{"id":218131,"date":"2026-08-05T16:26:21","date_gmt":"2026-08-05T14:26:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218131"},"modified":"2026-08-05T16:37:33","modified_gmt":"2026-08-05T14:37:33","slug":"chroniques-05-la-rose-et-le-demonte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-05-la-rose-et-le-demonte\/","title":{"rendered":"#chroniques #05 La rose et le d\u00e9mont\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">1.<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00e0 venir<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">2. Collections<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai formul\u00e9 un jour le projet de cr\u00e9er une rose. Je n&rsquo;y ai pas renonc\u00e9. Quand j&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 un jardinier, il a cru qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de brevet, de mise en s\u00e9rie, et autres complications tr\u00e8s officielles. Je parlais seulement d&rsquo;une manipulation, certes technique, dont les r\u00e9sultats \u00e9taient partiellement impr\u00e9visibles. Je disposais sur mon grand balcon des deux rosiers \u00e0 croiser, connaissais la pr\u00e9cision des \u00e9tapes \u00e0 franchir, et le nom de la future n&rsquo;avait pas tard\u00e9 \u00e0 s&rsquo;imposer. Je n&rsquo;ai toujours pas cr\u00e9\u00e9 cette rose. Entretemps, j&rsquo;ai eu un jardin. Une collection est aussi, ou d&rsquo;abord, ou seulement, une juxtaposition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je remarque que chaque plante a r\u00e9pondu \u00e0 quelques crit\u00e8res pour entrer dans cette cour. Ils sont simples et peu nombreux. Elle doit r\u00e9sister au froid. Elle doit \u00eatre facile d&rsquo;entretien. Elle doit \u00eatre suffisamment jolie. Elle doit correspondre aux attentes du lieu, ou les r\u00e9v\u00e9ler. Je ne cherche pas le mod\u00e8le rare. Les rosiers, qui sont les plus repr\u00e9sent\u00e9s en nombre, forment leur propre collection. Les plantes grimpantes en sont une autre, peut-\u00eatre suivie des arbustes \u00e0 fleurs.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le Lolita Lempika est le plus ancien des rosiers que j&rsquo;ai plant\u00e9s. Il est encore dans son m\u00eame premier grand pot, que j&rsquo;ai pas mal balad\u00e9 avant qu&rsquo;il ne trouve sa place. Il est d&rsquo;une fushia p\u00e9tant, excessif et un peu pr\u00e9tentieux. Son feuillage \u00e9pais et sombre renforce sa trempe increvable. Les boutons sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s color\u00e9s et lib\u00e8rent une tr\u00e8s grande fleur, id\u00e9ale \u00e0 couper pour les tables de d\u00e9jeuner familiaux. Dans ce jardin, il s&rsquo;est trouv\u00e9 plusieurs ain\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 commencer par le vieux rose, fort rose et tr\u00e8s odorant, qui tr\u00f4nait au fond de cette bande de terre. La multiplication des plantes m&rsquo;a oblig\u00e9 \u00e0 le d\u00e9placer. Il manquait de lumi\u00e8re. On sous-estime la dimension corpusculaire de la lumi\u00e8re, qui n&rsquo;est pas qu&rsquo;une longueur d&rsquo;onde. La lumi\u00e8re, c&rsquo;est de la mati\u00e8re. \u00c7a se partage. Ne dit-on pas d&rsquo;une plante qu&rsquo;elle prend la lumi\u00e8re d&rsquo;une autre. Je ne le trouve pas particuli\u00e8rement beau, mais il est incontestablement rac\u00e9. Nous dirions aujourd&rsquo;hui typ\u00e9. Et encore.<\/li>\n\n\n\n<li>J&rsquo;ai recueilli un autre rosier \u00e2g\u00e9, qui a pouss\u00e9 dans le jardin de mes grands-parents. C&rsquo;est le seul leg que j&rsquo;ai sollicit\u00e9 au moment de vider leur maison. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux n&rsquo;a pas surv\u00e9cu au changement d&rsquo;environnement. Il faut dire qu&rsquo;ils ont un peu voyag\u00e9 avant que celui-ci ne vienne survivre ici. Parce qu&rsquo;une plante, \u00e7a se d\u00e9place, figurez-vous. Dans une certaine mesure, certes. Du reste, celui-l\u00e0 n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 son emplacement.