{"id":220231,"date":"2026-09-06T14:18:17","date_gmt":"2026-09-06T12:18:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220231"},"modified":"2026-09-09T17:32:05","modified_gmt":"2026-09-09T15:32:05","slug":"chroniques-08","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-08\/","title":{"rendered":"#chroniques #08 Du voyage sa demeure"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"567\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-567x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220799\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-567x1024.jpg 567w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-233x420.jpg 233w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-768x1387.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-850x1536.jpg 850w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-1134x2048.jpg 1134w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Irlande-Emma-seule-scaled.jpg 1417w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1| Le Je de Clarissa<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\">Relecture estivale et transversale de Mrs Dalloway<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et elle ne pourrait pas dire de Peter ni d&rsquo;elle-m\u00eame : je suis ceci, je suis cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si je suis l\u00e0, fix\u00e9, enracin\u00e9 au sol, il y a une raison. Mais laquelle ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis seule ! Seule !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis un rat\u00e9, ce qui est vrai dans leur sens, le sens des Dalloways.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis venu en Angleterre pour consulter mes avocats au sujet du divorce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis seule pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Avec vous, je m&rsquo;amuse, mais avec Richard Dalloway,) je suis de c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;\u00e9tais mort et cependant je suis en vie, maintenant, mais laissez-moi me reposer encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis si malheureuse, Septimus !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis si malheureuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis laide, je suis malheureuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis venu en ami.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis descendue dans Victoria Street, presque \u00e0 sa porte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis venue sans invitation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2| Sagaces<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est toujours extr\u00eamement compliqu\u00e9 de la joindre. Non, je mens, de nous joindre, de nous rejoindre. Ce n\u2019est pas que l\u2019envie fasse d\u00e9faut. Pourtant. Mais il faut \u00e0 chaque fois en passer par trois appels en absence, qui se croisent et plusieurs messages vocaux et \u00e9crits pour nous confirmer l\u2019un \u00e0 l\u2019autre que nous n\u2019avons pas d\u00e9croch\u00e9. Et pourquoi. Ces justifications m\u2019ont toujours agac\u00e9. Quand elle a enfin d\u00e9croch\u00e9 au moment o\u00f9 j\u2019appelais, je le lui ai dit. Elle \u00e9tait sur le point de me dire encore un coup pourquoi les autres tentatives avaient \u00e9chou\u00e9 et je lui ai coup\u00e9 l\u2019herbe sous le pied. Je pensais que nous devions arr\u00eater avec ces justifications et nous parler. Ne pas perdre de temps \u00e0 \u00e7a et nous parler. Elle n\u2019a plus rien dit. Je ne suis pas arriv\u00e9 \u00e0 retrouver ce que je voulais lui raconter. J\u2019ai oubli\u00e9 dans la foul\u00e9e la question que je devais absolument lui poser avant mardi. Je me souvenais seulement de la date butoir. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 me poser des questions pour m\u2019aider \u00e0 retrouver la question. Comme quand j\u2019\u00e9tais gosse et que j\u2019avais perdu une moufle, ou, plus r\u00e9cemment, mon t\u00e9l\u00e9phone. Elle m\u2019a demand\u00e9 quand j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 l\u2019appeler pour lui poser cette question. Dans quel endroit j\u2019\u00e9tais quand la question \u00e9tait apparue pour la premi\u00e8re fois. Je n\u2019arrivais \u00e0 rien parce qu\u2019au lieu de chercher, je lui disais que la date devait forc\u00e9ment lui rappeler quelque chose. Mardi. Elle n\u2019a pas cherch\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 je voulais, elle ne cherche jamais l\u00e0 o\u00f9 je lui indique, toujours plus maline, elle s\u2019est lanc\u00e9e dans de libres associations. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019est retrouv\u00e9s quelques mois plus tard \u00e0 l\u2019Abbaye de Maredsou. Mais ce jour-l\u00e0, au t\u00e9l\u00e9phone, il y a eu de grands blancs et quand j\u2019ai raccroch\u00e9, j\u2019ai regrett\u00e9 qu\u2019elle ne m\u2019ait pas d\u00e9taill\u00e9 comme \u00e0 l\u2019ordinaire les raisons pour lesquelles elle avait manqu\u00e9 mes appels. Elle m\u2019a rappel\u00e9 quelques minutes plus tard, ce qui n\u2019est pas dans nos habitudes. On s\u2019appelle, on se rate, on finit par s\u2019avoir, on se parle longtemps et puis apr\u00e8s plus pendant trois semaines. Au moins. J\u2019ai d\u00e9croch\u00e9 imm\u00e9diatement, alors que ce n\u2019\u00e9tait vraiment pas le moment. Je conduisais, il pleuvait, la nuit tombait sur l\u2019autoroute\u2026 Elle m\u2019a dit qu\u2019il fallait absolument qu\u2019elle m\u2019explique ce qu\u2019elle \u00e9tait en train de faire le matin m\u00eame \u00e0 9 h 38 quand elle