{"id":219925,"date":"2026-08-23T16:59:44","date_gmt":"2026-08-23T14:59:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=219925"},"modified":"2026-08-23T20:50:22","modified_gmt":"2026-08-23T18:50:22","slug":"chroniques-07-dans-ce-paysage-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-07-dans-ce-paysage-la\/","title":{"rendered":"#chroniques #07 | dans ce paysage-l\u00e0"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_07_emarot-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques_07_emarot.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4b6eadd2-dd04-4589-aded-74728210dd61\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_07_emarot-1.pdf\">chroniques_07_emarot<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/chroniques_07_emarot-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4b6eadd2-dd04-4589-aded-74728210dd61\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 | DU MONDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dis oui \u00e0 la silhouette, assise sur le banc de pierre, fragile mais t\u00eatue malgr\u00e9 le fracas, adoss\u00e9e \u00e0 toute la beaut\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | SANS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Supposons que, dans ce paysage-l\u00e0 je fasse sans (sans batterie, sans chargeur, sans r\u00e9seau, voire sans objet parce que oubli\u00e9, vol\u00e9, perdu, ou bien, tomb\u00e9, devenu inutilisable), alors &#8211; pour peu que le dedans me laisse tranquille &#8211; &nbsp;le corps tout entier, la posture toute enti\u00e8re&nbsp;&#8211; t\u00eate, regard, mains, bras, dos, \u00e9paules -, dirait oui au monde qui l\u2019entoure, s\u2019absorberait totalement, poreux, &nbsp;dans le dehors, se d\u00e9plierait face \u00e0 lui dans un pr\u00e9sent absolu \u2013 un pr\u00e9sent qui serait \u00e0 la fois de l\u2019espace et du temps -, imbib\u00e9 de lumi\u00e8re, d\u2019odeurs, de chaleur, de pas et de souffles, sans que plus rien ne s\u2019interpose entre le monde et moi, sans que je cherche \u00e0 fixer ce paysage-l\u00e0 dans une m\u00e9moire artificielle sauvegard\u00e9e elle-m\u00eame dans un cloud, afin, peut-\u00eatre, de le poster sur Insta ou encore un jour de l\u2019exhumer pour le montrer, ce paysage-l\u00e0, ou bien pour le souvenir et toute la nostalgie autour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 | CE PAYSAGE-LA&#8230;DIX FOIS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>J\u2019\u00e9cris depuis mes notes, depuis les sensations du corps, les impressions du voyage et de la route, qui, je le sens bien, dans un autre paysage, un autre rapport au temps, se d\u00e9litent, d\u00e9j\u00e0\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nich\u00e9s au c\u0153ur de roches pliss\u00e9es et mill\u00e9naires, devant les portes des maisons, des rideaux de lani\u00e8res en plastique ou en tissu, et toutes les vies derri\u00e8re, fragiles et t\u00eatues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Imbiber la r\u00e9tine la pupille la peau les narines du paysage travers\u00e9, comme s\u2019infuse le thym fraichement cueilli dans la tasse du matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les rues, sur les murs et les balcons, col\u00e8re en noir et rouge contre les fermes-usines, sous l\u2019\u0153il de la Vierge du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0-haut la f\u00eate bat son plein. En bas du village, en bord de champ et de route, un adolescent, tr\u00e8s grand, tient la main de sa grand-m\u00e8re, toute petite. Peu de temps avant, ils se sont assis sur une murette de pierre. Peut-\u00eatre pour se reposer. Se sont longuement parl\u00e9, enti\u00e8rement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Doucement. Et puis ils ont repris la route. Main dans la main. Et dans le soir tombant, j\u2019ai regard\u00e9 leurs deux silhouettes cheminer, attentives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenter d\u2019apprendre une langue uniquement \u00e0 partir de tous les signes et mots crois\u00e9s dans la ville. Noter. Tenir registre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce paysage-l\u00e0, trop grand pour le regard, pour notre pr\u00e9sence, et le corps voudrait se faire roche, ou bien terre, ou bien arbre, arbuste, source, grain de terre de pierre de bl\u00e9, jaune, blanc, vert dense, ocre, lumi\u00e8re, poussi\u00e8res, pour l\u2019habiter totalement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entrer comme par effraction dans une f\u00eate de village. \u00catre spectatrice de vies qui ne sont pas les siennes dans des espaces o\u00f9 se tissent des liens \u00e0 la fois inconnus et pourtant tellement familiers. Les enfants courent et jouent. Parfois un regard accroche ma pr\u00e9sence, y per\u00e7oit quelque chose qui \u00e9chappe. Une asp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous le pied la pierre et la terre m\u00eal\u00e9es qui roulent et s\u2019effritent en poussi\u00e8res de thym.