{"id":218317,"date":"2026-08-08T20:30:05","date_gmt":"2026-08-08T18:30:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218317"},"modified":"2026-08-08T20:30:05","modified_gmt":"2026-08-08T18:30:05","slug":"chroniques-05-fellini-parie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-05-fellini-parie\/","title":{"rendered":"chroniques #05 | Fellini parie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1- Fiert\u00e9 de l\u2019homme sans cesse en acte sans peur au devant de lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fiert\u00e9 de l\u2019homme sans peur sans jamais aucun acte derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2- Fellini avait donc sous l\u2019injonction de Berhnard commenc\u00e9 \u00e0 dessiner ses r\u00eaves leur accolant souvent des textes pareillement \u00e0 un storyboard, un sc\u00e9nario de film, en fait le film de sa vie. Il avait ainsi accouch\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s vaste corpus de feuillets qui avait constitu\u00e9 Le livre de ses R\u00eaves, sorte de monologue destin\u00e9 \u00e0 une psychanalyse avant de constituer une fabuleuse mine de d\u00e9tails accumul\u00e9s concernant la vie int\u00e9rieure du metteur en sc\u00e8ne; ses peurs, ses angoisses, ses fantasmes, ses illusions, ses dr\u00f4leries ; ce jeu de miroir (souvent) entre les illustrations esquiss\u00e9es, faites \u00e0 la va-vite ou plus d\u00e9finies avait trouv\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de feutres tr\u00e8s souvent de mauvaise qualit\u00e9 une r\u00e9sonnance avec les mots align\u00e9s sur le papier. Sur certains de ses feuillets avaient surgi des paysages de mer, des rivages et aussi des a\u00e9roports. Sur l\u2019un d\u2019entre eux, Fellini, transform\u00e9 justement en chef d\u2019a\u00e9roport \u00e9tait charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer les papiers d\u2019un voyageur asiatique au comptoir de l\u2019immigration. Il s\u2019\u00e9tait dessin\u00e9 de dos, la t\u00eate en forme de c\u0153ur comme souvent. Souvent \u00e9taient r\u00e9apparus devant mes yeux d\u2019enfant toutes ces mappemondes et tous ces globes terrestres de ton agence. Ils s\u2019\u00e9taient si bien compl\u00e9t\u00e9s dans leur mouvement statique et rotatoire alternant les dimensions et les approches des d\u00e9couvertes et des passages ; entre les continents et les mers, les oc\u00e9eans et les d\u00e9serts. J\u2019avais imagin\u00e9 les itin\u00e9raires et les parcours, les trac\u00e9s et les routes de nuit, ceux enjambant notre quotidien ; la vision d\u2019\u00e9chapp\u00e9es d\u2019oiseaux, leur cris \u00e9pousant le tour d\u2019un monde lumineux et englouti sortant du chapeau d\u2019un voyagiste-magicien. Les collections des dessins et des textes sur les r\u00eaves avaient rejoint les tiennes, celle des mappemondes et des globes terrestres en une fantastique toile ou tapisserie de tr\u00e8s grand format o\u00f9 s\u2019\u00e9taient m\u00e9lang\u00e9es des silhouettes d\u2019individus en tous genres, sages et sauvages parlant des langues \u00e9trang\u00e8res, parfois en tenue de gala, en proie \u00e0 d\u2019incroyables chim\u00e8res, \u00e0 des \u00e9lans indicibles, des peurs muettes quelquefois criardes ; r\u00e9pondant incessamment \u00e0 des questions; ( de ces d\u00e9fil\u00e9s de groupes insens\u00e9s !) ;\u00a0 \u00e0 d\u2019incroyables travers\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3- Et si le Diable avait \u00e9t\u00e9 la mort. M\u00eame d\u00e9guis\u00e9e sous ses plus beaux atours, ses plus magiques \u00e9tourdissements de bals et de cohortes, de mouvements de mains et de d\u00e9li\u00e9s de langues, la gueule \u00e9panouie et palpitante sous les ciels prometteurs. Emportant dans son sillon des boas de divas entre deux avions, leurs coiffures tout \u00e9mues d\u2019avoir elles-aussi v\u00e9cu des jet-lags \u00e9bouriffants ! Il ne faut jamais parier avec le Diable, avait \u00e9t\u00e9 le titre d\u2019un sketch de Fellini \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un film en comptant trois autres. Ce film s\u2019inspirait d\u2019une nouvelle d\u2019Edgar Allan Poe portant le m\u00eame titre. La trame du film racontait les m\u00e9saventures et le suivi journalistique d\u2019un acteur aux mille tentations devant interpr\u00e9ter un western \u00e0 l\u2019italienne (\u00e0 Rome). Fallait-il dire que dans la nouvelle, le protagoniste continuait de dire : Je parie ma t\u00eate au diable ! Etre pret \u00e0 c\u00e9der son cerveau au diable pour s\u2019assurer la gloire, le succ\u00e8s, l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026.ou la paix du quotidien, les promenades calmes, les longues nages en bord de mer, l\u2019insouciance, les gorges offertes et