{"id":220940,"date":"2026-09-08T08:25:49","date_gmt":"2026-09-08T06:25:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=220940"},"modified":"2026-09-08T08:27:01","modified_gmt":"2026-09-08T06:27:01","slug":"chroniques-08-en-titubant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-08-en-titubant\/","title":{"rendered":"#chroniques #08 | en titubant"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-ArbresCrete.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-220941\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-ArbresCrete.jpeg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-ArbresCrete-420x236.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-PDF.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 #08-PDF.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-8281d287-44a1-4d82-a3d0-597adb155a3d\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-PDF.pdf\">#08-PDF<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/08-PDF.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-8281d287-44a1-4d82-a3d0-597adb155a3d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 \u2013 le monde et je<br>Je suis si contrast\u00e9e que je ne peux jamais me voir toute en entier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 \u2013 \u00e0 l\u2019impersonnel<br>Mon t\u00e9l\u00e9phone est moderne, il m\u2019\u00e9crit ce que les gens me disent quand je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, il \u00e9crit leurs paroles d\u00e9pos\u00e9es oralement sur la messagerie. Parfois quelques erreurs, des mots qui se ressemblent, des sonorit\u00e9s proches, mais globalement correct, on comprend le message, le sens de ce message, le pourquoi de l\u2019appel. Le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9crit tout, tous les sons traduits avec les mots ou bien les transcriptions \u00e9crites des onomatop\u00e9es qui paraissent les plus proches, les euh, les et ben, les abr\u00e9viations de nos h\u00e9sitations. C\u2019est comme le dictaphone que j\u2019utilise parfois pour ne pas perdre une id\u00e9e ou quand les mains sont prises, bloqu\u00e9es par autre chose, une sorte de dictaphone qui choisirait tout seul pour la ponctuation, ne ferait pas de mise en page et ne ferait que du direct sans correction possible du texte une fois dict\u00e9, sans relecture possible par qui envoie le message. C\u2019est du parl\u00e9-\u00e9crit, au pr\u00e9sent de l\u2019impersonnel et du lu-\u00e9cout\u00e9, un peu comme de la voix qui passerait par les yeux. Mais le t\u00e9l\u00e9phone quand m\u00eame, respecte les conventions, s\u2019il oublie la relecture, il commence toujours par ouvrir les guillemets, sans oublier, bien s\u00fbr, de les fermer \u00e0 la fin.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 \u2013 les scolytes<br>Il fait comme si ses feuilles allaient repousser, comme s\u2019il attendait juste un peu moins de chaleur et juste un peu plus d\u2019eau, il fait comme si tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas vraiment grave comme si rester debout, vertical, bien plant\u00e9, les racines dans la terre et le toupet vers le ciel faisait de vous un arbre, il fait un peu comme si dire le bois ou bien l\u2019arbre, c\u2019\u00e9tait presque pareil, qu\u2019on pouvait \u00e9changer, mettre un mot ou bien l\u2019autre, des synonymes parfaits, il fait comme si tout \u00e7a c\u2019\u00e9tait juste la saison et qu\u2019il lui suffisait d\u2019attendre quelques mois et la saison suivante ou le printemps suivant pour redevenir vivant, il fait comme si les b\u00eates sous son \u00e9corce l\u2019avaient simplement chatouill\u00e9, comme si elles n\u2019avaient pas construit tant de galeries qu\u2019elles avaient tout d\u00e9truit, tout ruin\u00e9 de ses r\u00e9seaux \u00e0 lui, ses r\u00e9seaux pour sa s\u00e8ve, les r\u00e9seaux pour son sang, alors il fait comme si, il accueille les oiseaux mais leurs pattes se posent sur des squelettes de branches qui ne ressentent plus rien, ni pression ni chaleur, il laisse m\u00eame les pics venir construire leur loge au milieu de son tronc et jusqu\u2019au plus profond, il fait un peu comme si malgr\u00e9 eux, malgr\u00e9 tous, ses feuilles allaient repousser<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 \u2013 d\u00e9crire d\u2019\u00e9crire<br>Se regarder \u00e9crire, pratique d\u00e9licate. Manquent deux yeux et une main, peut-\u00eatre un corps en entier et puis bien sur la t\u00eate qui ne contient qu\u2019une seule place. \u00c9crire ou se regarder \u00e9crire, \u00e9crire et se regarder \u00e9crire. Difficile de rester d\u2019une vraie neutralit\u00e9 sans jamais rajouter ni de ci ni de \u00e7a, admettre une fois pour toutes, le miroir d\u00e9formant et essayer, au mieux de d\u00e9former dans l\u2019autre sens avant de d\u00e9crire l\u2019\u00e9crire qui va encore doubler, voire \u00e9lever au carr\u00e9 les d\u00e9fauts de l\u2019\u00e9crire puisqu\u2019on \u00e9crit deux fois. Ou juste faire la liste de ce qui reste dans la t\u00eate quand on se regarde \u00e9crire, mais pourtant, bien l\u2019impression test\u00e9e juste \u00e0 l\u2019instant, que quand on \u00e9crit, toute la t\u00eate est \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 faire bouger les doigts, \u00e0 relire, traquer la faute de frappe. Les yeux sont occup\u00e9s, accapar\u00e9s, restent les oreilles et le nez qui s\u2019occupent sans le savoir de ce qui se passe dehors, les oiseaux, les autos, le vent qui tourne et nous apporte l\u2019odeur forte des moutons. Pour se regarder \u00e9crire, peut-\u00eatre rajouter du temps et puis se contenter des souvenirs d\u2019\u00e9crire, voir ce qui reste \u00e0 la fin de fatigue et de crampe, doigts et poignet qui craquent, le dos \u00e0 d\u00e9plier, cou tordu de trop temps pass\u00e9 sur un passage, un mot qui reste l\u00e0, un rocher \u00e9merg\u00e9 avec l\u2019eau tout autour, ou le plaisir d\u2019une phrase qui vous arrive toute faite et qui vous fond dans la bouche comme un bout de chocolat, ou ce passage qui coince et qu\u2019on retrouve isol\u00e9 entre deux lignes saut\u00e9es pour ne pas oublier de venir le revoir, le changer, le r\u00e9\u00e9crire. Se regarder r\u00e9\u00e9crire, ne sera jamais vraiment quelque chose d\u2019objectif, on y m\u00e9langera aussi beaucoup de temps, de l\u2019humeur, du ressenti, de l\u2019appr\u00e9ciation, de savoir si le texte nous plait ou ne nous plait pas, mais pas seulement \u00e0 nous, aussi \u00e0 qui lira. Dire l\u2019invisible d\u2019\u00e9crire, \u00e7a reste encore \u00e9crire, cascade d\u2019infinis, d\u2019\u00e9crire jusqu\u2019en \u00e9crire. \u00c9crire d\u2019\u00e9crire c\u2019est encore \u00e9crire, finalement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 \u2013 la po\u00e9sie<br>C\u2019est la fin de la f\u00eate, la musique est moins forte, elle ne joue plus que des choses lentes et tranquilles, des rythmes de berceuse \u00e0 un volume d\u2019enfant. Les b\u00e9n\u00e9voles de l\u2019organisation aident les gens \u00e0 se lever, les poussent doucement dans le dos ces gens qui trainent l\u00e0, qui veulent finir leur verre, qui veulent encore un peu de lumi\u00e8re, de chaleur, un peu d\u2019autres \u00eatres humains. L\u2019un d\u2019eux se l\u00e8ve doucement, personne ne le salue, il quitte le banc o\u00f9 il \u00e9tait seul, part vers le village qui n\u2019est plus \u00e9clair\u00e9 \u00e0 cette heure tardive, il quitte le champ qui demain, apr\u00e8s un bon nettoyage, redeviendra un champ. Il s\u2019engage entre les deux lignes de pommiers, se rapproche d\u2019une des lignes, se rapproche de l\u2019autre ligne, il s\u2019appuie \u00e0 un arbre, butte sur un caillou, son rythme est saccad\u00e9, il marche comme on rampe, traine ses bras derri\u00e8re lui, il a trop lu Baudelaire et surtout la pr\u00e9face dans le Spleen de Paris<br><em>Il faut \u00eatre toujours ivre. Tout est l\u00e0 : c\u2019est l\u2019unique question. Pour ne pas sentir l\u2019horrible fardeau du Temps qui brise vos \u00e9paules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans tr\u00eave.<\/em><br><em>Mais de quoi ? De vin, de po\u00e9sie ou de vertu, \u00e0 votre guise. Mais enivrez-vous.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2013 le monde et jeJe suis si contrast\u00e9e que je ne peux jamais me voir toute en entier 2 \u2013 \u00e0 l\u2019impersonnelMon t\u00e9l\u00e9phone est moderne, il m\u2019\u00e9crit ce que les gens me disent quand je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, il \u00e9crit leurs paroles d\u00e9pos\u00e9es oralement sur la messagerie. 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