<\/li>\n\n\n\n<li>Le Happiness est l&rsquo;un des rosiers grimpants de ce jardin. Sa robe est jaune, ses fleurs group\u00e9es sont d&rsquo;une grande d\u00e9licatesse et tournent au blanc nacr\u00e9 quand elles prennent assez le soleil. J&rsquo;en ai plant\u00e9 une bouture qui est aujourd&rsquo;hui plus d\u00e9velopp\u00e9e que son pied m\u00e8re, \u00e0 quelques m\u00e8tres \u00e0 peine. Pied m\u00e8re qui se fait bouffer la lumi\u00e8re sur le dos par deux pr\u00e9dateurs voraces qui l&rsquo;entourent. La lutte est serr\u00e9e, et il faut lui venir en aide de temps en temps.<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la famille grimpant, le Pierre de Ronsard se fait maitre des jardins qu&rsquo;il investit. C&rsquo;est l&rsquo;un des rosiers les plus vigoureux qui soient. Il croit tr\u00e8s vite et produit \u00e9norm\u00e9ment de fleurs. Je leur trouve un air de crinoline, avec leur infinit\u00e9 de plis et replis bancs et roses. Il atteint volontiers plusieurs m\u00e8tres d&rsquo;envergure et rivalise t\u00f4t avec la caste des arbustes. Il inaugure l&rsquo;entr\u00e9e de ce petit jardin. Je n&rsquo;avais pas pr\u00e9vu qu&rsquo;il gagne la tonnelle du seuil, qui est pourtant si proche. Il la surplombe d\u00e9sormais, dans un d\u00e9sordre consenti avec les laines et autres grimpantes qui ornent cette large et haute armature de m\u00e9tal.<\/li>\n\n\n\n<li>C&rsquo;est avec Andr\u00e9 Le N\u00f4tre qu&rsquo;il faut finir cette liste. La plus belle fleur de ce jardin, qui est aussi, c&rsquo;est attendu, la plus rare. Peut-\u00eatre parce que son pot n&rsquo;est pas encore assez profond. Je le laisse en pot pour varier les hauteur des plans, ce qui sera le cas avec la haute vasque qui l&rsquo;attend.<\/li>\n\n\n\n<li>Les deux derniers sont anonymes \u00e0 mes yeux. Je ne sais plus leurs noms et ne leur en ai donn\u00e9 aucun. Le rouge vif reste accroch\u00e9 \u00e0 un bout d&rsquo;histoire de bouture du rosier de la voisine qui versait par dessus le muret.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 leur pr\u00e9sence, ou peut-\u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;elle, je n&rsquo;ai pas renonc\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er ma rose. Peut-\u00eatre est-elle d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">3. Superstitions<\/h1>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Bien qu&rsquo;on y reste parfois assis, \u00eatre sur sc\u00e8ne sans avoir excessivement serr\u00e9 ses lacets fait courir le risque de perdre une chaussure. Alors imaginez si on y est debout&#8230;<\/li>\n\n\n\n<li>V\u00e9rifier encore une fois permet de constater que tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en ordre avant qu&rsquo;on ne v\u00e9rifie. <\/li>\n\n\n\n<li>Toucher du bois, c&rsquo;est toucher des mots. La preuve, certains se touchent la t\u00eate en disant qu&rsquo;ils touchent du bois. Ils savent bien qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas en bois. Ce qui fait que \u00e7a ne marche pas.<\/li>\n\n\n\n<li>Pour certains, au moins pour une certaine, il y a, il y a eu, la confiture au cochon. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la glace au chocolat. \u00ab&nbsp;\u00c7a, c&rsquo;est vraiment la confiture au cochon&nbsp;\u00bb&nbsp;! lan\u00e7ait-elle.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c7a d\u00e9caroche, avec un ou deux r, \u00e7a d\u00e9pend du village, mais de toutes fa\u00e7ons, \u00e7a ne s&rsquo;\u00e9crit pas. Du reste, on ne dit pas que \u00e7a d\u00e9caroche. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui d\u00e9caroche, pas quelque chose. En g\u00e9n\u00e9ral, tu d\u00e9caroches. Je ou il passent encore. Perdre la boule, c&rsquo;est pour s\u00fbr au singulier.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De part et d&rsquo;autre de ma famille, chacun y allait de son Bon-Dieu ou de son Vaudou. Les superstitions allaient bon train. C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 distinguer la croyance de la foi. Elles ne rel\u00e8vent pas du m\u00eame risque.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">4. L&rsquo;objet cass\u00e9.