{"id":220479,"date":"2026-08-31T17:22:58","date_gmt":"2026-08-31T15:22:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220479"},"modified":"2026-09-01T10:13:22","modified_gmt":"2026-09-01T08:13:22","slug":"220479-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/220479-2\/","title":{"rendered":"#chroniques #08 | Effacements"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 | paradoxe de l&rsquo;\u00e2ne&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me trouve parfois si d\u00e9courag\u00e9e et si pleine d\u2019enthousiasme \u00e0 la fois que je m\u2019immobilise sans savoir dans quelle direction aller.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 | un regard plein de haine<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je lui racontais une sc\u00e8ne qui continuait de me poursuivre, jusque dans mon sommeil. Mon mari \u00e9tait \u00e0 la toute fin de sa vie, alit\u00e9 dans un EHPAD, situation qu\u2019il rejetait de toutes ses forces, comme la mort elle-m\u00eame. Toute sa vie, il s\u2019\u00e9tait cru bon catholique, assur\u00e9 de sa foi et de ce qu\u2019il serait heureux le moment venu de rejoindre Dieu. Pourtant, \u00e0 l\u2019approche de la mort, il avait \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019une angoisse terrible. Je ne comprenais pas cette panique. Je me sentais si \u00e9trangement tranquille \u00e0 l\u2019id\u00e9e de partir qu&rsquo;au lieu d\u2019accueillir sa peur avec douceur, je l\u2019avais regard\u00e9 avec un m\u00e9lange d\u2019incompr\u00e9hension et peut-\u00eatre, d\u2019un peu de piti\u00e9. Alors il m\u2019avait lanc\u00e9 un regard d\u2019une haine telle que longtemps apr\u00e8s sa mort, il continuait de me r\u00e9veiller la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a avanc\u00e9 que cette haine ne lui \u00e9tait peut-\u00eatre pas v\u00e9ritablement adress\u00e9e. Ce regard qui continuait de la poursuivre, jusque dans son sommeil, pouvait \u00eatre celui d\u2019un homme soudain confront\u00e9 \u00e0 une peur terrifiante, celle de la mort, mais aussi \u00e0 l\u2019effondrement de tout ce qu\u2019il avait cru savoir sur lui-m\u00eame. Lui qui avait toujours \u00e9t\u00e9 un homme dominateur, s\u00fbr de sa foi et de son sang-froid, qui se croyait certain d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur lorsqu\u2019il faudrait affronter la mort, se d\u00e9couvrait tout \u00e0 coup atrocement faible, apeur\u00e9 devant le grand saut. Toutes ses certitudes, sa superbe, sa foi si orgueilleusement affirm\u00e9e devenaient soudain vaines. Il n\u2019arrivait pas \u00e0 admettre que la mort lui \u00e9chappait, qu\u2019elle soit pr\u00e9cis\u00e9ment cette bascule dont ni lui, ni personne ne pouvait rien dire, ni rien savoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle lui avait rappel\u00e9 que le Christ lui-m\u00eame, au moment de mourir, avait cri\u00e9 vers son p\u00e8re : \u00ab Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9 ? \u00bb Il fallait, pensait-elle, prendre au s\u00e9rieux sa d\u00e9tresse. Ce cri n\u2019\u00e9tait pas une parole en l\u2019air, un mascarade d\u2019abandon destin\u00e9e \u00e0 accomplir le r\u00e9cit. Pour se faire mieux comprendre, elle avait pens\u00e9 \u00e0 lui raconter une exp\u00e9rience qui lui \u00e9tait rest\u00e9e en m\u00e9moire. Quelques ann\u00e9es auparavant, elle avait fr\u00e9quent\u00e9 un gar\u00e7on qui s\u2019appelait Bernd. Tous les deux travaillaient chez eux, si bien qu\u2019ils avaient pris l\u2019habitude d\u2019aller marcher ensemble l\u2019apr\u00e8s-midi dans les environs de Nice . Au d\u00e9but, ces promenades \u00e9taient agr\u00e9ables. Puis elles l\u2019\u00e9taient devenues beaucoup moins, car Bernd s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 lui parler obsessionnellement d\u2019un appartement qu\u2019il envisageait d\u2019acheter sur les collines sans jamais parvenir \u00e0 se d\u00e9cider. Pendant des semaines, puis des mois, elle avait