{"id":218764,"date":"2026-08-14T11:32:59","date_gmt":"2026-08-14T09:32:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218764"},"modified":"2026-08-14T13:24:07","modified_gmt":"2026-08-14T11:24:07","slug":"chroniques-04-lhomme-au-chapeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-lhomme-au-chapeau\/","title":{"rendered":"# Chroniques # 04 L\u00b4homme au chapeau"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/CHRONIQUES-04-L-HOMME-AU-CHAPEAU-14-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 CHRONIQUES-04-L HOMME AU CHAPEAU 14 08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-42b47195-6a6c-4f93-b73b-5fe9f7cfdb76\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/CHRONIQUES-04-L-HOMME-AU-CHAPEAU-14-08.pdf\">CHRONIQUES-04-L HOMME AU CHAPEAU 14 08<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/CHRONIQUES-04-L-HOMME-AU-CHAPEAU-14-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-42b47195-6a6c-4f93-b73b-5fe9f7cfdb76\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 | Exigez<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Exigez des blancs de vos \u00e9crits les silences de leurs tabous ancestraux,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question d\u2019effleurer les livres froisser-les,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partez \u00e0 pr\u00e9sent. Allez-vous-en. \u00c9loignez-vous,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Poursuivez votre route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">2 | Notes Stanbrook Alicante 28 mars 1939<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">&#8211; Derniers jours de la guerre civile espagnole-Arriv\u00e9e troupes franquistes-Port d\u2019Alicante-Espoirs de salut des r\u00e9publicains- Foule d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e-Attente navires promis- Bombardement a\u00e9rien imminent-Espagne saign\u00e9e \u00e0 blanc. Une fine bruine tombe, le petit charbonnier de 1\u202f383 tonnes, mesure 70 m\u00e8tres de long et 10 m\u00e8tres de large, construit en 1909 par la Tyne Iron Shipbuilding de Newcastle il est r\u00e9nov\u00e9 en 1937, sa coque rivet\u00e9e lourde, sombre dresse son \u00e9trave droite contre la bruine fine avec ce franc&nbsp;bord bas qui semble d\u00e9j\u00e0 mordre la ligne de flottaison, bord\u00e9 d\u2019acier, il essuie la fatigue des travers\u00e9es, une suie incrust\u00e9e dans chaque plaque, la poupe en vo\u00fbte vibre sous l\u2019arbre d\u2019h\u00e9lice la rotation fait r\u00e9sonner la coque d\u2019un bruit sourd, roulement m\u00e9tallique comme une masse de fer, grappes d&rsquo;hommes recouverts de suie et de poussier ; sur le pont macul\u00e9 de poussi\u00e8re de charbon les m\u00e2ts de charge dressent leurs bigues immobiles bras obliques fix\u00e9s au pont, les palans dormants aux moufles pendantes oscillent l\u00e9g\u00e8rement restent suspendus, bras inutiles en attente, les panneaux d\u2019\u00e9coutille cal\u00e9s sous leurs hiloires emp\u00eachent l\u2019eau de p\u00e9n\u00e9trer dans la cale renforcent la structure sangl\u00e9s de pr\u00e9larts, b\u00e2ches \u00e9paisses enduites de goudron, obturent les cales \u00e0 charbon o\u00f9 stagnent l\u2019odeur des fines particules noires d\u00e9pos\u00e9es en couches r\u00e9guli\u00e8res lors de la combustion incompl\u00e8te. Monde d&rsquo;exil\u00e9s recouvert de suie et de poussier. Le guindeau \u00e0 vapeur treuil d\u2019ancre situ\u00e9 \u00e0 l\u2019avant luit de cambouis il est pr\u00eat \u00e0 virer ses barbotins mordent la cha\u00eene \u00e0 maillons tendue vers l\u2019\u00e9cubier, elle remonte ; la passerelle compacte et vitr\u00e9e domine la timonerie o\u00f9 la roue de barre flanqu\u00e9e du chadburn et du compas de route est fig\u00e9e sur son cap, la chemin\u00e9e exhale un reliquat de fum\u00e9e noire trace du tirage forc\u00e9 des chaudi\u00e8res, dans la salle des machines la chaleur r\u00e9siduelle colle aux cloisons et aux bardages, les cylindres