{"id":220191,"date":"2026-08-27T22:25:11","date_gmt":"2026-08-27T20:25:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220191"},"modified":"2026-08-28T14:59:31","modified_gmt":"2026-08-28T12:59:31","slug":"03-chroniques-dete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-chroniques-dete\/","title":{"rendered":"#chroniques #03 | \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur nulle fronti\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1\/ du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">\u00e9coute sans faire le tri,<br>\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur il n\u2019y a nulle fronti\u00e8re,<br>l\u2019univers est grand<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2\/ captations hasardeuses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">il accompagnait sa femme tous les matins au bureau en voiture, \u00e0 7&nbsp;h&nbsp;30\u2026 elle travaillait au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture | L\u00e9onard, tu te d\u00e9cales\u2026 tu vois la dame venir en face de toi, tu te d\u00e9cales | un sandwich au poulet | tu peux me corriger l\u2019affiche pour l\u2019ascenseur | je vous ai mis des livres sur l\u2019islam (dans la bo\u00eete \u00e0 livres) (on termine la conversation sur\u2026) salam alykoum, shabat shalom, au nom du p\u00e8re du fils et du saint esprit amen | ah ah ah (rire aga\u00e7ant du voisin qui se pense seul au monde dans son jardinet) | j\u2019ach\u00e8te une commode chez Ikea | une tradi s\u2019il vous pla\u00eet | Non, mais attend, ils vont toucher aux retraites et eux leur retraite on en parle en plus des salaires qu\u2019ils gardent apr\u00e8s | Comment \u00e7a va aujourd\u2019hui\u2009? Douloureuse | j\u2019ai des morceaux de tissu, vous r\u00e9cup\u00e9rez toujours\u2009? Oui. Et vous en faites quoi\u2009? Je fais des travaux de couture pour une association et on revend\u2026 chez moi, j\u2019ai 150&nbsp;pochettes en tissus\u2026 et la dentelle, \u00e7a vous int\u00e9resse&nbsp;| je ne finis jamais mes bouteilles de parfum, mais je crois que c\u2019\u00e9tait du <em>Miss Dior<\/em> | bien contracter la ceinture abdominale, ne pas creuser le dos\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3\/ Le dimanche, un temps \u00e0 part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le lever, tout allait plus lentement, nulle obligation de courir \u00e0 la salle de bain, de se lever m\u00eame pour avaler une tartine de beurre et un bol de caf\u00e9 au lait les yeux encore ferm\u00e9s. Pas m\u00eame l\u2019injonction de s\u2019habiller. Le dimanche, jour de rel\u00e2che rythm\u00e9 par son propre temps, un temps unique sans horloge, sans m\u00e9tronome. Sans \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 soi, nous \u00e9tions libres, mais il fallait respecter le sommeil de l\u2019autre ou son espace, le dimanche \u00e9tait un jour de d\u00e9licieux flottements. La fr\u00e9n\u00e9sie de la semaine se rappelait \u00e0 nous vers 17 ou 18&nbsp;heures lorsqu\u2019il fallait se pencher sur les devoirs \u00e0 rendre, les le\u00e7ons \u00e0 apprendre. Avant cet ultimatum, nos vivions dans un monde \u00e0 part. Les dimanches d\u2019enfance sont une \u00eele \u00e0 soi o\u00f9 l\u2019on n\u2019accoste jamais plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4\/ de soi-m\u00eame et d\u2019\u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Attraper la langue par le mot juste,<br>tenir le fil et,<br>peu importe ce qu\u2019on raconte,<br>ce sera vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Extraits de <em>Jos\u00e9phine<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><\/a> \u00ab\u2009Henri lui avait remis dans une enveloppe kraft, peu de temps apr\u00e8s l\u2019annonce sans faire de commentaire, le regard un peu bas, comme on rend quelque chose qu\u2019on a gard\u00e9 trop longtemps. Ils s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s dans la rue comme deux \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><\/a> Il