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Village min\u00e9ral qu\u2019on dirait creus\u00e9 dans la roche m\u00eame qui l\u2019a vu na\u00eetre. Ocre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la nuit, piste calcaire et voie lact\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | Carnet nomade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Supposons que le dedans ne l\u2019emporte pas sur le dehors, ce qui n\u2019est pas vrai. Supposons que ton \u00e9criture devienne roche, arbre, pierre, poussi\u00e8re, torrent de montagne, mousse de la for\u00eat, pin noir en bord de falaise, ce qui n\u2019est pas vrai. Supposons que tu parviennes \u00e0 te d\u00e9faire de toutes les pelures de m\u00e8re, de p\u00e8re, d\u2019a\u00efeules et d\u2019a\u00efeux, ce qui n\u2019est pas vrai. Supposons que j\u2019arr\u00eate de lire et d\u2019\u00e9crire et d\u2019aimer, de chercher \u00e0 \u00eatre vivante, ce qui n\u2019est pas vrai. Supposons que j\u2019arr\u00eate d\u2019avoir peur d\u2019oublier, ce qui n\u2019est pas vrai. Supposons que j\u2019arr\u00eate d\u2019avoir peur, ce qui n\u2019est pas vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>J\u2019\u00e9cris un partie de cette chronique depuis ces espaces possibles de travail de la gare de Nantes dans le hall d\u2019embarquement g\u00e9ant et totalement vitr\u00e9 qui surplombe les quais. Une esp\u00e8ce de bout de biblioth\u00e8que sans livre mais avec des tables, de quoi brancher l\u2019ordi, le poser. Je profite de son calme matinal pour \u00e9crire. Je suis install\u00e9e plein Est. J\u2019assiste au lever du jour&nbsp;: ciel nuit d\u2019encre en arrivant, et puis je l\u00e8ve la t\u00eate et le ciel a rosi, jauni, bleui dans un d\u00e9grad\u00e9 de couleurs du bas vers le haut. Et la ligne fuyante des quais devant moi. Des trains qui partent et arrivent. La gare quasi-d\u00e9serte \u00e0 mon arriv\u00e9e, peu \u00e0 peu, se remplit de pas et de voix, grossit, s\u2019\u00e9paissit. Voil\u00e0 quinze jours que je lis un peu et voyage beaucoup, et que je n\u2019ai pas \u00e9crit, laissant sur le bord deux chroniques. Dans mon dos, les pas et les voix plus intenses, un train vient d\u2019arriver. Des silhouettes plus nombreuses dans le reflet des grandes baies vitr\u00e9es, qui marchent \u00e0 pas plus ou moins press\u00e9s. Des gens en correspondances. Les signaux sonores de la validation des tickets \u00e0 l\u2019embarquement. C\u2019est \u00e0 Nantes, il y a bien longtemps, que je me suis absorb\u00e9e dans le dedans des \u00e9tudes et des biblioth\u00e8ques et de ma chambre d\u2019\u00e9tudiante pour me trouver et me perdre dans les livres et les cours, jusqu\u2019\u00e0 oublier pendant trois ans, que j\u2019avais un corps, qu\u2019un monde vibrait autour de moi. C\u2019\u00e9tait ma radicalit\u00e9 \u00e0 moi. Dans le ciel, les avions laissent des tra\u00een\u00e9es roses et dans la gare, quelqu\u2019un joue du piano. Dans mon voyage, j\u2019ai notamment lu <\/em>Les Habitantes<em> de Pauline Peyrade. J\u2019ai notamment aim\u00e9 cette fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9criture absorbait le monde, le vivant, la chair des paysages et des \u00eatres qui le peuple. J\u2019aime cette fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9criture habite le monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 | Ce qui, ce que\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que ce paysage-l\u00e0 modifie en moi \u2013 inflexions, courbures, asp\u00e9rit\u00e9s, mises en reliefs, mouvements, questionnements, d\u00e9sirs -.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui fait cohabiter l\u2019\u00e9trange et le familier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que la route et le voyage engagent de rencontres. Humaines. Animales. Min\u00e9rales. V\u00e9g\u00e9tales. Et comment tout \u00e7a fait lien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que le silence \u00e9meut en soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que la contemplation du ciel \u00e9toil\u00e9 g\u00e9n\u00e8re de vertiges.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"797\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425-797x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219928\" style=\"aspect-ratio:0.7783127887354245;width:328px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425-797x1024.jpg 797w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425-327x420.jpg 327w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425-768x986.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425-1196x1536.jpg 1196w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_20240130_214425.jpg 1334w\" sizes=\"auto, (max-width: 797px) 100vw, 797px\" \/><\/figure>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | DU MONDE Je dis oui \u00e0 la silhouette, assise sur le banc de pierre, fragile mais t\u00eatue malgr\u00e9 le fracas, adoss\u00e9e \u00e0 toute la beaut\u00e9 du monde. 2 | SANS Supposons que, dans ce paysage-l\u00e0 je fasse sans (sans batterie, sans chargeur, sans r\u00e9seau, voire sans objet parce que oubli\u00e9, vol\u00e9, perdu, ou bien, tomb\u00e9, devenu inutilisable), alors <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-07-dans-ce-paysage-la\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #07 | dans ce paysage-l\u00e0<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":219927,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8184],"tags":[],"class_list":["post-219925","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-07-semaine-7"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219925","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=219925"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219925\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":219943,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/219925\/revisions\/219943"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/219927"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=219925"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=219925"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=219925"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}