{"id":219693,"date":"2026-08-20T18:31:08","date_gmt":"2026-08-20T16:31:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219693"},"modified":"2026-08-21T08:20:49","modified_gmt":"2026-08-21T06:20:49","slug":"chroniques07nager-en-pleine-confusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques07nager-en-pleine-confusion\/","title":{"rendered":"#chroniques #07 | Nager en pleine confusion"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques07_Nager-en-pleine-confusion_MAG.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 #Chroniques#07_Nager en pleine confusion_MAG.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-bdfeec7c-19e9-4755-b7f2-b47de232a45c\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques07_Nager-en-pleine-confusion_MAG.pdf\">#Chroniques#07_Nager en pleine confusion_MAG<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques07_Nager-en-pleine-confusion_MAG.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-bdfeec7c-19e9-4755-b7f2-b47de232a45c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1|<em>le monde va g\u00e9n\u00e9ralement mieux sans nous<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dis oui au monde <em>[si]<\/em> <em>la chaleur retombe, [si] le monde d\u00e9tend ses muscles et ses nerfs dans un assouplissement g\u00e9n\u00e9ral, l\u00e9g\u00e8re impression de r\u00e9pit, sursis provisoire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">Emprunt\u00e9 \u00e0 Sandrine Bourguignon, <em>Et d\u2019une vie toute animale<\/em>, Editions Cambourakis, 2024, p. 83 et 93<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2|Supposons que je n\u2019\u00e9crive pas, ce qui est vrai.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3|Uniquement piscines<\/h2>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">C\u2019est parce que je nage en pleine confusion. Et que \u00e7a n\u2019a probablement rien \u00e0 voir avec le mot <em>saudade<\/em>. Je ne suis pas nostalgique des piscines.  <\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La piscine Benjamin Delessert est grise. Toutes les piscines ont un abord gris triste et terne. Ainsi est mon humeur \u00e0 l\u2019abord de la piscine, grise triste et terne. La piscine Garibaldi est sombre. On s\u2019y rend toujours le matin \u00e0 huit heures et le matin \u00e0 huit heures du mois de novembre au mois de mars il fait encore nuit. La lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9clairage public nous donne un teint blafard. La piscine du Rh\u00f4ne est fi\u00e8re de son champignon. On la rep\u00e8re de loin gr\u00e2ce \u00e0 ce grand spot d\u2019\u00e9clairage. Les pav\u00e9s sont disjoints sur les quais. La piscine de la Croix-Rousse est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la colline. Du moins je le crois. Le ciel est bleu le soleil jaune dans un angle comme sur les dessins d\u2019enfant. A Saint-Sim\u00e9on-de-Bressieux, le bassin est en plein soleil pleine lumi\u00e8re, impossible de soutenir son regard. On nage avec des lunettes noires. La piscine de Sainte-Marie-aux-Mines est d\u00e9serte. L\u2019enfant trouve un billet de cinq euro tout sec sur le parterre humide des toilettes. La piscine de Marcigny, je n\u2019y vais pas. J\u2019imagine le sol carrel\u00e9 et rugueux trop dur sous la plante des pieds et le bassin impeccablement rectangulaire. Avant, la piscine \u00e9tait d\u00e9couverte et n\u2019ouvrait que l\u2019\u00e9t\u00e9. Les enfants y allaient volontiers, il fallait les accompagner. Corv\u00e9e. Maintenant elle est couverte. Elle a \u00e9t\u00e9 construite \u00e0 l\u2019emplacement des anciens terrains de tennis. Les enfants n\u2019ont plus besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9s. Ils ne vont plus \u00e0 la piscine. Rue de Margnolles la piscine est en haut du jardin parall\u00e8le au mur. Elle est tr\u00e8s bleue et sans bord pour se tenir. Un tunnel en plastique transparent la recouvre. Aujourd\u2019hui un \u00e9changeur routier la traverse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| \u00c9cho<\/h2>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted has-small-font-size\">R\u00e9cemment j\u2019ai lu ce mot dans un livre<sup>1<\/sup>. Je l\u2019ai aim\u00e9 je l\u2019ai longuement m\u00e2ch\u00e9 m\u00e2chouill\u00e9 fait rouler sous ma langue puis relev\u00e9 dans mon carnet de propositions d\u2019\u00e9criture afin qu\u2019il repose d\u00e9cante m\u00fbrisse me revienne un jour comme boomerang. Dalva, la narratrice, relate la discussion qu\u2019elle a eu avec son fr\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous buvions du vin et Paul me dit qu\u2019il y avait un mot portugais, <em>saudade<\/em>, qui semblait repr\u00e9senter parfaitement notre ferme et nos vies, le mal du pays ou bien la nostalgie d\u2019une chose vitale mais irr\u00e9m\u00e9diablement perdue, dont on pouvait seulement conserver le r\u00eave, comme si pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode vous aviez aim\u00e9 une femme corps et \u00e2me et qu\u2019elle \u00e9tait morte soudainement.