{"id":220733,"date":"2026-09-03T18:15:44","date_gmt":"2026-09-03T16:15:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220733"},"modified":"2026-09-03T18:59:58","modified_gmt":"2026-09-03T16:59:58","slug":"chroniques-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-8\/","title":{"rendered":"#chroniques #08 | versatile"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>1 \u2013 Du monde<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est si taiseux que c&rsquo;en est \u00e9loquent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est si versatile&nbsp;qu&rsquo;il se perd dans ses d\u00e9sirs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>2 &#8211; Le r\u00e9el<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;\u00e9tait son anniversaire, alors je l&rsquo;ai appel\u00e9e, comme chaque ann\u00e9e. Elle m&rsquo;a racont\u00e9 sa sensation du vieillissement. Elle disait que chaque jour elle oubliait, que chaque matin au r\u00e9veil l&rsquo;image que lui renvoyait le miroir la surprenait, qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9e trentenaire et se voyait septuag\u00e9naire -sans comprendre &#8211; que chaque jour il lui fallait le m\u00eame temps d&rsquo;adaptation \u00e0 ce nouveau Elle, chaque jour elle savait qu&rsquo;il lui fallait se pr\u00e9parer \u00e0 ce que le Elle du miroir continue d&rsquo;\u00e9voluer pendant que le Elle du sommeil restait install\u00e9 dans une vie o\u00f9 tous ses amis \u00e9taient vivants et en bonne sant\u00e9, o\u00f9 ses jambes la portaient, l\u00e9g\u00e8re et&nbsp;mobile, o\u00f9 elle dansait, chantait, courait, o\u00f9 sa m\u00e9moire \u00e9tait fid\u00e8le et pr\u00e9cise, o\u00f9 le souvenir lui importait moins que le jour \u00e0 vivre. Elle disait aussi que ce Elle du miroir la regardait goguenard, voil\u00e0 ce que tu es devenue ma belle, ce que tu es maintenant, et \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait vrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>3 &#8211; Faire comme si<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu faisais comme si cette montagne que tu convoitais, ce sommet qu&rsquo;on disait inatteignable, \u00e9tait le tien, que tu l&rsquo;atteindrais, toi, l&rsquo;aguerri, l&rsquo;exp\u00e9riment\u00e9, tu faisais comme si c&rsquo;\u00e9tait pour toi le couronnement d&rsquo;une carri\u00e8re au long cours, d&rsquo;une succession d&rsquo;efforts, de performances, de d\u00e9couvertes, de moments o\u00f9 tu avais partag\u00e9 avec d&rsquo;autres ce truc l\u00e0 que tu aimais, adorais m\u00eame, tu faisais comme si tout le monde pouvait comprendre, comme si tous pourraient te suivre, s&rsquo;enthousiasmer \u00e0 ton image, tu faisais comme si cette montagne l\u00e0 serait toujours l\u00e0 pour toi, qu&rsquo;elle n&rsquo;attendait que ton exploit, tu faisais comme si tu ne savais pas, tu ne voulais pas savoir que tout avait chang\u00e9, que la montagne ne tenait plus qu&rsquo;\u00e0 quelques fils invisibles qui allaient in\u00e9vitablement se rompre, tu faisais comme si et tes pieds ont ce jour l\u00e0 rompu les derniers fils et la roche t&rsquo;a entra\u00een\u00e9, tout au fond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>4 \u2013 De soi-m\u00eame<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;\u00e9crivais souvent en marchant&#8230; je vous l&rsquo;accorde, ce n&rsquo;est pas des plus commodes. Il fallait s&rsquo;arr\u00eater, sortir un carnet soigneusement pr\u00e9vu \u00e0 proximit\u00e9, ne pas avoir oubli\u00e9 le crayon. Quasi impossible. \u00c7a coupe l&rsquo;\u00e9lan, \u00e7a oblige \u00e0 des arr\u00eats r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, muscles