{"id":219756,"date":"2026-08-23T20:17:20","date_gmt":"2026-08-23T18:17:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219756"},"modified":"2026-08-23T21:14:17","modified_gmt":"2026-08-23T19:14:17","slug":"chroniques-06-manger-le-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-06-manger-le-jour\/","title":{"rendered":"# Chroniques # 06 \u00abManger le jour\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques-06-Manger-le-jour.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Chroniques 06 Manger le jour.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4f370b9c-44ed-47af-af0a-f4ab3d8ff722\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques-06-Manger-le-jour.pdf\">Chroniques 06 Manger le jour<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Chroniques-06-Manger-le-jour.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4f370b9c-44ed-47af-af0a-f4ab3d8ff722\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 |&nbsp;du monde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une force qui rit<br>Une force qui doute<br>O\u00f9 le monde touche s\u2019\u00e9tend<br>O\u00f9 le monde \u00e9merveill\u00e9 se reprend<br>Comment nommer ce qui \u00e9chappe<br>Comment articuler ce qui m&rsquo;\u00e9l\u00e8ve<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab T&rsquo;as mang\u00e9, toi ? \u00bb \u00ab Tu manges bien, au moins ? \u00bb \u00ab Mange \u00bb \u00ab J&rsquo;ai pas faim\u00bb \u00ab Mange quand m\u00eame \u00bb \u00ab Il mange comme quatre, ce gosse \u00bb \u00ab Il mangeait rien, avant \u00bb \u00ab \u00c7a, c&rsquo;\u00e9tait avant \u00bb \u00ab Je mange de tout, moi, hein, t&rsquo;inqui\u00e8te \u00bb \u00ab Je mange sur le pouce, maintenant \u00bb \u00ab C&rsquo;est pas manger, \u00e7a \u00bb \u00ab Tu manges avec nous, dimanche ? \u00bb \u00ab Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on mange dimanche ? \u00bb \u00ab Y&rsquo;aura qui \u00e0 manger, cette ann\u00e9e \u00e0 No\u00ebl ? \u00bb \u00ab Elle mange pour deux, maintenant. \u00bb \u00ab On va se faire manger tout crus si on arrive en retard\u00bb \u00ab Il mange dans la main de qui le flatte\u00bb \u00ab Manger sa m\u00e8re pour dire non \u00bb \u00ab Manger et se faire manger \u00bb \u00ab Se manger les foies, \u00e0 force d&rsquo;attendre \u00bb \u00ab Tu me manges la t\u00eate avec cette histoire \u00bb \u00ab Manger son chapeau, s&rsquo;il se trompe encore \u00bb \u00ab On ne mange pas de ce pain-l\u00e0, chez nous \u00bb \u00ab \u00c7a mange pas de pain, d&rsquo;essayer\u00bb \u00ab Il a mang\u00e9 son pain blanc en premier \u00bb \u00ab Manger le morceau, un jour ou l&rsquo;autre \u00bb \u00ab Manger la consigne \u00bb \u00ab Manger ses mots\u00bb \u00ab Manger des yeux \u00bb \u00ab Tu manges quoi, comme lecture, ces jours-ci ? \u00bb \u00ab Manger des pages enti\u00e8res sans lever la t\u00eate\u00bb \u00ab Il en mangerait, de ces mots-l\u00e0, s&rsquo;il pouvait \u00bb \u00ab Manger le silence entre deux phrases \u00bb \u00ab Manger ce qu&rsquo;on \u00e9crit pour ne plus avoir \u00e0 le dire \u00bb \u00ab Manger le jour comme un oubli \u00bb<br><br>3|&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs phrases restent couch\u00e9es sur une page pos\u00e9e au coin d&rsquo;une table de travail. On les laisse sans savoir si elles ont le droit de se lever, de se faire entendre ; elles se morfondent, tournent en rond, se d\u00e9calent, se lisent, se relisent, s&rsquo;essaient \u00e0 plusieurs styles, s&rsquo;\u00e9vanouissent un instant, peut-\u00eatre de peur, reviennent fi\u00e8res d&rsquo;une absence consomm\u00e9e, un texte en construction. On les encourage presque \u00e0 se consumer dans l&rsquo;expectative, \u00e0 patienter, \u00e0 se languir, \u00e0 esp\u00e9rer, avec tout ce que ce mot porte de r\u00e9signation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On voudrait, une fois, peut-\u00eatre deux, qu&rsquo;elles se laissent aller, qu&rsquo;elles prennent la d\u00e9cision de demander de l&rsquo;aide. Combien