{"id":219575,"date":"2026-08-19T15:46:48","date_gmt":"2026-08-19T13:46:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219575"},"modified":"2026-08-21T15:43:45","modified_gmt":"2026-08-21T13:43:45","slug":"chroniques-06-distance-manger-demande-indirecte-et-fete-de-lhuma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-06-distance-manger-demande-indirecte-et-fete-de-lhuma\/","title":{"rendered":"#chroniques #06 | distance, manger, demande indirecte et f\u00eate de l&rsquo;Huma"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 |&nbsp;Le monde \u00e0 distance<\/strong><br>Force qui oblige \u00e0 la restitution de l\u2019int\u00e9rieur<br>rester vraie \u00e0 distance du monde.<br>Pourquoi\u2009? Laisser sa marque\u2009?<br>Une n\u00e9cessit\u00e9 apaisante<br>et pourtant des traces de douleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange\u2009?<\/strong><br><em>Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a \u00e0 manger<\/em><br>Manger parce qu\u2019on a faim | Manger pour combler le vide trop souvent | Manger pour ne plus avoir peur |<br>Demander qu\u2019est-ce qu\u2019il y a \u00e0 manger comme on dit bonjour | Manger pour aller mieux manger, pour se r\u00e9unir, pour prendre soin, | Manger manger sans se parler | M manger comme des ogres | Manger pour se remplir, et pas que le ventre | Manger pour aller mieux |<br>Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a \u00e0 manger comme on dit \u00ab\u2009\u00e7a va\u2009\u00bb | Manger parce qu\u2019il faut nourrir les siens | Manger pour les r\u00e9unir autour d\u2019une table | Manger sans se parler vraiment | Manger en se racontant par les gestes, la fa\u00e7on dont on tient ses couverts, comment on attrape le morceau de viande ou de l\u00e9gumes, comment on m\u00e2che ou comment on avale vite fait | Manger raconte qui nous sommes | Manger est rest\u00e9 une question de survie | Manger les conflits, les broyer sous la molaire, les d\u00e9chirer avec la canine, ingurgiter ce qui fait mal, le dig\u00e9rer\u2026 au moins pour un moment |<br><br><em>Manger chez eux<\/em><br>Chez nous, \u00e7a commence toujours pareil\u00a0: \u00ab\u2009on mange quoi ce soir\u2009?\u2009\u00bb, et d\u00e9j\u00e0 la s\u0153ur r\u00e2le, annonce qu\u2019elle n\u2019a pas envie de manger des p\u00e2tes encore une fois. Le chat miaule devant sa gamelle vide, attend qu\u2019on lui donne \u00e0 manger, puisque c\u2019est bient\u00f4t l\u2019heure du repas. Le p\u00e8re, entre deux portes\u00a0: \u00ab\u2009j\u2019ai pas eu le temps de manger \u00e0 midi, j\u2019ai une faim d\u2019ogre\u2009\u00bb, d\u2019abord comme une excuse, comme une fatigue, puis comme une exigence. La m\u00e8re r\u00e9pond qu\u2019il faut manger \u00e0 heures fixes sinon ce n\u2019est pas bon. Et puis le classique de la fin de semaine, quand plus rien ne tra\u00eene dans le frigo\u00a0: \u00ab\u2009on n\u2019a plus rien \u00e0 manger\u2009\u00bb, sur un ton presque tragique, comme une fin du monde miniature. Le fr\u00e8re, qui ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a, qui demande d\u00e8s qu\u2019il rentre\u00a0: \u00ab\u2009c\u2019est pr\u00eat, on peut manger\u2009?\u2009\u00bb, jamais bonjour d\u2019abord, toujours l\u2019estomac avant. Et moi, comme eux tous, \u00ab\u2009assise \u00e0 table pour le repas\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&nbsp;3 |&nbsp;Une demande indirecte n\u2019est pas un appel \u00e0 l&rsquo;aide<\/strong><br>Je ne sais pas demander de l\u2019aide. Je dis que je suis fatigu\u00e9e, je dis que \u00e7a va, peut-\u00eatre un peu plus lentement que d\u2019habitude, et j\u2019attends que quelqu\u2019un entende ce que je ne dis pas. \u00c7a fonctionne rarement.<br>Alors j\u2019\u00e9cris des choses des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s.<br>C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019une des exp\u00e9riences les plus anciennes qui soient. Il y a ceux qui demandent et ceux qui donnent, et entre les deux il y a ce moment o\u00f9 rien n\u2019est garanti. On croit qu\u2019il suffit de tendre la main, il faut savoir le faire. Quand on ne l\u2019a pas appris, on tient debout tout seul depuis toujours. On sait juste en silence esp\u00e9rer et \u00eatre parfois surprise de recevoir.