{"id":218244,"date":"2026-08-06T16:44:17","date_gmt":"2026-08-06T14:44:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218244"},"modified":"2026-08-06T16:44:18","modified_gmt":"2026-08-06T14:44:18","slug":"chroniques-3-battre-la-semelle-battre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-3-battre-la-semelle-battre\/","title":{"rendered":"Chroniques #3 Battre la semelle battre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | DU MONDE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ecoute, le monde bruisse au bout de tes doigts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ah ces cheveux de merde \/ Facile tu vas sur to good to go l&rsquo;appli pour r\u00e9cup\u00e9rer des paniers \/ Tout \u00e0 l&rsquo;heure il y avait des nuages sur la gauche l\u00e0 \u00e7a s&rsquo;est vaporis\u00e9 \/ Il m&rsquo;\u00e9nerve faut toujours lui r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame chose \/ J&rsquo;attends de le revoir pour savoir si j&rsquo;ai aim\u00e9 je te dirai \/ Genre, le mec il dit un truc hyper styl\u00e9 mais c&rsquo;est extraordinairement normal \/ Tu prends un jaune d&rsquo;oeuf tu m\u00e9langes avec du jus de viande \/ C&rsquo;est comme le kokotama, une m\u00e9ditation en relation avec l&rsquo;a\u00efkido \/ Fallait le prendre en r\u00e9 \/ Ben ouai regarde derri\u00e8re nous c&rsquo;est vraiment l&rsquo;endroit o\u00f9 il faut avoir une smart \/Si si mon chat il miaule en grec \/ Ces bouquins je les donne je les relirai pas \/ Ma corde elle a saut\u00e9 tu m&rsquo;\u00e9tonnes je l&rsquo;ai pas chang\u00e9e depuis que je joue \/ Apr\u00e8s faut faire cuire mais attention que \u00e7a devienne pas une omelette \/ Une dinguerie \u00e7a part o\u00f9 apr\u00e8s ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dimanche blanc<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a les dimanches, il y a le dimanche. Et le dimanche d&rsquo;Annette. Dimanche blanc. A jamais ray\u00e9 de la cartographie du temps.<br>A l&rsquo;\u00e9cole primaire, dans le cercle de la semaine, le dimanche \u00e9tait un rond blanc. Comme celui d&rsquo;Annette\u00a0: blanc, fondu, aval\u00e9, disparu.<br>Le dimanche d&rsquo;Annette est fait d&rsquo;absence<em>, d&rsquo;une absence totale<\/em>. Jamais elle ne se montrait, ni ne sortait. On ne la voyait pas. Non pas qu&rsquo;elle d\u00e9testait les gens, au contraire. Simplement, elle n&rsquo;aimait pas les gens du dimanche. Elle refusait d&rsquo;aller au parc, ou de mettre un pied dans la rue, voir m\u00eame de descendre dans la cour au bas de son immeuble\u00a0: proscrit le dimanche.<br>Le dimanche, Annette ne voulait pas du<em> monde, c<\/em>lo\u00eetr\u00e9e dans son appartement, la t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9e sur son programme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, la table \u00e0 repasser d\u00e9pli\u00e9e, le fer juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<br>L&rsquo;apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s son th\u00e9-petit-beurre, elle cuisinait toujours son d\u00eener, r\u00f4ti de porc au four, haricots verts et pommes de terre.<br>Le dimanche, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il y avait l&rsquo;animation des rues, le parc, le cin\u00e9ma, les terrasses, les enfants, les copains&#8230; Et de fa\u00e7on immuable, toujours chez elle, il y avait Annette. Une valeur s\u00fbre. C&rsquo;\u00e9tait solide, \u00e7a ne bougeait pas, \u00e7a ne changeait pas. Elle-m\u00eame l&rsquo;assurait avec aplomb de son ton clair et d\u00e9finitif : \u00ab\u00a0Je d\u00e9teste les dimanches\u00a0\u00bb. Parfois, j&rsquo;allais partager un petit bout de son dimanche. Selon le moment, th\u00e9 ou r\u00f4ti de porc, patates haricots verts, programme tv, table et fer \u00e0 repasser. A parler de tout, de rien. Mais jamais du dimanche. Elle ne les aimait pas, je n&rsquo;insistais pas.<br>Et puis un dimanche, le dimanche 11 novembre pr\u00e9cis\u00e9ment, parce que le r\u00f4ti de porc ne passait plus, pas m\u00eames les haricots verts, ne parlons pas des pommes de terre, je suis all\u00e9e la chercher pour l&#8217;emmener aux Urgences. Dont elle n&rsquo;est jamais ressortie. Engloutie. Par le pancr\u00e9as le dimanche l&rsquo;a attrap\u00e9e, toute enti\u00e8re l&rsquo;a aval\u00e9e.<br>A la fen\u00eatre du dimanche Annette n&rsquo;appara\u00eet plus, silhouette ombr\u00e9e derri\u00e8re le rideau rendu \u00e0 sa blancheur mortuaire.