{"id":220719,"date":"2026-09-03T11:21:26","date_gmt":"2026-09-03T09:21:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220719"},"modified":"2026-09-03T19:01:03","modified_gmt":"2026-09-03T17:01:03","slug":"220719-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/220719-2\/","title":{"rendered":"#Chronique 08# sur le souffle"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chronique-08-_-sur-le-souffle.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 #chronique #08 _ sur le souffle.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e7bc122b-ea77-487d-af2b-eae9fe57d4ea\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chronique-08-_-sur-le-souffle.pdf\">#chronique #08 _ sur le souffle<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chronique-08-_-sur-le-souffle.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e7bc122b-ea77-487d-af2b-eae9fe57d4ea\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220725\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416-420x189.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416-767x345.jpg 767w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416-1536x691.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG20260830143416.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Y.U<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1 |&nbsp;du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis si myst\u00e9rieuse \u00e0 moi-m\u00eame, que m\u00eame les chemins de traverse les plus directs ne me rejoignent pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je devais \u00e0 l\u2019ombre de mon t\u00e9l\u00e9phone avoir les yeux ferm\u00e9s. Sa voix \u00e9tait au bout du fil &#8211; chuchotis d\u00e9sarticul\u00e9 d\u2019une longueur de larme, souffle t\u00e9nu flottant au-dessus de ses braises. Elle me disait \u00ab&nbsp;j\u2019ai peur&nbsp;\u00bb. Son souffle vrillait entre mes doigts et par \u00e0-coups secs l\u2019entrainait au fond de redoutables t\u00e9n\u00e8bres. Je m\u2019accrochais, serrais les poings &#8211; passepasse a\u00e9rien entre elle et moi &#8211; figures acrobatiques ne tenant qu\u2019\u00e0 un fil. Quelques mots restitu\u00e9s plus tard par une missive dans laquelle, elle ne s\u2019\u00e9tait pas d\u2019abord reconnue \u2013 elle avait oubli\u00e9 : \u00ab&nbsp;Tu es l\u00e0 ?&nbsp;me demandait-elle. A l\u2019autre bout en cet instant, elle d\u00e9fiait la gravit\u00e9, et suspendue au son de ma voix, une simple seconde aurait suffi \u00e0 la bascule \u2013 phone \u00e0 phone, partenaires voltigeuses improvis\u00e9es, nous \u00e9tions perch\u00e9es sur un filet d\u00e9roulant ses hoquets. Au bord du vide, elle r\u00e9p\u00e9tait \u00ab&nbsp;tu es l\u00e0, tu es l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb. A la seule force de mes mots en retour, elle se maintenait en \u00e9quilibre. Serait-elle aspir\u00e9e par la chute, ou happ\u00e9e par les sommets&nbsp;? Je l\u2019assurais de ma longe t\u00e9l\u00e9phonique et l\u2019\u00e9coutais millim\u00e8tre apr\u00e8s millim\u00e8tre. Elle me susurrait&nbsp;: \u00ab&nbsp;je crois que \u2026 \u2026, non,&nbsp;attends, reste encore\u2026, reste, je t\u2019en supplie\u2026 \u00bb, et puis, elle ne disait plus rien, mais, subitement elle reprenait en boucle, comme une pri\u00e8re : \u00ab&nbsp;oui, oui je t\u2019entends, j\u2019entends ta voix\u2026, et, je suis l\u00e0, encore\u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3 |&nbsp;\u00e9crire avec Clarice Lispector<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle fait comme si elle marchait d\u2019un bon pas vers les nuages tout proches, elle esquisse le sourire de ceux qui tranquillement vont jusqu\u2019au tournant suivant, celui qui m\u00e8ne au sommet, elle marche comme si elle respirait encore \u00e0 pleins poumons sous l\u2019implacable ardeur du soleil \u2013 \u00e0 peine un fr\u00eale bruissement d\u2019air sur sa peau \u2013 comme si avec l\u2019oisillon qui la pr\u00e9c\u00e8de, elle survolait l\u00e9g\u00e8re toutes les anfractuosit\u00e9s de la pente, comme si elle pouvait oublier les humains lanc\u00e9s toutes griffes dehors \u00e0 la conqu\u00eate d\u2019un \u00e9ni\u00e8me territoire, \u00eatre sourde aux calculs en bourse de pr\u00e9dateurs carnassiers, elle marchait, marchait comme si elle pouvait ne jamais savoir, que maintenant la montagne br\u00fblait &#8211; et pas seulement d\u2019\u00e9cobuages intr\u00e9pides &#8211; que les b\u00eates repartaient en vall\u00e9e depuis cet \u00e9t\u00e9 sans herbe grasse, qu\u2019au-del\u00e0, la mer pourrissait sous une pluie de p\u00e9trole, s\u2019\u00e9touffait d\u2019algues mal\u00e9fiques et de cadavres de migrants fuyant les d\u00e9bordements du monde, comme si les villes ne s\u2019\u00e9poumonnaient pas, impuissantes \u00e0 stopper leurs d\u00e9bandades, que