cela leur est difficile. Il y a en elles quelque chose de farouche, d&rsquo;\u00e0 peine domestiqu\u00e9, une b\u00eate tapie qui gronde d\u00e8s qu&rsquo;une main s&rsquo;approche, on croit tendre un secours, elles y voient une menace ; on croit offrir un regard, elles montrent les dents, elles se h\u00e9rissent, se replient, cherchent leur tani\u00e8re au fond de la page blanche, pr\u00e9f\u00e8rent se terrer plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre vues incompl\u00e8tes, ou mal ficel\u00e9es, ou boiteuses. C&rsquo;est un instinct, une m\u00e9fiance animale, la peur ancienne d&rsquo;\u00eatre la proie de l&rsquo;\u0153il d&rsquo;un autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On conna\u00eet leur orgueil, leur anxi\u00e9t\u00e9 \u00e0 la vision de cet \u0153il autre qui pourrait se poser sur leur texte. Qui est cet autre. Qui pr\u00e9tend-il \u00eatre. Qui s&rsquo;approche, main tendue, au risque de se faire mordre. Je pense qu&rsquo;elles sont en recherche, \u00e0 la poursuite, en qu\u00eate d&rsquo;une main, d&rsquo;une pr\u00e9sence bienveillante, d&rsquo;un conseil pour choisir une voie, concr\u00e9tiser, \u00eatre assist\u00e9es, second\u00e9es, appuy\u00e9es, accompagn\u00e9es, guid\u00e9es, \u00e9clair\u00e9es ; favoriser leur r\u00e9ussite, faire \u00e9clore, faciliter la compr\u00e9hension du texte, en un mot, venir en aide. Pour tout cela, demander, simplement demander ; demander de l&rsquo;aide, dire le mot, l&rsquo;exprimer, <em>\u00ab J&rsquo;ai besoin d&rsquo;aide \u00bb<\/em>. Je reconnais que leur texte inachev\u00e9 par instinct, par vanit\u00e9 par peur secr\u00e8te de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur est au bord de l&rsquo;ab\u00eeme. Au bord de l&rsquo;ab\u00eeme, j&rsquo;ai fini un soir par accepter que la forme initiale du texte n&rsquo;exist\u00e2t plus pour rena\u00eetre autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne conna\u00eet pas mon identit\u00e9. Elle reste une intention encore informe, une respiration lointaine. On m&rsquo;interrompt au milieu d&rsquo;un mot, d&rsquo;une phrase, d&rsquo;une intuition, on me susurre \u00e0 l&rsquo;oreille<em> \u00ab prouve que tu peux aller plus loin \u00bb<\/em> ; j&rsquo;ai sacralis\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture en pri\u00e8re, elle la rend simplement invisible au moment o\u00f9 ma main avance. On s&rsquo;est pench\u00e9 sur la page \u00e0 peine noircie, on a relu ce d\u00e9but de texte boiteux, on a sugg\u00e9r\u00e9 de recommencer sans se demander si les phrases dessin\u00e9es sauvaient quelque chose. On raconte qu&rsquo;\u00e9crire, c&rsquo;est s&#8217;emparer d&rsquo;un sujet, d\u00e9vorer un livre, absorber, engloutir, avaler des id\u00e9es, des mots, se nourrir de lectures, de souvenirs, d&rsquo;exp\u00e9riences, s&rsquo;abreuver \u00e0 une source, manger. On dit mastiquer, rem\u00e2cher ses phrases, ruminer, triturer, malaxer, p\u00e9trir la mati\u00e8re, la langue, les mots comme le pain, broyer, m\u00e2cher et rem\u00e2cher ses phrases, tourner et retourner dans sa bouche, dans sa t\u00eate, dans son corps des incipits \u00e0 l&rsquo;infini, dig\u00e9rer une lecture, assimiler un corps de texte, laisser reposer, m\u00fbrir, pour qu&rsquo;enfin soient restitu\u00e9s la forme et le fond de cette \u00e9criture s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e, en tirer la substantifique moelle pour nourrir le lecteur, lui offrir en p\u00e2ture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On raconte aussi que celui qui \u00e9crit ignore ce qui va na\u00eetre. On dit que Caravage peignait directement d&rsquo;apr\u00e8s nature ou que Miles Davis a toujours improvis\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire sur La foule en tant que sujet ou personnage m&rsquo;est difficile. Je bloque.Travailler sur la foule du Stanbrook serait une r\u00e9ponse, par exemple &#8211; quelle diff\u00e9rence y a t il entre la foule du Stanbrook au d\u00e9part d&rsquo;Alicante