{"id":219333,"date":"2026-08-18T12:12:41","date_gmt":"2026-08-18T10:12:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219333"},"modified":"2026-08-18T12:16:33","modified_gmt":"2026-08-18T10:16:33","slug":"chroniques-2026-flottement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-2026-flottement\/","title":{"rendered":"#chroniques# 06 Flottement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La force des vagues aimant\u00e9es par la lune, la force de la lune renversant la mer, la violence de l\u2019orage pr\u00eat \u00e0 \u00e9clater, la vigueur de la pluie, bienveillante pour la terre assoiff\u00e9e, brutale et ravageuse dans des moments d\u2019exc\u00e8s, et la puissance du soleil et de la chaleur pour calmer, revigorer, enflammer jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mesure. Et la terre prie et crie son impuissance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Manger de tout, manger bien, manger doucement, manger sa soupe, manger proprement, savourer, en gourmand, en gourmet, d\u00e9guster, d\u00e9vorer, avaler tout cru, l\u2019araign\u00e9e mange la mouche, l\u2019ogre mange les petits enfants, histoires effrayantes qui finissent dans des contes\u2026Et la mer mange la plage, et le soleil mange les glaciers, et la vitesse mange le temps, et la lune a mang\u00e9 le soleil\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une main qui se tend, une voix qui console, un repas propos\u00e9, une vie qui s\u2019offre\u2026un coussin douillet qui aide \u00e0 vivre, un filet de sauvetage qui pr\u00e9serve du crash\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait beau, ce dimanche de printemps qui incite \u00e0 fl\u00e2ner sous les caresses du soleil. Les familles se resserrent autour des enfants excit\u00e9s comme des puces qui sautent d\u2019un man\u00e8ge rouge \u00e0 un man\u00e8ge bleu, d\u2019un stand de carioles tir\u00e9s par des chevaux fatigu\u00e9s \u00e0 un marchand de glaces, les annonces sonores remplissent le ciel, les pi\u00e8ces tintent dans la caisse. Une petite fille aux tresses blondes traverse les rues sans rien voir ni entendre, elle traverse la foule agglutin\u00e9e en jouant des coudes sans faire attention, elle avance en courant, \u00e0 l\u2019aveuglette, les larmes coulent, elle cherche ses parents dans cette foule d\u00e9sordonn\u00e9e, elle ne voit pas les files d\u2019attente joyeuses, elle n\u2019entend pas les cris des enfants qui montent dans les aigus de plaisir m\u00eal\u00e9s d\u2019angoisse, devant ces man\u00e8ges qui s\u2019envolent dans le ciel, plus haut, plus vite, encore\u2026elle a faim, mais dans son angoisse, elle ne sent pas les odeurs de friture des <em>langos, <\/em>cesbeignets hongrois larges et plats frott\u00e9s \u00e0 l\u2019ail qu\u2019elle aime tant, elle cherche autour des stands de bi\u00e8re et de saucisses grill\u00e9es, elle pense y trouver son p\u00e8re avec son beau chapeau de cowboy et avec son gros rire sonore, elle cherche autour des vendeurs de glaces, de cr\u00eapes, de gaufres, de coca, elle pense y trouver sa m\u00e8re avec sa robe rouge et son chapeau de paille, elle guette sa voix aig\u00fce, son rire qui tinte comme une clochette, ou ses s\u0153urs qui pourraient \u00eatre parties s\u2019amuser dans le palais de glaces plein de miroirs qui d\u00e9forment, te rapetissent, te grossissent, t\u2019\u00e9tirent, ce palais plein d\u2019\u00e9clats, de gens qui se gondolent de rires dans ce lieu \u00e9tincelant, elle fend la file d\u2019attente, retourne en arri\u00e8re, elle se perd dans cette \u00eele d\u2019animations et de plaisirs, elle sillonne toujours les m\u00eames rues sans s\u2019en rendre compte, accrochant des passants tra\u00eenant dans la cohue, des passants qui essaient de l\u2019arr\u00eater, de l\u2019aider, des mains qui se tendent, des cris qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent, on cherche avec elle, une petite fille de sept ans qui pleure, qui a perdu ses parents, qui a perdu son chapeau, qui a perdu l\u2019espoir\u2026Elle court encore, suit l\u2019all\u00e9e principale, grande art\u00e8re toute droite bord\u00e9e de vieux arbres, qui traverse tout le quartier jusqu\u2019au parc de verdure, il y a des prairies tout autour, des jeunes y jouent au ballon prisonnier, les joggeurs y courent sur les sentiers, il y a des all\u00e9es pour promener loin, des cavaliers qui galopent fi\u00e8rement viss\u00e9s sur leurs chevaux hennissants, elle ne voit rien, elle se trompe, elle va trop loin, elle continue \u00e0 courir, mais en sens inverse, elle voudrait trouver un visage connu, retourner \u00e0 la grande roue \u00e0 l\u2019autre entr\u00e9e, un bras l\u2019arr\u00eate, au-dessus le visage inquiet de son p\u00e8re, des yeux noirs de reproches, la voix grosse comme un orage, elle baisse la t\u00eate, inqui\u00e8te et heureuse en m\u00eame temps, le p\u00e8re tend les mains, l\u2019attrape et la soul\u00e8ve, elle est assise sur les \u00e9paules de son p\u00e8re, elle voit tout de l\u00e0-haut, elle voit sa m\u00e8re, ses s\u0153urs qui accourent, on l\u2019a retrouv\u00e9e, tout va bien. On pourra aller manger une glace.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &nbsp;La force des vagues aimant\u00e9es par la lune, la force de la lune renversant la mer, la violence de l\u2019orage pr\u00eat \u00e0 \u00e9clater, la vigueur de la pluie, bienveillante pour la terre assoiff\u00e9e, brutale et ravageuse dans des moments d\u2019exc\u00e8s, et la puissance du soleil et de la chaleur pour calmer, revigorer, enflammer jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mesure. 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