{"id":218948,"date":"2026-08-17T17:27:23","date_gmt":"2026-08-17T15:27:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=218948"},"modified":"2026-08-19T17:57:25","modified_gmt":"2026-08-19T15:57:25","slug":"chroniques-03-750","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-03-750\/","title":{"rendered":"#chroniques #03 | L&rsquo;arbre monde"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | DU MONDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>\u00c9coute l&rsquo;indicible de la racine qui germe l&rsquo;arbre monde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de toi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a un \u0153il plus grand que l&rsquo;autre | Elle ne sait pas dire non | Elle se tait | Elle fait semblant| Elle fait attention | Elle se r\u00e9veille \u00e0 1h38 du matin | Elle est contente quand elle voit 18h18 | Elle se tait | Elle s&rsquo;est r\u00eav\u00e9e racine de l&rsquo;arbre dans son jardin | Elle fait revenir des \u00e9pices dans du beurre clarifi\u00e9 | Elle regarde la chaise rouge, la table rouge sur la terrasse, le ciel bleu et entre les deux l&rsquo;avocatier et les fruits qui ne sont pas encore murs | Elle a achet\u00e9 un sabre et de quoi l&rsquo;affuter pour couper | Elle se tait | Elle soupire | Elle se rappelle qu&rsquo;elle a le droit | Elle s&rsquo;applique | Elle se tait | Elle dit merci | Elle rit | Elle se tait | Elle fait comme on lui a dit | Elle veut oublier et n&rsquo;y arrive pas | Elle a un jardin | Elle a la terre qui appelle ses mains | Elle ne sait pas | Elle se tait | Elle dit oui | Elle soupire | Elle aime l&rsquo;huile de coco sur sa peau | Le sabre est rang\u00e9 derri\u00e8re le frigo | Le sabre est encore dans son \u00e9tui | Le sabre est dans sa maison | Elle a achet\u00e9 une pierre pour l&rsquo;affuter | Elle se tait | Elle pose sa main sur son ventre | Elle sait sentir son pouls en posant deux doigts sur son poignet gauche | Elle veut couper | Elle va apprendre | Elle s&rsquo;appliquera | Elle apprendra | Elle l&rsquo;a entendu lui reprocher de faire du compost quand elle devrait trouver un voisin qui a un cochon \u00e0 qui elle donnerait ce qu&rsquo;elle jette depuis des mois dans un large pot en terre cuite qu&rsquo;elle recouvre peu \u00e0 peu de terre pour la joie d&rsquo;\u00eatre surprise de ce qui pousse | Il a dit : ils nous font faire du compost alors que, pour nos parents, c&rsquo;\u00e9tait du manger cochon. Tu avales tout ce qu&rsquo;ils disent. Tu avales n&rsquo;importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a le mur de bananiers et d&rsquo;herbes hautes, tout ce qu&rsquo;il reste du jardin potager qui n&rsquo;est plus et que la v\u00e9g\u00e9tation grouillante recouvre d&rsquo;une \u00e9paisseur de plus en plus haute. Elle aurait peur de se frayer un chemin dans l&rsquo;entrelacs des lianes et des herbes coupantes l\u00e0 o\u00f9 la terre ne se voit plus et o\u00f9 il faut s&rsquo;assurer qu&rsquo;elle est bien l\u00e0 un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre. Alors, elle passe ses dimanches \u00e0 contempler le mur de feuilles vertes de toutes les tailles. Elle sait voir les trou\u00e9es lumineuses o\u00f9 elle devine peut-\u00eatre par del\u00e0 la densit\u00e9 vert sombre un vaste champ d&rsquo;un vert plus clair plus lumineux et c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 dans ce champ qu&rsquo;appelle le b\u0153uf qui a soif et qu&rsquo;elle entend les dimanches dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Elle ne fait rien. Elle attend que le jour tombe. Elle aura aussi le droit de s&rsquo;arr\u00eater et de se sentir plus l\u00e9g\u00e8re dans la nuit du dimanche. Elle aura le droit de ne plus avoir \u00e0 porter son corps et \u00e0 donner du sens au jour. Elle n&rsquo;aura rien mang\u00e9. Elle aura bu un caf\u00e9 trop sucr\u00e9 le matin pour sentir le chaud dans son ventre et puis boire l&rsquo;eau de la toute la bouteille comme on s&rsquo;applique avec discipline \u00e0 des r\u00e9solutions idiotes, mais qui rythme les jours. Boire de l&rsquo;eau chaude au r\u00e9veil. Respirer en comptant jusqu&rsquo;\u00e0 trois, puis r\u00e9tention et souffler huit. Le vent souffle dans les rideaux et les fait s&rsquo;envoler des baies vitr\u00e9es au-dessus de son lit, parfois dedans parfois dehors. Le vent s&rsquo;amuse. Quand il a plu et qu&rsquo;elle a oubli\u00e9 de fermer les fen\u00eatres, elle doit rentrer des rideaux tremp\u00e9s qui laissent des flaques sur le plancher en bois de la chambre. Elle aime la nuit. Elle pr\u00e9f\u00e8re la nuit et la compagnie du grand arbre de son jardin. Elle est certaine qu&rsquo;il apaise son sommeil et que c&rsquo;est lui qui fait chanter le vent. Elle se r\u00e9veille chaque fois \u00e0 regret. Elle ouvre sur la mer et les aliz\u00e9s qui poussent les nuages \u00e0 regret. Elle enfante ses dimanches, leur silence, leur lenteur, leur go\u00fbt de caf\u00e9 trop sucr\u00e9, et le bonheur de se rouler en boule dans son lit la nuit venue comme si c&rsquo;\u00e9tait dans les bras de son arbre jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;enfoncer dans la terre et d&rsquo;en \u00eatre compl\u00e8tement recouverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/750words.com\/\">Sept cent cinquante mots<\/a>. Tous les jours, au moins