&nbsp;\u00bb Et voil\u00e0 que Fran\u00e7ois Bon nous le sert sur un plateau, que je lis de nouveau ce mot dans la chronique de Clarice Lispector dat\u00e9e du 20 novembre 1971&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout cela s\u2019appelle saudade \u2013 j\u2019essaie de retrouver Londres dans ma m\u00e9moire, dans ces notes. Et ainsi cela n\u2019est que not\u00e9, le plus vite possible, avant que le sentiment ne s\u2019efface.&nbsp;\u00bb<br>A l\u2019instant il me laisse muette et confuse comme si le mot m\u2019avait \u00e9t\u00e9 extirp\u00e9 que je n\u2019avais pas su le retenir mais ce mot ne m\u2019appartient pas, pas plus qu\u2019il appartient \u00e0 Clarice Lispector Paul ou quelqu\u2019un d\u2019autre. Le plus surprenant c\u2019est que le livre que je suis en train de lire2 repose sur ce mot sans qu\u2019il soit \u00e9nonc\u00e9. Sur la page de titre on peut lire roman de terrain. En deuil, la narratrice parcourt l\u2019Italie, villes et campagne, hors des sentiers battus et sur les routes emprunt\u00e9es plus anciennement par son p\u00e8re quand il emmenait sa petite famille d\u2019Allemagne en Italie pour les vacances. Favoris\u00e9s par la lumi\u00e8re et les couleurs changeantes des paysages travers\u00e9s, les souvenirs remontent. Et le gris hivernal italien la ram\u00e8ne \u00e0 Londres o\u00f9 elle avait aussi &nbsp;s\u00e9journ\u00e9 avec son mari. Alors qu\u2019elle ach\u00e8ve un s\u00e9jour dans le delta du P\u00f4, la rang\u00e9e de peupliers qui barre le paysage se superpose \u00e0 celle du bord de la Tamise. Je lis dans la chronique <em>Londres 10 fois<\/em> qu\u2019il y a la ville \u00ab&nbsp;et puis il y a les routes, la campagne anglaise, diff\u00e9rente de toute autre campagne. Je me souviens d\u2019arbres tr\u00e8s hauts.&nbsp;\u00bb&nbsp; Dans <em>Le bosquet<\/em> je lis&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019apr\u00e8s-midi pass\u00e9 dans l\u2019estuaire de la Tamise, la lumi\u00e8re de l\u2019hiver finissant, la d\u00e9couverte inattendue, aux portes de Londres, d\u2019un paysage dont le vide s\u2019offrait si g\u00e9n\u00e9reusement \u00e0 la vue, tout avait soudain ressurgi, et, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 des jours et des jours ici, les yeux riv\u00e9s sur le petit bois de peupliers qui entourait la ferme, tout \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du champ, le spectacle de la rang\u00e9e de peupliers qui, par une fin d\u2019apr\u00e8s-midi de f\u00e9vrier, se d\u00e9tachant sur l\u2019immense \u00e9tendue de l\u2019estuaire au jusant, avait vir\u00e9 du gris clair au noir en passant par le bleu, me parut soudain d\u2019une importance si cruciale que je ne parvenais pas \u00e0 comprendre comment il avait pu s\u2019effacer de ma m\u00e9moire.&nbsp;\u00bb (p. 362) Je ne savais quel mot appos\u00e9 sur ce proc\u00e9d\u00e9. Je le tiens \u00e0 pr\u00e9sent. C\u2019est saudade. Je vais sucer ce mot encore longtemps ronger mon os et quand la proposition d\u2019\u00e9criture sera pr\u00eate je la cracherai comme un noyau de cerise.<br><br>1 Jim Harrison, <em>La route du retour<\/em>, 1998, traduit de l\u2019anglais par Brice Matthieussent, Christian Bourgois \u00e9diteur, 1998, p. 77<br>2 Esther Kinsky, <em>Le bosquet<\/em>, 2018, traduit de l\u2019allemand par Olivier Le Lay, Grasset, 2020<br><\/pre>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5| Regard aveugle<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" data-id=\"219695\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Eclipse-1-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219695\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Eclipse-1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Eclipse-1-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Eclipse-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Eclipse-1.jpg 1152w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<figcaption class=\"blocks-gallery-caption wp-element-caption\">Photographie CM|12\/08\/2026 20:25<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ce qui advient de voir apr\u00e8s coup. <em>de deux choses lune l\u2019autre c\u2019est le soleil<\/em>. Pr\u00e9vert.<br>ce que la photographie r\u00e9v\u00e8le je ne l\u2019ai pas vu \u00e0 l\u2019\u0153il nu je n\u2019ai pas regard\u00e9 le soleil \u00e9clips\u00e9. j\u2019ai vu sur l\u2019image un croissant de lune \u00e0 gauche.<br>ce que l\u2019image gomme ce sont les fils \u00e9lectriques d\u2019ouest en est parce que ceux du sud au nord ne passent plus au-dessus des parcelles. ils ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s.<br>ce que l\u2019image ne montre pas c\u2019est le platane isol\u00e9 au milieu du champ. pour une fois l\u2019\u0153il absent derri\u00e8re l\u2019objectif ne l\u2019a pas vu.<br>ce qui guide nos pas \u00e0 cet endroit ce soir-l\u00e0 c\u2019est l\u2019\u00e9clipse. mais ce chemin et ce parcours se r\u00e9p\u00e8tent comme autant d\u2019occurrences \u00e0 relever dans un carnet. \u00e0 photographier l\u2019arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1|le monde va g\u00e9n\u00e9ralement mieux sans nous Je dis oui au monde [si] la chaleur retombe, [si] le monde d\u00e9tend ses muscles et ses nerfs dans un assouplissement g\u00e9n\u00e9ral, l\u00e9g\u00e8re impression de r\u00e9pit, sursis provisoire. 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