{"id":219619,"date":"2026-08-20T11:18:48","date_gmt":"2026-08-20T09:18:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219619"},"modified":"2026-08-20T18:50:36","modified_gmt":"2026-08-20T16:50:36","slug":"chroniques-07-sur-la-carte-et-dans-les-pages-du-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-07-sur-la-carte-et-dans-les-pages-du-livre\/","title":{"rendered":"#chroniques #07 | Sur la carte et dans les pages du livre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"540\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/10353124_10152167277883983_4615187221549867887_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219620\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/10353124_10152167277883983_4615187221549867887_n.jpg 960w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/10353124_10152167277883983_4615187221549867887_n-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/10353124_10152167277883983_4615187221549867887_n-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3| Sofia veut dire sagesse<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le consensus ferroviaire des bulgares&nbsp;: jamais de train. La gare de Sofia plong\u00e9e dans le noir, suite aux factures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 impay\u00e9es, semble abonder dans leur sens pendant des mois. En plein hiver, il fait plus chaud dans les manifestations que dans les appartements. Pour qui s\u2019obstine \u00e0 prendre un train avant 8 h ou apr\u00e8s 16 h, une lampe torche est indispensable, au risque de se rompre le coup dans les escaliers. Alors le consensus r\u00e9sonnerait de plus belle&nbsp;: le train, c\u2019est dangereux, on te l\u2019avait bien dit, petite Fran\u00e7aise obstin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chauffeurs de taxi sont des sphinx. Je sors de l\u2019avion, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019avoir oubli\u00e9 le peu de bulgare que je parle. Apr\u00e8s deux kilom\u00e8tres sur la banquette arri\u00e8re, leur voix m\u00eal\u00e9e \u00e0 celles de la radio, je comprends \u00e0 nouveau. Quand nous entrons dans le centre de la ville, toujours cette m\u00eame arriv\u00e9e, m\u00eame les mots que je n\u2019ai plus souvenir d\u2019avoir su en russe se bousculent \u00e0 la porte de mes dents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019appartement lou\u00e9 pour une bouch\u00e9e de pain \u00e0 la Maison Rouge (sic), une biblioth\u00e8que vide occupe les murs d\u2019un salon vide. Si vide que le tram, qui passe trois \u00e9tages plus bas, le traverse r\u00e9guli\u00e8rement tandis que j\u2019\u00e9cris. \u00c0 mon arriv\u00e9e il fait si froid que je dois aller acheter des chaussettes. Cela dure quelques jours et puis c\u2019est presque l\u2019\u00e9t\u00e9. Je n\u2019ai aucun souvenir des chaussettes que j\u2019ai achet\u00e9es. J\u2019aurais voulu les avoir conserv\u00e9es pour les mauvais jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le Parc des Docteurs, une petite fille en haut d\u2019une fontaine en compagnie d\u2019un chien int\u00e9ress\u00e9. Une dizaine de robinets s\u2019encastrent dans son promontoire. Le bar organis\u00e9 autour convoque Alice dans son nom, si bien qu\u2019assez vite on ne sait plus tr\u00e8s bien o\u00f9 est Sofia. O\u00f9 on se trouve. O\u00f9 on s\u2019est perdue. Mais \u00e7a va et on revient sans cesse, accompagn\u00e9e de \u00ab&nbsp;surnum\u00e9raires&nbsp;\u00bb, en esp\u00e9rant r\u00eaver de et dans cet endroit pr\u00e9cis sur la carte et dans les pages du livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9branlement des maisons mill\u00e9naires. Je ne sais pas compter huit mille ans. Les fondations, pr\u00e9serv\u00e9es dans le bassin du petit mus\u00e9e de Stara Zagora, \u00e9taient inscrites bien avant ma naissance dans les circonvolutions de mon cerveau, les veinures de mes organes, le dessin de mes os. Il faut que je m\u2019asseye sur un banc. La visite continue sans moi. Je reste au bord du mod\u00e8le dont je contiens le portrait en creux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La joie de manger des grillades comme si nous avions pass\u00e9 le jour \u00e0 chasser. Les grandes tabl\u00e9es d\u2019amis bulgares dans les restaurants traditionnels. Personne ici ne semble avoir peur des traditions. Personne ne se montre sarcastique \u00e0 leur endroit. Peut-\u00eatre parce que c\u2019est ici qu\u2019elles sont n\u00e9es. Chaque c\u00f4telette grill\u00e9e est mang\u00e9e au mariage d\u2019Orph\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le croissant de la lune pris dans les haubans. Le ciel rose sur la mer. Nous d\u00eenons, une fois encore. Quelque chose ici, m\u00eame dans les plus flagrantes cartes postales, \u00e9chappe obstin\u00e9ment au tourisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui aurait pu pr\u00e9voir la haute satisfaction de la nage en bassin d\u2019\u0153ufs pourris&nbsp;? Le soufre sans souffrance&nbsp;? Au contraire, comme le massage des pieds de la concubine \u00e9lue avec un petit marteau \u00e0 clochettes, le coup du soufre est imm\u00e9diat, irr\u00e9versible, de ces choses dont on se dit&nbsp;: avant de mourir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au bout du boulevard, la montagne. La ville n\u2019a aucune esp\u00e8ce d\u2019importance. Mon amie Dima Dinkova s\u2019amuse et se r\u00e9jouit de mon amour immod\u00e9r\u00e9 pour cette vision (mes yeux cherchent le Vitocha d\u00e8s que j\u2019ouvre la fen\u00eatre et \u00e0 chaque instant de la journ\u00e9e comme une aiguille le Nord). Dans la montagne naissent des hommes, me dit-elle, dans la vall\u00e9e naissent des citrouilles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">P\u00e9riple d\u2019un jour en montagne. Je couvre ma t\u00eate de mon ch\u00e2le et me fonds dans le jardin de coquelicots. Ici aussi, comme \u00e0 Porto, je pourrais dispara\u00eetre d\u00e9finitivement. La sensation qui manifeste cette promesse est si particuli\u00e8re, vaste appel d\u2019air comme pour une invocation sans fin d\u00e9cid\u00e9e, soulagement, luminosit\u00e9, vent (le vent est toujours de la partie quand elle se montre. \u00c0 Porto dans les oyats. Aux Rhodopes, sur la peau fine des coquelicots), nous nous reconnaissons d\u2019embl\u00e9e. Je garde une photo. L\u2019ami qui l\u2019a prise n\u2019est plus joignable, mais si je retournais, je le retrouverais. Il en va ainsi des Bulgares&nbsp;: de loin, ils n\u2019existent plus, mais il suffit d\u2019arriver \u00e0 Sofia et quelques coups de fil plus tard, personne n\u2019avait quitt\u00e9 la table.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 bis | Aux confluents<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fen\u00eatre trace<br>Le temple du premier oracle<br>Salanganes sur le d\u00e9part<br>Salanganes sur le retour<br>Aigles \u00e0 demeure<br>Et la pie qui toque au carreau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chambre est petite.<br>Sa fen\u00eatre embrasse<br>L\u2019espace d\u2019un massif, son ciel<br>D\u2019un lac flanqu\u00e9 de deux montagnes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Sur les chemins, j\u2019apprends mon texte<br>Une phrase est rest\u00e9e accroch\u00e9e<br>Au clocher, une autre au bitume<br>Crev\u00e9 par l\u2019hiver<br>Un vers s\u2019est creus\u00e9<br>Dans le bois du banc<br>Dos \u00e0 la rivi\u00e8re<br>Des versets courent devant moi<br>Grimpant la pente sans effort<br>D\u00e8s longtemps sus, ils caracolent<br>Emp\u00eachent le texte \u00e0 venir<br>De trouver sa place, on dirait.<br>Sa place est avec les m\u00e9moires<br>Anciennes, en cours<br>Leurs guirlandes multicolores<br>Z\u00e8brent tous les ciels au village<br>Perp\u00e9tuellement en f\u00eate<br>Leurs langues en triangle causent<br>Et je dois apprendre<br>Dans ce brouhaha<br>Que je dois apprendre<br>De ce brouhaha<br>La place qui reste est immense<br>La m\u00e9moire vive, le temps<br>Bref.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les chauffeurs de taxi sont des sphinx. Je sors de l\u2019avion, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019avoir oubli\u00e9 le peu de bulgare que je parle. Apr\u00e8s deux kilom\u00e8tres sur la banquette arri\u00e8re, leur voix m\u00eal\u00e9e \u00e0 celles de la radio, je comprends \u00e0 nouveau. Quand nous entrons dans le centre de la ville, toujours cette m\u00eame arriv\u00e9e, m\u00eame les mots que je n\u2019ai plus souvenir d\u2019avoir su en russe se bousculent \u00e0 la porte de mes dents. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-07-sur-la-carte-et-dans-les-pages-du-livre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #07 | Sur la carte et dans les pages du livre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":219620,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8184],"tags":[],"class_list":["post-219619","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-07-semaine-7"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219619","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=219619"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219619\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219707,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219619\/revisions\/219707"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/219620"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=219619"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=219619"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=219619"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}