{"id":220696,"date":"2026-09-02T16:29:22","date_gmt":"2026-09-02T14:29:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220696"},"modified":"2026-09-02T19:07:44","modified_gmt":"2026-09-02T17:07:44","slug":"chroniques-08-du-vrai-et-du-faux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-08-du-vrai-et-du-faux\/","title":{"rendered":"#chroniques #08 | Du vrai et du faux"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220697\" style=\"aspect-ratio:0.7521865889212828;width:307px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Nessus-et-Dejanire-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\/ Je suis si h\u00e9sitant, si incertain, on pourrait aussi bien dire ind\u00e9cis, que ma vie passe sans que je sache comment la construire, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr qu&rsquo;il faille la construire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\/ <strong>Ce que ses mots n&rsquo;ont pas dit<br><\/strong>Elle m&rsquo;a appel\u00e9. Elle a dit que oui c&rsquo;\u00e9tait bien que j&rsquo;aie de nouvelles relations et peut-\u00eatre une histoire d&rsquo;amour. Mais la joie manquait dans sa voix. Je sais quand sa voix ne correspond pas \u00e0 ses paroles. Sa voix a dit qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas enthousiasm\u00e9e par mes relations. Sa voix me dit ce que ses mots ne me disent pas. Parfois m\u00eame sa voix me dit le contraire. C&rsquo;est p\u00e9nible de savoir que ce qu&rsquo;elle a dit n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;elle a pens\u00e9 mais de ne pas pouvoir le prouver. Je peux seulement affirmer\u00a0: <em>mon c\u0153ur sait<\/em> ou <em>mon intuition sait<\/em> ou <em>mon oreille a entendu que<\/em>. Il y a parfois deux paroles\u00a0: celle qu&rsquo;on dit et celle qu&rsquo;on cache, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e alors par le timbre ou les traits du visage ou la position des mains.\u00a0 Au t\u00e9l\u00e9phone son timbre me suffit, ainsi que les faits qu&rsquo;elle soit pass\u00e9e tout de suite \u00e0 un autre sujet, que la voix gardait une intonation monocorde, qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas pos\u00e9 de questions. Trop de d\u00e9tails prouvant la non concordance des paroles et de la pens\u00e9e, bien que peut-\u00eatre il y ait concordance entre les paroles et ce qu&rsquo;elle voudrait penser.<br>C&rsquo;est cela\u00a0: elle s&rsquo;accorde avec ce qu&rsquo;elle voudrait penser. Je suis pein\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\/ <strong>Elle fait comme si<\/strong> jamais elle n&rsquo;avait dit \u00e0 sa m\u00e8re <em>Tu ne me consid\u00e8res pas comme ta fille \u00e0 part enti\u00e8re dans ton testament,<\/em> et la m\u00e8re fait comme si jamais sa fille ne lui avait dit ce sentiment d&rsquo;injustice, elle fait comme si la relation \u00e9tait saine et ce faisant se demande si elle contribue \u00e0 assainir la relation, la m\u00e8re fait comme si elle avait toujours aim\u00e9 sa fille, elle fait comme si elle \u00e9tait d\u00e9vou\u00e9e et se faisant elle devient d\u00e9vou\u00e9e, la m\u00e8re fait comme si c&rsquo;\u00e9tait normal que sa fille soit d\u00e9vou\u00e9e alors qu&rsquo;elle-m\u00eame ne s&rsquo;est pas occup\u00e9e de sa propre m\u00e8re, elle fait comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de souffrance et m\u00eame jamais eu de souffrance, elle boivent l&rsquo;ap\u00e9ro et la fille fait comme si elle aimait le martini, elle fait comme si elle n&rsquo;avait jamais entendu ces paroles dites et redites en variations multiples <em>je n&rsquo;aurais pas d&rsquo;enfant si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 refaire,\u00a0 je d\u00e9teste les enfants, \u00a0<\/em>la m\u00e8re fait comme si tout \u00e9tait pardonn\u00e9 la fille fait comme si tout \u00e9tait pardonn\u00e9, mais elles n&rsquo;ont pas la force des rescap\u00e9s de Charlie qui pardonnent aux meurtriers, elles font comme si pour sauver la face, l&rsquo;une parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a rien \u00e0 perdre car la mort dans la solitude attend sur le pallier, l&rsquo;autre parce qu&rsquo;elle fait son devoir, elle fait comme si c&rsquo;\u00e9tait son devoir, elle ne sait pas si faire comme si peut r\u00e9parer, elle supporte difficilement le poids de faire comme si mais rompre ce serait pire, s\u00fbr absolument s\u00fbr qu&rsquo;au discours des obs\u00e8ques elle ne fera plus comme si, elle se taira. Ou elle parlera. