{"id":220742,"date":"2026-09-03T19:03:41","date_gmt":"2026-09-03T17:03:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220742"},"modified":"2026-09-03T19:05:33","modified_gmt":"2026-09-03T17:05:33","slug":"chroniques-08-rarete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-08-rarete\/","title":{"rendered":"#chroniques #07 | raret\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chroniques-07-rarete.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 chroniques #07 - raret\u00e9.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2dcd4332-9d81-44f2-b9e9-a7787ec88aec\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chroniques-07-rarete.pdf\">chroniques #07 &#8211; raret\u00e9<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/chroniques-07-rarete.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2dcd4332-9d81-44f2-b9e9-a7787ec88aec\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.1 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">JE DIS RAREMENT \u2018OUI\u2019 AU MONDE.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.3 |<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">I<br>Une poussi\u00e8re d\u2019or couvre jusqu\u2019aux feuilles raides et \u00e9paisses des arbres. Terre s\u00e8che de couleur sable. J\u2019aime marcher en tongs sur le long chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la plage. J\u2019aime que cette poussi\u00e8re m\u2019enveloppe le pied, le poudre, le talque, s\u2019agglom\u00e8re entre les orteils, dans le pli des phalanges. J\u2019aime voir l\u2019empreinte ronde de mes orteils sur le caoutchouc de la semelle, cinq zones noires cern\u00e9es par l\u2019or. Je marche des heures durant sur ce chemin, l\u2019\u00e9t\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9en, de la villa \u00e0 la plage, de la plage au village. Je pourrais m\u2019ennuyer, sur ce chemin, mais il y a cet or de poussi\u00e8re qui recouvre tout, et la marche ensoleill\u00e9e est un rendez-vous avec la libert\u00e9. Baign\u00e9e des parfums de myrte et de r\u00e9sine, la solitude de mes seize ans, leur insouciance un peu morne, sont encore inscrites sur ce trac\u00e9, elles y flottent encore comme une l\u00e9g\u00e8re odeur de peau chaude et sal\u00e9e. Une serviette sur l\u2019\u00e9paule, un livre de poche ensabl\u00e9 \u00e0 la main. Le soleil chauffe mes \u00e9paules et ma nuque. J\u2019aime passer sous la frondaison des pins, je tra\u00eene un peu le pas pour m\u2019attarder sous leur ombrage. Croiser parfois un promeneur, une famille charg\u00e9e de paniers, d\u2019articles de plage, ballon, raquettes, bou\u00e9es, glaci\u00e8res. Les regards \u00e9chang\u00e9s bri\u00e8vement avec les jeunes de mon \u00e2ge. L\u2019\u00e9moi dans la stridulation des cigales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">II<br>Quand la mer est plate, on s\u2019ennuie. Quand la mer est plate, on pr\u00e9f\u00e8re grimper dans les rochers pour chasser les bernard-l\u2019ermite et organiser des courses. Avec tout ce qu\u2019on trouve et qui rampe. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On se jette dans des vagues plus hautes que nous. Lui, t\u00eate la premi\u00e8re, comme s\u2019il voulait transpercer quelque chose, un secret ou la vie elle-m\u00eame. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il avance dans la vie : t\u00eate baiss\u00e9e. C\u2019est son temp\u00e9rament. Il se jette dans les vagues \u00e0 tue-t\u00eate parce qu\u2019il est plus jeune, plus brouillon, plus imp\u00e9tueux que moi, il n\u2019a peur de rien et il lui arrive d\u2019avoir des acc\u00e8s de col\u00e8re lorsqu\u2019on le contrarie, comme son p\u00e8re, tout, comme son p\u00e8re. Ma t\u00eate \u00e0 moi flotte toujours sur le dessus de la vague. Je n\u2019aime pas avoir de l\u2019eau dans les oreilles et je n\u2019ouvre jamais les yeux sous l\u2019eau parce que \u00e7a pique trop fort et trop longtemps. Lui, il s\u2019en fout. Il a les yeux inject\u00e9s de sang et la morve au nez, \u00e7a le fait marrer. Ma t\u00eate flotte au-dessus de la vague pour rep\u00e9rer la suivante. Mes pieds d\u00e9collent du sable, je ne ma\u00eetrise plus rien, mon corps s\u2019envole. Nous guettons, impatients, la prochaine houle, la prochaine vague, l\u2019envol\u00e9e suivante. Parfois nous buvons la tasse, par le nez. \u00c7a br\u00fble dans les naseaux. Parfois nous nous laissons entra\u00eener dans les jambes de personnes inconnues. \u00c7a r\u00e2le. Parfois nous sommes rapatri\u00e9s sur la plage par un rouleau o\u00f9 glissent nos corps de brindille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela se reproduit en rendez-vous avec l\u2019infini, le corps qui flotte, la t\u00eate au-dessus de la vague, l\u2019apesanteur, cette \u00e2me qui s\u2019extirpe de mon corps, plus ni son ni couleur rien, (d\u2019)autre, que mon \u00e2me attrap\u00e9e par la peau du cou, je d\u00e9rive le temps de compter jusqu\u2019\u00e0 trois, qu\u2019est-ce que je cherche, de quoi suis-je d\u00e9j\u00e0 en qu\u00eate alors, je ne suis plus rien, pas m\u00eame un gar\u00e7on, pas m\u00eame un grand lapin tir\u00e9 hors de son corps par la peau de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-right\">.5 | du jardin<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ce qui nous suit nous a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9<br>ce qui affaire le rouge-gorge dans la haie<br>ce que du ciel<br>ce qui d\u00e9cille l\u2019indiff\u00e9rence<br>ce que d\u00e9salt\u00e8re la ros\u00e9e<br>ce qui stup\u00e9fie les batraciens<br>ce qui ne fera jamais renoncer l\u2019araign\u00e9e<br>ce qu\u2019attire la capucine<br>ce qu\u2019all\u00e8ge le papillon<br>ce qui fait courir le poulain<br>ce que suspend le h\u00e9ron<br>ce qui fait tousser la vache<br>ce que fait rougir le rameau<br>ce qui est sorti de cette coquille blanche<br>ce qui somnole au creux du bosquet<br>ce qui \u00e9claire la nuit<br>ce qui empourpre le prunier<br>ce qu\u2019hypnotise l\u2019ocelle du paon<br>ce que ne parvient pas \u00e0 conclure le chant de la tourterelle<br>ce qui survit \u00e0 la flamme<br>ce qui brille dans l\u2019\u0153il de la vip\u00e8re<br>ce qu\u2019abrite le taillis<br>ce que noircit la m\u00fbre<br>ce que feule le chat<br>ce qu\u2019\u00e9treint le liseron<br>ce que la brise \u00e9meut<br>ce que tourbe ench\u00e2sse<br>ce qu\u2019a \u00e9gar\u00e9 la couleuvre<br>ce que cherche le lierre<br>ce qui encanaille la m\u00e9sange<br>ce qui fait fleurir la salade<br>ce qui nervure le chou<br>ce qu\u2019offre le noyer<br>ce que rebute la mouche<br>ce qui a ass\u00e9ch\u00e9 la source<br>ce qui gratte l\u2019ardoise nocturne<br>ce qui pousse les nuages \u00e0 d\u00e9filer<br>ce qui \u00e9gare la chauve-souris<br>ce que le r\u00eave doit au jour<br>ce que devient le petit<br>ce qui f\u00e2che le rat<br>ce qui ne se montrera qu\u2019\u00e0 la nuit<br>ce que couve l\u2019obscur<br>ce qui nous travaille le cabochon<br>ce que rel\u00e8ve le lit des fleuves<br>ce qui s\u2019\u00e9crit le temps d\u2019un baiser<br>ce que la vie nous restitue<br>ce qui r\u00e9siste au silence<br>ce qui aveugle la taupe<br>ce que mord la surprise du renard<br>ce qui r\u00e9duira l\u2019homme au silence<br>ce que la ronce m\u2019a r\u00e9pondu<br>ce qui \u00e9lance l\u2019orme<br>ce qui nous pr\u00e9c\u00e9dait ne nous survivra pas<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>.1 | JE DIS RAREMENT \u2018OUI\u2019 AU MONDE. .3 | IUne poussi\u00e8re d\u2019or couvre jusqu\u2019aux feuilles raides et \u00e9paisses des arbres. 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