larges, les respirations amples\u2026.Tout cela aurait-il d\u00fb se payer si cher, si comme dans le livre, le Diable, en personne, titill\u00e9 par le pari, avait pris le parieur \u00e0 son propre jeu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fellini avait cru souvent d\u00e9jouer le diable (il avait \u00e9t\u00e9 superstitieux pour ce qui regardait la bonne \u00e9volution de ses films. En raison de mauvais pr\u00e9sages (les avertissements de Berhnard, l\u2019arriv\u00e9e de catafalques dans les \u00e9glises au moment des pri\u00e8res, les r\u00eaves, les coups de fil anonymes apr\u00e8s son voyage au Mexique), il avait fui et avait m\u00eame refus\u00e9 \u00e0 commencer des tournages (par exemple, celui du Vogage de G.Mastorna ou d\u2019un autre film sur Carlos Castaneda, Voyage \u00e0 Tulum, tous deux ensuite r\u00e9alis\u00e9s en bandes dessin\u00e9es ! ). Toi, tu avais parfois rejoint le clan de certains joyeux drilles aux longues griffes dans leurs habits de taffetas noirs et brillants qui ne comprenaient rien aux ciels \u00e9toil\u00e9s et aux routes myst\u00e9rieuses et muettes des voyages nocturnes a\u00e9riens, ferroviaires ou navals. Pour escorter tes magies, vos peurs, tous les tours de pistes de tes voyageurs ? Parier trop fort sa t\u00eate au diable. Affable. Ne voulant, ne pouvant parier rien d\u2019autre. Pour d\u00e9jouer et rejoindre la mort. Comme dans un vertige.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4- Extrait du projet d\u2019\u00e9crtiure en cours<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rome soit le grand d\u00e9but du voyage, de la formation loin des villes natales en complets beige clair, l\u2019enseigne d\u2019Alitalia clignote dans les a\u00e9roports au-dessus des chefs d\u2019escale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des processions de s\u0153urs de l\u2019\u00e9glise, de gros marchands de bonbons, de groupes de musiciens, de pachas en route pour le soleil, l\u2019\u00e9tranger \u00e0 partir de l\u2019agence de voyage Saint-Louis \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie nord de Marseille ou du Mississipi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00e0 Rome les statues de piazza Navona (o\u00f9 les fleuves des 4 coins de la terre s\u2019unissent), restent, elles, immobiles muettes avec ce faible \u00e9clairage la nuit, sur le marbre et le sol brillant, comme une fine pluie, un reflet de spectres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous une lune liquide des pierrots lunaires sont heurt\u00e9s par le vent fort venant de la mer ou par des lubies et des types bizarres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5- Tu enfilais ce smoking noir sublime qui semblait avoir \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 sur mesure. Il \u00e9tait parsem\u00e9 de tr\u00e8s l\u00e9gers strass pouvant refl\u00e9ter la clart\u00e9 de la lune, la nuit,&nbsp; \u00e0 l\u2019image de certaines ruelles au dallage compos\u00e9 de fines poussi\u00e8res de coquillage. Tu marchais dans mon r\u00eave dans ce tissu presque liquide, ondoyant au revers de col soyeux et irr\u00e9prochable; qui t\u2019accompagnait dans ta nuit. Ce tissu souple et \u00e9l\u00e9gant s\u2019accordait \u00e0 tes gestes lents, aussi tes pens\u00e9es \u00e9paisses, insondables. Sa couleur semblait donner une raison d\u2019\u00eatre \u00e0 ton regard, le noyait dans un \u00e9cho sage et douloureux. Pourtant si \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tes couleurs habituelles. Ces couleurs qui avaient eu du mal \u00e0 te rejoindre. Le noir avait paru filtr\u00e9 toutes les autres nuances pour les regrouper en une seule, plus radicale, plus absolue, plus coh\u00e9rente. Pr\u00eate pour une infinit\u00e9 de voyages et de travers\u00e9es, un peu pareille \u00e0 une extraordinaire et fine carapace luisante et magique, impeccable, pure. M\u00eame au sein des comit\u00e9s d\u00e9cadents. Des rengaines farfelues n\u00e9anmoins n\u00e9cessaires. Ainsi envelopp\u00e9s, Marcello et toi aux doux sourires, aux voix si douces, aviez p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les eaux d\u2019une fontaine si claire et recueillie&nbsp; et vous aviez continuer d\u2019avancer et de danser, confiants\u2026&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1- Fiert\u00e9 de l\u2019homme sans cesse en acte sans peur au devant de lui. Fiert\u00e9 de l\u2019homme sans peur sans jamais aucun acte derri\u00e8re lui. 2- Fellini avait donc sous l\u2019injonction de Berhnard commenc\u00e9 \u00e0 dessiner ses r\u00eaves leur accolant souvent des textes pareillement \u00e0 un storyboard, un sc\u00e9nario de film, en fait le film de sa vie. 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