{"id":218446,"date":"2026-08-09T23:33:54","date_gmt":"2026-08-09T21:33:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218446"},"modified":"2026-08-09T23:33:55","modified_gmt":"2026-08-09T21:33:55","slug":"chroniques-05-collec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-05-collec\/","title":{"rendered":"#chroniques #05 | Collec&rsquo;"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques-05.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques #05.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-6c6b3026-8d9c-422a-8e86-dec1c904962b\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques-05.pdf\">chroniques #05<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques-05.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-6c6b3026-8d9c-422a-8e86-dec1c904962b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Fiert\u00e9 des \u00eatres humains qui r\u00e9inventent le monde<br>Fiert\u00e9 des \u00eatres humains qui savent l\u2019habiter<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019herbier n\u2019est pas une collection, n\u2019est pas une accumulation recherch\u00e9e, n\u2019est pas un exercice de style. Les plantes qui s\u2019y trouvent ne sont ni troph\u00e9es ni p\u00e9pites. Au mieux sont-elles traces ou souvenirs. L\u2019herbier est d\u2019abord un regard. C\u2019est une d\u00e9licatesse, un geste d\u2019attention pour y coucher celles qui comptent, m\u00eame sans savoir pourquoi elles comptent. Au lit de l\u2019herbier, une tendresse pour les allonger. S\u2019il a l\u2019air d\u2019une dessication forc\u00e9e, mortelle, entre deux pages d\u2019un linceul de papier ou sur l\u2019impression num\u00e9rique de l\u2019image photographique, l\u2019herbier ni ne jaunit ni ne vieillit du temps qui passe.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il vaudrait mieux dormir la t\u00eate au nord<\/em>, dit le p\u00e8re.<br><em>Il vaudrait mieux ne pas boire de lait avant l\u2019effort,<\/em> dit la m\u00e8re.<br><em>Il vaudrait mieux enfiler tes runnings en commen\u00e7ant par le pied gauche<\/em>, dit le coach. \u00c7a porte chance, il para\u00eet. Je ne sais pas s\u2019il y croit vraiment o\u00f9 si c\u2019est pour cr\u00e9er de l\u2019auto-persuasion, un genre de confiance en soi qui reposerait sur un rituel, une perscription qui tiendrait du miracle. Une m\u00e9thode Cou\u00e9 sp\u00e9ciale sportifs. <em>Chausse d\u2019abord la gauche<\/em>. Et quoi, si tu mets d\u2019abord la droite, que se passe-t-il\u00a0? Ton pied explose\u00a0? C\u2019est comme quand on te dit que courir sur route te bousille les articulations alors que l\u2019essentiel, c\u2019est l\u2019amorti de tes chaussures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le truc c\u2019est la routine, l\u2019habitude mentale, la r\u00e9p\u00e9tition de gestes infimes, effectu\u00e9s dans un ordre pr\u00e9cis. Ce n\u2019est pas de la supersitition, c\u2019est une mise en condition, une disposition d\u2019esprit propice \u00e0 la concentration. Moi, j\u2019ai mes habitudes, mes petites croyances, mes chaussettes porte-bonheur, celles avec des \u00e9toiles. Je ne les porte qu\u2019en comp\u00e9tition. Pas question de les user en courant avec tous les jours. Ce n\u2019est pas une question de foi mais de tradition. Et puis je les aimes beaucoup, ces chaussettes, j\u2019y suis attach\u00e9e. <em>Coach<\/em> dit \u00ab&nbsp;f\u00e9tichisme&nbsp;\u00bb mais je m\u2019en fiche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La veille, je regarde des documentaires animaliers, plein de b\u00eates qui courent, des f\u00e9lins, des cervid\u00e9s, des \u00e9quid\u00e9s. Je m\u2019inspire d\u2019eux, de leurs pattes, de leur \u00e9lan. Je me vois en gu\u00e9pard, en l\u00e9vrier, en li\u00e8vre, je deviens