{"id":217992,"date":"2026-08-04T17:45:09","date_gmt":"2026-08-04T15:45:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=217992"},"modified":"2026-08-04T17:45:10","modified_gmt":"2026-08-04T15:45:10","slug":"chroniques-04-tenir-debout-dans-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-tenir-debout-dans-la-nuit\/","title":{"rendered":"chroniques #04 | tenir debout dans la nuit"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04_emarot.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_04_emarot.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c88813ae-5b8e-45b6-a817-6ea014bc99f4\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04_emarot.pdf\">chroniques_04_emarot<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_04_emarot.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c88813ae-5b8e-45b6-a817-6ea014bc99f4\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | DU MONDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question que \u00ab\u00a0le vaste monde\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0envahisse\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0ma petite chambre\u00a0\u00bb.<br>Exigez \u00ab\u00a0l\u2019infini du d\u00e9sir\u00a0\u00bb. Assez de \u00ab\u00a0fleurs mortes\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Enass Sultan, \u00ab\u00a0Chronique\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Tout ce dont j\u2019ai r\u00eav\u00e9\u00a0\u00bb, <br><em>Anthologie de la po\u00e9sie gazaouie d\u2019aujourd\u2019hu<\/em>i, Points Po\u00e9sie, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | ET LE BUS FILE DANS LA NUIT (NOTES D&rsquo;AUTOROUTE)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ciel p\u00e2li. Bleu tr\u00e8s clair qui tend vers le blanc. D\u00e9lav\u00e9. Noter la p\u00e2leur du ciel apr\u00e8s le bleu \u00e9clatant et blessant de la journ\u00e9e. \u00c9crire le contraste. Et puis \u00e7a et l\u00e0, nuages-moutons, nuage-cheveux. Immobiles \u00e0 l\u2019\u0153il nu tandis que le bus file. Chercher le nom des nuages. Ils sont petits et nombreux. Certains s\u2019effilochent comme de la barbe \u00e0 papa. Sous le p\u00e2le du ciel, le soleil dore le paysage. Il ne br\u00fble plus. Ne cuit plus la terre. N\u2019\u00a0\u00e9crase plus les contrastes. Le paysage ne blesse plus l\u2019\u0153il. S\u2019attarder sur les ombres. L\u2019ombre du bus couch\u00e9e sur l\u2019autoroute, r\u00e9plique g\u00e9ante qui file vers la nuit prochaine. Ombres port\u00e9es des arbres dans les champs qui cicatrisent les br\u00fblures du jour. Et puis au loin, horizon laiteux qui peine encore \u00e0 d\u00e9couper la forme des montagnes. Le bus traverse la fronti\u00e8re ind\u00e9cise entre le jour et la nuit. Le passage d\u2019un nuage pr\u00e9cipite l\u2019obscurit\u00e9, efface les ombres port\u00e9es, tandis que le soleil rouge fait rosir le ciel bleu p\u00e2le. Le vert des for\u00eats se densifie. A l\u2019int\u00e9rieur, on devine que c\u2019est presque d\u00e9j\u00e0 la nuit. \u00c9chapp\u00e9es de soleil rouge entre les nuages. Les ombres s\u2019allongent et gagnent du terrain. Au loin, vers les montagnes, le ciel s\u2019obscurcit. L\u2019orage menace. Bient\u00f4t les lumi\u00e8res artificielles remplacent la lumi\u00e8re naturelle du soleil. Dresser l\u2019inventaire\u00a0: les phares des voitures, les enseignes lumineuses des zones artisanales et commerciales, les r\u00e9verb\u00e8res, les lueurs des villes dans le ciel obscurci qui \u00e9crasent les premi\u00e8res \u00e9toiles. Les arbres noirs se d\u00e9coupent maintenant en ombres chinoises sur le ciel bleu nuit. Et le bus file dans la nuit&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | FRAGMENTS DE DIALOGUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Malgr\u00e9 la peur qui te troue le ventre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; J\u2019aimerais lui dire, juste avant d\u2019envoyer le message, ou bien juste apr\u00e8s.<br>(Silence en face)<br>&#8211; Oui, juste apr\u00e8s, c\u2019est mieux.<br>(Silence en face)<br>&#8211; Tu ne r\u00e9ponds rien\u00a0? T\u2019en penses quoi\u00a0? Avant ou apr\u00e8s\u00a0? Je suis pr\u00eate. De toute fa\u00e7on, je suis pr\u00eate. Maintenant, j\u2019aimerais choisir le bon moment. Pour elle.<br>&#8211; Pour toi.<br>&#8211; Non pour elle. Moi, je suis pr\u00eate. J\u2019ai peur mais je suis pr\u00eate. Je voudrais juste l\u2019\u00e9pargner encore un peu.<br>(Silence en face)<br>&#8211; Non, c\u2019est d\u00e9cid\u00e9. Je n\u2019enverrai pas le message tout de suite. Fin ao\u00fbt\u2026 oui, fin ao\u00fbt, c\u2019est bien. C\u2019est mieux. Avant, j\u2019ai peur que \u00e7a ne g\u00e2che ses vacances.<br>&#8211; Tu gagnes du temps. Pour toi.<br>(Silence en face)<br>&#8211; Et puis, \u00e7a ne changera rien. Elle sait d\u00e9j\u00e0.