{"id":220678,"date":"2026-09-02T11:52:37","date_gmt":"2026-09-02T09:52:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220678"},"modified":"2026-09-02T11:52:42","modified_gmt":"2026-09-02T09:52:42","slug":"ete-2026-08-au-sujet-de-vlad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2026-08-au-sujet-de-vlad\/","title":{"rendered":"\u00e9t\u00e9 2026 #08 | Au sujet de Vlad"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/mes-chroniques-08.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 mes chroniques #08.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b1250168-1da5-4a5e-86cb-44c217399750\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/mes-chroniques-08.pdf\">mes chroniques #08<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/mes-chroniques-08.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b1250168-1da5-4a5e-86cb-44c217399750\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 |&nbsp;du monde<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Je suis si mis\u00e9rable que je ne me respecte pas.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dernier appel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La veille du jour de son suicide manqu\u00e9, Vlad m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait las de sa vie de chien errant. Il ne voulait plus voir Paul, c\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, il a prononc\u00e9 le mot irr\u00e9m\u00e9diable. Il se s\u00e9parait, cette fois pour de bon. C\u2019est s\u00fbr, ma m\u00e8re. Paul ne l\u2019avait jamais aim\u00e9. Paul avait \u00e9t\u00e9 son mauvais g\u00e9nie. Oui, celui-l\u00e0, le Paul pour lequel il s\u2019\u00e9tait mis si souvent en p\u00e9ril. Il y a peu encore, pour lui ob\u00e9ir, pour lui plaire, il s\u2019\u00e9tait soumis \u00e0 sa volont\u00e9. En retour, il n\u2019avait eu que sarcasmes et cinglants reproches. Suffit&nbsp;! C\u2019en \u00e9tait trop. Vous ne l\u2019appr\u00e9ciez gu\u00e8re, ma m\u00e8re, je sais, vous m\u2019avez souvent mis en garde, je ne vous \u00e9coutais pas, dans l\u2019incapacit\u00e9 de vous entendre m\u00e9dire de celui qui \u00e9tait mon amour. De votre point de vue, vous aviez raison, je veux bien en convenir. Moi, je l\u2019aimais \u00e0 en mourir et de sentir mon c\u0153ur d\u00e9sormais si sec pour lui, je sais que je vais en mourir. J\u2019en meurt d\u00e9j\u00e0. Je suis froid, vide de regrets, de remords, de projets, sans chaleur d\u2019amour \u00e0 donner \u00e0 force de n\u2019en pas recevoir. Je vous demande pardon, ma m\u00e8re, ce que je m\u2019appr\u00eate \u00e0 faire ne va pas vous plaire. Ai-je d\u2019ailleurs jamais fait, ma m\u00e8re, quelque chose qui vous plaise&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 |&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La chute de Vlad<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait comme s\u2019il n\u2019avait pas t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, il fait comme s\u2019il devait l\u2019oublier, il fait comme s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 le petit gar\u00e7on qu\u2019elle emmenait au parc, il fait comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait jamais mont\u00e9 sur les chevaux de bois, il fait comme s\u2019il n\u2019avait pas attrap\u00e9 le pompon, comme s\u2019il ne l\u2019avait pas brandi victorieux vers sa m\u00e8re, comme si elle ne lui avait pas souri, fi\u00e8re de son adresse et heureuse de sa joie, il fait comme si, comme si, comme si tout cela n\u2019avait pas exist\u00e9, comme si ses souvenirs d\u2019enfant appartenaient \u00e0 un autre, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un enfant, un enfant d\u2019une m\u00e8re, un enfant de la m\u00e8re \u00e0 laquelle il vient de t\u00e9l\u00e9phoner, il fait comme si, pour ne pas renoncer, une nouvelle fois, pour trouver le courage de se lancer, comme s\u2019il \u00e9tait une plume, comme s\u2019il \u00e9tait un oiseau, comme s\u2019il suffisait d\u2019ouvrir les bras suffisamment grands, il fait comme si c\u2019\u00e9tait \u00e9vident, comme si