{"id":22045,"date":"2019-12-29T17:12:31","date_gmt":"2019-12-29T16:12:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=22045"},"modified":"2020-01-04T19:04:03","modified_gmt":"2020-01-04T18:04:03","slug":"qui-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/qui-2\/","title":{"rendered":"\u2026 qui&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Celle qui parle, se tait longtemps et pose son regard sur l\u2019horizon, qui monte en voiture, roule, roule, a parcouru bien des lointains, qui revient toujours, toujours d\u2019un ailleurs, qui dispara\u00eet, s\u2019\u00e9clipse, dont on entend encore le rire, per\u00e7oit le parfum frais, estival\u00a0; qui revient trop tard, peut-\u00eatre, un jour autre, quand les m\u00fbres ont fui les ronces, les verts sont charg\u00e9s de pluie, les bl\u00e9s coup\u00e9s. Celle qui fait rougir \u00ab\u00a0le vieux gars\u00a0\u00bb plant\u00e9 droit dans ses bottes en caoutchouc \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du soc accroch\u00e9 au tracteur, la m\u00e8re sur le pas de la porte\u00a0; qui suit sa maisonn\u00e9e, d\u00e9taille le menu du d\u00e9jeuner juste apr\u00e8s le passage du marchand de truites et emporte dans son sillage petits et grands. Il y a les bois, les feuilles claires des fr\u00eanes, ces \u00e9clats argent\u00e9s des peupliers sous l&rsquo;aurore et cette odeur de terre grasse \u00e0 c\u0153ur de la for\u00eat. Celle qui reste assise sur une chaise de paille, entre la fen\u00eatre et la table dans la pi\u00e8ce claire, pose un regard doux sur ce petit monde h\u00e9t\u00e9roclite, venu fleurir un jour du calendrier, qui doit sourire bien souvent, a su encaisser dans son corps clair et rond les ires brusques d\u2019un mari parfois ours, qui faisait des raviolis avec les restes de daube, qui fut cigari\u00e8re vers Saint-Roch ou le Port alors que la ville se faisait ouvri\u00e8re, qui avait eu un potager, qui avait eu \u00e0 souffrir la faim, qui restait sage, discr\u00e8te, la mise simple, avec toujours une discr\u00e8te encolure bord\u00e9e d\u2019un col blanc, les cheveux toujours bien coiff\u00e9s avec une l\u00e9g\u00e8re raie sur le c\u00f4t\u00e9 droit. De la fen\u00eatre, un mur \u00e9cru ou la corniche d&rsquo;un toit de tuiles, taches lumineuses et voix lointaines montant de la rue; le souvenir d&rsquo;une large avenue bord\u00e9e de platanes et la fra\u00eecheur, sombre, du march\u00e9 couvert. Celle qui avait encore de longs cheveux blonds-roux et jouait du piano, qui avait connu les op\u00e9ras, qui avait vu un empereur entrer dans sa ville, dont un seul fils surv\u00e9cu, dont la vie fut nomade et la famille jamais aussi loin qu\u2019on l\u2019eut cru et qui, dans mille silences, su enraciner la vie, perp\u00e9tuer les arts, la fantaisie, qui su garder ce regard, cette curiosit\u00e9, cette non peur m\u00eame quand son fils fut sur un torpilleur. Apr\u00e8s les murs de brique rouge, les rues \u00e9troites, la brume, les parfums des contreforts montagneux, il  y a eu la mer, son immensit\u00e9, son bleu infini d&rsquo;azur et ses murmures. Celle qui \u00e9coutait les le\u00e7ons de musique de son mari ou de son beau-p\u00e8re, sans doute participait au vernissage des violons qui allait sortir de la boutique et vit les premiers violoncelles peu \u00e0 peu prendre courbure sous le ciseau des luthiers, alors que l\u2019instrument devenait roi \u00e0 la cour d\u2019Este. Celle qui faisait le pain. Celles qui faisaient le lien. Celles qui cousaient assises dans le contrefort de la fen\u00eatre. Celles qui furent lavandi\u00e8res. Celles aussi qui traversaient les montagnes, qui regardaient les \u00e9toiles, qui veillaient sur la nuit, rassuraient, \u00e9coutaient les c\u0153urs. Assises \u00e0 la fen\u00eatre \u00e0 lire quelques mots dans le livre. Furent rebelles sans autre mot qu\u2019une pri\u00e8re douce au dieu d\u2019oubli d\u2019amour. La pleine accueillit ces mots du silence, ou la gr\u00e8ve d&rsquo;un fjord, ou le rocher granitique au c\u0153ur d&rsquo;une for\u00eat. Nul ne sait leurs vagabondages. Il reste dans leur cheveux ce m\u00e9lange doux et \u00e2pre, comme un ciel sous les \u00e9toiles. Celle qui, pudique, regarde.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"465\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/avignon09132.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22402\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/avignon09132.jpg 700w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/avignon09132-420x279.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celle qui parle, se tait longtemps et pose son regard sur l\u2019horizon, qui monte en voiture, roule, roule, a parcouru bien des lointains, qui revient toujours, toujours d\u2019un ailleurs, qui dispara\u00eet, s\u2019\u00e9clipse, dont on entend encore le rire, per\u00e7oit le parfum frais, estival\u00a0; qui revient trop tard, peut-\u00eatre, un jour autre, quand les m\u00fbres ont fui les ronces, les verts <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/qui-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">\u2026 qui&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1645],"tags":[],"class_list":["post-22045","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-personnages-2-saint-john-perse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22045","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22045"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22045\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22045"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22045"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22045"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}