{"id":21916,"date":"2019-12-29T09:51:32","date_gmt":"2019-12-29T08:51:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=21916"},"modified":"2019-12-30T20:49:19","modified_gmt":"2019-12-30T19:49:19","slug":"ouvrir-des-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ouvrir-des-portes\/","title":{"rendered":"Ouvrir des portes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> celles qui sont mortes juste apr\u00e8s \u00eatre n\u00e9es et des fois avant, celles-l\u00e0 c&rsquo;est \u00e9trange nous ne les connaissons pas, d&rsquo;elles nous ne savons rien et pourtant elles laissent des traces des marques dans les existences, et m\u00eame tr\u00e8s profondes sur celles qui viennent apr\u00e8s, qui arrivent comme \u00e7a en forme de remplacement, parce que remplacer des absentes, autant dire autant dire remplacer du r\u00eave, qui le peut, personne, \u00e9videmment, non celles qui sont mortes avant d&rsquo;\u00eatre n\u00e9es, avant d&rsquo;avoir laiss\u00e9 des souvenirs celles l\u00e0 nous ne pouvons rien en dire seulement elles comptent et elles comptent bigrement, mais il y a eu aussi celle qui est morte apr\u00e8s, quelques mois apr\u00e8s \u00eatre n\u00e9e, celle-ci je l&rsquo;ai appris comme \u00e7a plus tard, celle qui \u00e9tait morte apr\u00e8s quelques mois celle qui \u00e9tait morte de faim, oui c&rsquo;est ce que nous pourrions dire d&rsquo;elle celle qui \u00e9tait morte de faim celle que sa s\u0153ur avait essay\u00e9 de nourrir avec le bout de son doigt le bout de son ongle patiemment en raclant sur un morceau  de quoi de caramel, de beurre, enfin quelque chose qu&rsquo;elle avait trouv\u00e9 dans l&rsquo;abandon dans lequel elles se trouvaient et alors il faudrait dire aussi celle qui avait nourri essay\u00e9 de nourrir sa petite s\u0153ur, non une de ses petites s\u0153urs et  d&rsquo;elle il y aurait encore beaucoup \u00e0 raconter sur la mani\u00e8re dont elle a disparu dont elle a quitt\u00e9 cette vall\u00e9e de larme qui d&rsquo;une certaine fa\u00e7on fut encore pire que de mourir de faim je crois, et alors il faudrait parler aussi de celle qui celle qui vous avait comme laiss\u00e9es dans l&rsquo;abandon parce qu&rsquo;elle \u00e9tait partie au loin dans ses pens\u00e9es et alors ce serait celle qui avait \u00e9t\u00e9, avait \u00e9t\u00e9, avait \u00e9t\u00e9, mais qui dira ce qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 je ne sais pas mais ce ne sera pas moi seulement que c&rsquo;\u00e9tait celle qui \u00e9tait partie au loin dans ses pens\u00e9es mais aussi qu&rsquo;un jour bien longtemps avant elle avait \u00e9t\u00e9 jeune et qu&rsquo;elle avait r\u00e9ussi dans sa campagne \u00e0 apprendre \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire c&rsquo;\u00e9tait il y a longtemps tout de m\u00eame et alors elle avait m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 devenir celle qui apprenait dans les campagnes aux enfants \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 lire et \u00e0 compter jusqu&rsquo;au jour donc jusqu&rsquo;au jour mais quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre peut-\u00eatre mais pas moi, voudra bien en parler et alors nous pourrions faire passer le temps les ann\u00e9es et dire de nouveau celle qui  et \u00e9crire celle qui ramassait dans les rues les chiens estropi\u00e9s abandonn\u00e9s et avait tout un tas de chien dans le terrain sur lequel elle vivait tous estropi\u00e9s tous abim\u00e9s l&rsquo;un sur trois pattes l&rsquo;autre \u00e9dent\u00e9s l&rsquo;autre \u00e0 la m\u00e2choire cass\u00e9es l&rsquo;autre tout mordu l&rsquo;autre dont la langue pendait tout le temps mais voil\u00e0 des chiens qui jamais ne se battaient une communaut\u00e9 ils formaient autour de celle qui les ramassaient dans la rue et puis continuer et dire celle qui s&rsquo;est  enferm\u00e9e toute une vie pour prier oui celle qui avait \u00e9tudi\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 et puis un jour \u00e9tait partie comme appel\u00e9e c&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange cela a raconter de dire celle qui avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e et \u00e9tait partie pour r\u00e9pondre \u00e0 cet \u00e9trange appel et