haute, moyenne, basse pression actionnent les bielles, l\u2019arbre porte&nbsp;h\u00e9lice gronde sous le presse&nbsp;\u00e9toupe, les caisses \u00e0 ballast r\u00e8glent l\u2019assiette, la g\u00eete reste minime, les feux de navigation \u00e9teints attendent l\u2019appareillage vers la mer, le Stanbrook est pr\u00eat \u00e0 rompre son immobilit\u00e9, ce simple petit cargo con\u00e7u pour vingt-quatre hommes porte ce soir&nbsp;l\u00e0 un monde entier, sculpture compacte noire aux reflets d\u2019humidit\u00e9 bleut\u00e9s, le brouillard enveloppe la masse oscillante de deux mille cinq cents r\u00e9publicains. \u00c0 23 heures, ce 28 mars, le capitaine ordonne <em>Avant toute<\/em> arrache le cargo au port d\u2019Alicante. Leur calvaire ne fait que commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">3 | L&rsquo;homme au chapeau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme au chapeau\u2014combien on est?<br>L&rsquo;autre ne r\u00e9pond pas,<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014Deux mille cinq cents?<br>L&rsquo;autre d\u00e9tourne son regard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme au chapeau \u2014Tu comptes, toi?<br>L&rsquo;autre\u2014 Non<br>L&rsquo;homme au chapeau\u2014Pourquoi?<br>L&rsquo;autre indiff\u00e9rent ne dit rien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;autre\u2014 tu entends?<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014 Le sens des mots apr\u00e8s tout \u00e7a?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;autre-\u2014 J&rsquo;ai bris\u00e9 tous les mots pour en faire un seul Patrie, je suis orphelin<br>L&rsquo;homme au chapeau\u2014ce n&rsquo;est pas ce que je demande <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;autre-\u2014Je crie des mots qui ne respirent plus<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> L&rsquo;homme au chapeau \u2014combien on est?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;autre\u2014 L\u00e9gion et apr\u00e8s?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme au chapeau \u2014 Deux mille cinq cents?<br>L&rsquo;autre ne r\u00e9pond pas,<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014J&rsquo;ai laiss\u00e9 ma maison. Tous<br>L&rsquo;autre \u2014 Ma culture arrach\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014 Le bateau ne coule pas pourtant<br>L&rsquo;autre \u2014 Ils disent <em>R\u00e9fugi\u00e9s<\/em> comme une insulte, la <em>retraite<\/em> ne vaut gu\u00e8re mieux, nous sommes l\u2019Exil<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme au chapeau \u2014Tu as peur?<br>L&rsquo;autre \u2014 Oui des bourreaux affam\u00e9s de barbarie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme au chapeau \u2014 Les mots peuvent tout changer alors ?<br>L&rsquo;autre ne r\u00e9pond pas,<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014Qu\u2019est ce que&#8230;\u00c9coute&#8230;<br>L&rsquo;autre \u2014 Je parle \u00e0 voix basse pour ne pas \u00eatre assassin\u00e9<br>L&rsquo;homme au chapeau \u2014 Absurde. En attendant il faut que&#8230;<br><br>4 | Travers\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">On le voit de loin, avec ce feutre marron qui d\u00e9tonne, il a quelque chose d&rsquo;\u00e9trange d&rsquo;inhabituel, je remarque sa haute silhouette maigre, je d\u00e9couvre son visage cave \u00e0 demi effac\u00e9 par l&rsquo;ombre floue du Panama, sa bouche \u00e0 la moue sarcastique, son sourire immobile inqui\u00e9tant attendent je ne sais quoi qui m&rsquo;effraie,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">On ne voit de lui qu&rsquo;un profil, un morceau de joue, la ligne d&rsquo;un nez trop droit pour \u00eatre banal. Il ne bouge presque pas, sauf ce geste minuscule ses doigts tapotent le bastingage, un rythme, une habitude, une nervosit\u00e9 passag\u00e8re. Difficile de savoir son \u00e2ge, ni ce qu&rsquo;il a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui, il porte une chemise