{"id":219765,"date":"2026-08-21T15:41:56","date_gmt":"2026-08-21T13:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219765"},"modified":"2026-08-21T16:56:25","modified_gmt":"2026-08-21T14:56:25","slug":"chroniques-02-restituer-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-restituer-le-monde\/","title":{"rendered":"#chroniques #02 | Restituer le monde"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"><strong>1\/ Du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Comment r\u00e9sister sans se trahir\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2\/ Un lieu du pass\u00e9<\/strong><br>Sur la gauche de cette grande pi\u00e8ce, il y avait avec un renfoncement o\u00f9 \u00e9tait plac\u00e9, le lit une place et demie, une petite commode et un petit bureau sur lequel il y avait un vieux mac \u00e0 disquette sans disque dur. Mon premier ordinateur. Au centre de la pi\u00e8ce, une table et deux chaises r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, je ne sais o\u00f9. Les murs \u00e9taient gris ou ternes, je ne sais plus. Les moulures et les plinthes autrefois peintes en blanc. Au sol, une moquette affreusement r\u00eache, autrefois cr\u00e8me, se rapprochait davantage du gris. Au bout de la pi\u00e8ce, un peu sur la gauche, il y avait une petite cuisine avec deux plaques \u00e9lectriques, un \u00e9vier et un placard haut \u00e0 double porte. Dans ce placard, une petite souris grise s\u2019\u00e9tait cach\u00e9e dans un paquet de riz ouvert. Frayeur \u00e0 la nuit tombante. Dans la cuisine et dans le s\u00e9jour, une grande fen\u00eatre donnait sur la rue du Moulin Joly. Le soleil inondait la pi\u00e8ce l\u2019apr\u00e8s-midi. Assis sur une chaise, les pieds sur le rebord de la fen\u00eatre donnait l\u2019illusion d\u2019une pause ailleurs, comme en vacances. L\u2019hiver, les fen\u00eatres en simple vitrage laissaient passer un filet de froidure. Je n\u2019\u00e9tais jamais l\u00e0 sauf la nuit. Je n\u2019en souffrais pas beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2bis\/Lieu fictif<\/strong><br>Jos\u00e9phine se plante comme une statue dans l\u2019entr\u00e9e. Il fait nuit. L\u2019obscurit\u00e9 s\u2019est log\u00e9e dans les coins, \u00e9paisse, presque tangible, et le silence a cette \u00e9paisseur des lieux qu\u2019on conna\u00eet par c\u0153ur.<br>Face \u00e0 elle, la petite cuisine, refaite enti\u00e8rement il y a deux ans par Michel, pour son anniversaire, ses 73&nbsp;ans. Le carrelage neuf luit faiblement sous un reste de clart\u00e9 venu de la cour. Les poign\u00e9es chrom\u00e9es, les plans de travail encore trop propres pour cette maison, sans les traces d\u2019usures qui sont celles de la vie.<br>\u00c0 gauche, une grande fen\u00eatre donne sur la cour int\u00e9rieure. On devine, plus qu\u2019on ne voit, les fa\u00e7ades muettes d\u2019en face, quelques carreaux \u00e9clair\u00e9s, la vie des autres qui continue sans bruit. Le vitrage renvoie un peu la p\u00e9nombre du couloir, une image d\u00e9doubl\u00e9e de Jos\u00e9phine, immobile, qui ne bouge pas plus que son reflet.<br>Derri\u00e8re elle, la porte d\u2019entr\u00e9e, ferm\u00e9e \u00e0 double tour. Le verrou se ferme trop souvent d\u2019un claquement sec, comme des mots mal venus qu\u2019on ne saurait pas garder pour soi.<br>Le couloir s\u2019\u00e9tire, \u00e9troit, suivant les grandes lames de ch\u00eanes centenaires qui craquent lorsqu\u2019on marche dessus. Il dessert deux chambres, dans l\u2019une, Michel dort profond\u00e9ment, son ronflement s\u2019entend malgr\u00e9 la porte ferm\u00e9e\u2009; l\u2019autre c\u2019\u00e9taient celle des filles qui sert davantage de d\u00e9barras o\u00f9 de chambre d\u2019amis quand le petit-fils reste dormir. Puis il s\u2019ouvre sur le grand s\u00e9jour. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on d\u00eene, les dimanches midi, table dress\u00e9e, nappe en lin et chaises sur lesquelles personne ne s\u2019assoit en semaine. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019une fois par semaine, trois g\u00e9n\u00e9rations se c\u00f4toient, s\u2019engueulent, s\u2019aiment sans se le dire vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3\/ Le livre de voyage&nbsp;|&nbsp;L\u2019inventaire des lieux perdus<\/strong><br>Il y a un bouton de manteau, dans une bo\u00eete \u00e0 cigares, sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re du haut. Elle ne sait plus s\u2019il date de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 le village a \u00e9t\u00e9 englouti ou si c\u2019\u00e9tait un objet d\u2019un autre hiver. Peu importe l\u2019exactitude du lieu. \u00c0 pr\u00e9sent, ce qui compte, c\u2019est le froid qu\u2019il lui redonne aux mains chaque fois qu\u2019elle le touche, cette sensation intacte quand tout le reste s\u2019est dissous.