{"id":219533,"date":"2026-08-19T11:39:13","date_gmt":"2026-08-19T09:39:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219533"},"modified":"2026-08-19T21:01:09","modified_gmt":"2026-08-19T19:01:09","slug":"cycle-ete-2026-chroniques-07","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cycle-ete-2026-chroniques-07\/","title":{"rendered":"#chroniques #07 | ceci dit"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">1 Le monde\u2026\u00a0<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Je dis seulement oui. Le reste appartient au monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 Ceci dit<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je regarde mon t\u00e9l\u00e9phone sans attendre personne, ce qui est vrai<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019une notification apparaisse, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je la reconnaisse avant m\u00eame de la lire, ce qui est vrai<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je me trompe, ce qui est vrai aussi<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que ce message soit arriv\u00e9 pendant la nuit, ce qui est vrai<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0&nbsp; trois heures dix-sept, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que trois heures dix- sept ait une importance quelconque, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je lise le message une premi\u00e8re fois, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je le relise parce que je crois y trouver quelque chose qui m\u2019est destin\u00e9, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019il ne me soit pas destin\u00e9, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je le sache avec certitude, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je ferme l\u2019application, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que le t\u00e9l\u00e9phone reste pos\u00e9 sur la table, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je l\u2019oublie, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019une photo apparaisse \u00e0 son tour, une fen\u00eatre ouverte, un morceau de ciel, une chaise vide, et que cette photo ait \u00e9t\u00e9 prise quelque part, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que je reconnaisse l\u2019endroit, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que quelque chose en moi le reconnaisse, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que le t\u00e9l\u00e9phone sonne, je ne r\u00e9ponds pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que celui qui appelle ne sache pas que j\u2019attends, ce qui qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019il sache exactement o\u00f9 je suis, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que j\u2019attende qu\u2019il rappelle, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons qu\u2019il ne rappelle pas, ce qui est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Admettons que cela ne me fasse rien, ce qui est faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019admets jamais que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dis seulement oui \u00e0 ce qui arrive.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<\/h2>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 Les guigui<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand je pense aux vacances en Normandie, je vois la mer. Grise, souvent confondue avec le ciel. J\u2019avais une dizaine d\u2019ann\u00e9es. \u00c0 mar\u00e9e basse, elle reculait si loin que la plage devenait immense. Nous marchions vers l\u2019eau entre flaques, algues et coquillages. Nous ramassions les plus beaux, les plus blancs. Nous avions toute la journ\u00e9e. La mer pouvait \u00eatre loin, elle nous attendrait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait les Guigui. Elles se fabriquaient devant nous, dans une roulotte de forains tr\u00e8s color\u00e9e, trop haute pour que nous voyions le comptoir. Nous apercevions seulement, par-dessus le rebord, des esp\u00e8ces de poternes auxquelles elles \u00e9taient suspendues, telles des \u00e9cheveaux de laine. Une p\u00e2te molle aux parfums de menthe, vanille, fraise, chocolat, caramel. Elles durcissaient et collaient aux dents. Nous choisissions notre parfum en regardant ces grappes color\u00e9es sans voir les mains qui les fabriquaient. Le caramel \u00e9tait le plus tenace. Je revois la roulotte, ses couleurs, sa hauteur, ces \u00e9tranges entrelacs derri\u00e8re le comptoir invisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me jetais dans les vagues. Mon fr\u00e8re me prenait parfois sur son dos et nageait l\u00e0 o\u00f9 je n\u2019avais pas pied. Je m\u2019accrochais \u00e0 ses \u00e9paules. Je sentais son corps avancer sous le mien, les vagues nous soulever. Depuis la mer, la plage paraissait tr\u00e8s loin. Les adultes devenaient des points. Je n\u2019avais pas peur. Mon fr\u00e8re savait nager. Cela suffisait. Puis il revenait vers le bord et je cherchais le sable avec mes pieds. Retrouver le fond \u00e9tait presque aussi important que de l\u2019avoir perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A mar\u00e9e basse, la mer semblait avoir disparu. Nous marchions longtemps sur le sable devenu de plus en plus humide, entre les rigoles, les flaques et les coquillages. Puis l\u2019eau revenait. Une flaque se remplissait, une rigole se faisait&nbsp; ruisseau, nos traces disparaissaient. Il fallait repartir. Nous ne connaissions rien aux mar\u00e9es. Nous savions seulement que la mer partait et revenait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon cousin avait mon \u00e2ge. Nous jouions avec presque rien. Une pelle devenait une \u00e9p\u00e9e, un b\u00e2ton un fusil, un coquillage une pi\u00e8ce de monnaie. Nous nous disputions pour un seau, une r\u00e8gle, un ch\u00e2teau. Les disputes duraient peu. Nous recommencions sans nous r\u00e9concilier. Une nouvelle id\u00e9e suffisait. Nous courions, nous nous cachions, allions trop loin