c\u2019\u00e9tait s\u00fbr que l\u2019air le porterait, il fait comme s\u2019il ne connaissait pas la loi de la gravitation, il fait comme s\u2019il \u00e9tait Jonathan le go\u00e9land pas comme les autres, condamn\u00e9 \u00e0 voler toujours plus haut, toujours plus vite, ou comme s\u2019il \u00e9tait un personnage de Folon, il est un personnage de Folon, il fait comme s\u2019il lui suffisait de compter jusqu\u2019\u00e0 trois. Alors, debout sur le rebord de la fen\u00eatre de sa chambre du troisi\u00e8me \u00e9tage, les cheveux lui cachant le sol si loin, si bas, dans un sourire contraint et bravache, il crie d\u2019une voix forte UN, DEUX, TROIOI OI OI OIS\u2026 Des t\u00e9moins ont dit avoir entendu son trois, avant le bruit mat de sa chute sur la b\u00e2che du restaurant, puis celui crissant de la d\u00e9chirure de ladite b\u00e2che, et enfin, horrible, celui de ses os se brisant sur le trottoir. C\u2019\u00e9tait le 16 juillet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nouvelles pi\u00e8ces \u00ab&nbsp;Vlad&nbsp;\u00bb pour mon puzzle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rencontrer la m\u00e8re de Vlad et son dernier employeur fournissait \u00e0 mon commissaire quelques pi\u00e8ces suppl\u00e9mentaires pour son puzzle. Vlad travaillait depuis toujours dans la restauration. L\u2019hiver \u00e0 Bordeaux, l\u2019\u00e9t\u00e9 plut\u00f4t sur la c\u00f4te landaise. On sait que le milieu de la restauration est \u00e2pre, exigent, al\u00e9atoire, sujet \u00e0 variations saisonni\u00e8res. Pour ces raisons, nombre de <em>runners<\/em>, de plongeurs, de gar\u00e7ons de caf\u00e9, prennent des substances pour tenir le coup. C\u2019\u00e9tait le cas de Vlad, coca\u00efnomane, qui, pour sa consommation personnelle, \u00e9tait devenu un peu dealer. Il avait eu quelques d\u00e9m\u00eal\u00e9es avec la justice \u00e0 ce sujet. Son casier judiciaire en t\u00e9moignait. \u00c9tait-il le fournisseur de Paul, comme celui-ci l\u2019avait affirm\u00e9 aux enqu\u00eateurs&nbsp;? Le 14 juillet, le restaurateur, chez lequel Vlad travaillait, \u00e9tait absent. Son \u00e9tablissement \u00e9tant ferm\u00e9, il n\u2019avait pas vu Vlad de la journ\u00e9e. Quant \u00e0 sa m\u00e8re, elle avait affirm\u00e9 que son fils \u00e9tait avec elle, \u00e0 son domicile bordelais. \u00c0 l\u2019heure de l\u2019agression de M<sup>me<\/sup> Keller, Ils regardaient ensemble le feu d\u2019artifice de Paris \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Disait-elle la v\u00e9rit\u00e9 ou couvrait-elle son fils, pour lequel elle ne pouvait d\u00e9sormais plus rien&nbsp;? Impossible de tracer les d\u00e9placements de Vlad. On n\u2019avait pas retrouv\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone. De plus, d\u2019apr\u00e8s Paul, Vlad n\u2019utilisait que des cartes SIM pr\u00e9pay\u00e9es. O\u00f9 \u00e9tait Vlad, durant la soir\u00e9e du 14 juillet&nbsp;? \u00c0 Tonneins, comme le craignais le commissaire ou \u00e0 Bordeaux comme l\u2019affirmait sa m\u00e8re&nbsp;? L\u2019emploi du temps de Vlad, le 14 juillet, \u00e9tait une pi\u00e8ce du puzzle que mon commissaire ne pouvait toujours pas placer, ses contours \u00e9taient trop incertains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 | \u00e0 vous la cantonade<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9miniscences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;(\u2026) Ma foi catholique est chancelante, ce qui ne m\u2019emp\u00eache pas de reconna\u00eetre que j\u2019ai entendu dans les \u00e9glises beaucoup de belles et bonnes choses, notamment de nombreuses hom\u00e9lies sur l\u2019Esp\u00e9rance \u2014 th\u00e8me tr\u00e8s fr\u00e9quemment choisi par les pr\u00e9dicateurs lors des obs\u00e8ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<em>L\u2019Esp\u00e9rance voit ce qui n\u2019est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n\u2019est pas encore et qui sera \u00bb<\/em> Je m\u00e9ditais cette phrase de P\u00e9guy. L\u2019Esp\u00e9rance qu\u2019il \u00e9voque est la vertu qui fait croire en la vie \u00e9ternelle et pousse les