<br>Avant que tout ne disparaisse, elle a voulu \u00e9crire ce livre. Elle ne l\u2019a pas \u00e9crit dans l\u2019ordre des ann\u00e9es ni dans l\u2019ordre des cartes g\u00e9ographiques. Elle y a renonc\u00e9 un matin, avec un soulagement qui l\u2019a elle-m\u00eame surprise. Elle a compris qu\u2019elle ne pourrait plus reconstituer un itin\u00e9raire, mais seulement suivre le fil d\u2019objets qui remontent seuls, comme des noy\u00e9s qui refont surface au hasard des courants et des temp\u00e9ratures.<br>Alors voici l\u2019inventaire. Non pas des pays travers\u00e9s, mais des choses qui en restent&nbsp;: un ticket de train pli\u00e9 en quatre depuis si longtemps qu\u2019il s\u2019effrite aux plis\u2009; un caillou gris qu\u2019elle a cru rapporter d\u2019un glacier, mais qui vient peut-\u00eatre d\u2019une plage\u2009; un bout de tissu dont elle a oubli\u00e9 la couleur d\u2019origine. Chaque objet ouvre un chapitre. Chaque chapitre est un lieu qui n\u2019existe plus. Il y avait un village avant le barrage, un quartier avant les pelleteuses. C\u2019est encore une certitude. Elle y \u00e9tait, elle en est s\u00fbre, elle y \u00e9tait pour <em>veiller<\/em>, comme on veille un mourant qu\u2019on ne conna\u00eet pas encore, mais qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 choisi d\u2019accompagner.<br>Elle voyageait ainsi depuis toujours, non pour d\u00e9couvrir, mais pour assister. Un devoir de pr\u00e9sence face \u00e0 ce qui allait s\u2019effacer. Elle ne sait pas, et m\u00eame avant elle n\u2019aurait pas su dire d\u2019o\u00f9 lui venait cette fid\u00e9lit\u00e9 presque religieuse \u00e0 l\u2019impermanence. Probablement en raison de la fa\u00e7on dont sa m\u00e8re disparut, sous un pan de littoral effondr\u00e9 sans avertissement. Depuis, elle courait vers ce qui tombait, comme si sa seule fa\u00e7on d\u2019aimer un lieu \u00e9tait de le regarder dispara\u00eetre.<br>Mais d\u00e9sormais, c\u2019est la m\u00e9moire qui se d\u00e9robe. Alors elle \u00e9crit avant la disparition totale des souvenirs. Une odeur de diesel mouill\u00e9 la ram\u00e8ne \u00e0 trois pays \u00e0 la fois, et elle ne sait plus lequel est le vrai, alors elle \u00e9crit les trois versions \u00e0 la suite, sans trancher. Elle a beaucoup racont\u00e9 ces voyages dans des trains, des voitures, des avions, et les r\u00e9cits se sont polis avec le temps, enrichis d\u2019un d\u00e9tail ici, amput\u00e9s d\u2019un doute l\u00e0, jusqu\u2019\u00e0 devenir plus nets que la r\u00e9alit\u00e9 ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9. Elle ne sait plus, \u00e0 pr\u00e9sent, si elle se souvient des voyages ou si elle en a fait de belles histoires.<br><em>(tu descends du train, il fait nuit, tu ne sais plus dans quelle gare<\/em> <em>tu es.)<br><\/em>Elle \u00e9crit ainsi, parfois, quand le souvenir est trop flou pour qu\u2019elle ose encore dire <em>je<\/em>. Elle laisse les phrases s\u2019interrompre. Elle laisse les dates se corriger entre parenth\u00e8ses, sans effacer la premi\u00e8re, elle note la seconde, elle n\u2019est pas certaine que c\u2019est la bonne non plus. Elle laisse voir les ratures.<br>Ce livre est un inventaire du monde qui s\u2019efface. C\u2019est le livre de son voyage ici-bas avant qu\u2019il ne s\u2019efface. Elle le sait, elle l\u2019a voulu ainsi. Ce qu\u2019elle d\u00e9couvre seulement maintenant, en l\u2019\u00e9crivant, c\u2019est qu\u2019\u00e0 force de courir vers ce qui disparaissait, elle a fini par ne plus habiter nulle part elle-m\u00eame. Cet inventaire des lieux perdus est peut-\u00eatre, avant tout, celui d\u2019une absence, la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4\/<\/strong> <strong>Parler de soi. Sais pas faire\u2026<br><\/strong>\u2026 Le fais mal. Je ne parviens pas \u00e0 tenir un journal d\u2019\u00e9criture. \u00c0 un moment ou \u00e0 un autre \u00e7a d\u00e9vie toujours vers un carnet du n\u2019importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Extrait <em>Jos\u00e9phine<\/em> en cours d\u2019\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">\u00ab\u2009Il lisait son acte de naissance int\u00e9gral, Elias Dubois, n\u00e9 le 29&nbsp;ao\u00fbt 1970 \u00e0 Paris, XIVe&nbsp;arrondissement. Il avait lu ces lignes des dizaines de fois, sur l\u2019acte de naissance simplifi\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un passeport, d\u2019une inscription universitaire, d\u2019un mariage. Des mots administratifs, neutres, sans poids particulier.