{"id":219597,"date":"2026-08-20T03:01:41","date_gmt":"2026-08-20T01:01:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219597"},"modified":"2026-08-20T03:01:41","modified_gmt":"2026-08-20T01:01:41","slug":"chroniques-04-la-ravagee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-04-la-ravagee\/","title":{"rendered":"#chroniques #04 |\u00a0La Ravag\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | DU MONDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de ne pas prendre notre souffrance pour creuser profond la blessure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de dire oui quand \u00e7a crie non<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de rationaliser, de se croire en chantier, en travail, en r\u00e9mission, en permission fugitive avant de rentrer sagement s&rsquo;assoir, baisser sa t\u00eate et dire oui, tu avais raison, pardon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question d&rsquo;avaler comme si c&rsquo;\u00e9tait notre id\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de laisser croire, passer, affirmer que la gifle nous la voulions, nous l&rsquo;avions demand\u00e9e sans les mots, notre bouche cousue nous l&rsquo;avons demand\u00e9e, c&rsquo;est certain autrement comment? Comment la gifle si ce n&rsquo;est pas nous?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de se couper de la col\u00e8re comme si c&rsquo;\u00e9tait elle la honteuse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question, au point o\u00f9 nous en sommes, de ne pas ouvrir grand et de tout prendre accueillir grand toutes les parts \u00e9ventr\u00e9es. Elles sont les n\u00f4tres apr\u00e8s tout, \u00e7a aussi nous pouvons porter, nous pouvons avaler, nous pouvons engouffrer, nous pouvons dire oui m\u00eame si \u00e7a ravage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas question de ne pas \u00eatre libre au point de f\u00eater le retour de nos parts celles que nous avons reni\u00e9 par peur d&rsquo;avoir peur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A pr\u00e9sent exigeons de conna\u00eetre tout le monde en nous<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partons, partons \u00e0 la recherche des morceaux de nous qui sommes. Rapatrions dans le dedans de nous l&rsquo;Abandonn\u00e9e, l&rsquo;Abus\u00e9e, la D\u00e9mantibul\u00e9e, la Jalouse, la Traitresse, la Honteuse, l&rsquo;Aveugl\u00e9e, l&rsquo;Enrag\u00e9e, la Peureuse, l&rsquo;Affol\u00e9e, la Mystifi\u00e9e, l&rsquo;Outrag\u00e9e, la Bafou\u00e9e, la Rejet\u00e9e, la Gifl\u00e9e, la Battue, la Perdue, la D\u00e9chue, la Faible, la Vuln\u00e9rable, la Petite, la Muette, la Bouche cousue, la Vulgaire, la Scandaleuse, l&rsquo;Angoiss\u00e9e, la P\u00e9trifi\u00e9e, la Ravag\u00e9e&#8230;Allons\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | LE R\u00c9EL, LE R\u00c9EL, ENCORE LE R\u00c9EL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il dit Salut. Il dit son nom. Il dit qu&rsquo;il est dans son taxi \u00e0 Paris et il rencontre une dame qui te connait et qui est ton \u00e9ditrice. Tu entends A. lui souffler le mot \u00e9ditrice. Il continue. Il dit  A ton \u00e9ditrice qui me dit \u00ab\u00a0je connais une dame en Guadeloupe. A dit non nom. Et lui il dit avec un sourire dans sa voix que tu \u00e9coutes avec ton casque \u00ab\u00a0ah bon ben d&rsquo;accord. Voila. Il redit son nom. Il redit Salut. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a dit que jusqu&rsquo;\u00e0 ses cheveux \u00e9taient heureux et que si elle avait besoin d&rsquo;une preuve s&rsquo;en \u00e9tait une, maintenant elle sait quand le bonheur est l\u00e0 parce que ses cheveux sont heureux et elle aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a r\u00e9pondu \u00e0 son bonjour \u00e7a va avec un bonjour \u00e7a va dont le ton laissait suinter le d\u00e9fi non contre elle (il l\u2019aimait bien), mais contre tout ce qui pourrait tenter de lui d\u00e9nier sa tranquillit\u00e9 aujourd\u2019hui. Elle a envi\u00e9 son assurance et s\u2019est repli\u00e9e sur son ennui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | \u00c9CRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son nom est Aziz. Elle s&rsquo;est assise dans son taxi apr\u00e8s au moins une heure \u00e0 marcher sans savoir o\u00f9 elle \u00e9tait. Elle s&rsquo;est assise dans son taxi et elle a souffl\u00e9e. Il a l&rsquo;habitude d&#8217;embarquer des femmes perdues. Il sait se montrer