avait manqu\u00e9 mon deuxi\u00e8me appel. C\u2019\u00e9tait mieux comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4| Quand j&rsquo;\u00e9cris ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand me taraude le d\u00e9sir<br>D\u2019\u00e9crire j\u2019\u00e9cris davantage<br>Qu\u2019en \u00e9crivant\u2026<br><br>Ainsi trop souvent<br>L\u2019inscription fait mine<br>D\u2019\u00eatre \u00e0 la pointe de l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De toutes mes lignes<br>Je pr\u00e9f\u00e8re celle<br>Qui n\u2019a pas encore attrap\u00e9<br>Le moindre poisson<br>La moindre godasse<br>La ligne qui flotte<br>Sur l\u2019eau des pens\u00e9es<br>Tant\u00f4t vaseuse, tant\u00f4t claire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">in <em>Journal d&rsquo;un Mot An VI<\/em> \u00e0 para\u00eetre \u00e0 la No\u00ebl<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5| Chaque jour en voyage, il fait du voyage sa demeure<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne suis pas s\u00fbre d\u2019avoir le temps de traiter la proposition de Clarence. Elle me ram\u00e8ne pourtant \u00e0 une forme dont la perspective a illumin\u00e9 mon \u00e9t\u00e9 : le ha\u00efbun. M\u00e9lange de prose et de ha\u00efku, dont <em>La Sente \u00e9troite du Bout-du-Monde<\/em> (\u5965\u306e\u7d30\u9053 \/ \u304a\u304f\u306e\u307b\u305d\u9053, <em>Oku no hosomichi<\/em>), du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Po\u00e8te\">po\u00e8te<\/a> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Japon\">japonais<\/a> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Matsuo_Bash\u014d\">Matsuo Bash\u014d<\/a> (1644-1694) est le premier exemple r\u00e9pertori\u00e9. C\u2019est un journal de voyage qui est devenu un p\u00e8lerinage. Le titre est parfois traduit <em>L\u2019\u00c9troit Chemin du fond<\/em>, <em>Sur le chemin \u00e9troit du Nord profond<\/em> ou encore <em>Le Chemin \u00e9troit vers les contr\u00e9es du Nord<\/em>. Je suis dans l\u2019assemblage de l\u2019ann\u00e9e VI du <em>Journal d\u2019un Mot<\/em> et je constate que les formes po\u00e8mes y sont plus nombreuses. De plus en plus nombreuses au fil des \u00e9ditions. Si je me consid\u00e8re comme une dramaturge professionnelle, pour ce qui est des toutes les autres formes, po\u00e9sie, roman, nouvelle, je me tiens du c\u00f4t\u00e9 des amateurs\u2026 L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la voix lyrique m\u2019est facilit\u00e9 par mon travail : la quasi-totalit\u00e9 du r\u00e9pertoire chant\u00e9 est versifi\u00e9e. C\u2019est par facilit\u00e9 d\u2019ailleurs que je note certains instants en vers. J\u2019ai l\u2019outil sous la main, \u00e7a va vite et je me dis toujours que je conserve ainsi une miniature quelque chose que je d\u00e9velopperai ult\u00e9rieurement dans la prose. Mes po\u00e8mes sont des croquis, des \u00e9tudes. Ils ne sont pas destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre recueillis. Je songe \u00e0 pr\u00e9sent, depuis la d\u00e9couverte de <em>La Sente\u2026<\/em> \u00e0 les utiliser en cl\u00f4ture un texte qui les aura pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. S&rsquo;invite alors l\u2019exemple parall\u00e8le de Jaccottet dans <em>Paysage avec Figures absentes<\/em>, qui m\u2019intimide beaucoup. \u00c7a fait partie de ces livres au sujet desquels je me dis r\u00e9guli\u00e8rement : <em>pose ton stylo et va lire plut\u00f4t<\/em>. Pourtant, Jaccottet par son exigence et la richesse de sa relation \u00e0 la forme est aussi un formidable incitateur. Il donne envie d\u2019exp\u00e9rimenter, c\u2019est-\u00e0-dire de vivre. Or pour vivre, il faut ouvrir les placards qui renferment les pr\u00e9suppos\u00e9s et regarder dans le blanc des yeux les moutons pr\u00e9sum\u00e9s loups cach\u00e9s sous le lit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reprenons. Le po\u00e8me qui ferme chacun des chapitres de <em>Paysages avec Figures absentes <\/em>est \u00e0 premi\u00e8re vue terrifiant de perfection. En effet, tout au long du texte qui le pr\u00e9c\u00e8de, Jaccottet propose d&rsquo;autres po\u00e8mes possibles, qu&rsquo;il renonce les uns apr\u00e8s les autres, en explicitant cette mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart (par toujours plus d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 po\u00e9tique). Je ne m&rsquo;y ferai jamais : \u00e0 chaque lecture, je suis effar\u00e9e, courrouc\u00e9e, en proie \u00e0 l\u00e0 forme de panique qu&rsquo;on \u00e9prouverait en le voyant mettre le feu \u00e0 son \u0153uvre. Je sais qu&rsquo;il ne d\u00e9truit pas vraiment ses \u00ab\u00a0essais\u00a0\u00bb : ils sont imprim\u00e9s sous mes yeux. Pourtant, le sentiment est bien l\u00e0, d&rsquo;\u00eatre une n\u00e9cessiteuse, tandis que ce nantis jette l&rsquo;or par la fen\u00eatre. J&rsquo;ai \u00e9crit que le po\u00e8me auquel il aboutissait en fin de chapitre \u00e9tait \u00a0\u00bb \u00e0 premi\u00e8re vue terrifiant de perfection\u00a0\u00bb, il l&rsquo;est tout autant \u00e0 la dixi\u00e8me ou la ixi\u00e8me lecture. Le temps ne fait rien \u00e0 l&rsquo;affaire et si l&rsquo;on veut changer de paradigme, alors il faut mettre ses pas dans ceux du po\u00e8te et lire son cheminement au lieu de se laisser balader. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>il faut \u00e0 chaque fois en passer par trois appels en absence, qui se croisent et plusieurs messages vocaux et \u00e9crits pour nous confirmer l\u2019un \u00e0 l\u2019autre que nous n\u2019avons pas d\u00e9croch\u00e9. Et pourquoi. 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