essay\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 ses arguments, tant\u00f4t de l\u2019encourager \u00e0 acheter, tant\u00f4t de l\u2019encourager \u00e0 renoncer, mais surtout \u00e0 trancher, \u00e0 sortir de cette incertitude qui le torturait. Elle savait pourtant qu\u2019elle \u00e9tait prise dans un pi\u00e8ge : aucune r\u00e9ponse ne pouvait le satisfaire puisqu\u2019au fond il \u00e9tait incapable de d\u00e9cider. Ce qui devait arriver arriva. Il laissa passer l\u2019appartement et recommen\u00e7a \u00e0 regretter, \u00e0 rem\u00e2cher, \u00e0 reprendre les m\u00eames ratiocinations. Cette fois, elle lui dit qu\u2019elle ne voulait plus entendre parler de cette histoire. Elle se souvenait tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019endroit. Ils \u00e9taient sur le petit sentier qui monte \u00e0 Saint-Pierre-de-F\u00e9ric. Bernd s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9 vers elle et l\u2019avait regard\u00e9e avec une haine si violente qu\u2019elle en avait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment secou\u00e9e. Ce regard, avait-elle expliqu\u00e9, ne lui \u00e9tait pas vraiment destin\u00e9 non plus. Elle n\u2019avait fait que se trouver l\u00e0, au moment o\u00f9 quelque chose s\u2019effondrait pour lui : l\u2019image qu\u2019il avait de lui-m\u00eame comme homme raisonnable, capable de peser le pour et le contre et de prendre une d\u00e9cision. Elle l\u2019avait laiss\u00e9 seul devant ce qu\u2019il ne voulait pas voir. C\u2019est cela qu\u2019il avait ha\u00ef, l\u2019espace d\u2019un instant, en lui bien plus qu\u2019en elle. Les deux regards lui semblaient appartenir \u00e0 une m\u00eame famille : celui que l\u2019on jette parfois \u00e0 la personne devant soi lorsqu\u2019elle devient, malgr\u00e9 elle, le t\u00e9moin de notre impuissance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 | comme si elle n\u2019avait pas peur <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle fait comme si elle n\u2019avait pas peur de l\u2019avenir. Elle fait comme si elle \u00e9tait une sorte d\u2019anachor\u00e8te, go\u00fbtant sereinement sa sobri\u00e9t\u00e9 volontaire, ayant compris avant tout le monde qu\u2019on peut vivre de peu (ce qui est vrai). Elle fait comme si elle faisait partie, par choix, des gens de peu. Elle fait comme si elle ne s\u2019ennuyait pas. Elle fait comme si avoir trop de travail ou pas assez de travail \u00e9taient des choses \u00e9quivalentes. Elle fait comme si elle n\u2019avait pas envie d\u2019avoir trop de travail. D\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e. De se plaindre. De dire comme tout le monde : je n\u2019ai pas une minute \u00e0 moi. Cela lui semblerait presque luxueux. Elle fait comme si, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui aime tant l\u2019agitation, sa disponibilit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas suspecte. Comme si avoir du temps (et Dieu qu\u2019elle en avait !) \u00e9tait un luxe et non le signe inf\u00e2mant que personne n\u2019a besoin d\u2019elle. Elle fait comme si sa pauvret\u00e9 relative, ses apr\u00e8s-midi disponibles, n\u2019\u00e9taient pas regard\u00e9es avec un l\u00e9ger m\u00e9pris. Elle appelle cela libert\u00e9. C\u2019est un joli mot qui lui va bien (ce qui est vrai). Elle fait comme si elle ne se sentait pas seule. Elle fait comme si elle n\u2019aimait que \u00e7a, la solitude : marcher seule, lire seule et \u00e9crire. Regarder passer les heures avec la jouissance animale de se sentir vivante dans un monde ind\u00e9chiffrable. Elle fait comme si ne d\u00e9pendre de personne et n\u2019\u00eatre attendue par personne lui avait fait gagner quelque chose, comme si cette solitude \u00e9tait une sorte de geste sacrificiel, comme si elle avait renon\u00e7\u00e9 \u00e0 quelque chose pour autre chose. Mais quoi ? Elle fait comme si elle n\u2019avait pas peur de s\u2019enfoncer peu \u00e0 peu dans la d\u00e9r\u00e9liction, dans l\u2019isolement, dans