jument de course. Je r\u00eave que je galope dans des prairies h\u00e9riss\u00e9es de graimn\u00e9es et de sauterelles. Je saute des haies, des troncs d\u2019arbres couch\u00e9s, des rivi\u00e8res et des foss\u00e9s. Je r\u00eave que je vole, cheval ail\u00e9. Quand je fais ces r\u00eaves-l\u00e0, je me l\u00e8ve sans r\u00e9veil et je p\u00e8te la forme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus important\u00a0: toucher le poster de Svetlana avant de partir. Ce n\u2019est pas une c\u00e9r\u00e9monie, c\u2019est un salut en hommage. Pendant l\u2019\u00e9chauffement, je pense \u00e0 elle. Je la visualise dans une de ses courses, le finish, le podium. Je murmure son nom dans ma t\u00eate en me mettant en position, juste au moment du d\u00e9part. Si \u00e7a marche\u00a0? Son pr\u00e9nom pulse dans mes veines jusque dans les muscles de mes jambes. Il fourmille jusque dans le plus petit orteil. La course me d\u00e9mange mais c\u2019est son pr\u00e9nom que j\u2019entends quand retentit le coup de feu du starter.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>T\u2019imagine, le chir\u00a0?<\/em> Le plaisir de voir arriver la f\u00ealure. Fracture du p\u00e9ron\u00e9 ou rupture du talon d\u2019Achille. Le plaisir qu\u2019il a \u00e0 rafistoler l\u2019humain, la r\u00e9paration d\u2019une machinerie d\u00e9licate parfois au millim\u00e8tre pr\u00e8s, la pr\u00e9cision du geste, la dext\u00e9rit\u00e9, l\u2019anticipation. Analyse, diagnostic, contr\u00f4le radiographique, suivi post-op\u00e9ratoire. Ce qu\u2019il faut replacer, avec quelle d\u00e9licatesse et quelle jubilation \u00e0 la fois quand il se trouve confront\u00e9 \u00e0 une op\u00e9ration complexe, oblig\u00e9 de surmonter les d\u00e9fis de sa profession. Ossature friable, fragments osseux, d\u00e9placement, friction, consolidation, stabilisation, vis et broches, tiges, cerclages et plaques m\u00e9talliques, le squelette viss\u00e9, boulonn\u00e9. Ou carr\u00e9ment implantation de proth\u00e8se, design d\u2019un corps r\u00e9par\u00e9 et augment\u00e9. <em>Et s\u2019il y a un rat\u00e9\u00a0?<\/em> G\u00e8ne ou d\u00e9mangeaison passent encore mais si mauvaise cicatrisation, raideur articulaire, complication vasculaire ou nerveuse, l\u00e9sion, h\u00e9matome, infection, pseudarthrose, luxation, algodystrophie, thrombose ou phl\u00e9bite, comme la tante du p\u00e8re. Elle en est morte. Et s\u2019il faut recasser pour re-r\u00e9parer. <em>Est-ce le chir est un sadique\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Tee-shirt favori, sigl\u00e9 AC-DC, Hells bells, son dessin de cloche en feu. D\u00e9lav\u00e9 le noir devenu gris, nos nuits lessiv\u00e9es dans les trop plein et les pas assez. D\u00e9lav\u00e9 et r\u00eache le coton sur la peau, le tissu distendu, vieilli. D\u00e9lav\u00e9es les lettres du groupe favori, un flottement dans la pupille dilat\u00e9e, l\u2019assemblage pour dire la musique hard au c\u0153ur, intacte. Les lettres compagnes des soir\u00e9es de f\u00eate ou de solitude, jusqu\u2019\u00e0 quand vont-elles rester, plaqu\u00e9 faussement acier, implacable sur l\u2019\u00e9toffe molle, l\u00e2che, la couleur ternie mais les contours encore nets, je me demande\u00a0: \u00e0 quand leur disparition\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | Fiert\u00e9 des \u00eatres humains qui r\u00e9inventent le mondeFiert\u00e9 des \u00eatres humains qui savent l\u2019habiter 2 | L\u2019herbier n\u2019est pas une collection, n\u2019est pas une accumulation recherch\u00e9e, n\u2019est pas un exercice de style. Les plantes qui s\u2019y trouvent ne sont ni troph\u00e9es ni p\u00e9pites. Au mieux sont-elles traces ou souvenirs. L\u2019herbier est d\u2019abord un regard. 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