2019insiste sur pluriel du mot. Savoir-faire, motivation, endurance, renoncement\u2026 sont autant de domaines qu\u2019il recouvre). Je peux bien s\u00fbr combiner les deux, portant l\u2019\u00e9chec \u00e0 son carr\u00e9. Maintenant, si on y regarde de plus pr\u00e8s, qu\u2019est-ce que signifie \u00ab&nbsp;ne pas \u00e9crire un livre&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ne pas le commencer&nbsp;? Ne pas le finir&nbsp;? On trouve dans la langue russe (et bulgare), une forme verbale qui m\u2019a donn\u00e9 bien du souci. Elle porte le nom retors de \u00ab&nbsp;perfectif&nbsp;\u00bb. Il existe aussi en fran\u00e7ais :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">XV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, <em>parfait<\/em>. D\u00e9riv\u00e9 savant de <em>perfectum<\/em>, supin de <em>perficere<\/em>, \u00ab achever, parfaire \u00bb. GRAMM. Se dit des verbes dont le sens implique que l\u2019action s\u2019ach\u00e8ve dans le moment m\u00eame o\u00f9 elle s\u2019accomplit. <em>Un verbe perfectif <\/em>ou, subst., <em>un perfectif. \u00ab Na\u00eetre \u00bb, \u00ab mourir \u00bb, \u00ab entrer \u00bb, \u00ab sortir \u00bb sont des verbes perfectifs. \u00ab Chercher \u00bb est un imperfectif et \u00ab trouver \u00bb un perfectif. Dans la phrase \u00ab Elle prit son sac et sortit \u00bb, le verbe \u00ab prendre \u00bb a une valeur perfective<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fran\u00e7ais, le perfectif ne porte pas la responsabilit\u00e9 sonore d\u2019une d\u00e9clinaison, on peut donc s\u2019en fiche comme d\u2019une guigne. En russe (ou en bulgare), on entend imm\u00e9diatement que vous n\u2019avez pas choisi votre camp. Autrement dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019opposition du <strong>perfectif<\/strong> et de l\u2019imperfectif qui, dans les autres langues o\u00f9 on la rencontre, le baltique, le germanique, le latin, ne joue qu\u2019un r\u00f4le accessoire, est au contraire un \u00e9l\u00e9ment absolument essentiel du syst\u00e8me verbal slave<\/em>. \u00bb A. Meillet,&nbsp;\u00c9<em>tudes sur l\u2019\u00e9tymologie et le vocab. du vieux slave<\/em>, 5 (Bouillon)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mettons que vous vouliez \u00e9crire une lettre, si vous comptez la commencer, vous emploierez l\u2019imperfectif, \u043f\u0438\u0441\u0430\u0442\u044c (sonne un peu comme pisser dans l\u2019expression \u00ab\u00a0pisser de l\u2019encre\u00a0\u00bb)\u00a0: \u00e9criture en cours. Si vous envisagez de l\u2019\u00e9crire jusqu\u2019au bout, c\u2019est verbe perfectif \u043d\u0430\u043f\u0438\u0441\u0430\u0442\u044c, qu\u2019il vous faut. Quand on lit des grammairiens, cela n\u2019a pas l\u2019air bien compliqu\u00e9, mais d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019avoir une conversation avec des autochtones, on mesure la difficult\u00e9. Comment peut-on savoir si on m\u00e8nera quoi que ce soit jusqu\u2019au bout\u00a0? Le choix du verbe refl\u00e8te-t-il une intention et non la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un accomplissement\u00a0? Sait-on toujours clairement jusqu&rsquo;o\u00f9 on ira, jusqu&rsquo;o\u00f9 on est pr\u00eat \u00e0 aller, \u00e0 l&rsquo;amorce une action\u00a0? Mon cerveau faisait des n\u0153uds quand je suis arriv\u00e9e en r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture pour un mois \u00e0 Sofia, avec l\u2019espoir insens\u00e9 d\u2019y parfaire mon bulgare balbutiant sur mes bases de russe. Ma professeure (Ranitsa) m\u2019a tir\u00e9e d\u2019embarras, un apr\u00e8s-midi dans le Parc des Docteurs\u00a0: Il n\u2019y a pas de r\u00e8gle qui tienne. Rien qui s\u2019apprenne par c\u0153ur comme un th\u00e9or\u00e8me math\u00e9matique. Il faut \u00e9couter beaucoup et petit \u00e0 petit, on sait ce qui se fait, on sait quoi faire.<br>Arriv\u00e9e \u00e0 ce point, il m\u2019appara\u00eet, avec une clart\u00e9 surprenante, que je fr\u00e9quente peu le perfectif. Je suis n\u00e9e, je mourrai, voil\u00e0 son compte. Entre les deux, l\u2019\u00e9criture suit son cours. Je collectionne les livres que je suis en train d\u2019\u00e9crire, leurs d\u00e9buts, leurs passages, leurs personnages, leurs d\u00e9cors, leurs sujets, leurs titres, selon ce qui veut bien se proposer \u00e0 moi. D\u2019ailleurs, n\u2019ai-je pas con\u00e7u <em>Le Journal d\u2019un Mot<\/em>, dont l\u2019ann\u00e9e VI sortira \u00e0 la No\u00ebl comme une suite infinie\u00a0? Je n\u2019aurai pas \u00e9crit tous les livres que je voulais \u00e9crire au perfectif, mais \u00e0 l\u2019imperfectif, je serai \u00e0 la t\u00eate d\u2019une vaste collection.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous ne lirons pas tous les livres. C\u2019est entendu et tant mieux. Nous ne lirons pas tous les livres que nous voudrions lire ni m\u00eame tous ceux que nous devrions lire pour notre salut, notre \u00e9l\u00e9vation ou notre agr\u00e9ment. Soit. Ce n\u2019est finalement pas si terrible \u00e0 accepter, mais je m\u2019en console en lisant le livre que j\u2019ai dans les mains. Il est l\u00e0 et ce n\u2019est pas un moindre m\u00e9rite. Il en va tout autrement avec les livres que je n\u2019\u00e9crirai pas. 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