{"id":220395,"date":"2026-08-31T08:49:52","date_gmt":"2026-08-31T06:49:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220395"},"modified":"2026-08-31T08:49:53","modified_gmt":"2026-08-31T06:49:53","slug":"chronique-07-cest-la-fin-des-vacances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chronique-07-cest-la-fin-des-vacances\/","title":{"rendered":"#chronique #07 | c&rsquo;est la fin des vacances"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-CabaneMoze.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220397\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-CabaneMoze.jpeg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-CabaneMoze-420x236.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-PDF.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 #07-PDF.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4ad696f9-aaf6-4af6-9db6-c57f28962095\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-PDF.pdf\">#07-PDF<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/07-PDF.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4ad696f9-aaf6-4af6-9db6-c57f28962095\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 \u2013 le monde<br>Dire oui \u00e0 la nature du monde, \u00e0 sa nature seulement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 \u2013 la vue et le toucher<br>Depuis pas mal de temps, le t\u00e9l\u00e9phone ne sonne plus. Ne plus le laisser sonner, appuyer sur l\u2019icone des trois petits arcs de cercle barr\u00e9s d\u2019un trait oblique. Silencieux. Silence. Pas de bruit. Un appel pour les yeux tant qu\u2019ils seront ouverts avec un \u00e9cran noir, un nom, un num\u00e9ro et puis deux gros boutons, un rouge et puis un vert, un \u00e0 droite, un \u00e0 gauche pour ceux qui ont du mal avec les couleurs, une croix pour refuser, un antique combin\u00e9 pour accepter l\u2019appel. Autre fa\u00e7on de savoir que quelqu\u2019un veut nous parler, utiliser le toucher, le mouvement sur la peau, faire vibrer le t\u00e9l\u00e9phone comme une gu\u00eape \u00e9nerv\u00e9e qui se retrouverait pi\u00e9g\u00e9e dans le gros pot de confiture. On le sait que ce n\u2019est pas une gu\u00eape, les pattes ou m\u00eame les ailes ce ne serait pas pareil, une surface plus petite, plus proche de la chatouille que de l\u2019oscillation. L\u00e0 tout le t\u00e9l\u00e9phone vibre, un tremblement de faire, tremblement de fa\u00e7on de faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 \u2013 Islay siffle<br>En arrivant sur l\u2019\u00eele par le ferry, on tourne \u00e0 droite et tous les kilom\u00e8tres, il y a une distillerie.<br>Le vent est si constant qu\u2019il n\u2019y a que tr\u00e8s peu d\u2019arbres, et que ces arbres poussent tordus, tortur\u00e9s et difformes les branches en coudes multiples, r\u00e9sultat des questions du vent qui interroge, qui change de direction \u00e0 chaque nouvelle question<br>Les maisons sont basses, blanches toits noirs, une chemin\u00e9e de chaque c\u00f4t\u00e9. La peinture blanche souligne la forme des pierres. Quand les maisons ne sont plus blanches, elles ne sont plus des maisons, elles deviennent des ruines<br>La m\u00e9t\u00e9o d\u00e9sesp\u00e8re. Le vent siffle dans tout ce qu\u2019il trouve, du vent, toujours du vent, qui souffle, siffle, qui vous abruti, vous empli les oreilles puis vous emplit la t\u00eate de tous ses sifflements. D\u2019o\u00f9, s\u00fbrement, l\u2019expression, siffler une bouteille.\u00a0<br>Les bouteilles de whisky ont toutes une forme, une couleur, un bouchon diff\u00e9rent. Les \u00e9tiquettes disent les noms, les ann\u00e9es, les cuv\u00e9es sp\u00e9ciales. On les reconnait aussi au go\u00fbt. Et \u00e0 l\u2019odeur.<br>La mer est bleue, elle est aussi verte, mais toujours sombre<br>Le dedans des \u00c9cossais est sombre. Leur dehors est plus clair. Mais parfois c\u2019est l\u2019inverse<br>La musique des \u00c9cossais siffle. Presque autant que le vent. Petite flute, violon, sorte d\u2019accord\u00e9on, des instruments qui sifflent ou qui sont pleins de vent<br>Dans les \u00e9glises il fait humide et froid, un froid de peur, de guerre et de malheur. La pierre ne garde les statues que des guerriers vainqueurs. Jamais de statues de femmes, elles qui ont fait les hommes dont on fait les statues. De toutes fa\u00e7ons la pierre grise ne leur rendrait pas hommage, il nous faudrait attendre des d\u00e9cennies de lichens pour rendre les couleurs de leurs robes, les couleurs de leurs joues malmen\u00e9es par le vent autant que par les larmes.