{"id":220820,"date":"2026-09-06T22:37:41","date_gmt":"2026-09-06T20:37:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220820"},"modified":"2026-09-06T22:38:51","modified_gmt":"2026-09-06T20:38:51","slug":"chroniques-08-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-08-3\/","title":{"rendered":"chroniques # 08 | L\u00e0-bas, toi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis si trouillarde que je me fais peur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cette fin ao\u00fbt 2026, avec mes deux fid\u00e8les amies, nous \u00e9tions dans le Val de Saire. Samedi 29, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller au march\u00e9 de Cherbourg, la ville de notre adolescence. Nous voulions acheter des hu\u00eetres. Plein d\u2019hu\u00eetres. Des douzaines d\u2019hu\u00eetres pour notre d\u00eener. Nous avons pris la voiture et travers\u00e9 des routes famili\u00e8res : les m\u00eames lignes droites, le m\u00eames virages, les m\u00eames maisons, les m\u00eames paysages, et cette lumi\u00e8re particuli\u00e8re du Cotentin, entre soleil et pluie. Nous sommes arriv\u00e9es \u00e0 Cherbourg en fin de matin\u00e9e. Le march\u00e9 \u00e9tait anim\u00e9, bruyant, color\u00e9. Nous avons regard\u00e9 les poissons, les l\u00e9gumes, les fromages, avant de trouver enfin les hu\u00eetres. Il y en avait de toutes les tailles. Nous en avons choisi beaucoup. Vraiment beaucoup. Beaucoup. Nous \u00e9tions heureuses.Trois femmes, trois amies, trois copines, trois anciennes adolescentes revenant dans leur ville, avec leurs paniers, leurs souvenirs et leurs hu\u00eetres. Et puis, sans pr\u00e9venir, Cherbourg s\u2019est mise \u00e0 chanter <strong>\u00ab Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi. Je ne pourrai pas, ne pars pas, j\u2019en mourrai. \u00bb<\/strong>\u00a0Et l\u00e0, l\u00e0, exactement l\u00e0, j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 toi, mon fr\u00e8re. Mon fr\u00e8re presque jumeau. Mon fr\u00e8re mort depuis deux ans. Toi qui, avait \u00e9t\u00e9 adolescent avec nous. Je t\u2019ai vu. Vivant. Devant moi. J\u2019ai retrouv\u00e9 ta d\u00e9marche, t<span style=\"font-size: 15px;white-space: pre-wrap\">on allure<\/span><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">,\u00a0ton visage. Je t\u2019ai imagin\u00e9 marchant entre nous, comme autrefois, nous bousculant, nous taquinant, lan\u00e7ant une de tes plaisanteries. J\u2019ai entendu ton rire. J\u2019ai retrouv\u00e9 ta voix. Cette voix que je n\u2019entendrai plus jamais, plus jamais<span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">, plus jamais<\/span>. Oui, soudain, tu \u00e9tais l\u00e0, avec nous. Je t\u2019ai enten<\/span><span style=\"font-size: 15px;white-space: pre-wrap\">du, tu nous <\/span><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">disais d&rsquo;un ton moqueur : \u2014 H\u00e9, les filles ! Vous \u00eates s\u00fbres de becqueter tout \u00e7a ? Vous avez vu la quantit\u00e9 d\u2019hu\u00eetres ? C\u2019est pas un d\u00eener, c\u2019est une cure d\u2019iode ! Vous allez finir par chier des coquilles ! C\u2019\u00e9tait tellement toi. Tellement \u00e9vident. Tellement r\u00e9el. Pendant quelques instants, tu n&rsquo;\u00e9tais plus \u00ab mon fr\u00e8re disparu\u00bb<\/span> <span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">tu \u00e9tais simplement mon fr\u00e8re. Celui qui avait notre \u00e2ge. Celui qui connaissait Cherbourg comme nous. Celui qui avait partag\u00e9 nos promenades, nos discussions, nos b\u00eatises, nos r\u00eaves, nos d\u00e9lirs. Et puis la chanson est revenue :<\/span><strong style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">\u00a0\u00ab Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi. Je ne pourrai pas, ne pars pas, j\u2019en mourrai. \u00bb<\/strong><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">\u00a0Ces mots, soudain, n\u2019\u00e9taient plus ceux de Jacques Demy, c&rsquo;\u00e9taient les miens. Ceux d\u2019une s\u0153ur \u00e0 son fr\u00e8re. Et dans cette ville o\u00f9 nous avions \u00e9t\u00e9 adolescents ensemble, ton absence est devenue, bizarrement, une pr\u00e9sence. Je ne te voyais pas.\u00a0Mais je te sentais. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Avec ton rire, ta voix, tes plaisanteries. Avec Agn\u00e8s et Isabelle, nous avons achet\u00e9 nos hu\u00eetres. Beaucoup. \u00c9norm\u00e9ment.<strong> <\/strong><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">Beaucoup.<\/span><strong><span style=\"font-size: 15px;font-style: normal\"><\/span><\/strong> Et, parmi les coquilles et les embruns, j\u2019ai gliss\u00e9 dans mon panier quelque chose de bien plus pr\u00e9cieux : un fragment de ce temps o\u00f9 tu \u00e9tais l\u00e0. Bien vivant. Et peut-\u00eatre que c\u2019est \u00e7a, ce que Cherbourg m\u2019a offert ce jour-l\u00e0 : elle m\u2019a rendu mon fr\u00e8re.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&nbsp;MERCI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Je suis si trouillarde que je me fais peur 2 3 4 5 En cette fin ao\u00fbt 2026, avec mes deux fid\u00e8les amies, nous \u00e9tions dans le Val de Saire. Samedi 29, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller au march\u00e9 de Cherbourg, la ville de notre adolescence. Nous voulions acheter des hu\u00eetres. Plein d\u2019hu\u00eetres. Des douzaines d\u2019hu\u00eetres pour notre d\u00eener. 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