sept cent cinquante mots. L&rsquo;id\u00e9e vient (j&rsquo;imagine) du livre de Murakami, autoportrait de l&rsquo;auteur en coureur de fond. L\u2019application ouvre une page blanche avec en haut la date et au-dessous un ruban de petites cases qui, une fois atteint le nombre de sept cent cinquante mots, passent au vert avec une coche blanche. Je traine un temps gris ces jours-ci. Je n&rsquo;aime pas la solitude du mois d&rsquo;ao\u00fbt. Il y a trop de silence. J&rsquo;ai besoin d&rsquo;agitation pour me distraire de la m\u00e9lancolie. Je veux \u00e9crire et, dans le m\u00eame temps, je ne veux plus. L&rsquo;\u00e9criture me coupe du monde ou peut-\u00eatre que je pourrais \u00eatre reli\u00e9e au monde d&rsquo;une tout autre mani\u00e8re, mais, si c&rsquo;est la solitude et les mots, alors je ne suis pas certaine de le vouloir. Sept cent cinquante mots par jour. C&rsquo;est comme la prescription d&rsquo;un m\u00e9decin pour gu\u00e9rir d&rsquo;un mal. Je ne compte plus le nombre de fois o\u00f9 j&rsquo;ai pris la r\u00e9solution. Le ruban pour ce mois d&rsquo;ao\u00fbt ne compte que deux cases vertes, celle du 12 ao\u00fbt et celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai rang\u00e9 dans un tiroir NLD et je reprends un ancien projet pour lequel je ne suis pas certaine de la fin. Il a pour titre : la r\u00e9surrection d&rsquo;Eliazar Milano.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">NICHI NICHI KORE KO NICHI (\u00ab chaque jour est un jour magnifique \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on transporte sous nos semelles ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si la pers\u00e9v\u00e9rance n&rsquo;\u00e9tait pas toujours couronn\u00e9e de succ\u00e8s?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si ma grand-m\u00e8re Ena n&rsquo;avait pas pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 et march\u00e9 de sa maison \u00e0 la maison de sa fille derri\u00e8re le terrain de football chaque apr\u00e8s-midi pendant quarante-cinq minutes, puis en prenant de plus en plus de temps \u00e0 mesure qu&rsquo;elle vieillissait?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je ne portais plus le poids du clan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si j&rsquo;\u00e9tais accueillie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si j&rsquo;arr\u00eatais?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je disais non?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je partais ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je n&rsquo;\u00e9tais plus l\u00e0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je n&rsquo;\u00e9tais pas revenue?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si j&rsquo;\u00e9tais partie plus t\u00f4t?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si je n&rsquo;en avais rien \u00e0 faire?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si \u00e7a m&rsquo;\u00e9tait finalement \u00e9gal?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si j&rsquo;en riais?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si j&rsquo;oubliais?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si cela ne comptait plus?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si \u00e7a avait disparu au point de m&rsquo;en rappeler d&rsquo;une tout autre mani\u00e8re et de me sentir soulag\u00e9e parce que je suis devenue une autre personne et que je peux encore sentir la personne que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 et en m\u00eame temps que je ne suis plus et que tout mon corps se d\u00e9tend parce que je suis enfin lib\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;h\u00e9ritage parce que je suis enfin libre d&rsquo;\u00eatre je ne sais m\u00eame pas qui et cela m&rsquo;est totalement \u00e9gal?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>NICHI NICHI KORE KO NICHI (\u00ab chaque jour est un jour magnifique \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE \u00c9coute l&rsquo;indicible de la racine qui germe l&rsquo;arbre monde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de toi 2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL Elle a un \u0153il plus grand que l&rsquo;autre | Elle ne sait pas dire non | Elle se tait | Elle fait semblant| Elle fait attention | Elle se r\u00e9veille \u00e0 1h38 du matin <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-03-750\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #03 | L&rsquo;arbre monde<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":624,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8154],"tags":[1895,6772,8183,1053],"class_list":["post-218948","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-03-semaine-3","tag-deuil","tag-melancolie","tag-spleen","tag-tristesse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/624"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=218948"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218948\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219598,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/218948\/revisions\/219598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=218948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=218948"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=218948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}