{"id":22056,"date":"2019-12-29T19:30:51","date_gmt":"2019-12-29T18:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=22056"},"modified":"2019-12-29T19:35:32","modified_gmt":"2019-12-29T18:35:32","slug":"matriarcat-et-transmission","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/matriarcat-et-transmission\/","title":{"rendered":"Matriarcat et transmission"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"729\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/guyonnet-maria-soeur-et-cousine-729x1024.jpg\" alt=\"les ni\u00e8ces de la tante Gal\" class=\"wp-image-22057\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/guyonnet-maria-soeur-et-cousine-729x1024.jpg 729w, 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et menant grand train avec son attelage de chevaux, celle dont il ne restait m\u00eame pas une photo, celle qu\u2019on appelait par son nom d\u2019\u00e9pouse sans jamais mentionner son pr\u00e9nom, celle qui n\u2019avait jamais eu d\u2019enfant, celle qui a ce titre \u00e9tait introuvable dans les registres d\u2019\u00e9tat civil, celle dont on racontait \u00e0 mots couverts des bribes d\u2019histoire, celle qui avait \u00e9t\u00e9 la petite bonne d\u2019un m\u00e9decin lyonnais de cinquante ans son a\u00een\u00e9, celle qui avait h\u00e9rit\u00e9 du m\u00e9decin lyonnais dont on disait qu\u2019elle avait eu un enfant cach\u00e9, celle dont on disait le mari doux et effac\u00e9, celle qui avait fait de sa plus jeune s\u0153ur sa servante, celle qui s\u2019entourait de vieilles filles sans enfant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celle qui \u00e9tait posti\u00e8re, habitait Thiers et ne parlait pas aux enfants, celle qui a pris un chien pour compagnon dans son grand \u00e2ge, celle qui n\u2019a jamais eu une seule ride, celle qui \u00e9tait fantasque, institutrice de classe unique dans un hameau perdu, celle qui avait des sautes d\u2019humeur et suivait des r\u00e9gimes, celle \u00e0 qui les enfants jouaient des tours, celle qui est morte subitement un jour de 1968, celle qui lisait des romans policiers et enseignait dans un lyc\u00e9e technique de Firminy, celles qui passaient leurs vacances \u00e0 la campagne, mais ne savaient ni traire les vaches, ni couper les choux, encore moins r\u00e9curer la trayeuse avec des orties, battre le beurre ou nourrir le cochon, celles qui faisaient parfois les foins abrit\u00e9s par de grands chapeaux de paille de citadines aux champs, celles qui n\u2019offraient jamais de cadeaux aux enfants, celle qui \u00e9tait proviseure dans un lyc\u00e9e quelque part et conduisait une voiture dont je ne me souviens plus la marque ni la couleur, celles qui poss\u00e9daient des bois h\u00e9rit\u00e9s d\u2019anc\u00eatres ou plant\u00e9s par leurs soins pour placer leurs \u00e9conomies, celles qui se m\u00e9fiaient des hommes, abhorraient le tabac et l\u2019alcool et celles et ceux qui s\u2019y adonnaient, celles qui, ferventes r\u00e9publicaines, ne croyaient pas en Dieu et d\u00e9testaient les cur\u00e9s, mais ont peut-\u00eatre flanch\u00e9 dans leurs derni\u00e8res ann\u00e9es, celles qui ont toutes termin\u00e9 leurs vies chez ma tante dont elles ont sans doute fait leur h\u00e9riti\u00e8re, celle qui a \u00e9pous\u00e9 un gestionnaire de bois, p\u00e9pini\u00e9riste et vendeur de sapins de no\u00ebl, entreprise qu\u2019a repris le seul de ses deux fils qui s\u2019est mari\u00e9, celle qui pensait qu\u2019un seul mariage par g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait bien suffisant et deux enfants (pour la s\u00e9curit\u00e9) un maximum, celle qui pensait que les c\u00e9libataires \u00ab\u2009tiennent les murs de la maison\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celle que j\u2019ai retrouv\u00e9e \u00e0 force de m\u2019\u00e9corcher les yeux sur les microfilms des d\u00e9nombrements de population des archives d\u00e9partementales du Puy-de-D\u00f4me et les mauvaises photocopies que produisait le lecteur pour un euro (avant la num\u00e9risation compl\u00e8te des archives g\u00e9n\u00e9alogiques), celle dont j\u2019ai remont\u00e9 pas \u00e0 pas le parcours du hameau de Bournier o\u00f9 elle \u00e9tait n\u00e9e en 1863, au 22 rue des remparts d\u2019Ainay \u00e0 Lyon, \u00e0 St \u00c9tienne, au hameau de la Chevalerie o\u00f9 elle est morte en 1949, celle qui avait \u00e9t\u00e9 la servante d\u2019un m\u00e9decin c\u00e9libataire (un certain J\u00e9r\u00f4me Vacher mort \u00e0 88 ans), fils de meunier natif de l\u2019Is\u00e8re, qui n\u2019avait qu\u2019un fr\u00e8re avec lequel elle a sans doute partag\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage, celle qui s\u2019\u00e9tait mari\u00e9e, \u00e0 40 ans au village, comme \u00ab\u2009renti\u00e8re\u2009\u00bb avec un employ\u00e9 des postes et t\u00e9l\u00e9graphe qui travaillait dans la m\u00eame rue que le m\u00e9decin lyonnais, celle qui avait \u00e9pous\u00e9 le fils d\u2019un gardien de la prison de Lod\u00e8ve dont les fr\u00e8res \u00e9taient militaires, celle qui avait toujours v\u00e9cu en ville et n\u2019\u00e9tait revenue s\u2019installer au village qu\u2019au moment de la retraite de son mari, celle qui \u00e9tait l\u2019amie de celui qui avait perdu la ferme de sa m\u00e8re par incurie et ivrognerie, avait oblig\u00e9 ses enfants \u00e0 la racheter tout en restant le ma\u00eetre, celle qui tenait toute la famille de son petit fr\u00e8re en respect, celle qui \u00e9tait la s\u0153ur a\u00een\u00e9e de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, se pr\u00e9nommait Marie Antoinette et n\u2019\u00e9tait sans doute qu\u2019une fille pauvre qui avait voulu sortir de la mis\u00e8re et prendre sa revanche, celle dans la maison de laquelle j\u2019ai pass\u00e9 les premiers mois de ma vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celle dont je ne savais rien, mais qui hantait les r\u00e9cits familiaux, celle que je n\u2019ai jamais connue, mais qu\u2019on appelait tante sans qu\u2019on dise jamais de qui elle \u00e9tait la tante, celle dont on parlait comme si ses d\u00e9cisions pesaient toujours sur la vie quotidienne, celle qui mena\u00e7ait de d\u00e9sh\u00e9riter tout le monde, celle qui promettait son h\u00e9ritage aux <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/matriarcat-et-transmission\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Matriarcat et transmission<\/span><span 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