<br>Le savez-vous ? La semaine est une marelle. Chaque jour sa case. A cloche pied lundi, mardi, \u00e0 deux pieds mercredi, \u00e0 cloche pied jeudi, vendredi, samedi, \u00e0 deux pieds dimanche et demi-tour, juste avant le ciel. Annette, \u00e0 force de pirouetter par dessus la case du dimanche, a gliss\u00e9 zip dans le ciel elle est tomb\u00e9e. Sans avoir le temps de faire demi-tour. Sa semaine s&rsquo;est termin\u00e9e. Le dimanche d&rsquo;un coup l&rsquo;a aval\u00e9e. Plus d&rsquo;Annette. Dimanche blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon dimanche \u00e0 moi, enfant, il \u00e9tait jaune vif. Jaune pissenlit. Maintenant avec le temps il p\u00e2lit. Comme le beurre \u00e0 la fin de l&rsquo;automne. Reflet pissenlit. Et un arri\u00e8re go\u00fbt d&rsquo;amande am\u00e8re. Blanc-cr\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le visage de la guerre napol\u00e9onienne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est l&rsquo;hiver, la tomb\u00e9e de la nuit, une fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, la salle de classe est \u00e9clair\u00e9e, lumi\u00e8re brute des ampoules pendouillant du plafond. La ma\u00eetresse, directrice de l&rsquo;\u00e9cole qui vient d&rsquo;une autre \u00e9poque, marche entre les rang\u00e9es de pupitres en racontant un \u00e9pisode de l&rsquo;Histoire de France. Elle d\u00e9ambule lentement, son chignon noir tir\u00e9 \u00e0 quatre \u00e9pingles sur sa nuque, son tablier \u00e0 petits carreaux noir et blanc impeccablement boutonn\u00e9, dans sa main droite une grande r\u00e8gle en bois, gare aux jambes qui d\u00e9passent aux \u00e9tourdis aux inattentifs, elle avance dans l&rsquo;all\u00e9e et peu \u00e0 peu ses yeux marrons s&rsquo;\u00e9tr\u00e9cissent son nez devient pro\u00e9minent il prend quasiment toute la place sur son visage et, juste en dessous, la bouche se tord, l\u00e2chant des sons \u00e2pres, le menton a disparu, gomm\u00e9 on dirait, et le visage recule, avance, recule encore, tel un cheval s&rsquo;arcboutant, d&rsquo;un coup il bondit, grossissant, difforme, la voix gr\u00e9sillant m\u00e9chamment, des mots sortent en courant affol\u00e9s de la bouche gigantesque aux dents noires, les joues se creusent les pommettes jaillissent, toutes blanches, la voix claque, les yeux lancent des \u00e9clairs, devenant de plus en plus petits, presque mena\u00e7ants, jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;enfoncer dans le globe oculaire, pour ensuite reprendre leur forme initiale, normale, la bouche suit elle aussi, les mots peu \u00e0 peu s&rsquo;adoucissent, s&rsquo;\u00e9coulant tranquilles avec toujours un zeste de m\u00e9fiance, les joues s&rsquo;arrondissent, l&rsquo;iris des yeux flottent l\u00e9gers dans l&rsquo;orbite, les l\u00e8vres s&rsquo;\u00e9tirent, fines, rouges, ce n&rsquo;est pas un sourire, juste la fin de la guerre, la bouche se ferme, clac la r\u00e8gle en bois vole, clac, flagrant d\u00e9lit, clac, Napol\u00e9on est vainqueur, clac. Le visage para\u00eet tout petit \u00e0 pr\u00e9sent. La classe est finie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Battre la semelle battre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Battre la semelle battre<br>sous la corne sous le cuir<br>mots de terre<br>goudron         poussi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je bats la semelle bats<br>sous le bois sous la corde<br>mots durs      pointus<br>r\u00e2peux           terreux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu bats la semelle bats<br>Sous la vo\u00fbte plantaire<br>mots tendres      d&rsquo;enfants<br>ronds                  glissants<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il.elle bat la semelle bat<br>Entre les orteils<br>mots petits           amoindris<br>qu&rsquo;on oublie         qui s&rsquo;ennnuient<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous battons la semelle battons<br>Sous la corne entaill\u00e9e<br>mots blessants       aff\u00fbt\u00e9s<br>pointus                   \u00e9cal\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous battez la semelle battez<br>Sur le chemin de ronde<br>mots nus               oubli\u00e9s<br>disparus                 vid\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils.elles battent la semelle battent<br>Sur la trace               empruntent<br>impriment                  empreinte<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Battre la semelle battre !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE Ecoute, le monde bruisse au bout de tes doigts. 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL Ah ces cheveux de merde \/ Facile tu vas sur to good to go l&rsquo;appli pour r\u00e9cup\u00e9rer des paniers \/ Tout \u00e0 l&rsquo;heure il y avait des nuages sur la gauche l\u00e0 \u00e7a s&rsquo;est vaporis\u00e9 \/ Il m&rsquo;\u00e9nerve <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-3-battre-la-semelle-battre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Chroniques #3 Battre la semelle battre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":718,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-218244","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218244","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/718"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=218244"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218244\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":218246,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218244\/revisions\/218246"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=218244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=218244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=218244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}