chr\u00e9tiens \u00e0 la gagner par leur bonne conduite terrestre&nbsp;: c\u2019est l\u2019Esp\u00e9rance avec un grand E. En suis-je capable&nbsp;? Ai-je re\u00e7u cette gr\u00e2ce&nbsp;? Je me mis \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019esp\u00e9rance avec un petit e, la plus modeste, l\u2019ordinaire, celle au jour le jour. Comme chacun, j\u2019en ai le plus grand besoin. J\u2019esp\u00e8re toutes sortes de choses&nbsp;: qu\u2019il fera beau demain, que ma r\u00e9\u00e9ducation sera facile et rapide, que nous sortirons bient\u00f4t de cette pand\u00e9mie\u2026 J\u2019entrevois quelque chose que je d\u00e9sire, quelque chose que&nbsp;je crois possible, probable. Il est des esp\u00e9rances faciles, il en est d\u2019autres qui le sont moins. Que viennent des jours cruels, il faut chercher, au fond de soi, la petite flamme de l\u2019esp\u00e9rance, y trouver courage et force d\u2019\u00e2me pour supporter l\u2019adversit\u00e9, repartir, recommencer, reconstruire et \u00e9tendre sur la plaie le baume du temps&nbsp;? Pas toujours facile&nbsp;! \u00ab&nbsp;Aimer ce qui n\u2019est pas encore et qui sera&nbsp;\u00bb&nbsp;: belle d\u00e9finition de l\u2019esp\u00e9rance.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Extrait du roman en cours<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Et bien s\u00fbr, je me mets \u00e0 pleurer. Sur moi, parce que l\u2019automne. C\u2019est un automne que Max et Gracieux m\u2019ont quitt\u00e9e. Pas un automne lumineux et l\u00e9ger comme celui dont nous jouissons cette ann\u00e9e. Non, un automne serr\u00e9 sur lui-m\u00eame, si compact qu\u2019il ne tol\u00e9rait aucun souffle, sucr\u00e9 \u00e0 en devenir sirupeux&nbsp;: une glycine qui aurait chu sous le poids de sa floraison trop profuse et fl\u00e9trirait dans une odeur d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. La ti\u00e9deur de l\u2019air collait \u00e0 mon visage, \u00e0 mon cou, \u00e0 ma gorge. Je ne supportais pas mes cheveux que je relevais dans une pince sans gr\u00e2ce. Les cuisses moites, j\u2019arpentais, comme une femme saoule les rues de Paris, tentant de distraire mon chagrin. Je n\u2019y parvenais pas. Je ne pensais qu\u2019\u00e0 Max et toujours mes pas me ramenaient dans nos coins favoris. Dans cette impasse nous nous sommes embrass\u00e9s, sous ce porche nous nous sommes sauv\u00e9s de l\u2019orage, chez ce bouquiniste Max m\u2019a achet\u00e9 une vieille \u00e9dition d\u2019Alcools de Guillaume Apollinaire. <em>\u00ab&nbsp;Un soir de demi-brume \u00e0 Londres&nbsp;\/ Un voyou qui ressemblait \u00e0 \/ Mon amour vint \u00e0 ma rencontre \/ Et le regard qu\u2019il me jeta \/ Me fit baisser les yeux de honte.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>&nbsp;<\/em>Extrait de <em>L\u2019automate du vide-greniers<\/em> \u00c9ditions Parole 2014<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Ton souvenir s\u2019attarde dans les rues de Paris, comme l\u2019effluve d\u2019un parfum persiste. As-tu voulu ta mort comme une autre vie&nbsp;? Est-ce elle qui t\u2019a convoit\u00e9e, tant tu \u00e9tais pr\u00e9cieuse&nbsp;? Oh, le lied de Frantz Schubert&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La jeune fille&nbsp;: \u00ab&nbsp;Va-t\u2019en, ah, va-t\u2019en ! \/ Disparais, odieux squelette ! \/ Je suis encore jeune, disparais !&nbsp;\/ Et ne me touche pas ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Donne-moi la main, douce et belle cr\u00e9ature !&nbsp;\/ Je suis ton amie, tu n\u2019as rien \u00e0 craindre \/ Laisse-toi faire ! N\u2019aie pas peur \/ Viens sagement dormir dans mes bras.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Extrait de <em>Rendez-vous chambre 31<\/em> \u00c9ditions Parole 2020<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 |&nbsp;du monde Je suis si mis\u00e9rable que je ne me respecte pas.&nbsp; 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Dernier appel La veille du jour de son suicide manqu\u00e9, Vlad m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. 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