froiss\u00e9e, sale, une tache sombre; sur un lambeau de manche se devine boue, caf\u00e9, sang,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">On le voit accoud\u00e9 au bastingage, fumer ; une main dans la poche, comme s&rsquo;il y tenait un objet, une cl\u00e9, un porte-monnaie, un galet ramass\u00e9 enfant, un ticket d&rsquo;autobus, une photo. Il ne regarde personne. Allure aristocratique, menton relev\u00e9 haut, regard fix\u00e9 sur la mer aveugle, bouche tombante, m\u00e9prisante, sarcastique, un visage de bourreau,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"> On ne voit que son nez aigre peu banal il m&rsquo;intrigue, il a cette mani\u00e8re de se tenir droit, fier, conscient de sa classe, une allure martiale militaire habitu\u00e9e \u00e0 donner des ordres. Ses galons ne lui servent plus \u00e0 rien. Absent, il \u00e9coute ce qui n&rsquo;existe plus. Il tourne l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate d\u00e9voile son \u0153il presque liquide, froid, un \u0153il sans piti\u00e9, glacial.<br><br>5 | Tenir<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir comme une absence une habitude une routine un mot \u00e9pel\u00e9 plus haut qu&rsquo;un autre une rature sur un carnet d\u2019\u00e9crivain une id\u00e9e retrouv\u00e9e astres bris\u00e9s laissent le po\u00e8te parler \u00e0 voix basse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir face aux destructeurs qui arrachent d\u00e9racinent des vies \u00e0 peine prononc\u00e9es dans le vacarme des bombes des pleurs infinis combattre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des mots refuser une paix \u00e9tablie entre des maitres et des esclaves poursuivre le plus beau r\u00eave de l&rsquo;humanit\u00e9 la libert\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir pour reconstruire soigner aimer entendre les rires des enfants sourire \u00e0 la lecture d&rsquo;un po\u00e8me \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute du chant du rossignol des piaillements de moineaux perch\u00e9s en grappes l\u00e9g\u00e8res sur les oliviers sentir les odeurs d&rsquo;iode caresser la couleur de l&rsquo;herbe coup\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir dans la confusion des \u00eatres et des choses des premiers \u00e9tonnements devant la vie dans l&rsquo;humanit\u00e9 du premier matin d&rsquo;une main serr\u00e9e d&rsquo;une bouche embrass\u00e9e d&rsquo;un corps qui tremble debout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Si tu vis,<br>vis libre<br>ou meurs<br>comme les arbres<br>debout.<br>M. Darwich<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | Exigez Exigez des blancs de vos \u00e9crits les silences de leurs tabous ancestraux, Pas question d\u2019effleurer les livres froisser-les, Partez \u00e0 pr\u00e9sent. Allez-vous-en. \u00c9loignez-vous, Poursuivez votre route. 2 | Notes Stanbrook Alicante 28 mars 1939 &#8211; Derniers jours de la guerre civile espagnole-Arriv\u00e9e troupes franquistes-Port d\u2019Alicante-Espoirs de salut des r\u00e9publicains- Foule d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e-Attente navires promis- Bombardement a\u00e9rien imminent-Espagne saign\u00e9e <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-lhomme-au-chapeau\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Chroniques # 04 L\u00b4homme au chapeau<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-218764","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218764","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=218764"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218764\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219009,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218764\/revisions\/219009"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=218764"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=218764"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=218764"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}