regardait l\u2019enveloppe pos\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9, il la rangea dans son porte-document. Il pensa que le nom de sa m\u00e8re de naissance \u00e9tait quelque part dans un dossier administratif, qu\u2019il y avait quelque part une femme, vivante ou morte, qui avait pens\u00e9 \u00e0 lui une fois, ou jamais, ou tous les jours. Quelque chose \u00e9tait en train de monter, pas tout \u00e0 fait de la col\u00e8re, pas du chagrin non plus, quelque chose de plus ancien et de plus physique, comme une naus\u00e9e, log\u00e9e juste sous le sternum. Il referma le dossier Ferrand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Il ne savait pas s\u2019il se sentait plus l\u00e9ger. Il avait post\u00e9 le dossier pour retrouver ses parents biologiques et re\u00e7u un morceau de papier en \u00e9change. Il avait mis en mouvement quelque chose qui aboutirait dans deux ans, peut-\u00eatre davantage, peut-\u00eatre jamais. Ce n\u2019\u00e9tait pas de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas du soulagement non plus. Il \u00e9crasa sa cigarette avant de descendre dans le m\u00e9tro.<br>Sur le quai, il y avait un homme assis \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Il \u00e9tait difficile de lui donner un \u00e2ge. Il avait les cheveux hirsutes et portait un manteau charbonneux. Il fixait le tunnel, gueule b\u00e9ante et sombre, \u00e0 sa gauche, comme s\u2019il allait en sortir autre chose qu\u2019une rame de m\u00e9tro. Puis, le train \u00e9tait arriv\u00e9 dans un souffle d\u2019air chaud. Elias \u00e9tait mont\u00e9 sans noter si l\u2019homme montait aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Un apprenti, gamin de dix-neuf ans, peut-\u00eatre vingt, avait pouss\u00e9 son chariot vers la camionnette, <em>Les Fleurs de Jos\u00e9phine<\/em>, le logo sur le flanc, les lettres peintes en vert. Le jeune homme chargeait sans se plaindre du froid ni du poids des caisses. Elle l\u2019avait observ\u00e9 man\u0153uvrer les mains dans les poches. Ses mains \u00e0 elle, des mains de fleuriste aux ongles souvent bord\u00e9s de noir malgr\u00e9 le lavage, ses doigts \u00e0 la peau \u00e9paissie par les innombrables manipulations de tiges et d\u2019\u00e9pines. Des mains de travailleuse.<br>Michel l\u2019attendait dans la camionnette. De loin, elle avait vu sa t\u00eate appuy\u00e9e contre la vitre. Quand elle avait ouvert la porti\u00e8re, il avait tourn\u00e9 la t\u00eate, il avait un sourire flottant et chaud. Elle avait pos\u00e9 son sac. Elle avait senti l\u2019odeur discr\u00e8te que celle du caf\u00e9 du thermos sur les genoux de son mari ne masquait pas enti\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2026)<br>La commande de mariage \u00e9tait pour le vingt-huit d\u00e9cembre. Une folie, d\u00e9cembre, les familles qui voulaient profiter des f\u00eates, les prix qui s\u2019envolaient. Jos\u00e9phine avait pr\u00e9venu la mari\u00e9e, une jeune femme aux ongles trop longs qui avait dit <em>je veux que ce soit f\u00e9erique<\/em> sans pr\u00e9ciser davantage.<br>Les pivoines, elle les avait command\u00e9es sp\u00e9cialement. Des Sarah Bernhardt, import\u00e9es du Chili \u00e0 cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e \u2014 en d\u00e9cembre la pivoine fran\u00e7aise n\u2019existait plus, il fallait aller la chercher \u00e0 l\u2019autre bout du monde et le payer. Des fleurs aux p\u00e9tales cr\u00e8me un peu ros\u00e9s, avec un c\u0153ur dense, la fleur la plus g\u00e9n\u00e9reuse qui soit. Elles co\u00fbtaient une fortune et valaient chaque centime. Pour le reste de la composition, elle avait choisi des amaryllis blanches pour leur hauteur, des branches d\u2019eucalyptus pour le feuillage, quelques tiges d\u2019hell\u00e9bores p\u00e2les.<br>Elle travaillait debout, comme toujours. Le comptoir \u00e0 la bonne hauteur, les tiges dans l\u2019eau, les outils \u00e0 port\u00e9e de main. La radio diffusait quelque chose de doux qu\u2019elle n\u2019\u00e9coutait pas vraiment.