<br>Ai-je un jour demand\u00e9 de l\u2019aide\u2009? Je m\u2019en souviens mal. Je crois que j\u2019ai ferm\u00e9 les yeux. Je ne dis pas, aide-moi. Je ne dis pas \u00ab\u2009je suis fatigu\u00e9e\u2009\u00bb. Je dis, \u00ab\u2009je n\u2019ai pas beaucoup dormi cette semaine\u2009\u00bb. C\u2019est idiot, je le sais.<br>\u00c9videmment l\u2019autre r\u00e9pond \u00ab\u2009moi aussi je suis crev\u00e9e\u2009\u00bb. Et change de sujet, comme d\u2019habitude, comme si j\u2019avais juste voulu faire la conversation.<br>Je guette parfois le regard d\u2019untel ou d\u2019untel qui saurait comprendre sans rien dire voix haute. Quelqu\u2019un que je laisserai approcher sans crainte, et qui s\u2019approchant, saurait \u00e9loigner ce qui blesse.<br>Il me faudrait apprendre \u00e0 dire \u00ab\u2009aide-moi\u2009\u00bb. Juste \u00e7a, deux mots, un peu trop direct. Mais je n\u2019ai jamais su faire autrement qu\u2019en tournant autour du pot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 |&nbsp;On pi\u00e9tine \u00e0 la F\u00eate de l\u2019Huma<\/strong><br>La billetterie du parc exsude cette odeur bien particuli\u00e8re, gazon sec, merguez, poussi\u00e8re d\u2019\u00e9t\u00e9 tardif. La queue, le contr\u00f4le des sacs \u00e0 l\u2019entr\u00e9e par des b\u00e9n\u00e9voles en t-shirt rouge trop grand, le bracelet de tissu mis serr\u00e9 pour qu\u2019on ne le refile pas \u00e0 un ami pour le lendemain.<br>Il faut d\u2019abord dire les all\u00e9es, leur g\u00e9om\u00e9trie impossible. Il faut dire qu\u2019il pleuve, qu\u2019il vente ou qu\u2019il fasse coup de chaleur, les gens sont l\u00e0, ils avancent, se croisent, sourient, se meuvent par \u00e0-coups comme un seul organisme. On boit dans de grands gobelets en plastique. On boit de tout, de la bi\u00e8re surtout achet\u00e9e sous un barnum o\u00f9 trois militants discutent avec une ferveur disproportionn\u00e9e d\u2019un probl\u00e8me de branchement \u00e9lectrique. On mange en marchant, on s\u2019assoit sous les tentes, on partage une barquette de merguez-frites qui d\u00e9borde, un couscous dans une assiette en carton, une gaufre au sucre\u2026 Toutes les r\u00e9gions ont un stand,vendent des T-shirts, des \u00e9charpes, beaucoup d\u2019\u00e9charpes palestiniennes, tristement palestiniennes.<br>On joue des coudes vers la <em>Grande Sc\u00e8ne<\/em>, plut\u00f4t une lente n\u00e9gociation collective, un m\u00e8tre gagn\u00e9, un m\u00e8tre perdu, quelqu\u2019un qui porte son gamin sur les \u00e9paules devient un point de rep\u00e8re cartographique pour tout le secteur. Basse qui cogne dans la cage thoracique avant m\u00eame qu\u2019on voie l\u2019estrade. \u00c9crans g\u00e9ants o\u00f9 le chanteur devient soudain colossal et pixelis\u00e9. Des gens dansent avec les bras, faute de place pour le reste du corps.<br>On zigzague, il n\u2019y a pas d\u2019autre fa\u00e7on de se d\u00e9placer ici, on va vers l\u2019un des chapiteaux o\u00f9 l\u2019on d\u00e9bat, et le public \u00e9coute avec cette attention studieuse propre aux marges d\u2019un apr\u00e8s-midi de f\u00eate.<br>Le <em>Village du Livre<\/em> ensuite, \u00eelot de silence relatif au milieu du vacarme, tables couvertes de livres, beaucoup d\u2019\u00e9diteurs ind\u00e9pendants, on feuillette, on repose, on feuillette encore, on discute avec un auteur.<br>Le jour tombe et rien ne s\u2019arr\u00eate pour autant, \u00e7a repart de plus belle, plus dense\/danse, plus sonore, guirlandes et projecteurs qui d\u00e9coupent la foule en tranches de lumi\u00e8re color\u00e9e, la <em>Grande Sc\u00e8ne<\/em> change d\u2019artiste et la basse cogne encore plus fort, plus grave, et on remange ici des sandwichs au falafel, l\u00e0 des kebabs, on mange tout le temps \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Huma d\u2019ailleurs, \u00e7a continue en toile de fond, un sandwich merguez \u00e0 22&nbsp;h. Des groupes s\u2019assoient enfin par terre, sacs en bandouli\u00e8re transform\u00e9s en oreillers de fortune, un couple danse lentement sur une chanson trop rapide pour \u00e7a.