l\u2019oisivet\u00e9. Elle fait comme si elle avait choisi tout cela. Et le plus troublant, c\u2019est qu\u2019elle l\u2019avait peut-\u00eatre choisi. C\u2019est seulement qu\u2019elle ne se souvient plus tr\u00e8s bien pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 | c\u2019est <em>trop lourd<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant longtemps, je me suis fait toute petite devant l\u2019\u00c9criture avec un grand E. \u00c9videmment, je lisais beaucoup et forc\u00e9ment, j\u2019admirais les \u00e9crivains. Comme je ne savais pas comment ils s\u2019y prenaient pour \u00e9crire leurs livres (cela me semblait un tour de force et c&rsquo;est toujours le cas), j&rsquo;\u00e9tais paralys\u00e9e. Je crois que beaucoup de gens connaissent \u00e7a. Tout ce que j\u2019\u00e9crivais, jusqu\u2019\u00e0 un certain \u00e2ge, \u00e9tait scolaire : des r\u00e9dactions dont ma professeure me disait qu\u2019elles \u00e9taient<em> bien<\/em> et dont ma m\u00e8re me disait qu\u2019elles \u00e9taient <em>lourdes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez nous, l\u2019\u00e9criture \u00e9tait le domaine de ma m\u00e8re. On disait qu\u2019elle \u00e9crivait bien. Elle avait ce style classique et pr\u00e9cieux, entre Daniel Boulanger et Paul Val\u00e9ry, une question de g\u00e9n\u00e9ration, sans doute. Ses mots \u00e9taient choisis, elle avait le sens de la formule, une sorte de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence j\u2019\u00e9tais d\u00e9pourvue puisque tout ce que j\u2019\u00e9crivais \u00e9tait <em>trop lourd<\/em>. J\u2019ai \u00e9crit aussi des journaux intimes. Mais le journal intime \u00e9tait d\u2019abord un exutoire (l\u00e0 aussi, je crois que chacun a fait cette exp\u00e9rience) : des paroles coinc\u00e9es dans le corps qui doivent sortir. Ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment lisible, y compris pour moi-m\u00eame. Je n\u2019ai jamais relu ce que j\u2019\u00e9crivais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire en Chine car l\u2019\u00e9loignement de ma propre langue m\u2019\u00e9tait devenu insupportable. Dans mon sentiment d\u2019exil, j\u2019avais besoin de trouver un appui et de comprendre le monde qui m\u2019entourait. Je ne cherchais pas vraiment \u00e0 faire de la litt\u00e9rature. Il m\u2019importait surtout d\u2019\u00eatre juste dans mes descriptions. L\u2019\u00e9criture n\u2019\u00e9tait plus pleine de moi mais de ce que je cherchais \u00e0 voir. Je m&rsquo;effacais en elle. \u00c0 partir du moment o\u00f9 j\u2019ai go\u00fbt\u00e9 \u00e0 cette sensation d\u2019effacement qui vient aussi avec une tension intensement fourmillante, j\u2019ai compris que je pouvais \u00e9crire. En Chine, j\u2019\u00e9crivais beaucoup le week-end quand le bureau \u00e9tait silencieux et dans les a\u00e9roports en attendant des avions qui arrivaient en retard. Assise au c\u0153ur du chaos d\u2019un a\u00e9roport immense o\u00f9, sans mentir, transitait un million de personnes, je cr\u00e9ais ma bulle de silence. J\u2019aurais pu rester l\u00e0 des journ\u00e9es enti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai toujours autant de mal \u00e0 \u00e9crire <em>en partant de moi<\/em>. Quand je n&rsquo;\u00e9cris pas en m\u2019en fichant un peu, je me sens malmen\u00e9e par l\u2019Ecriture : tout me p\u00e8se, tout me plombe. J\u2019entends peut-\u00eatre encore le mot de ma m\u00e8re : c\u2019est <em>trop lourd<\/em>. Le jour o\u00f9 j\u2019arriverai \u00e0 m\u2019effacer en racontant des choses personnelles et intimes, je pourrai peut-\u00eatre me dire \u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 | la vie, ce n\u2019est pas de la litt\u00e9rature<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s No\u00ebl, je suis partie \u00e0 six heures du matin et j\u2019ai march\u00e9 plus d une heure dans la neige. C\u2019\u00e9tait un jour de brouillard dans le Jura. Tout relief \u00e9tait aboli. Tout \u00e9tait effac\u00e9, il n\u2019y avait aucun bruit, aucune pr\u00e9sence humaine, si ce n\u2019est un corbeau qui croassait dans le lointain. Je marchais dans une clart\u00e9 blanche et grise, absolument mate. C\u2019\u00e9tait calme, flottant et l\u00e9g\u00e8rement inqui\u00e9tant, comme peut l\u2019\u00eatre une perte de rep\u00e8res. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 <em>Un roi sans divertissement<\/em> de Giono, mais je n\u2019aurais pas \u00e9t\u00e9 capable de retrouver la phrase pr\u00e9cise. J\u2019avais seulement la sensation. Je retrouve maintenant la phrase et elle est \u00e9tonnamment proche de mon souvenir : <em><strong>\u00ab<\/strong> \u00c0 midi, tout est couvert, tout est effac\u00e9, il n\u2019y a plus de monde, plus de bruits, plus rien. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00e9t\u00e9, je gravissais un petit chemin creux \u00e0 l\u2019ombre de noisetiers et de haies \u00e9pineuses, dans un demi-jour moir\u00e9 et humide \u00e9clairant des nu\u00e9es de moucherons. Je me souvenais du sentier d\u2019aub\u00e9pines du petit Marcel Proust (mais pas de la phrase exacte). Sur l\u2019ancien chemin de Saint-Pierre-de-F\u00e9ric, je passais le long d\u2019un mur. Derri\u00e8re ce mur, dans un jardin, se trouvait un lilas. Violet ou blanc, je n\u2019en savais rien. Je ne le voyais pas mais il sentait bon. Me revenait alors une expression de Proust, seulement cette partie-l\u00e0 : <em>\u00ab sur leur gouttelette presque impalpable, l\u2019\u00e9difice immense du souvenir \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le Luberon, j\u2019atteignais la chapelle de l\u2019Ermitage qui surplombe une vall\u00e9e cultiv\u00e9e de vignes et d\u2019arbres fruitiers. Gagn\u00e9e par l&rsquo;ivresse de <em>dominer le paysage<\/em>, je clamais \u00e0 voix haute : <em>\u00ab J\u2019avais une ferme en Afrique \u00bb<\/em>, avec une petite pointe d\u2019ironie tout \u00e0 fait d\u00e9coloniale devant cette \u00e9tendue proven\u00e7ale. (<em>La Ferme africaine<\/em> )<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce moment, c\u2019est la saison des reine-claudes. J\u2019en ach\u00e8te, je les mets au frais dans une assiette ; lorsque je les sors du r\u00e9frig\u00e9rateur pour les manger, toutes d\u2019un coup, je pense, devant l\u2019assiette vide, \u00e0 William Carlos Williams : <em>\u00ab Pardonne-moi, elles \u00e9taient d\u00e9licieuses, si douces et si froides. \u00bb<\/em> dans <em>This Is Just to Say \u2014 C\u2019est juste pour dire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019aime beaucoup les rivi\u00e8res autour de Paris qui coulent lentement, refl\u00e9tant les nuages et le treillis des arbres, avec leurs rives terreuses affaiss\u00e9es par endroits, les troncs de saules aplatis comme des bancs au bord de l\u2019eau verte. Me revient William Faulkner, <em>Le Bruit et la Fureur<\/em> : <em>\u201cThey were washing down at the branch. One of them was singing<strong>.<\/strong> I could smell the clothes flapping, and the smoke blowing across the branch.\u201d <\/em>Surtout : <em>\u00ab L\u2019une d\u2019elles chantait. \u00bb<\/em> Je trouve \u00e7a puissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les livres me reviennent par morceaux : une phrase, parfois seulement quelques mots, plus souvent une sensation. Giono dans le brouillard, Proust dans un chemin creux, Karen Blixen au-dessus d\u2019une plaine, William Carlos Williams devant une assiette vide, William Faulkner \u00e0 l&rsquo;aplomb d&rsquo;une petite rivi\u00e8re d\u2019\u00cele-de-France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 | paradoxe de l&rsquo;\u00e2ne&nbsp; Je me trouve parfois si d\u00e9courag\u00e9e et si pleine d\u2019enthousiasme \u00e0 la fois que je m\u2019immobilise sans savoir dans quelle direction aller. 2 | un regard plein de haine Je lui racontais une sc\u00e8ne qui continuait de me poursuivre, jusque dans mon sommeil. 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