dans les campagnes on pouvait encore pr\u00e9server les abeilles et garder indemne l\u2019entre soi des gens d\u2019ici, comme si, sur son chemin escarp\u00e9, elle pouvait ne rien laisser entrevoir de son c\u0153ur tremp\u00e9 de sanglots, et qu\u2019en gravissant le sommet du pic, elle pouvait s\u2019\u00e9lever au-dessus de tout, sans un bruit, pour dire fort, car en silence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"765\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_20260903_104258-765x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220723\" style=\"aspect-ratio:0.7473958333333334;width:287px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_20260903_104258-765x1024.jpg 765w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_20260903_104258-314x420.jpg 314w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_20260903_104258-768x1028.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_20260903_104258.jpg 772w\" sizes=\"auto, (max-width: 765px) 100vw, 765px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Grand acrobate \u2013 1952 \u2013 encre de chine sur papier- collection priv\u00e9e, Courtesy Pissarro &amp; Associates Fine Art<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4 |&nbsp;de soi-m\u00eame, et d\u2019\u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ecrire pour livrer une \u00e9criture qui ne m\u2019appartient pas, pour qu\u2019elle m\u2019existe au moins le temps de son apparition au clavier, pour la saisir en fr\u00f4lant sa brindille, l\u2019entendre me chuchoter avant de rejoindre son immobilit\u00e9 et le silence. Ecrire pour m\u2019\u00e9carter des \u00e9vidences, parce qu\u2019aussi, l\u2019invite &#8211; le hasard, la consigne, la croix dessin\u00e9e en marge du paragraphe. Ecrire malgr\u00e9 le moustique qui attaque dans son silence sournois, ne pas aligner mais choisir les vocables, avec eux chercher ce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent, avec eux douter, creuser leur au-del\u00e0. Ecrire sans me laisser subjuguer, sans pr\u00e9tendre \u00e0 retenir les phrases sur mon rivage, sauf celles qui appellent la pr\u00e9cision, qui tracent un chemin \u00e0 arpenter, s\u00e8ment les indices d\u2019une suite inconnue, me fraient un passage vacant dans le paysage. Ecrire en buvant les quelques gouttes d\u2019eau qui calmeront mon impatience, mettront peu \u00e0 peu en mouvement les ombres des identit\u00e9s de personnages qui r\u00f4dent par l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5 | \u00e0 vous la cantonade&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arriv\u00e9e soudaine quoique par vagues successives de plusieurs centaines de moutons marqu\u00e9s d\u2019un trait bleu. Ils gambadent sur quatre fois deux doigts tout pr\u00e8s de la cabane de Lasbordes. Assise seule face au Moulle de Ja\u00fct se dessinant \u00e0 deux milles m\u00e8tres d\u2019altitude et des lignes de cr\u00eates de Lazerque au-dessus du plateau du B\u00e9nou. L\u00e0, j\u2019ai chant\u00e9 mon grand \u00e9cart entre la capitale et la vall\u00e9e d\u2019Ossau\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme un arbre dans la ville<br>Je suis n\u00e9 dans le b\u00e9ton<br>Coinc\u00e9 entre deux maisons<br>Sans abri sans domicile<br>Comme un arbre dans la ville<br><br>Comme un arbre dans la ville<br>J\u2019ai grandi loin des futaies<br>O\u00f9 mes fr\u00e8res des for\u00eats<br>Ont fond\u00e9 une famille<br>Comme un arbre dans la ville<br><br>Entre b\u00e9ton et bitume<br>Pour pousser je me d\u00e9bats<br>Mais mes branches volent bas<br>Si pr\u00e8s des autos qui fument<br>Entre b\u00e9ton et bitume<br><br>Comme un arbre dans la ville<br>J\u2019ai la fum\u00e9e des usines<br>Pour prison, et mes racines<br>On les recouvre de grilles<br>Comme un arbre dans la ville<br><br>Comme un arbre dans la ville<br>J\u2019ai des chansons sur mes feuilles<br>Qui s\u2019envoleront sous l\u2019\u0153il<br>De vos fen\u00eatres serviles<br>Comme un arbre dans la ville<br><br>Entre b\u00e9ton et bitume<br>On m\u2019arrachera des rues<br>Pour b\u00e2tir o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu<br>Des parkings d\u2019honneur posthume<br>Entre b\u00e9ton et bitume<br><br>Comme un arbre dans la ville<br>Ami, fais apr\u00e8s ma mort<br>Barricades de mon corps<br>Et du feu de mes brindilles<br>Comme un arbre dans la ville<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maxime le Forestier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Y.U 1 |&nbsp;du monde Je suis si myst\u00e9rieuse \u00e0 moi-m\u00eame, que m\u00eame les chemins de traverse les plus directs ne me rejoignent pas. 2 | le r\u00e9el, le r\u00e9el, encore le r\u00e9el Je devais \u00e0 l\u2019ombre de mon t\u00e9l\u00e9phone avoir les yeux ferm\u00e9s. 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