<br>La forme de l\u2019ile vue d\u2019en haut est celle d\u2019une pince de crabe, elle va vous attraper et ne plus vous l\u00e2cher. Vous ne saurez jamais comment a fait ce crabe pour vous retenir autant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 \u2013 la recette<br>Supposons que ce soit la bonne m\u00e9thode. Enfin la bonne m\u00e9thode. Parce qu\u2019on a en a d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 beaucoup, des recettes, des m\u00e9thodes, des techniques, des proc\u00e9d\u00e9s, des d\u00e9marches, des dispositifs, des syst\u00e8mes, des r\u00e8gles, des trucs, des moyens infaillibles, des protocoles scientifiques ou presque d\u00e9pos\u00e9 par des autres sur le pi\u00e9destal de la solution miracle \u00e0 tous les maux de qui \u00e9crit. Beaucoup, pour ne pas dire plein, pour ne pas dire trop. On a essay\u00e9 d\u2019\u00e9crire le matin, le soir en buvant du caf\u00e9 comme Balzac, sur du papier, avec une plume ou un crayon ou bien un bic cristal, sur la clavier ou en dict\u00e9e au t\u00e9l\u00e9phone, deux heures de suite sans arr\u00eater, 1500 signes ou bien deux pages, sans manger avant, en buvant du th\u00e9 noir, en buvant du th\u00e9 vert, t\u00f4t le matin, avant le soleil, apr\u00e8s la sieste, avant la sieste, dans une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e, une pi\u00e8ce vide avec juste une table et une chaise (pas possible chez moi, \u00e7a, la pi\u00e8ce vide) sur une table dite bureau avec rien d\u2019autre que le clavier ou le papier ou entour\u00e9 d\u2019objets f\u00e9tiches indispensables, de livres f\u00e9tiches indispensables, avec un chien, avec un chat, de la musique ou du silence (pas facile le silence, avec un casque, peut-\u00eatre\u00a0?), au caf\u00e9 dans le brouhaha, avec des gens, oui, mais au calme, dans une \u00e9glise, dans une biblioth\u00e8que, changer de biblioth\u00e8que, dans la for\u00eat, aller se poser sur un tronc d\u2019arbre tomb\u00e9, oui mais que faire les jours de pluie et puis les fesses toujours mouill\u00e9es et les oiseaux, les animaux et les insectes, les mouches et les moustiques et puis le voisin qui passe par l\u00e0 en allant aux champignons et puis l\u2019envie d\u2019y aller aussi, aux champignons, au bord de l\u2019eau , d\u2019un petit ruisseau, face \u00e0 la mer, dans la montagne, dans la for\u00eat, marcher avant, marcher apr\u00e8s, marcher pendant, les exercices de mise en jambe pour la cervelle, respirer fort et tr\u00e8s lentement, fermer les yeux ou regarder loin. Et j\u2019en oublie s\u00fbrement plein. Chez moi \u00e7a marche au moins une fois, voire plusieurs fois mais pas tout le temps pas dans le long terme. Les recettes s\u2019usent, la tarte aux pommes avec la recette de Mamie, elle est parfaite, je vous l\u2019accorde, oui mais quand m\u00eame, pas tous les jours. Alors la solution, c\u2019est peut-\u00eatre, pas de solution ou simplement pas dans l\u2019unicit\u00e9 de cette fameuse solution. Pas dans la dur\u00e9e, pas dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Changer de recette de temps en temps, quand vient l\u2019usure ou la fatigue, l\u2019ennui, la rouille, l\u2019automatisme, les m\u00e9langer tout en gardant bien dans l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire souvent, d\u2019\u00e9crire partout, d\u2019\u00e9crire tout le temps, ce serait \u00e7a l\u2019id\u00e9e, enfin, mon id\u00e9e. Comme disait M\u00e9m\u00e9 L\u00e9one (dont la tarte aux pommes n\u2019avait jamais le m\u00eame go\u00fbt)\u00a0: je fais \u00e0 mon id\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 \u2013 l\u2019abri<br>Ce que tu vois de la montagne sous le soleil n\u2019aura pas le m\u00eame visage sous la pluie<br>Ce que ce paysage t\u2019apporte n\u2019est pas sur la photo<br>Ce que le chemin traverse pour arriver ici<br>Ce qui a pouss\u00e9 \u00e0 la construction de l\u2019abri n\u2019est pas sur la photo<br>Ce qui questionne sur la sant\u00e9 des sapins avec ce squelette d\u2019arbre<br>Ce que sont les liens entre la montagne et ceux qui y vivent<br>Ce que sont les liens entre la montagne et ceux qui en vivent<br>Ce qui reste de place \u00e0 la montagne elle-m\u00eame quand elle est exploit\u00e9e<br>Ce qu\u2019il y a dans la vall\u00e9e entre ces deux montagnes<br>Ce qui est rest\u00e9 hors-champ<br>Ce qu\u2019on voit de ce paysage quand les nuages sont bas et qu\u2019on est au-dessus<br>Ce qu\u2019on voit de ce paysage quand les nuages sont bas et qu\u2019on est dans le brouillard<br>Ce qu\u2019on voit de ce paysage la nuit sous les \u00e9toiles<br>Ce qu\u2019on voit de cet endroit des restes oubli\u00e9s et de l\u2019herbe couch\u00e9e apr\u00e8s une nuit de bivouac<br>Ce qu\u2019est le soulagement de trouver dans l\u2019abri deux lits une table des chaises et puis surtout le po\u00eale et une pile de bois sec<br>Ce que l\u2019on pense des pens\u00e9es de qui est rest\u00e9 l\u00e0, mains tendues vers le po\u00eale<br>Ce que l\u2019on sait de qui a grav\u00e9 au couteau un nom et une date dans le bois de la porte<br>Ce que vous savez de moi qui ai pris la photo et vous raconte tout \u00e7a<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2013 le mondeDire oui \u00e0 la nature du monde, \u00e0 sa nature seulement 2 \u2013 la vue et le toucherDepuis pas mal de temps, le t\u00e9l\u00e9phone ne sonne plus. 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