<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son truc, c&rsquo;\u00e9tait de d\u00e9monter. Avant de savoir comment l&rsquo;objet fonctionnait, il fallait savoir de quoi il \u00e9tait fait. Savoir. Plus encore, voir. Avec l&#8217;empressement d\u00e9plac\u00e9 que commandent les d\u00e9voilements, surtout quand ils sont forc\u00e9s. Qu&rsquo;il f\u00fbt neuf ou non, le d\u00e9ballage en \u00e9tait b\u00e2cl\u00e9. L&rsquo;objet devait vite donner son poids dans la main, faire son bruit, comme un hochet. Il allait \u00eatre fouill\u00e9. Et sans t\u00e9moin s&rsquo;il vous plait, quitte \u00e0 attendre un peu, quitte \u00e0 s&rsquo;isoler. Une fois coup\u00e9 les fils, entrer dans la structure et rep\u00e9rer les morceaux. Les plus gros se d\u00e9tachaient comme les chairs d&rsquo;un poulet bien cuit. Aucun ustensile n&rsquo;\u00e9tait requis. Dix doigts collaboraient avec une complicit\u00e9 proverbiale. Certaines articulations r\u00e9sistaient un peu avant de c\u00e9der mollement, d&rsquo;autres \u00e9taient forc\u00e9es en levier ou se luxaient en tournant. Les fractures ouvertes n&rsquo;\u00e9taient pas rares. Il y avait de la casse, et elle \u00e9tait rarement propre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois d\u00e9mantel\u00e9es, comment savoir comment les pi\u00e8ces marchaient ensemble&nbsp;? L&rsquo;op\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 conduite \u00e0 la h\u00e2te, sans aucun relev\u00e9. \u00c0 peine leurs fonctions suppos\u00e9es qu&rsquo;elles \u00e9taient extraites. Le mode d&#8217;emploi, quand il y en avait un, concernait l&rsquo;objet int\u00e8gre. Il ne disait rien de cet amas informe. Et puis de toutes fa\u00e7ons, il s&rsquo;adressait aux incapables. Compensation de taille, chaque pi\u00e8ce d\u00e9faite devenait un nouvel objet, \u00e0 son tour nimb\u00e9 de sa propre aura. L&rsquo;unit\u00e9 de cette machine s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vanoui. \u00c9parses. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e9taient ces pi\u00e8ces. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais alors comment faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fond, ces d\u00e9montages n&rsquo;avaient qu&rsquo;une seule vocation&nbsp;: montrer que l&rsquo;appareil, ainsi d\u00e9soss\u00e9, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un montage, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas magique, encore moins myst\u00e9rieux. Maintenant que la disparit\u00e9 des pi\u00e8ces \u00e9tait manifeste, maintenant que cette duperie \u00e9clatait au grand jour, on pouvait les assembler \u00e0 nouveau. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et voil\u00e0 que se r\u00e9v\u00e9lait le pot aux roses. Une fois l&rsquo;appareil cass\u00e9, il apparaissait cruellement qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas seulement fait de ses morceaux. L&rsquo;appareil n&rsquo;\u00e9tait pas la somme de ses morceaux. Un d\u00e9pit honteux accompagnait le verdict qui avait \u00e9t\u00e9 rendu si vite, et par contumace. Irr\u00e9versible, la dissection avait caus\u00e9 une erreur judiciaire irr\u00e9parable. Il avait beau retourner les emballages, lire le mode d&#8217;emploi des incapables, nulle part n&rsquo;\u00e9tait dit comment retrouver ce qui unissait les morceaux pour en faire un appareil. Il apprendrait \u00e0 le dire, plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un enfant qui regardait sous les man\u00e8ges avant d&rsquo;accepter de monter dessus. Comment \u00e7a marche est une question qui insiste t\u00f4t et longtemps. Les choux et les roses ne font aucun myst\u00e8re sur notre naissance. La question re\u00e7oit toujours une r\u00e9ponse. Nous savons de quels morceaux tout cela se compose. Il est bien plus \u00e9pineux de dire ce qui fait notre venue au monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. \u00e0 venir 2. Collections J&rsquo;ai formul\u00e9 un jour le projet de cr\u00e9er une rose. Je n&rsquo;y ai pas renonc\u00e9. Quand j&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 un jardinier, il a cru qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de brevet, de mise en s\u00e9rie, et autres complications tr\u00e8s officielles. Je parlais seulement d&rsquo;une manipulation, certes technique, dont les r\u00e9sultats \u00e9taient partiellement impr\u00e9visibles. 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