<br>Sur l\u2019acte int\u00e9gral, il y avait une mention marginale, <em>Adoption pl\u00e9ni\u00e8re prononc\u00e9e par jugement du Tribunal de grande instance de Paris en date du 25&nbsp;f\u00e9vrier 1971. Transcrit le 3&nbsp;mars 1971.<\/em> Pendant cinq mois, il avait exist\u00e9 sous un autre nom, ou avec trois pr\u00e9noms qu\u2019il ne connaissait pas encore (c\u2019est l\u2019usage lors d\u2019une naissance sous X, on donne trois pr\u00e9noms \u00e0 l\u2019enfant, le dernier sert de nom de famille s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019adoption), il avait exist\u00e9 dans un autre \u00e9tat civil, avec une autre vie possible. Cinq mois, et Elias Dubois \u00e9tait n\u00e9. Il regardait ces lignes comme on regarde quelque chose qu\u2019on ne croit pas tout \u00e0 fait r\u00e9el, ou comme une pi\u00e8ce qu\u2019on verse au dossier d\u2019un autre, un document que l\u2019on verse au dossier d\u2019une autre vie, sauf que dans le cas pr\u00e9sent, ce dossier \u00e9tait le sien.<br>Elias prit son stylo et remplissait le questionnaire avec la m\u00e9thode qu\u2019il appliquait aux conclusions d\u2019appel, case par case, sans s\u2019arr\u00eater. Nom. Pr\u00e9nom. Date de naissance. Commune. Il avait coch\u00e9 <em>oui<\/em> \u00e0 la question <em>Avez-vous \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9(e)\u2009?<\/em> Il avait renseign\u00e9 la date du jugement. Il avait laiss\u00e9 en blanc les cases <em>Nom de la m\u00e8re de naissance<\/em> et <em>Nom du p\u00e8re de naissance<\/em>. Il n\u2019avait pas coch\u00e9 <em>Je ne sais pas<\/em>. Il avait laiss\u00e9 un blanc. Il avait eu envie de noter <em>Je les cherche.<\/em><br>Quand il eut fini, il \u00e9tait rest\u00e9 un moment devant l\u2019\u00e9cran qui s\u2019\u00e9tait mis en veille. Il pouvait voir le reflet de son torse, sa veste de costume sombre, et la chemise qu\u2019il portait sans cravate. Parfois le matin, depuis qu\u2019il savait, il s\u2019arr\u00eatait, il cherchait sur son visage quelque chose comme une r\u00e9ponse, une ressemblance, un indice, n\u2019importe quoi. Il ne trouvait rien et \u00e0 la fin il ne savait plus ce qu\u2019il cherchait. Il glissa le questionnaire dans l\u2019enveloppe. Il \u00e9crit l\u2019adresse du Cnaop<a href=\"#sdfootnote1sym\" id=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a> d\u2019un geste ferme.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 |&nbsp;N\u2019\u00e9crire que la moiti\u00e9 de ce qu\u2019on voulait \u00e9crire&nbsp;|&nbsp;Fronti\u00e8res d\u2019\u00e9criture<\/strong><br>\u00c9crire, c\u2019est toujours choisir ce que l\u2019on tait. Aucun texte, si intense soit-il, n\u2019\u00e9puise l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il tente de transmettre. Il en reste toujours quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 la phrase, qui d\u00e9borde le mot ou qui se refuse \u00e0 la main. Cette insuffisance n\u2019est pas un accident de l\u2019\u00e9criture. Elle en est peut-\u00eatre la condition m\u00eame. On n\u2019\u00e9crit jamais tout, et le savoir change la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire ce qu\u2019on \u00e9crit.<br><em>Les fronti\u00e8res ne sont pas toutes de la m\u00eame nature.<\/em><br>Il y a celles que l\u2019on choisit par la pudeur, pour se prot\u00e9ger ou prot\u00e9ger les autres\u2009; l\u2019ellipse litt\u00e9raire, qui fait confiance au lecteur pour combler le blanc\u2009; le silence comme forme, quand dire moins dit davantage. Ces fronti\u00e8res-l\u00e0 sont des outils. Elles appartiennent au m\u00e9tier, et un\u00b7e \u00e9crivain e exp\u00e9riment\u00e9 e apprend \u00e0 les manier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 les subir.