<br>\u00c0 l\u2019autre bout de la boutique, Michel montait la d\u00e9coration de No\u00ebl. Elle le voyait de profil, juch\u00e9 sur l\u2019escabeau, sur le sol, les boules dans leurs cartons en papier de soie, ce soin particulier qu\u2019il mettait \u00e0 les accrocher une par une. Michel b\u00e2clait les factures, perdait les bons de livraison, oubliait les rendez-vous. Mais les boules de No\u00ebl, il les accrochait comme si \u00e7a comptait. Et quand la vitrine \u00e9tait finie, il sortait son t\u00e9l\u00e9phone, toujours le m\u00eame geste, un peu solennel, et prenait deux ou trois photos. Chaque saison, chaque changement de d\u00e9coration. Il avait des centaines de photos de cette vitrine. Jos\u00e9phine ne les regardait jamais.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5\/ \u00e0 la cantonade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Qu\u2019est-ce qu\u2019on transporte sous nos semelles\u2009?<br>Qu\u2019est-ce qu\u2019on trimballe sans le savoir\u2009?<br>Qu\u2019est-ce qu\u2019on porte sur nos \u00e9paules\u2009?<br>Dans nos cellules\u2009?<br>Quel message cach\u00e9 dans notre ADN\u2009?<br>Qui d\u00e9cryptera le code\u2009?<br>Est-ce que quelqu\u2019un saura le lire\u2009?<br>Lire\u2009? Des mots\u2009? Des maux\u2009?<br>Des maux insoup\u00e7onn\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Qu\u2019est-ce qu\u2019on transporte sous nos semelles\u2009?<br>Reste-t-il quelques d\u00e9bris du chemin parcouru sous la chaussure\u2009?<br>Regarder la semelle et se souvenir\u2009?<br>Des bons moments\u2009?<br>Des mauvais moments\u2009?<br>Des anecdotes\u2009?<br>De quoi se rappelle-t-on lorsqu\u2019on lit sous sa semelle\u2009?<br>Y trouve-t-on des chemins oubli\u00e9s\u2009?<br>Remonte-t-il des surprises\u2009? Des \u00e9tonnements\u2009?<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/03-chroniques_mep.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 03 chroniques_mep.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-45021bec-1bc8-4291-a61f-8574297ca496\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/03-chroniques_mep.pdf\">03 chroniques_mep<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/03-chroniques_mep.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-45021bec-1bc8-4291-a61f-8574297ca496\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ du monde \u00e9coute sans faire le tri,\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur il n\u2019y a nulle fronti\u00e8re,l\u2019univers est grand 2\/ captations hasardeuses il accompagnait sa femme tous les matins au bureau en voiture, \u00e0 7&nbsp;h&nbsp;30\u2026 elle travaillait au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture | L\u00e9onard, tu te d\u00e9cales\u2026 tu vois la dame venir en face de toi, tu te d\u00e9cales | un sandwich au poulet <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-chroniques-dete\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #03 | \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur nulle fronti\u00e8re<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":635,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8154,1],"tags":[5424,8189,8190],"class_list":["post-220191","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-03-semaine-3","category-atelier","tag-conversation","tag-dimanche-denfance","tag-texte-en-cours-decriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/220191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/635"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=220191"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/220191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":220218,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/220191\/revisions\/220218"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=220191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=220191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=220191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}