sympathique. Elle veut rejoindre ses amis. C&rsquo;est de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un pont et il y a beaucoup embouteillage. Il fait nuit depuis longtemps. Le pont est long des files de voitures aux phares allum\u00e9s comme des guirlandes \u00e9lectrifi\u00e9es suspendues au dessus du Bosphore. Elle change d&rsquo;avis de peur que ses amis soient d\u00e9j\u00e0 partis. Ils sont sur la rive asiatique, la rive Anatolienne. Elle ne sait pas. Elle apprend. Le prix de la course n&rsquo;est plus le m\u00eame. Il n\u00e9gocie. Elle c\u00e8de. Elle veut rentrer. Aziz est chaleureux. Il l&rsquo;invite \u00e0 passer \u00e0 l&rsquo;avant pour communiquer plus facilement avec son t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 au tableau de bord qui traduit ce qu&rsquo;ils se disent. Elle parle anglais et lui turc. Elle s&rsquo;amuse. Elle souffle et son rire efface la peur d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 un moment perdue dans une ville immense qu&rsquo;elle ne connait pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | DE SOI-M\u00caME, ET D\u2019\u00c9CRIRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle s\u2019ennuie et attend qu\u2019il se passe quelque chose, mais il ne se passe rien. Le temps est long quand on n\u2019est m\u00eame plus certaine de ce qu\u2019on attend. Elle aurait d\u00fb partir en vacances. C\u2019est \u00e0 \u00e7a que sert le mois d\u2019ao\u00fbt aux vacances. Elle attend. Elle attend parce qu\u2019on ne sait jamais. Il va forc\u00e9ment se passer quelque chose. Il va forc\u00e9ment arriver quelque chose pour la mettre en mouvement, pour dessiner un r\u00f4le, une posture \u00e0 tenir, une d\u00e9cision \u00e0 prendre, une r\u00e9ponse \u00e0 donner, un endroit o\u00f9 aller&#8230;un livre \u00e0 \u00e9crire. La vie est faite de tant de petits renoncements, agaceries, mesquineries, flatteries, petites conqu\u00eates, r\u00e9ussites ou d\u00e9faites qui nous donnent le sens de soi, alors comment est-ce possible qu\u2019en ce mois d\u2019ao\u00fbt, elle ait la sensation de se dissoudre morceaux par morceaux lentement dans les jours tant ils passent et se ressemblent parce que rien n\u2019est arriv\u00e9, parce que rien n\u2019arrive ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai lu une citation de Julien Gracq sur <a href=\"https:\/\/www.patreon.com\/graciabejjani\/posts\/en-live-avec-le-167038924?utm_medium=clipboard_copy&amp;utm_source=copyLink&amp;utm_campaign=postshare_fan&amp;utm_content=web_share\">le Patreon de Gracia<\/a> :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Il faut \u00eatre habit\u00e9 par un sujet, comme on dit. Sinon votre livre sera squatt\u00e9ris\u00e9, fatalement, par le tout-venant du quotidien. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai comment\u00e9 : Quand je lis \u00ab\u00a0tout venant du quotidien\u00a0\u00bb j&rsquo;imagine l&rsquo;eau qui emporte et la litt\u00e9rature comme branche arrach\u00e9e \u00e0 laquelle je m&rsquo;accroche tandis que le courant m&rsquo;avale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00c0 VOUS LA CANTONADE !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je tiens en tombant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Un jour apr\u00e8s l&rsquo;autre. Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai contempl\u00e9 le coton effiloch\u00e9 des nuages dans le bleu. La mer a attrap\u00e9 mon \u0153il et voulait le coller sur sa peau irradiante de lumi\u00e8re comme m\u00e9tallique. J&rsquo;ai lav\u00e9 dans le ressac le lourd qui \u00e9treint le c\u0153ur. Je me suis racont\u00e9 que le jaune sur les rochers immerg\u00e9s auxquels je m&rsquo;accrochais bouscul\u00e9e par les vagues \u00e9tait de la poussi\u00e8re d&rsquo;or. J&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 ma solitude en me disant que j&rsquo;avais le droit d&rsquo;\u00eatre cette femme l\u00e0 vacillante, mais debout parce que c&rsquo;est dedans qu&rsquo;est la chute.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE Pas question de ne pas prendre notre souffrance pour creuser profond la blessure Pas question de dire oui quand \u00e7a crie non Pas question de rationaliser, de se croire en chantier, en travail, en r\u00e9mission, en permission fugitive avant de rentrer sagement s&rsquo;assoir, baisser sa t\u00eate et dire oui, tu avais raison, pardon. 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