<br>Il y a celles qu\u2019on subit, l\u2019emp\u00eachement, la peur, la fatigue, l\u2019autocensure qui s\u2019ignore elle-m\u00eame. Ces limites ne sont pas choisies, mais d\u00e9couvertes, souvent apr\u00e8s coup, quand on relit le texte et que l\u2019on per\u00e7oit l\u2019\u00e9vitement sans m\u00eame s\u2019en rendre compte sur le moment. La fronti\u00e8re, alors, n\u2019est pas un mur que l\u2019on voit venir. C\u2019est un manque qu\u2019on rep\u00e8re seulement en creux, une fois le texte fini.<br>Et il y a celles, enfin, qui ne sont pas de l\u2019ordre du \u00ab\u2009je ne veux pas\u2009\u00bb ni du \u00ab\u2009je ne peux pas\u2009\u00bb, mais du \u00ab\u2009\u00e7a ne se laisse pas dire\u2009\u00bb. L\u2019exp\u00e9rience exc\u00e8de le langage, la douleur qui n\u2019a pas de syntaxe, l\u2019\u00e9v\u00e9nement dont l\u2019intensit\u00e9 r\u00e9siste \u00e0 toute mise en mots, quelle que soit la dur\u00e9e ou la densit\u00e9 du texte qu\u2019on lui consacre.<br>Si l\u2019\u00e9crivain e a pour t\u00e2che de dire le monde, alors ce qu\u2019il ou elle n\u2019\u00e9crit pas risque de s\u2019effacer des esprits, de dispara\u00eetre en silence. Lourde responsabilit\u00e9, presque disproportionn\u00e9e. Peut-on \u00e9crire que chaque fronti\u00e8re personnelle devient, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle collective, un trou dans la m\u00e9moire du monde. Ce que je ne raconte pas de ma propre exp\u00e9rience, quelqu\u2019un d\u2019autre ne le lira nulle part, et cette chose, cet \u00e9v\u00e9nement, cette \u00e9motion, cette nuance du r\u00e9el perd une chance d\u2019exister ailleurs que dans mon silence.<br>Mais il y a aussi un risque inverse, celui de vouloir tout dire, forcer chaque fronti\u00e8re, au nom d\u2019une transparence absolue, et produire alors un texte qui ment autrement, par exc\u00e8s, en pr\u00e9tendant \u00e0 une exhaustivit\u00e9 impossible. Tout \u00e9crire n\u2019existe pas. Ce serait confondre l\u2019\u00e9criture avec l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame, alors qu\u2019elle n\u2019en est, au mieux, qu\u2019une traduction partielle et d\u00e9j\u00e0 trahie.<br><em>On peut \u00e9crire<\/em> <em>avec<\/em> <em>les fronti\u00e8res, plut\u00f4t que contre elles.<\/em><br>Peut-\u00eatre que la question n\u2019est pas d\u2019abolir les limites de l\u2019auteur, mais de les rendre visibles, de les int\u00e9grer au texte plut\u00f4t que de les cacher. Une phrase incompl\u00e8te peut dire plus qu\u2019une phrase achev\u00e9e si l\u2019inach\u00e8vement lui-m\u00eame est signifiant. Un blanc typographique peut porter le poids de ce qu\u2019on n\u2019ose pas nommer. La rature laiss\u00e9e visible, plut\u00f4t qu\u2019effac\u00e9e, devient un aveu de m\u00e9thode, voici jusqu\u2019o\u00f9 je suis all\u00e9e, et voici o\u00f9 je me suis arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire la moiti\u00e9 de ce qu\u2019on voulait \u00e9crire n\u2019est pas n\u00e9cessairement un \u00e9chec. C\u2019est parfois la forme la plus honn\u00eate que puisse prendre un texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>Conseil national pour l\u2019acc\u00e8s aux origines personnelles<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Du monde Comment r\u00e9sister sans se trahir\u2009? 2\/ Un lieu du pass\u00e9Sur la gauche de cette grande pi\u00e8ce, il y avait avec un renfoncement o\u00f9 \u00e9tait plac\u00e9, le lit une place et demie, une petite commode et un petit bureau sur lequel il y avait un vieux mac \u00e0 disquette sans disque dur. Mon premier ordinateur. Au centre de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-02-restituer-le-monde\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #02 | Restituer le monde<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":635,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8147],"tags":[],"class_list":["post-219765","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-02-semaine-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219765","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/635"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=219765"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219765\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219770,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219765\/revisions\/219770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=219765"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=219765"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=219765"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}