{"id":2204,"date":"2019-06-21T16:10:04","date_gmt":"2019-06-21T14:10:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=2204"},"modified":"2019-07-09T14:40:31","modified_gmt":"2019-07-09T12:40:31","slug":"500-mots-du-sol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/500-mots-du-sol\/","title":{"rendered":"500 mots du sol"},"content":{"rendered":"<p>Du jour o\u00f9 j\u2019ai mis entre le sol et moi la distance de mes pieds \u00e0 mes yeux, j\u2019ai d\u00e9couvert le vertige, la peur du vide, l\u2019euphorie du d\u00e9s\u00e9quilibre, le plaisir de la marche, cette verticalit\u00e9, conquise \u00e0 la force des poignets, des chevilles, des cuisses, des abdominaux, de la cha\u00eene musculaire tendue par mes os et mon souffle, debout, tomb\u00e9e aussi t\u00f4t, relev\u00e9e \u00e0 nouveau pour heurter encore le parquet de mamie, les graviers de la cour, l\u2019herbe pi\u00e9tin\u00e9e et s\u00e8che du parc, rarement les tapis dispos\u00e9s un peu partout pour amortir, ainsi mon vertige s\u2019apparente \u00e0 la trahison de mon corps et \u00e0 la r\u00e9bellion du sol lui-m\u00eame, o\u00f9 je me d\u00e9posais en confiance, surface devenue instable, dure, hostile, blessant le front, striant les joues, les mains, les genoux, les coudes, (bleus, bosses, \u00e9raflures &#8211; lot commun de l\u2019enfance), j\u2019\u00e9chappe \u00e0 mon microcosme avec ce virage \u00e0 90\u00b0 qui m\u2019ouvre un horizon, la possibilit\u00e9 d\u2019un point de vue, d\u2019un paysage, d\u2019un monde \u00e9largi, en 3 dimensions o\u00f9 le sol lui-m\u00eame devient visible, intelligible, partie int\u00e9grante de ce que la vie donne \u00e0 r\u00e9soudre et de ce avec quoi il va falloir en d\u00e9coudre, et il devient pluriel, des sols, qui se succ\u00e8dent, se juxtaposent, se relaient sous mes pieds, pour polir la plante des pieds, en modeler la vo\u00fbte, en sculpter les arches et la chair (au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019impatience de cette corne pour laisser les espadrilles et aller pieds nus, sans perdre de temps, sur le sable br\u00fblant, le goudron mou, les cailloux du sentier, dans le lit de la rivi\u00e8re, sur les rochers, les galets, les digues, la plage poisseuse des mar\u00e9es basses, non sans d\u00e9go\u00fbt ni chutes), ces sols me conduisent d\u2019un point \u00e0 un autre, d\u2019un adulte \u00e0 un autre, d\u2019un jeu \u00e0 un autre, \u00e9grainant sur les quelques centaines de m\u00e8tre d\u2019une m\u00eame rue leurs propres rainures, \u00e9raflures, craquelures, se faisant lisses, r\u00eaches, mous, humides, d\u00e9tremp\u00e9s, secs, creux, bossel\u00e9s, inclin\u00e9s, bossus, pentus, mats, r\u00e9fl\u00e9chissant, huileux, graisseux, t\u00e2ch\u00e9s, gratt\u00e9s, ray\u00e9s, r\u00e9cur\u00e9s, irr\u00e9cup\u00e9rables, peints, transperc\u00e9s d\u2019une flore sauvage de la rue, ici c\u2019est le garage avec les t\u00e2ches noires nacr\u00e9es, l\u00e0 l\u2019\u00e9cole avec la marelle color\u00e9e \u00e0 la craie, les billes et les toupies dans les foss\u00e9s terreux, par l\u00e0, la chauss\u00e9e o\u00f9 les flaques plus profondes qu\u2019il n\u2019y para\u00eet pi\u00e8gent la roue des v\u00e9los et font basculer par-dessus t\u00eate (vol plan\u00e9 prolong\u00e9 dans mes r\u00eaves en longues navigations \u00e0 8cm de hauteur, comme l\u2019approche d\u2019un avion vers le tarmac \u00e9tir\u00e9e au maximum en vitesse lente), je rep\u00e8re le coll\u00e8ge avec les disque blanc gris des chewing-gum, le bar pmu avec les m\u00e9gots et tickets chiffonn\u00e9s, l\u2019all\u00e9e de marronniers avec ce tapis rose en mai, la neige tout juste tomb\u00e9e, intacte, intimidante, o\u00f9 j\u2019enfonce mon pied la premi\u00e8re, comme si c\u2019\u00e9tait le premier pas au monde, presque comme sur le sable \u00e0 la surface durcie dont les grains r\u00e9sistent sous sa peau puis se rompent, se glissent entre les orteils,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du jour o\u00f9 j\u2019ai mis entre le sol et moi la distance de mes pieds \u00e0 mes yeux, j\u2019ai d\u00e9couvert le vertige, la peur du vide, l\u2019euphorie du d\u00e9s\u00e9quilibre, le plaisir de la marche, cette verticalit\u00e9, conquise \u00e0 la force des poignets, des chevilles, des cuisses, des abdominaux, de la cha\u00eene musculaire tendue par mes os et mon souffle, debout, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/500-mots-du-sol\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">500 mots du sol<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":115,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[73],"class_list":["post-2204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols","tag-1er-jet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/115"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2204"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}