puis continuer et dire de nouveau celle qui et voil\u00e0 de nouveau celle qui \u00e9tait cousine (ou un peu  plus) d&rsquo;un \u00e9crivain oui celle qui avait transmis de loin un pr\u00e9nom d&rsquo;elle peu de choses pourtant tout de m\u00eame des choses qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites dans quelques rares livres qu&rsquo;il faudrait ouvrir oui surement un jour mais ce qui est s\u00fbr c&rsquo;est qu&rsquo;ils disaient d&rsquo;elle qu&rsquo;elle \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante beaucoup de classe c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils disaient ceux qui se souvenaient de l&rsquo;avoir connue et qu&rsquo;elle avait marqu\u00e9s bien fortement peut-\u00eatre reprendre les quelques livres un jour, mais continuer avec <em>celle qui<\/em> et voil\u00e0 donc celle  qui fut sage femme puis posti\u00e8re ou plut\u00f4t plus vraisemblable posti\u00e8re puis sage femme puis  personne ne sait bien mais s\u00fbr sage femme un mois de d\u00e9cembre quand celle qui voulait naitre sans crier \u00e9tait n\u00e9e dans la neige et le froid mais avait bien fini par faire comme tout le monde et crier nom d&rsquo;un chien, et puis celle qui \u00e9tait  un jour partie de Bretagne sans pr\u00e9venir \u00e0 cause de celle qui mettait tout le monde en col\u00e8re une m\u00e9chante ils disaient ceux qui s&rsquo;en souvenaient une bien m\u00e9chante femme et qui avait racont\u00e9 son d\u00e9part comme \u00e7a et surtout son arriv\u00e9e un jour \u00e0 Paris, un de ses derniers jours de sa vie elle avait racont\u00e9 elle \u00e9tait fatigu\u00e9e \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9j\u00e0 partie et elle qui jamais ne se racontait mais ce jour l\u00e0 un peu elle l&rsquo;avait fait le regard d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 vers le pass\u00e9 et souriante presque rougissante de ces souvenirs de son arriv\u00e9e et de la rencontre, encore heureux, qu&rsquo;elle avait faite et puis continuer et dire celle qui n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;enfant et qui \u00e9tait fine presque transparente et fragile et qui ne l&rsquo;avait jamais oubli\u00e9 lui autour duquel un monde de femmes amoureuses semblait avoir tournoy\u00e9 et elle avait m\u00eame gard\u00e9 son nom jusqu&rsquo;\u00e0 la fin elle dont l&rsquo;amour brulait en elle comme une petite flamme douce de chemin\u00e9e qui \u00e9clairait tous ceux qui l&rsquo;approchaient et quels souvenirs comme un petit coin de paix et de bont\u00e9 elle projetait autour d&rsquo;elle souvenirs d&rsquo;enfant peut-\u00eatre amplifi\u00e9s mais tout le monde pourtant l&rsquo;aimait et puis souvenir de ses \u0153ufs au parmesan qu&rsquo;elle servait dans des  ramequins servis sur une nappe brod\u00e9e vraiment la voir rendait heureux et heureuses toutes celles qui venaient la visiter, oui c&rsquo;est cela, tellement elle \u00e9tait bonne et douce comme des bougies pour prier, et alors continuer et dire celle qui avait planqu\u00e9 un  revolver quand \u00e9taient arriv\u00e9s les  vilains \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les vilains avaient tout envahi m\u00eame les esprits et elle avait fait preuve de sang froid ce jour l\u00e0 et plein d&rsquo;autre fois m\u00eame quand une vip\u00e8re l&rsquo;avait piqu\u00e9e dans un pr\u00e9 pendant les foins m\u00eame quand elle devait faire tourner la ferme parce que le mari tout plein de r\u00eaves et de maladies aidait vraiment de loin ou quand elle faisait des cakes m\u00eame quand elle faisait des confitures m\u00eame quand elle faisait du cassis du jardin ou quand elle faisait le cuir les poulets et pr\u00e9parait les repas pour les f\u00eates et m\u00eame quand elle poursuivait avec \u00e0 la main un bouquet d&rsquo;orties en criant ah tu vas voir ou ah vous allez voir mais il \u00e9tait facile de voir qu&rsquo;elle riait en m\u00eame temps qu&rsquo;elle poursuivait jamais en tous cas elle n&rsquo; a attrap\u00e9 personne les orties \u00e0 la main mais c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9ducation d&rsquo;autrefois, pour faire tenir droit comme un coup de trique ou comme des coups de <em>esp\u00e8ce de bourrique<\/em> souvent