<br>Et puis la fatigue monte par vagues, les pieds d\u2019abord, les genoux et le bas du dos ensuite, ensuite les yeux, la derni\u00e8re t\u00eate d\u2019affiche qui finit sous les acclamations et le grand mouvement de foule vers les sorties commence, lent, inexorable, la file pour les navettes s\u2019\u00e9tire dans le noir sur des centaines de m\u00e8tres, patience collective un peu hagarde. Retrouver le bus sur le parking, direction Malakoff, minuit ou pas loin, on s\u2019entasse, on s\u2019endort contre la vitre, dehors la nuit sur le p\u00e9riph&rsquo;, et tout le monde a cette expression identique, heureuse et vid\u00e9e, de ceux qui ont trop march\u00e9, trop mang\u00e9, trop cri\u00e9, l\u2019espace d\u2019une journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | Partir d\u2019un mot\u2009 ! <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>S\u00e9rie&nbsp;1 | la parole<\/em><br>le mot<br>le sens du mot<br>la charge du sens du mot<br>la m\u00e9moire de la charge du sens du mot<br>la trace de la m\u00e9moire de la charge du sens<br>le r\u00e9sidu de la trace de la m\u00e9moire de la charge<br>l\u2019\u00e9cho du r\u00e9sidu de la trace de la m\u00e9moire<br>le silence de l\u2019\u00e9cho du r\u00e9sidu de la trace<br>la nuit du silence de l\u2019\u00e9cho du r\u00e9sidu<br>l\u2019oubli de la nuit du silence de l\u2019\u00e9cho<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>S\u00e9rie&nbsp;2 | la maison<\/em><br>la porte<br>la clef de la porte<br>la poche o\u00f9 est la clef de la porte<br>le trou de la poche o\u00f9 est la clef de la porte<br>le doigt dans le trou de la poche o\u00f9 est la clef<br>l\u2019ongle du doigt dans le trou de la poche<br>la peau de l\u2019ongle du doigt du trou de la poche<br>la fatigue de la peau de l\u2019ongle du doigt du trou<br>le soir, la fatigue de la peau de l\u2019ongle du doigt<br>la lampe du soir, la fatigue de la peau de l\u2019ongle<br>l\u2019ombre de la lampe du soir, la fatigue de la peau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>S\u00e9rie&nbsp;3 | le voyage<\/em><br>le train<br>le retard du train<br>l\u2019annonce du retard du train<br>la voix de l\u2019annonce du retard du train<br>le gr\u00e9sillement de la voix de l\u2019annonce du retard<br>le haut-parleur et le gr\u00e9sillement de la voix de l\u2019annonce<br>la rouille sur le haut-parleur et le gr\u00e9sillement de la voix<br>le pigeon sur la rouille du haut-parleur<br>l\u2019aile du pigeon pos\u00e9 sur la rouille du haut parleur<br>le vent de l\u2019aile du pigeon<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/06-chroniques_mep.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 06 chroniques_mep.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-dc32b5a8-9b27-455e-96f5-f994ee6b81aa\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/06-chroniques_mep.pdf\">06 chroniques_mep<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/06-chroniques_mep.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-dc32b5a8-9b27-455e-96f5-f994ee6b81aa\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;Le monde \u00e0 distanceForce qui oblige \u00e0 la restitution de l\u2019int\u00e9rieurrester vraie \u00e0 distance du monde.Pourquoi\u2009? Laisser sa marque\u2009?Une n\u00e9cessit\u00e9 apaisanteet pourtant des traces de douleurs. 2 | Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange\u2009?Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a \u00e0 mangerManger parce qu\u2019on a faim | Manger pour combler le vide trop souvent | Manger pour ne plus avoir peur |Demander qu\u2019est-ce qu\u2019il y <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-06-distance-manger-demande-indirecte-et-fete-de-lhuma\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #06 | distance, manger, demande indirecte et f\u00eate de l&rsquo;Huma<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":635,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8123,8171],"tags":[],"class_list":["post-219575","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-chroniques-sommaire-des-propositions","category-ete-2026-06-semaine-6"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/635"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=219575"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219575\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219686,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219575\/revisions\/219686"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=219575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=219575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=219575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}