{"id":220069,"date":"2026-08-25T01:29:55","date_gmt":"2026-08-24T23:29:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220069"},"modified":"2026-08-25T01:29:55","modified_gmt":"2026-08-24T23:29:55","slug":"chronique-07-le-monde-comme-il-va","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-07-le-monde-comme-il-va\/","title":{"rendered":"# chronique #07 | le monde comme il va"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/pont_59e-rue.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220071\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/pont_59e-rue.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/pont_59e-rue-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/pont_59e-rue-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/GB_chronique07.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 GB_chronique07.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-bd141ee1-a71b-425c-b681-5a7991378424\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/GB_chronique07.pdf\">GB_chronique07<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/GB_chronique07.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-bd141ee1-a71b-425c-b681-5a7991378424\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. Du monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire oui au monde&nbsp;? Oui, si seulement\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suppose que ton smartphone ne te quitte plus, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il conserve tes photos et tes textos, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il garde en m\u00e9moire tes d\u00e9placements, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il les envoie tu ne sais ni o\u00f9 ni \u00e0 qui, dans les nuages, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il \u00e9coute tes conversations, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il prenne la forme d\u2019un objet coll\u00e9 sur ta peau, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il t\u2019espionne sans m\u00eame que tu en sois conscient, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il filtre les appels et messages qui te sont envoy\u00e9s, ce qui est vrai<br>Suppose qu\u2019il d\u00e9cide de ce qui est mieux pour toi, ce qui est vrai<br>Suppose que, de peur de le perdre et d\u2019\u00eatre en manque, tu te le fasses implanter <em>intus et in cute<\/em>, ce qui est vrai<br>Quelle libert\u00e9 te reste-t-il&nbsp;?<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. <em>Longing<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce jour d\u2019hiver la rue sent d\u00e9licieusement bon, une odeur de linge fra\u00eechement lav\u00e9 et repass\u00e9, fragrance \u00ab&nbsp;fleur de coton&nbsp;\u00bb qui illumine la grisaille du petit matin. Puis le vent souffle depuis l\u2019East River, et tout s\u2019efface.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Odeur \u00e9c\u0153urante du caf\u00e9 laiss\u00e9 sur la plaque \u00e9lectrique \u00e0 chauffer, \u00e0 cuire et recuire. Bonheur de d\u00e9couvrir sur 59et V ce <em>take-away<\/em> japonais qui vous sert un v\u00e9ritable expresso bien serr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 East Hampton, en avril, ce n\u2019est pas encore la saison touristique. Des jeunes hommes venus de l\u2019autre Am\u00e9rique, celle du sud, repeignent de bleu et de blanc les vitrines des magasins tr\u00e8s chics et tr\u00e8s chers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gare de Montauk \u00e0 Long Island est inond\u00e9e. Du milieu des eaux \u00e9merge une chaise longue en plastique blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut, le vent souffle, tord et brise les parapluies t\u00e9lescopiques. Ils gisent abandonn\u00e9s dans la corbeille de m\u00e9tal au coin de la rue. Une aubaine pour les sans, sans abri et sans travail, qui les r\u00e9coltent et vont les \u00e9changer gratuitement chez <em>Duane Reade<\/em> contre des neufs qu\u2019ils revendent \u00e0 la sauvette au coin de cette m\u00eame rue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les matins, sur 77 et York, elle fait la circulation pour les enfants de l\u2019\u00e9cole&nbsp;; tous les matins, je la croise et la salue&nbsp;; mais elle refuse d\u2019\u00eatre photographi\u00e9e&nbsp;; pas question qu\u2019elle se retrouve \u00e0 la une des fucking French papers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Dino, \u00e7a embaume l\u2019ail et le pain fraichement cuit. Les pizzas ont le vrai go\u00fbt du bon pain. Comme ils te prennent pour un touriste, ils oublient de te proposer un <em>doggy bag<\/em>, que tu dois r\u00e9clamer. On fait la queue pour y trouver une table. La pizzeria voisine est totalement vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Promener son chien invisible \u00e0 Brooklyn. Demander avant d\u2019entrer au restaurant si les chiens sont admis. Bien s\u00fbr, dit le serveur qui apporte une gamelle d\u2019eau fra\u00eeche d\u00e8s que tu es install\u00e9e&nbsp;; il se penche pour le caresser et te f\u00e9licite pour la bonne sant\u00e9 et la gentillesse de ton chien. Sur le trottoir, croiser un autre chien en laisse. Le toutou s\u2019arr\u00eate et flaire l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 \u2013 pourtant vide \u2013 de la laisse que tu tiens. Tu finis par te poser des questions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rue de l\u2019Upper East Side inond\u00e9es de soleil et de chaleur en fin d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019ao\u00fbt. Ronronnement incessant et obs\u00e9dant des climatiseurs qui tapissent les murs des immeubles et surchauffent la rue. Elles sortent leurs chiens, tous de petite taille, adapt\u00e9e aux <em>one-bed-rooms<\/em> et papotent entre voisines. Le chien, ce m\u00e9dia id\u00e9al pour faire connaissance. NYC, une ville de femmes, me dit-on. WDC, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, est une ville d\u2019hommes. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut aller pour se trouver un bon mari.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les grands-m\u00e8res minuscules, de moins d\u2019un m\u00e8tre quarante, qui font vaillamment leurs courses dans les quelques <em>deli<\/em> survivants o\u00f9 l\u2019on trouve encore des petits p\u00e2t\u00e9s comme dans la Middle-Europa de leur jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vendeurs des quatre-saisons du coin du bloc, 83 et York, dorment sur place. ils ne d\u00e9montent l\u2019\u00e9ventaire qu\u2019en cas de forte temp\u00eate. Ils sont marocains et \u00e9gyptiens. Khaled a \u00e9tudi\u00e9 au lyc\u00e9e fran\u00e7ais du Caire. Cette fin de journ\u00e9e-l\u00e0, il fait beau et, en fran\u00e7ais, on parle football&nbsp;: apr\u00e8s avoir vaincu les Girondins de Bordeaux, le Galatasaray va affronter Hambourg. Qui va gagner&nbsp;? C\u2019est qu\u2019un Turc s\u2019est joint au groupe&nbsp;; il y a aussi un Italien et les deux Mexicains du coffee-shop. Ce rassemblement \u00e9tonne la cliente am\u00e9ricaine, une grande blonde \u00e0 pony-tail qui n\u2019en comprend pas, mais alors pas du tout la raison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">West Side, entr\u00e9e de la station de m\u00e9tro Museum. Devant toi, un rat descend les marches tranquillement, une \u00e0 une. Il a le poil bien luisant, d\u2019un brun tirant sur le roux&nbsp;; il tortille un peu du popotin, qu\u2019il a bien rond. Arriv\u00e9 en bas, il dispara\u00eet soudainement dans le couloir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retour en bus bien apr\u00e8s minuit d\u2019un spectacle de danse au Met. Les messieurs lisent le NY Times, les dames portent talons hauts et manteaux de fourrure, certaines un diad\u00e8me \u00e0 brillants dans les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rues apr\u00e8s la temp\u00eate de neige qui a immobilis\u00e9 la ville pendant une matin\u00e9e. Les chasse-neige repoussent la neige vers le bord du trottoir, les <em>doormen<\/em> et les <em>super<\/em> qui nettoient leur portion de trottoir la repoussent vers la rue. Quand tu descends du bus, tu dois enjamber un muret d\u2019au moins soixante centim\u00e8tres de haut.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. Journal d&rsquo;\u00e9criture et de recherche (7)<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1753.<\/strong><br>Parce que c\u2019est, me semble-t-il, une ann\u00e9e charni\u00e8re pour Marie Anne Fournier (1728-1791) et H\u00e9l\u00e8ne Blanquet (1726-1796), les deux vies parall\u00e8les que je vais tenter de retracer. L\u2019une se marie en 1753, l\u2019autre mettra au monde son deuxi\u00e8me enfant, un gar\u00e7on, apr\u00e8s avoir sevr\u00e9 sa premi\u00e8re fille. Parce qu\u2019\u00e0 Rosi\u00e8res, le bourg d\u2019un peu plus de deux mille habitants o\u00f9 elles vivent, l\u2019ann\u00e9e est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par la violence. La violence n\u2019est pas chose inhabituelle dans le Santerre&nbsp;; on se fracasse le cr\u00e2ne \u00e0 la sortie du cabaret, on se tire de coups de fusil entre rivaux et concurrents \u2013 parfois le fusil s\u2019enraie et vous explose \u00e0 la t\u00eate \u2013 ou on \u00e9ventre \u00e0 la ba\u00efonnette le serviteur, peut-\u00eatre trop z\u00e9l\u00e9, du collecteur des imp\u00f4ts, comme le montrent les registres de la paroisse. Mais en 1753, la violence n\u2019est pas qu\u2019individuelle, coup de col\u00e8re ou vengeance&nbsp;; c\u2019est aussi celle de la justice royale&nbsp;; violence institutionnelle aussi, celle des \u00ab&nbsp;petits morts&nbsp;\u00bb de l\u2019H\u00f4pital des Enfants Trouv\u00e9s de Paris plac\u00e9s en nourrice \u00e0 Rosi\u00e8res, qui viennent y mourir en masse, \u00e2g\u00e9s au plus de quelques semaines.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5. ski-skeu<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ce qui reste d\u2019un livre lu sur la plage&nbsp;: quelques grains de sable qui glissent sur la table quand on l\u2019ouvre en hiver.<br>ce que tu peux faire avec des mots<br>ce que tu ne peux pas d\u00e9faire quand les mots ont franchi la barri\u00e8re de tes dents<br>ce que tu ne pourras pas \u00e9crire ici<br>ce que tu n\u2019aurais pas d\u00fb \u00e9crire ici (ou ailleurs, d\u2019ailleurs)<br>ce que tu voudrais \u00e9crire sur les murs<br>ce que tu n\u2019arrives pas \u00e0 effacer<br>etc. etc.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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