elle l&rsquo;avait dit cela \u00e0 ses filles <em>bourriques, vous n&rsquo;\u00eates que des bourriques<\/em> c&rsquo;\u00e9taient les formes de caresse que les m\u00e8res prodiguaient g\u00e9n\u00e9reusement \u00e0 leurs enfants qui ensuite auront toute la vie pour se demander si c&rsquo;est vraiment ce qu&rsquo;elle pensait leur m\u00e8re et puis continuons enfin oui ne nous arr\u00eatons pas voil\u00e0 celle qui avait \u00e9t\u00e9 chez les bonnes s\u0153urs et  ne les aimaient pas, mais pas du tout, et qui frissonnaient en les  voyants passer en disant ah les garces elles m&rsquo;en ont fait baver et  puis celles qui vivaient isol\u00e9es sauvages dans un village perdu dans un bois et avaient des vaches vraiment  enrag\u00e9es mais elles dans leur village elles ne l&rsquo;\u00e9taient pas, bien moins en tous cas que tout ceux qui vivaient dans des villages et des villes bien civilis\u00e9s loin des bois, non bien au contraire plus isol\u00e9es elles \u00e9taient, plus solitaires et bien plus civilis\u00e9es humaines elles se trouvaient \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, et puis ne nous arr\u00eatons pas et voil\u00e0 celle qui avait \u00e9t\u00e9 maire et avait le c\u0153ur sur la main et que  m\u00eame les animaux le savaient comme ce corbeau qui sur son \u00e9paule  venait faire le malin, et puis celle qui \u00e9tait partie  dans les \u00eeles comme  Gauguin elle qui avait v\u00e9cu dans le village au milieu du bois comme dans les contes de f\u00e9es et qui toute bronz\u00e9e et heureuse revenait voir quelque fois ceux  qui \u00e9taient rest\u00e9s dans le coin, et puis retour en arri\u00e8re au loin souvenirs ind\u00e9cis mais pourtant il y a bien eu celles qui \u00e9taient parties bien loin bien loin en Argentine dit-on et qui ne sont jamais revenues, et puis ne pas oublier celle qui  pendant plus de 6 ans avait \u00e9t\u00e9 attendue dans la rue devant la maison des parents tous les jours m\u00eame ceux sous la pluie m\u00eame ceux qu&rsquo;\u00e9taient f\u00e9ri\u00e9s comme dans un film au cin\u00e9 et qui \u00e0 la fin avait dit bon j&rsquo;en ai marre de la maison et du p\u00e8re je pars avec ce couillon ent\u00eat\u00e9, et puis quoi aussi celle qui avait ouvert une cr\u00eaperie mais ne savait pas faire les cr\u00eapes, ah non alors pourtant c&rsquo;\u00e9tait pas faute de lui avoir expliqu\u00e9 appris montr\u00e9 mais non enfin voil\u00e0, et puis aussi celle qui ne savait pas o\u00f9 vivait sa m\u00e8re et aurait bien voulu le savoir jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 elle avait dit tant pis je ne veux plus la voir, mais il \u00e9tait possible ou pas de la croire et puis aussi celle qui avait peur d&rsquo;\u00eatre retrouv\u00e9e par son p\u00e8re et ne voulait pas dire o\u00f9 elle habitait, et puis celle qui portait un voile, et puis celle qui avait disparu puis r\u00e9apparu, et puis celle qui avait dit si vous continuez je pr\u00e9viens les journaux et ils n&rsquo;avaient pas continu\u00e9 mais elle n&rsquo;avait peur de rien parce que cela aurait pu mal se passer, et puis celle qui avait \u00e9t\u00e9 surprise dans le garage quelle id\u00e9e aussi, et puis celle qui un jour s&rsquo;\u00e9tait mise \u00e0 croire en un dieu un poil sectaire et avait gard\u00e9 son tr\u00e8s mauvais caract\u00e8re, et puis celle qui avait fait une promesse qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas tenue et puis celle  et puis toutes celles qui dans les  souvenirs impr\u00e9cis et perc\u00e9s n&rsquo;\u00e9taient pas apparues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>celles qui sont mortes juste apr\u00e8s \u00eatre n\u00e9es et des fois avant, celles-l\u00e0 c&rsquo;est \u00e9trange nous ne les connaissons pas, d&rsquo;elles nous ne savons rien et pourtant elles laissent des traces des marques dans les existences, et m\u00eame tr\u00e8s profondes sur celles qui viennent apr\u00e8s, qui arrivent comme \u00e7a en forme de remplacement, parce que remplacer des absentes, autant dire <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ouvrir-des-portes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Ouvrir des portes<\/span><span 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