et revenions quand les adultes nous appelaient. Je ne me souviens pas de nos histoires. Seulement de lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, dans un temps qui semblait ne devoir jamais finir. Nous faisions des concours de ch\u00e2teaux de sable. Les pelles creusaient les douves, les seaux faisaient les tours, les coquillages d\u00e9coraient les murs. Nous voulions le plus grand, le plus beau. Parfois une tour s\u2019effondrait au moment o\u00f9 nous retirions le seau. Nous recommencions. Puis la mer montait. Elle remplissait les douves, d\u00e9trempait les murs, emportait les coquillages. Nous r\u00e9parions encore jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y ait plus rien \u00e0 r\u00e9parer. Le lendemain, nous construisions un autre ch\u00e2teau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s d\u00eener, les adultes jouaient au bridge dans la salle \u00e0 manger. Nous ne comprenions pas les r\u00e8gles, mais nous comprenions les petites engueulades. Un partenaire n\u2019avait pas jou\u00e9 comme l\u2019autre le souhaitait. Une remarque, un regard, une voix s\u00e8che. Comment pouvait-on se f\u00e2cher pour une carte ? Puis la partie continuait. Les cartes circulaient, les voix montaient et redescendaient. Le lendemain, ils rejouaient. Nous avions la plage et les ch\u00e2teaux. Ils avaient le bridge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait du vent, parfois de la pluie. Les maillots restaient tremp\u00e9s, les serviettes s\u00e9chaient mal. Le sable \u00e9tait partout, dans les chaussures, les poches, entre les doigts de pied. Nous attendions l\u2019\u00e9claircie. D\u00e8s qu\u2019elle arrivait, nous repartions. Une plage mouill\u00e9e restait une plage. Nous pouvions courir, creuser, trouver des tr\u00e9sors. \u00c0 dix ans, attendre ne semblait pas \u00eatre perdre du temps. Attendre le retour du soleil, la mar\u00e9e, le moment de retourner dans l\u2019eau faisait partie des vacances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, je me souviens du sable qui tombait encore des v\u00eatements, des cheveux luisants d\u2019eau, des serviettes suspendues. Nous \u00e9tions fatigu\u00e9s mais ne voulions pas dormir. Avec mon cousin, nous parlions de demain : la plage, les vagues, les ch\u00e2teaux, les Guigui. Demain \u00e9tait certain. Les adultes avaient leurs conversations et leurs cartes. Puis on nous envoyait au lit. Nous savions que le lendemain nous retrouverions la mer. Nous ne pensions pas \u00e0 la fin des vacances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, tout revient en morceaux : la mer tr\u00e8s basse, le dos de mon fr\u00e8re dans l\u2019eau, mon cousin avec une pelle, les coquillages sur les ch\u00e2teaux, les cartes sur la table, une Guigui au caramel qui colle aux dents. Je ne sais plus combien d\u2019\u00e9t\u00e9s tout cela repr\u00e9sente. Je retrouve seulement la sensation d\u2019un temps qui semblait sans fin. Les vagues, les coquillages, les voix. Et parfois, sans raison, arrive encore le mot Guigui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 disons que<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disons que je sois une psychoth\u00e9rapeute attentive, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je sache \u00e9couter sans pr\u00e9parer ma r\u00e9ponse, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je ne cherche pas dans les paroles de l\u2019autre quelque chose qui me concerne, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je sache reconna\u00eetre une peur sans vouloir aussit\u00f4t la faire dispara\u00eetre, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je puisse rester devant une souffrance sans lui chercher une raison, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je comprenne ce que l\u2019autre ne dit pas, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je sache parfois me taire au bon moment, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons que je sois capable d\u2019aider quelqu\u2019un \u00e0 se rencontrer sans lui montrer le chemin, ce qui n\u2019est pas vrai. Disons enfin que, dans ce que j\u2019\u00e9coute de l\u2019autre, je ne d\u00e9couvre jamais quelque chose de moi, ce qui n\u2019est pas vrai.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 Ce que le regard d\u00e9place<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-4fc3f8e1 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui para\u00eet rouge jusqu\u2019\u00e0 ce que le regard s\u2019y attarde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que la lumi\u00e8re d\u00e9couvre dans la terre sans rien lui ajouter<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui change lorsque nous changeons de place<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que la distance rend plus proche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui semble immobile et pourtant nous atteint<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que les parois ont retenu de leur ancienne profondeur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui s\u2019est d\u00e9fait ici lentement et que le regard rassemble<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que l\u2019ombre laisse deviner sans jamais le montrer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui affleure sous la couleur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que nous reconnaissons sans savoir o\u00f9 nous l\u2019avions d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui nous regarde peut-\u00eatre lorsque nous croyons seulement regarder<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que le paysage d\u00e9place en nous sans prendre de place<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui demeure apr\u00e8s le passage du regard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que nous emportons sans l\u2019avoir choisi<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Le monde\u2026\u00a0 Je dis seulement oui. 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