et \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Oran apr\u00e8s vingt deux heures de travers\u00e9e? Quelles impressions, quels dialogues? la parole leur est redonn\u00e9e, ils peuvent \u00eatre bruyants comme un droit acquis de haute lutte, ils se reconnaissent, \u00eatres humains en exil, ils ne sont plus un bloc, amalgame de silhouettes compactes sans identit\u00e9. Cette foule n&rsquo;est pas joyeuse, soulag\u00e9e tout au plus. La Croix Rouge les attend alors que l&rsquo;administration coloniale fran\u00e7aise leur refuse le droit d&rsquo;accoster. Ils patienteront vingt quatre heures avant que les premiers passagers prennent la passerelle pour retrouver la terre ferme, seuls les enfants, les femmes, les bless\u00e9es auront ce droit. Les hommes, eux, resteront \u00e0 bord plusieurs jours, une tr\u00e8s longue attente commence. Comment d\u00e9rouler, amplifier, apporter de la lumi\u00e8re, des rires, de l&rsquo;amour, de l&#8217;empathie comment d\u00e9rouler mes textes, donner du soleil \u00e0 mon \u00e9criture dans cette trag\u00e9die qui ne fait que commencer. Je ne sais pas comment continuer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00e0 vous la cantonade&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">corps de chair<br>corps de chair de peau<br>corps de chair de peau de sang<br>corps de chair de peau de sang de sueur<br>corps de chair de peau de sang de sueur de larme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">blessure de corps de chair de peau de sang de sueur<br>cicatrice de blessure de corps de chair de peau de sang<br>maladie de cicatrice de blessure de corps de chair de peau<br>fi\u00e8vre de maladie de cicatrice de blessure de corps de chair<br>d\u00e9lire de fi\u00e8vre de maladie de cicatrice de blessure de corps<br>agonie de d\u00e9lire de fi\u00e8vre de maladie de cicatrice de blessure<br>cendre d&rsquo;agonie de d\u00e9lire de fi\u00e8vre de maladie de cicatrice<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">corps de tranch\u00e9e<br>corps de tranch\u00e9e de chair<br>corps de tranch\u00e9e de chair d&rsquo;obus<br>corps de tranch\u00e9e de chair d&rsquo;obus de peau<br>corps de tranch\u00e9e de chair d&rsquo;obus de peau de shrapnel<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">gaz de corps de tranch\u00e9e de chair d&rsquo;obus de peau<br>os de gaz de corps de tranch\u00e9e de chair d&rsquo;obus<br>barbel\u00e9 d&rsquo;os de gaz de corps de tranch\u00e9e de chair<br>sang de barbel\u00e9 d&rsquo;os de gaz de corps de tranch\u00e9e<br>ruine de sang de barbel\u00e9 d&rsquo;os de gaz de corps<br>souffle de ruine de sang de barbel\u00e9 d&rsquo;os de gaz<br>cri de souffle de ruine de sang de barbel\u00e9 d&rsquo;os<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;du monde Une force qui ritUne force qui douteO\u00f9 le monde touche s\u2019\u00e9tendO\u00f9 le monde \u00e9merveill\u00e9 se reprendComment nommer ce qui \u00e9chappeComment articuler ce qui m&rsquo;\u00e9l\u00e8ve 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el \u00ab T&rsquo;as mang\u00e9, toi ? \u00bb \u00ab Tu manges bien, au moins ? \u00bb \u00ab Mange \u00bb \u00ab J&rsquo;ai pas faim\u00bb \u00ab Mange quand <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-06-manger-le-jour\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Chroniques # 06 \u00abManger le jour\u00bb<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-219756","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219756","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=219756"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219756\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219948,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219756\/revisions\/219948"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=219756"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=219756"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=219756"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}