qui se refroidissent et menacent courbatures pour le lendemain. S&rsquo;il ne faisait pas tr\u00e8s beau, on se mettait \u00e0 sentir une fra\u00eecheur inopportune, la transpiration jouant son r\u00f4le de climatiseur l\u00e0 o\u00f9 on ne lui avait rien demand\u00e9. Alors, je travaillais ma m\u00e9moire, je me donnais des trucs mn\u00e9motechniques, j&rsquo;associais \u00e0 des visions, des images m\u00eame si ce n&rsquo;est pas ce qui se grave le plus facilement dans un cerveau vieillissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres qui \u00e9crivent aussi en marchant. La lumi\u00e8re s&rsquo;est faite tr\u00e8s r\u00e9cemment&nbsp;: &lsquo;Comment, tu n&rsquo;utilises pas la fonction note de ton t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;????&rsquo; Et voil\u00e0, ma m\u00e9moire va aller en s&rsquo;\u00e9tiolant encore plus puisque je me fie d\u00e9sormais \u00e0 ce stockage dont je reconnais qu&rsquo;il est pratique et fiable, rapide, qu&rsquo;il ne requiert pas d&rsquo;arr\u00eat prolong\u00e9 puisque cet objet reste \u00e0 port\u00e9e de main, dans la poche la plus proche, puisqu&rsquo;il mesure aussi les pas, les distances, qu&rsquo;il donne en m\u00eame temps la cartographie de la balade, &#8230;. Je n&rsquo;y inscris que de brefs &lsquo;pense-b\u00eates&rsquo;, des notes minuscules qui refl\u00e8tent le flux de ma pens\u00e9e marchante. Et les images qui y sont associ\u00e9es ressurgissent elles aussi sans difficult\u00e9 au moment d&rsquo;y revenir, d&rsquo;ouvrir les bribes enregistr\u00e9es, maintes fois incongrues a posteriori.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>5 \u2013 A la cantonade<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est tard et je suis seule. Je n&rsquo;aime pas marcher seule la nuit m\u00eame dans cette ville dont la r\u00e9putation de calme n&rsquo;est plus \u00e0 faire. Certains disent, il ne s&rsquo;y passe jamais rien. C&rsquo;est faux. Mais l\u00e0, je marche, il fait nuit et je n&rsquo;aime pas trop \u00e7a. Je suis fatigu\u00e9e, la journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 longue. C&rsquo;est une p\u00e9riode de nouvelle lune, rien dans le ciel si ce n&rsquo;est quelques \u00e9toiles lointaines. Certaines rues sont plong\u00e9es dans le noir&nbsp;: la ville a fait un tri des rues qu&rsquo;il fallait laisser \u00e9clair\u00e9es pour la s\u00e9curit\u00e9 et de celles qu&rsquo;on pouvait \u00e9teindre, moins fr\u00e9quent\u00e9es. Alors, m\u00eame si on marche sous les r\u00e9verb\u00e8res, on butte r\u00e9guli\u00e8rement sur une zone obscure, t\u00e9n\u00e9breuse. Et puis je suis fatigu\u00e9e parce que je ne dors pas ces temps-ci. Le sommeil me fuit depuis plusieurs semaines. J&rsquo;avance dans cette rue rendue pi\u00e9tonne par l&rsquo;horaire, z\u00e9ro voiture, et je rumine quelques pens\u00e9es, me pose des questions sur le pourquoi de mes insomnies. Et la voil\u00e0, pr\u00e9sente, je la vois, une silhouette longue et noire traverse devant la traboule, et je l&rsquo;entends, La dame en noir, Barbara&nbsp;: <em>\u00c0<\/em> <em>voir tant d&rsquo;yeux qui se ferment, couch\u00e9s dans leur lit, Je finirai par comprendre qu&rsquo;il faut que je m&rsquo;endorme aussi.<\/em>Comprendrai-je&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2013 Du monde Il est si taiseux que c&rsquo;en est \u00e9loquent Il est si versatile&nbsp;qu&rsquo;il se perd dans ses d\u00e9sirs 2 &#8211; Le r\u00e9el C&rsquo;\u00e9tait son anniversaire, alors je l&rsquo;ai appel\u00e9e, comme chaque ann\u00e9e. Elle m&rsquo;a racont\u00e9 sa sensation du vieillissement. 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