<br>&#8211; Comment \u00e7a, \u00ab\u00a0elle sait d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb\u00a0?<br>&#8211; Elle sait d\u00e9j\u00e0. Tu t\u2019\u00e9vertues, mais elle sait d\u00e9j\u00e0.<br>&#8211; Comment peut-elle \u00ab\u00a0savoir d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb\u00a0? Comment peux-tu en \u00eatre si s\u00fbr\u00a0?<br>&#8211; Tu as chang\u00e9. L\u2019air a chang\u00e9. L\u2019atmosph\u00e8re autour de toi a chang\u00e9. Tu es plus l\u00e9g\u00e8re depuis que tu as pris ta d\u00e9cision. Malgr\u00e9 la peur qui te troue le ventre. Le plus t\u00f4t sera le mieux.<br>&#8211; Elle ne peut pas savoir. J\u2019ai tout fait pour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | ECRIRE NOMADE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment continuer l\u2019atelier sur la route\u00a0? Sur le fil du d\u00e9part, je me suis finalement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 acqu\u00e9rir un ordinateur vraiment portable et l\u00e9ger, et j\u2019ai laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abri mon faux ordinateur portable bien trop lourd et encombrant avec son socle de ventilation, afin de pouvoir continuer \u00e0 \u00e9crire, m\u00eame nomade. Je n\u2019y arrive plus sur le t\u00e9l\u00e9phone. Prendre des notes, \u00e7a fonctionne. Y \u00e9laborer un texte je n\u2019y arrive plus\u00a0: je ne parviens plus \u00e0 le d\u00e9plier dans le petit espace de l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9phone. J\u2019aurais aussi d\u00fb renoncer \u00e0 toute mise en page pour la version PDF. Apr\u00e8s cinq jours de migration et de transition g\u00e9ographique, me voil\u00e0 donc l\u00e0 avec mon nouvel outil. J\u2019ai pu \u00e9crire dans le bus.\u00a0 Et pour la premi\u00e8re fois, j\u2019\u00e9cris sur la petite table en bois dans le camion jaune. C\u2019est bon d\u2019\u00e9crire l\u00e0. Bruit du ruisseau qui court. Fra\u00eecheur de l\u2019air. Le soleil d\u00e9coupe les feuilles des arbres sur le hayon arri\u00e8re. Je me demande ce que le voyage apportera \u00e0 ces chroniques. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 beaucoup de visages et de regards. J\u2019emporte avec moi la silhouette de cette femme dans la gare routi\u00e8re qui longeait les quais, d\u00e9cid\u00e9e\u00a0: elle ne portait pas de chaussures, pieds et jambes noircies, short mi-long et chemise aux couleurs pass\u00e9es, cheveux courts, petite, un bloc notes ouvert cal\u00e9 sous son bras gauche avec un crayon et une cigarette, un gobelet dans la main droite. Ce bloc-notes m\u2019a intrigu\u00e9e. J\u2019aurais aim\u00e9 pouvoir y lire ce qu\u2019il y \u00e9tait \u00e9crit. Elle m\u2019a fait penser \u00e0 Yvana, l\u2019une des \u00e2mes errantes que j\u2019ai plusieurs fois crois\u00e9e \u00e0 Basse-Terre et \u00e0 qui j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 inventer une vie. Ce qui m\u2019a \u00e9mue chez cette femme dans l\u2019agitation de la gare\u00a0: sa grande vuln\u00e9rabilit\u00e9, et, pourtant, en d\u00e9pit de tout, sa d\u00e9termination, sa force.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | ECRIRE AVEC ALBANE GELLE : TENIR DEBOUT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir bon malgr\u00e9 envers et contre tout traverser les orni\u00e8res et les nuits sans lune et les temp\u00eates et la pierre lourde au fond du ventre-\u00e9tang, et les mangroves dans le d\u00e9dale des pal\u00e9tuviers, et l\u2019obscurit\u00e9 de la for\u00eat, contre vents et mar\u00e9es\u00a0pieds et poings d\u00e9li\u00e9s peurs d\u00e9m\u00e2t\u00e9es vent debout<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir registre des livres lus des films vus des pays voyag\u00e9s des visages rencontr\u00e9s des voix entendues de ce qui va et vient ne reste pas r\u00eaves souvenirs sensations vie v\u00e9cue ou pas ou peu ou si peu on dirait \u00e0 force d\u2019oubli rattrap\u00e9 de justesse par l\u2019\u00e9criture sur la page debout<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir ferme fragile dans sa main t\u00e9nu le fil des jours faire des n\u0153uds s\u2019emm\u00ealer se prendre les pieds et puis parfois se dire que oui c\u2019est bon \u00e7a tient quand m\u00eame qu\u2019il est solide malgr\u00e9 tout\u00a0le fil dans la main bout \u00e0 bout debout<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-217995\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/arbre_debout.jpeg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE Pas question que \u00ab\u00a0le vaste monde\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0envahisse\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0ma petite chambre\u00a0\u00bb.Exigez \u00ab\u00a0l\u2019infini du d\u00e9sir\u00a0\u00bb. 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