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4\/<strong>Quand on est s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture<\/strong>, on ne sait pas aller \u00e0 l&rsquo;essentiel de vivre car l&rsquo;essentiel de vivre est indissoci\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire et de produire de la pens\u00e9e par l&rsquo;\u00e9crit. Chaque phrase \u00e9crite est un manque combl\u00e9. Mais le manque se renouvelle tr\u00e8s vite. D\u00e8s le lendemain voici le manque.<br>Quand on est s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture on est aussit\u00f4t en manque.<br>On se soulage avec n&rsquo;importe quoi, des propos de rue <em>Fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9, banc du troisi\u00e8me \u00e2ge\u00a0: j&rsquo;ai les jambes comme de la farine blanche, regarde\u00a0! Oh putaing\u00a0!<\/em> \u00a0des propos de t\u00e9l\u00e9vision <em>Coup de th\u00e9\u00e2tre historique, on connait enfin les vraies raisons de la mort de Louis XIV,<\/em> des paroles d&rsquo;amis <em>Je suis poli et bien \u00e9lev\u00e9, \u00e7a me perd.<\/em> \u00c7a nous fait gagner du temps. Comme une demie-bi\u00e8re pour l&rsquo;alcoolique\u00a0: une illusion. Une frustration.<br>Quand on est s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture on ne sait pas si on saura encore \u00e9crire. On n&rsquo;a rien \u00e0 dire car on ne sait pas dire, sauf si on l&rsquo;\u00e9crit. On se croit \u00e0 sec, on doute de l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire, on trimballe ce vide que la vie affective les mus\u00e9es les relations les promenades les observations les divagations ne comblent pas. On trimballe sa part de vide on attend de ne plus \u00eatre s\u00e9par\u00e9. On attend son ordi. On attend ses carnets. On attend ses dossiers.\u00a0 Ses fichiers. Ses id\u00e9es. Ses listes. On attend secr\u00e8tement sans le dire en masquant son impatience. Car on ne serait pas compris.<br>Parce qu&rsquo;\u00e9crire ne m\u00e8ne nulle part. Il n&rsquo;y a pas de chemin sans \u00e9crire et pourtant \u00e9crire ne m\u00e8ne nulle part. \u00c9crire c&rsquo;est le cheminement. C&rsquo;est tout. On ne sait pas cheminer sans. On est gauche, maladroit, incomplet s&rsquo;il faut cheminer sans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5\/<strong>J&rsquo;aime la station Auber. <\/strong>Alors que je marchais sur le tapis roulant bien propre dans le tunnel rouge-brique tout neuf j&rsquo;ai soudain pris conscience que j&rsquo;aimais la station Auber. Je choisis toujours la station Auber si peux choisir la station Auber. Le tunnel orange-feu n&rsquo;est ni trop long ni trop court. Ni avec tapis en panne ni sur-fr\u00e9quent\u00e9 ni rempli de liquide suspect dans les rigoles du bord ni couvert de poussi\u00e8re des ann\u00e9es soixante. Il d\u00e9bouche dans l&rsquo;immense hall parall\u00e9l\u00e9pip\u00e9dique clair et bien pancart\u00e9\u00a0: en un tour sur soi-m\u00eame on y voit les noms des stations au centre desquelles nous sommes, Auber, Op\u00e9ra, Havre-Caumartin et d\u00e9j\u00e0 nous pensons avec d\u00e9lectation aux avenues et laquelle nous choisirons pour \u00e9merger de cette station. Nous sommes le centre, au centre de nous-m\u00eame et de Paris, au centre du grand hall blanc o\u00f9 tout est visible et depuis lequel plein de trajets possibles, bien signal\u00e9s, les boulevards les monuments les lignes de m\u00e9tro les RER. Nous avons le choix du cheminement, tout Paris dans le choix, tout possible dans le choix, tiens la ligne num\u00e9ro un\u00a0! Et o\u00f9 descendrons-nous\u00a0? Tuileries, pour changer. \u00c9mergeons alors dans un bain de langues \u00e9trang\u00e8res, au centre du jardin les badauds admirent la montgolfi\u00e8re des jeux olympiques pos\u00e9e sur des flammes num\u00e9riques jaunes, ils ignorent les nombreuses statues de C\u00e9sar et Le Centaure Nessus enlevant D\u00e9janire, en marbre, qu&rsquo;elle est belle N\u00e9janire. On pense \u00e0 Apollon et Daphn\u00e9. Des mythes\u00a0? Ainsi qu&rsquo;aux dames d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Pas de demain\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Je suis si h\u00e9sitant, si incertain, on pourrait aussi bien dire ind\u00e9cis, que ma vie passe sans que je sache comment la construire, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr qu&rsquo;il faille la construire. 2\/ Ce que ses mots n&rsquo;ont pas ditElle m&rsquo;a appel\u00e9. 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